I. Victor Hugo, Ui Orientales
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Écoutons en conséquence les paroles de Moïse, le législateur inspiré :
' L'Éternel dit ensuite : * Faisons l'homme à notre image et à notre < ressemblance, et qu'il commande aux poissons de la mer, aux oiseaux c du ciel, aux bêtes, à toute la terre et à tous les reptiles qui se meuvent • sur la terre.... Dieu créa donc l'homme à son image : il le créa à l'image de Dieu, et il les créa mâle et femelle....
> Dieu vit toutes les choses qu'il avait faites, et qu'elles étaient trèsbonnes. *
On a écrit des volumes sur la question de l'unité du genre humain, c'est-à-dire pour décider s'il y a eu plusieurs centres de création de l'homme, ou si la souche de notre espèce est unique. Nous pensons, avec beaucoup de naturalistes, que la souche de l'humanité est unique, et que les diverses races humaines, les nègres et la race jaune, ne sont que le résultat de l'influence du climat sur l'organisme.
Nous considérons le genre humain comme ayant apparu pour la première fois, après le mystère divin et éternellement impénétrable pour nous, de son mode de création, dans les riches plaines de l'Asie, aux bords riants de l'Euphrate, comme l'enseignent les traditions des plus anciens peuples. C'est au milieu de cette nature riche et puissante, sous le climat brillant, sous le ciel radieux de l'Asie, à l'ombre de ces masses luxuriantes de verdure qui embaumaient les airs de suaves parfums, que nous aimons à nous représenter le premier homme sorti du sein de Dieu.
Nous sommes loin, on le voit, de partager l'opinion des naturalistes qui se représentent l'homme, aux débuts de l'existence de son espèce, comme une sorte de singe, à la face hideuse, au corps poilu, habitant les casernes comme les ours et les lions, et participant des instincts brutaux de ces animaux féroces. Sans doute l'homme primitif a traversé une période dans laquelle il a dû disputer sa vie aux bêtes féroces, et vivre en sauvage dans les bois ou les savanes où la Providence l'avait jeté. Mais cette période d'éducation n'a pas dû être longue, et l'homme, être éminemment sociable, a promptement trouvé dans sa réunion en groupes animés des mêmes désirs, rapprochés par les mêmes intérêts, le moyen de dompter les animaui,
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de triompher des éléments, de se préserver des périls innombrables qui le menaçaient, et de soumettre à son empire les autres habitants du sol.
« Les premiers hommes, dît BuSbn, témoins des mouvements convulsifs de la terre, encore récents et très- fréquents, n'ayant que les montagnes pour asile contre les inondations, chassés souvent de ces mêmes asiles par le feu des volcans, tremblants sur une terre qui tremblait sous leurs pieds, nus d'esprit et de corps, exposés aux injures de tous les éléments, victimes de la fureur des animaux féroces, dont ils ne pouvaient éviter de devenir la proie ; tous également pénétrés du sentiment commun d'une terreur funeste, tous également pressés par la nécessité, n'ont-ils'pas cherché à se réunir, d'abord pour se défendre par le nombre, ensuite pour s'aider à travailler de concert k se faire un domicile et des armes? Ils ont commencé par aiguiser en forme de hache ces cailloux durs, ces jades, ces pierres de fuudre, que l'on a cru tombées des nues, et formées par le tonnerre, et qui néanmoins ne sont que les premiers monuments de l'art de l'homme dans l'état de pure nature : il aura bientôt tiré du feu de ces mêmes cailloux, en les frappant les uns contre les autres, il aura saisi la flamme des volcans, ou profité du feu de leurs laves brûlantes pour le communiquer, pour se faire jour dans tes forêts, les broussailles : car avec le secours de ce puissant élément, il a nettoyé, assaini, purifié les terrains qu'il voulait habiter ; avec la hache de pierre, il a tranché, coupé les arbres, menuisé les hois, façonné ses armes et les instruments de première nécessité ; et, après s'être munis de massues et d'autres armes pesantes et défensives, ces premiers bommes n'ont-ils pas trouvé le moyen d'en faire d'offensives pluslêgëres pour atteindre de loin un cerf? Un tendon d'animal, des fils d'aloës, ou l'écorce souple d'une plante ligneuse, leur ont servi de corde pour réunir les deux extrémités d'une branche élastique dont ils ont fait leur arc; ils ont aiguisé d'autres petits cailloux pour en armer la flèche; bientôt ils auront eu des filets, des radeaux, des canaux, et s'en sont tenus là tant qu'ils n'ont formé que de petites nations composées de quelques familles ou plutôt de parents issus d'une même famille, comme nous le voyons encore aujourd'hui chez les sauvages qui veulent demeurer sauvages, et qui le peuvent, dans les lieux ou l'espace libre ne leur manque pas plus que le gibier, le poisson et les fruits. Mais, dans tous ceux où l'espace s'est trouvé confiné par les eaux, ou resserré par les hautes montagnes, ces petites nations, devenues trop nombreuses,, ont été forcées de partager leur terrain entre elles, et c'est de ce moment que la terre est devenue le domaine de l'homme; il en a pris possession par ses travaux de cuhure, et l'attachement à la patrie a suivi de trèsprès les premiers actes de sa propriété ; l'intérêt particulier faisant partie de l'intérêt national, l'ordre, la police et les lois ont dû succéder el la société prendre de la consistance et des forces '. n
1. Époque! de ta nature, tome XII de l'édition ln-18 de l'Imprimerie royale. Paris, ITS, p. 3ÎÏ-335.
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Oh aime à citer ces pages d'un grand écrivain. Mais combien l'illustre naturaliste eût ajouté à l'éloquence de son langage, à la force de ses traits, si, de son temps, la science eût été en possession des notions qui nous sont aujourd'hui acquises; s'il eût pu nous peindre l'iiomme, aux premiers temps de sa création, en présence de l'Immense population animale qui occupait alors la terre, aux prises avec ces bêtes féroces qui remplissaient les forêts de l'ancien monde! L'homme, d'une organisation très-faible, dépourvu d'armes naturelles pour l'attaque ou la défense, incapable de s'élever dans les airs comme l'oiseau, ou de vivre longtemps sous l'eau comme le poisson ou le reptile, semblait voué à une prompte destruction. Mais il était marqué au front du sceau divin. Grâce au don supérieur d'une intelligence exceptionnelle, cet être, en ', apparence misérable, devait peu à peu dépeupler la terre de ■ ses farouches habitants, pour n'y laisser subsister que ceux qu'il réservait à ses besoins ou à ses désirs, et par la cul- ' ture il devait changer en entier l'aspect primitif des conti- ' nents.
L'opinion qui place la naissance de l'homme aux abords de l'Euphrate, dans l'Asie centrale, est confirmée par un événement d'une haute importance dans l'histoire de l'humanité, et qu'une foule de traditions concordantes, conservées chez différents peuples, placent dans le même lieu. Nous voulons parler du déluge de l'Asie.
Le déluge asiatique, dont l'histoire sacrée nous a transmis le , souvenir, fut provoqué par le soulèvement d'une partie de la longue chaîne de montagnes qui fait suite au Caucase. La terre s'étant entr'ouverte par une de ces déchirures, résultat inévitable de son refroidissement, une éruption de matières volcaniques s'échappa de ce cratère immense. Des masses de vapeurs d'eau accompagnaient l'éruption des laves épanchées de l'intérieur du globe; ces vapeurs, se condensant, retombèrent en pliïie, et les plaines furent noyées sous ce volcan de boue. L'inondation des plaines dans un rayon très-étendu fut le résultat momentané de ce soulèvement, la formation du mont Ararat en fut la conséquence permanente.
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kW ÉPOQUE QUATERNAIRE.
Écoutons le rédt de cet événement donné, dans la Genèse, par l'historien sacré :
■ L'année 660 de la vie de Noé, dit Moïse, le dix-septième jour du second mois de la mâme année, les sources du ^and abîme des eaui furent rompues, et les cataractes du ciel furent ouvertes.
» Et la pluie tomba sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits....
* Les eaui crurent et grossirent prodigieusement au-dessus de la terre et toutes les plus hautes montagnes qui sont sous le ciel furent couvertes. L'eau ayant gagné le sommet des montagnes s'éleva encore de quinze
F^. Jïl. Mont Ararat.
coudées plus haut. Toute chair qui se meut sur la terre en fut consumée ; tous les oiseaux, tous les animaux, toutes les bêtes et tout ce qui rampe sur la terre, tous les hommes moururent, et généralement tout ce qui a vie et respire sous le ciel.
« Toutes les créatures qui étaient sur la terre, depuis l'homme jusqu'aux bêtes, tant celles qui rampent que celles qui volent dans l'air, tout périt; il ne demeura que Noé seul et ceux qui étaient avec lui dans l'arche.
• Et les eaux couvrirent toute la terre pendant cent cinquante jours. ■
Toutes les particularités du récitbiblique peuvent s'expliquer
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par l'éruption volcanique et boueuse qui précéda la formation du mont Ararat. Les eaux qui produisirent l'inondalion de ces contrées provenaient d'une éruption volcanique accompagnée d'énormes masses de vapeurs. Ces vapeurs se condensant en eau, retombèrent sur la terre et inondèrent les plaines étendues qui partent aujourd'hui du pied de l'Ararat, immense gibbosité montagneuse.
Le mot toute la terre qui se trouve dans la traduction de la Bible connue sous le nom de Vulgate mérite une explication ; il ne saurait être considéré que comme figuré et métaphorique. Un géologue à qui l'on doil un savant livre intitulé la Cosmogonie de Moise, Marcel de Serres, a donné une explication parfaitement admissible de cette expression du texte sacré. U a prouvé que par le mot haarets, que l'on traduit à tort, selon lui, par toute la terre, Moïse n'a entendu désigner que la partie du globe qui était alors peuplée, et nullement sa surface entière. I^e mot haarets n'a pas toujours, selon Marcel de Serres, la signification que lui accorde la Vulgate, il est pris fort souvent dans le sens de région, pays, contrée.
Marcel de Serres explique de la même manière l'expression toutes les montagnes, qui se trouve dans la traduction de la
€ Moïse, dit Marcel de Serres, n'a pu entendre par ces mots foules Us montagne», que celles qu'il connaissait. Le nombre en était peu considérable ; il se bornait aux contrées habitées à son épotpie ; dès lors il devait taire allusion à elles seules, lorsqu'il parlait de la grandeur du déluge.
f Aussi plusieurs interprètes ont traduit ce passage non d'une ntaniËre littérale, mais en restreignant les eaux du déluge aux contrées fréquentées par les hommes.
t Ainsi, M. Glaire, dans la Chrestomatkie hébrdique qu'il a mise à la suite de sa Grammairt, a traduit ce passage dans ce sens : t Les eaux
■ s'Étaient si prodigieusement accrues, que les plus hautes montagnes
■ du vaste horizon en furent couvertes, etc. • Cette traduction donne à ce passage un sens moins étendu que la Vulgate, puisqu'elle restreint aux montagnes bornées par l'horizon celles que les eaux couvrirent et inondèrent. •
Rien n'empêche de voir dans le déluge asiatique, conformément au texte de la Genèse, un moyen dont Dieu se servit pour châtier et punir la race humaine, alors au début de son existence, et qui s'écartait des voies qu'il lui avait tracées. Ce qui
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païalt établi, c'est la naissance du genre humain dans les eûOtrées qui partent du pied du Caucase, dans les lieux qui fotment aujourd'hui une partie de la Perse; et ce qui est certain, c'est le soulèvement d'une chatne de montagnes, précédé d'une éruption volcanique boueuse, qui noya les territoires, entièrement composés, dans ces régions, de plaines d'une grande étendue.
Le déluge biblique est donc réel. Plusieurs peuples en ont d'ailleurs conservé la tradition,
Moise le fait remonter à quinze OQ dix-iiuit cents ans avant répoque à laquelle il écrit.
- Bérose, historien chaldéen qui écrivait à Babylone au temps d'Alexandre, a composé une histoire de Ghaldée, dans laquelle il remonte jusqu'à la naissance du monde, et parle du déluge universel, dont il place l'époque immédiatement avant Bélus, pèredeNinus.
Les Yédas, ou livres sacrés des Indiens, qui ont été composés dans le même tenaps que la Genèse, il y a environ 3300 ans, font remonter le déluge â 1500 ans avant leur époque.
Les Guèbres parlent du même désastre comme ayant eu lieu à la même date.
Confucius, célèbre philosophe chinois, né vers l'an 551 avant Jésus-Christ, commence l'histoire de la Chine en parlant d'un empereur nommé Jas, et il représente cet empereur comme occupé à faire écouler les eaux qui, s'étant élevées jusqu'au ciel, baignaient encore le pied des plus hautes montagnes, couvraient les collines moins élevées et rendaient les plaines impraticables.
Ainsi, nous le répétons, le déluge biblique est réel; seulement, il fut local, comme tous les phénomènes de ce g«nre, et fut la conséquence du soulèvement des montagnes de l'Asie occidentale.
Un déluge, tout à fait moderne, peut nous donner d'ailleurs une idée très-exacte de ces sortes de phénomènes. Nous rappellerons les circonstances qu'il a présentées, pour mieux faire comprendre la véritable nature du déluge qui ravagea quelques contrées de l'Asie pendant la période quaternaire.
A six journées de marche de la ville de Mexico, se trouvait,
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en 1759, une contrée fertile et bien cultivée, où croissaient en abondance le riz, le maïs et les bananes. Au mois de juin, d'effroyables tremblements de terre agitèrent le sol, et ces tremblements se renouvelèrent sans cesse pendant deux mois entiers. Dans la nuit du 28 au Sd septembre, la terre éprouva une violente convulsion; un terrain de plusieurs lieues d'étendue se souleva peu à peu, et finit par atteindre une hauteur de 150 métrés, sur une surface de plusieurs lieues ciirrées. Le terrain ondulait comme les vagues de la mer sous le souffle de la tempête; des milliers de monticules s'élevaient et s'abîmaient tour à tour; enfin un gouffre immense s'ouvrit: de la fumée, du feu, des pierres embrasées et des cendres furent lancés à une hauteur prodigieuse. Six montagnes surgirent de ce gouffre béant, parmi lesquels le volcan auquel on a donné le nom de Jorullo s'élève maintenant à 550 mètres au-dessus de l'ancienne plaine.
Au moment ofi commençait l'ébranlement du sol, les deux rivières Rio de Cuitimba et Rio San-Pedro, refluant en arrière, inondèrent toute ta plaine occupée aujourd'hui par le Jorullo ; mais dans le terrain qui montait toiyours, un gouOte s'ouvrit el les engloutit. Elles reparurent à l'ouest, sur un point très-éloigné de leur ancien lit.
Getle inondation ne peut-elle nous rappeler les phénomènes du déluge de Noé?
Terrain quaternaire. — Outre les dépôts résultant des déluges partiels que nous avons signalés en Europe et en Asie, il s'est produit, pendant l'époque quaternaire, un certain nombre de terrains par suite des dépdts des mers et des alluvions, c'est-àdire des atterrissements des fleuves. Ces terrains sont toutefois peu nombreux et très-disséminés.
Les terrains quatamaires, stratifiés aussi régulièrement que ceux qui appartiennent aux époques antérieures, se distinguent de ceux de l'époque tertiaire, avec lesquels on pourrait quelquefois les confondre, par leur situation, le plus souvent sur le littoral des mers, et par la prédominance des espèces de coquilles identiques avec celles qui vivent actuellement dans les mers voisines.
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JiU ÉPOQUE QUATERNAIRE.
Une formation marine qui, après avoir constitué les côtes de
la Sicile, principalement du côté de Girgenti, de Syracuse, de Gatane et de Palerme, occupe le centre de l'fle et s'y élève à des hauteurs atteignant jusqu'à 900 mètres, est le plus remarquable des grands dépôts quaternaires européens. Cette formation se compose de deux assises principales : l'inférieure consiste en argiles ou marnes bleuâtres ; l'autre est composée de calcaire grossier ou compacte. Toutes deux renferment des coquilles analogues à celles de la Méditerranée actuelle.
Ce raéme terrain, existe dans les Iles voisines, particulièrement en Sardaigne et à Malte.
Le terrain des pampas de l'Amérique méridionale, qui consiste en une terre argileuse d'un brun rouge foncé, avec lits horizontaux de concrétions marneuses et de tuf calcarifére, et qui recèle des coquilles actuellement vivantes dans l'Atlantique, ou identiques aux coquilles d'eau douce de la contrée, doit être considéré comme un dépôt quaternaire, plus étendu encore que le précédent.
On accorde la même origine géologique aux sables du grand désert del'Afrique, au terrain argilo-sableuï des steppes de la Russie orientale, et au terreau noir, fertile, des plaines méridionales du même empire.
On rapporte aux dépôts quaternaires les travertins de la Toscane, des environs de Naples et de Rome. Il en est de même des tufs qui constituent essentiellement le sol napolitain.
Quant aux sédiments littoraux qu'on rapporte à l'époque quaternaire, ilssont d'une étendue très-restreinte, mais assez répandus en diverses localités. On les trouve sur la côte occidentale de la Norvège, sur les côtes de l'Angleterre; en France, un long liséré de terrain quaternaire se voit sur le littoral de l'ancienne Guienne et dans quelque autre point du littoral de l'Océan. Les alluvions des fleuves, jointes aux dépôts marins, ont formé ces dépôts, qui se voient surtout près des embouchures de ces cours d'eau.
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ROCHES ERUPTIVES
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ROCHES ERUPTIVES.
Rien n'est plus difficile qu'une histoire chronologique des évolutions et des changements que notre planète a subis depuis son origine jusqu'aux temps historiques. Les phénomènes, de nature fort diverse, qui ont concouru à façonner son énorme masse et à lui donner sa structure actuelle, se ^ont produits presque simultanément. Le dépAt des terrains sédimentaires a été constamment interrompu, entravé, par de violents phénomènes d'éruption, par l'éjaculation, à travers les couches sédimentaires, de roches ignées lancées de l'intérieur incandescent du globe. Avec ce trouble et ce pêle-mêle d'actions, un exposé historique rigoureusement chronologique devient impossible , car on ne peut distinguer dans cette continuelle ' complexité de phénomènes ce qui est fondamental de ce qui est accidentel et secondaire. Pour jeter quelque clarté sur cette matière ardue, nous avons partagé en deux parties les faits relatifs à la formation progressive du globe terrestre actuel. Nous avons commencé par faire l'histoire des terrains sédimentaires, que l'ancienne géologie appelait terrains neptuniens, afin de rappeler que ces terrains doivent leur origine aux dépAts laissés par les mers de l'ancien monde. Mais après l'étude des terrains jKpluniens, reste celle des roches pluloniennes, pouT employer une expression scientifique déjà un peu surannée. Après avoir exposé la formation des terrains sédimentaires,
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418 LES ROCHES ÊBUPTIVES.
nous avons donc à parler des roches igities, ou des roches ^rt^lives, comme on les nomme aujourd'hui. La description de ce dernier et imporlaui ensemble de formations géologiques complétera la physionomie de notre planète.
Nous aurions pu sans doute faire l'histoire des formations éruptives aux époques mêmes de ces phénomènes, c'est-à-dire les rattacher aux époques de transition, secondaire et tertiaire. Hais cet exposé eût été trop fractionné et trop souvent interrompu ; d'autre part, notre récit aurait perdu de son homogénéité et de sa rapidité. Nous avons espéré être plus net et plus clair en groupant dans un dernier chapitre toutes les formations éruptives.
Les roches qui sont venues du centre de la terre, à l'état de fusion ignée, se trouvent mêlées ou intercalées avec les masses stratiûées de toutes les époques, surtout des époques anciennes. Les terrains auxquels ces roches ont donné naissance, présentent un grand intérêt, d'abord parce qu'ils entrent dans la constitution de l'écorce terrestre, ensuite parce qu'ils ont imprimé au sol, lors d6 leur éruption, des traits caractéristiques de configuration et de structure; enfin à cause des métaux qu'ils livrent à l'industrie humaine.
D'après l'ordre historique de leur apparition, nous classerons les formations éruptives en deux groupes :
l' Les éruptions pluloniques, qui onl produit la série, extrêmement variée, des granits de diverse nature, les syénites, les protogines, les porphyres, etc.
2" Les éruptions volcaniques, d'origine plus récente que les premières, qui ont donné la succession des trachytes, des basaltes et des laves modernes.
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ÉRUPTIONS PLUTONIQUBS.
Les éruptions de granit ancien sont survenues pendant l'époque primitive. Ces roches se présentent quelquefois sous laforme de masses considérables ; mais l'écorce du globe étant encore mince et perméable, devait se prêter à de fortes imbibitioas granitiques : de là les gneiss, dont il a été question dès le début. En vertu de sa faible cohésion, l'écorce primitive du globe a dû
Tig. SU. Injection du gneiss par des Slona de gnnit (maatagow da cap Wrath, en tcoita).
se laisser déchirer dans tous les sens, et de là des filons ramifiés parfois très-irréguliers, dont la figure 324, qui représente une injection de granit à travers le gneiss, peut donner une idée. Ces granits anciens se montrent, en France, dans les Vosges, dans l'Auvergne, à l'Espinouse (Languedoc), au Plan-de-la-Tour (Provence), dans la chaîne cévenole, au mont Pilât près de Lyon
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et dans la partie méridionale des chaînes lyonnaises. Ils ne donnent que rarement naissance à des accidents de paysage hardis ou grandioses; car ayant eu à supporter le poids des intempéries atmosphériques depuis les premiers temps de la consolidation du globe, les roches ont été fort émousséea. C'est seulement dans les cas où des dislocations récentes y ont formé des cassures qu'elles acquièrent un caractère pittoresque.
Le granit, quand il est sain, fournit de bons matériaux de construction ; mais il ne faut pas se figurer qu'il jouisse de l'extrême dureté dont les poètes l'ont bien gratuitement doté. Sa texture grenue le fait rejeter pour l'empierreraenl des routes, parce qu'il se laisse réduire trop facilement en poussière. Avec son marteau, le géologue en façonne aisément des échantillons ; et en 1856, à Bomarsund (Russie), les boulets de nos vaisseaux ont largement démontré que les remparts de granit se laissent démolir aussi facilement que ceux qui sont construits en pierres calcaires.
La syinitt, dans laquelle une partie du mica est remplacée par de l'amphibole, a surgi après le granit et fort souvent à côté de cette roche. Ainsi les deux extrémités des Vosges, vers Belfort et Strasbourg, sont éminemment syénitiques, tandis que leur partie intermédiaire, vers Colmar, est granitique. Dans le Lyonnais, la région sud est granitique, la région nord, à partir de l'ArbresIe, est en grande partie syénitique. La syénite se montre encore dans le Limousin.
La constitution minéralogique de la syénite, dans laquelle entre un feldspath souvent rose, en fait une roche d'autant plus belle que l'amphibole vert ou presque noir rehausse, par son contraste, l'effet de coloration. Aussi quelquefois cette roche est-elle exploitée pour l'ornementation architecturale. Il en existe des scieries aux environs de Plancher-les-Mines, dans les Vosges. On en trouve le type le plus parfait en I^gypte, non loin de la ville de Syène, qui lui a donné son nom.
C'est avec la syénite que les anciens ËgypUens ont taillé leurs sphinx et leurs colonnes monumentales. Le piédestal de la statue de Pierre le Grand, à Saint-Pétersbourg ; le revêtement du soubassement de la colonne Vendâme, à Paris ; l'obélisque de Louqsor, aujourd'hui à Paris, sont en syénite.
La syénite se désagrège plust^cUementquetegranitietconune
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ÉRUPTIONS PLUTONIQUES. Ut
cette roche contientdes nœuds dont les parties sont très-condensées, ces nœuds demeurent souvent en forme de grosses boules au milieu des débris provenant de l'altération de l'ensemble.
Il faut remarquer encore que les masses syénitiques sont souvent fort hétérogènes. L'amphibole vient à manquer quelquefois, et on peut alors n'y voir qu'un granit ancien. Dans d'autres cas, l'amphibole devient tellement prédominante qu'il en résulte un diorite à gros ou à petits grains. Le géologue doit tenir compte de ces transitions, pour ne pas se laisser induire en erreur par quelques aspects trompeurs.
La prologine est une autre sorte de granit : la chlorUe y tient la place du raica. Excessivement variable dans sa texture, la protogine passe de l'aspect granitoïde le plus complet à celui d'un porphyre, de manière à présenter de continuels sujets d'incertitude et à rendre fort difQcile la détermination de son âge géologique. Cependant on peut croire qu'elle est venue au jour avant et pendant la période houillère. En effet, au Creuset, la protogine a refoulé le terrain houiller, de manière à s'épancher par-dessus, si bien qu'il serait possible de foncer des puits qui, de la protogine, pénétreraient dans les couches de charbon. Quelque chose d'analogue se manifeste auprès du Mont-Blanc. Le célèbre colosse qui domine cette chaîne et les aiguilles qui lui font suite, sont composés de protogine. L^, cette roche a manifestement agi sur les terrains houillers en les torturant et enlesmétamorphisant; mais comme aucune action de ce genre ne se laisse découvrir dans le terrain iriasique juxtaposé, on doit admettre qu'à l'époque de la sédimentation du grès bigarré ■ les émissions protogineuses avaient cessé.
n faut savoir, du reste, que si la protogine forme autour du Mont-Blanc des aiguilles si hardies, cette circonstance ne tient qu'à la verticalité de la montagne et à l'excessive rigueur des saisons qui démolissent et abattent continuellement toutes les parties de la roche altérées par les agents atmosphériques. En effet, là où la protogine se trouve dans des climats plus doux, par exemple, autour du Creusot et à Pierre-sur-Autre, dans la chaîne du Forez, les montagnes ne montrent pas ces pics escarpés qui hérissent la chaîne du Mont-Blanc. Seulement des ganglions résistants forment quelquefois des rochts branlantes.
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ainsi nommées parce que reposant, par leur base convexe, sur un piédestal également convexe, mais en sens opposé, il est facile de faire balancer ces blocs mal assis, tandis qu'en raison de leur masse il faudrait plusieurs paires de bœufs pour les déplacer.
Cette aptitude à se façonner spontanément en boules on en ellipsoïdes appartient d'ailleurs à d'autres roches granitoïdes, et même à certains grès. Les pierres branlantes ont souvent donné lieu à des légendes et à des mythes populaires.
Les éruptions de granit, de protogine et de porphyre ont débuté, selon M. Fournet, durant la période carbonifère, car on trouve des cailloux porphyriques dans les conglomérats houillers ; elles continuèrent pendant la période triasique, puisque, dans certaines parties de l'Allemagne, les filons d'un porphyre traversent les grès bigarrés. Les syénites ont spécialement réagi sur les dépAls siluriens, et jusque sur les parties inférieures du terrain carbonifère.
Le porphyre est une variété de granit dont les éléments minéralogiques, c'est-à-dire le quartz, le feldspath et le mica, sont noyés dans une pâte non cristalline, agglutinant, réunissant les cristaux de quartz, de feldspath et de mica, qui sont, au contraire, contigus dans le granit. La pâte des porphyres est essentiellement composée de feldspath et d'une quantité plus ou moins grande de silice, sur laquelle se dessinent ordinairement des cristaux feldspathiques, plus ou moins volumineux.
La variété de leurs caractères minéralogiques, l'admirable poli qu'ils peuvent acquérir et qui leur prête un aspect éminemment favorable à l'ornementation, donnent aux porphyres une importance industrielle et artistique qui serait plus grande encore si la difQculé de les tailler n'en rendait le prix très-élevé.
Les porpAyres, pris à part, offrent une pâte générale essentiellement composée de feldspaîh compacte, dans laquelle se dessinent des cristaux d'orthose, largement et parfois trèsrégulièrement développés. A cété de ces cristaux d'orthose s'implantent souvent des globules, ou bien des cristaux, de quartz, également terminés aux deux bouts en forme de dodécaèdres bipyramidés. A ces éléments s'ajoutent des lamelles d'un mica d'aspect chloriteux. En somme, on réserve le nom de porphyres
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qtutrtsiftres à ceux qui montrent ces cristaux siliceux ; les autres sont désignes par le nom simple de porphyre.
Ces porphyres possèdent divers degrés de dureté et de compacité. Quand une belle couleur rouge sombre, qui contraste avec le blanc du feldspath, se joint k la dureté, il en résulte une pierre magniûque, susceptible de prendre le poli et de servir à la décoration des édifices, à la construction des vases, des colonnes, etc. Le porphyre rouge d'Egypte, dit antique, était particulièrement recherché par les anciens, qui en faisaient des sépulcres, des baignoires, des obélisques. La plus grande masse connue de ce porphyre est l'obélisque de Sixte-Quint, élevé i Rome. On voit aussi dans le musée du Louvre, à Paris, de magnifiques bassins et des statues faites de cette roche.
Malgré sa compacité, le porphyre se désagrège comme les autres roches. On a pu s'assurer de cette circonstance à Paris, où l'un des sphinx apportés d'Egypte, étant placé par hasard sous une des gouttières du Louvre, ne tarda pas à s'exfolier, tandis qu'il avait tenu bon pendant des siècles sous le climat de l'Egypte. Dans nos contrées les porphyres sont fréquemment décomposés et rendus méconnaissables'.
Les serpentims sont des talcs compactes, qui doivent au silicate de magnésie leur structure grasse et onctueuse. Leur peu de dureté permet de les travailler au tour, et d'en façonner des vases de formes diverses. On en construit des poêles qui supportant bien le feu. La serpeniine qu'on exploite au bord du lac de C6me, et qui porte le nom de pierre allaîTe, est excellente pour cet usage. .
La serpentine se montre dans les Vosges, dans le Limousin, dans le Lyonnais, dans le Var. Elle occupe d'immenses surfaces dans l^s Alpes, ainsi que dans les Apennins. Une partie des roches stratifiées de la Toscane a été soulevée et culbutée par ses éruptions, et il en est de même dans l'ile d'Elbe.
1. En Fraace,le3 rocbes porphyriques percent sur divers points, mais elles ne sont aboodantes que dans la partie Dord.est du plateau centrât et dans quelques parties du' midi. EUes forment des montagnes de forme conique, offrant presque toujours sur leurs flancs des dépressions oonsidérnliles ; dans les Vosges, elles atieigneDl jusqu'à 1000 ei lâOO mèlres d'élératioti.
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LES ROCHBS ÉRUPTIVES.
Considérées dans leur ensemble, les masses volcaniques peuvent se 8:rouper en trois formations distinctes, dont nous parlerons dans l'ordre suivant, qui est celui de leur ancienneté relative :
1° Formation trachytii}ue; 2° Formation basaltique; 3' Formation lavique.
Formation trachytigue. — Les éruptions de trachyte ont apparu vers le milieu de la période tertiaire, et se sont prolongées jusqu'à la fln de cette période.
Les trachytes présentent la plus grande analogie de composition avec les porphyres feldspathiques, mais leurs caractères minéralogiques sont différents. Leur tissu est poreux; leur pâte blanche, grise, noirâtre, jaunâtre; elle présente des cristaux disséminés de feldspath, d'amphibole et de mica. L'aspect extérieur des trachytes est d'ailleurs très-variable.
Dans le centre de la France, le trachyte forme les trois centres monlagneui les plus élevés : le groupe du Cantal, celui des monts Dores et la chaîne du Velay.
Le groupe du Cantal est un cône irrégulier, surbaissé, évîdé à son centre, dont la base, à peu près circulaire, occupe une surtace qui a près de 15 lieues de diamètre. Le groupe trachytique proprement dît s'élève à la partie centrale, et se compose de hautes montagnes, d'où partent des contre-forts qui s'abaissent peu à peu, pour se terminer par des plateaux plus ou moins incliné.s Ces montagnes centrales ont une hauteur qui varie entre Uûûet 1800 mètres. Une variété de trachyte, dite phonolithe, forme, au centre, des escarpements trachy tiques qui encaissent les vallées principales, des pics élancés, comme on ]e
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voit dans la figure 325, qui représente l'un des pics phonolithiquesdu Cantal.
Le groupe des monts Dores est un cAne qui occupe un espace à peu près circulaire de 5 lieues de diamètre. La masse trachytique qui constitue cette gibbosité monlagneuse, est d'une épaisseur moyenne de 400 à 800 mètres, en y comprenant les couches de matières pulvérulentes, de conglomérats ponceux, de tufs qui en forment la base et entre lesquelles on voitj des as-
Flg. )35. Pie phonDlilhlque du Cantal.
sises de lignite. Le tout se superpose à un plateau primitif de 1000 mètres environ de hauteur. Déchiré et morcelé par de profondes vallées, le pâté ne s'en exhausse pas moins graduellement jusqu'au pic de Sancy (fig. 326), qui atteint une élévation de 1887 mètres.
Sur le même plateau que les monts Dores, à 19 kilomètres au nord de ses dernières pentes, la formation trachytique se prolonge en quatre dômes arrondis : ceux du Puy-de-Ddme,
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428 LES ROCHES ERDPTIVES.
du Sarcouy, du Glierzou et du Petit-Suchet. La roche a pris une physionomie particulière qui lui a valu le nom de domite. Le Puy-de-Dôme nous présente un bel et frappant exemple d'une roche trachytique éruptive.
La chaîne du Velay forme une zone composée de pics et de plateaux indépendants qui forment sur l'horizon un long rideau bizarrement découpé. La nudité des montagnes, leurs formes aiguës ou arrondies, quelquefois terminées par des plateaux escarpés, donnent à la contrée une physionomie pittoresque et caractéristique. Le pic de Mésenc, qui s'élève à 1774 mètres, est le point culminant de cette chaîne. Les phonolithes qui la constituent ont dû faire éruption en un grand nombre de points, suivant une fissure dirigée du nord-nord-ouest au sud-sud-est.
Sur les bords du Rhin et dans la' Hongrie, la formation trachytique offre des caractères identiques à ceux que nous venons d'indiquer pour la France. Ea Amérique, elle est principalement représentée pard'immenses cônes superposés à la chatne des Andes. Le colosse du Chimborazo est un de ces cônes trachyliques.
Formation basaltique. — Les éruptions basaltiques ont apparu pendant les périodes secondaire et tertiaire. Le basalte, lave essentiellement pyroxénique, noire et compacte, est la roche dominante de cette formation. Il existe des basaltes en courants bien déterminés qui se rattachent à des cratères encore apparents aujourd'hui; leur origine ignée ne saurait donc être mise en doute. tJn des exemples les plus frappants de cratère basaltique nous est fourni parla montagne ou le cratère de la Coupe, dans le Vivarais. Sur les flancs de cette montagne, on aperçoit les traces qu'a laissées le courant de basaltes liquéfiées ; au pied de la montagne existe le basalte prismatique. La planche 327 donne l'idée exacte de cette curieuse coulée basaltique.
Le basalte éruptif a quelquefpis formé des plateaux. La figure 328 montre théoriquement et sans qu'U soit nécessaire de rien ajouter, le mode de formation de ces plateaux.
Beaucoup de ces nappes basaltiques constituent des plateaux très-étendus et d'une épaisseur considérable. D'autres forment
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des lambeaux d'un même tout, plus ou moins disloqués ; d'autres enfin se présentant «n buttes isolées et très-éloignées de
formations congénères (fig. 329). Enfin on trouve des basaltes en filons plus ou moins puissants. Le centre de la France et les
Ltta lEolies. Filons baultiques de VilleucuTe-de-Bei^
bords du Rhin nous en offrent beaucoup d'exemples. Ces filons donnent quelquefois la preuve bien évidente que la matière ne s'est pas introduite par en haut, et qu'elle ne peut être que le résultat d'une injection de l'intérieur de la terre à l'extérieur Ils se terminent, en effet, par le haut en masses effilées, quelquefois bifurquées, qui se perdent dans la roche qu'elles traversent. Tel est le cas des filons basaltiques de Villeneuve-de- Berg{fig.330)
Un des caractères les plus frappants des basaltes c'est leur structure souvent prismatique. Comme cette lave est homogène et à grains trës-iins, les lois qui déterminent la direction des fissures de retrait dans les corps qui passent de l'état liquide h l'état solide par le refroidissement, deviennent ici très-manifestes. Aussi les terrains basaltiques ont-ils été de tout temps remarqués à cause de la forme et de l'agencement pittoresques de leurs laves. Ces laves basaltiques représentent souvent des colonnades de pnsmes réguliers, ayant généralement cinq ou
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six pans, et dont la disposition parait perpendiculaire aux surfaces de refroidissement (fig. 331) D'autres fois, toutes les co-
Pig. 331. Basalte ea colonnei prismatiques.
lonnes, brisées au même niveau, présentent des sortes de pavés composés de pièces à pans régulièrement accolés, qui s'étendent sur un espace plus ou moins considérable, et qui sont placés en amphithéâtre les uns au-dessus des autres. On a de tout temps
donné le nom de chaussées des géants ou de pavés des géants à ces curieuses dispositions des basaltes. En France, le Vivarais, le
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Velayet l'Ardèche sont remplis de ces chaussées basaltiques. Nous donnons ici (fig. 332) le dessin d'une chaussée basaltique
située sur les bords de la petite rivière du Volant, dans le département de l'Ardèche.
L'Irlande a été toujours citée pour ses imposantes chaussées
Fig. 314. GrotU trappêenna de l'Ile de SltBa ■■ aspect eitéiieLr.
des géants. La grotte de Fingal {fig. 333), dans llle de Staffa, est, sous ce rapport, d'une renommée, on peut le dire, banale.
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La grotte de Fingal est creusée au milieu d'immenses colonnes prismatiques de trapp qui sont continuellement battues par les va^es. La figure 334 représente un autre aspect de la même grotte trappéenne de l'Ile de Staiïa.
Les laves basaltiques, par leur irruption à l'intérieur des terres, suivie de leur séparation en colonnes régulières, ont formé quelquefois des grottes. 11 existe, entre Trêves et Coblentz, une grotte très-remarquable en ce genre; elle est connue sous le nom de grotte des Fromages, parce que ces colonnes sont formées de pièces arrondies superposées (iig. 335),
Si l'on considère que dans les basalies en nappe la partie inférieure est compacte, souvent divisée en colonnes prismatiques, etla partie supérieuse poreuse, celluleuse, scoriacée, divisée irrégulièrement ; — que les points de séparation des assises offrent de petits lits de fragments de ces pierres poreuses connues sous le nom de lapilli; — que la partie inférieure de leur masse présente une multiiude d'appendices qui pénètrent dans les terrains meubles où elles reposent, ce qui dénote une matière liquide qui s'est moulée dans ses crevasses ; — que les terres voisines sont souvent calcinées sur une épaisseur plus ou moins considérable, et les débris de végétaui qu'elles renferment charbonnés, etc., on ne pourra conserver le moindre doute sur l'origine ignée des dépôls basaltiques. Arrivé au jour par certaines crevasses, le basalte liquide s'est répandu, a cJfiilé sur la surface borizontale du sol. Cette lave n'aurait pu, en effet,
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prendre une surface unie et une épaisseur constante si elle s'était répandue sur des plans inclinés.
Formation lavique. — La formation lavique comprend à la' fois les volcans éteints et les volcans actuellement en activité.
La première formation est représentée en France par des volcans situés dans les anciennes provinces de l'Auvergne, du Velayet du Vivarais, mais principalement par environ cinquante cônes volcaniques, hauts de 200 à 300 mètres, composés de scories et de pouzzolanes, alignés sur un plateau granitique qui domine la ville de Clermont-Ferrand, et qui se sont produits à la suite d'une fracture longitudinale de l'écorce terrestre, allant du nord au sud. C'est la Chaîne des Puys, qui a 30 kilomètres de . longueur. Par leur structure cellulaire et poreuse, grenue et cristalline, les laves des coulées de ces volcans feldspathiques ou pyroxéniquës se distinguent facilement des laves analogues provenant des formations basaltique ou trachytique, qui se présentent comme elles sous forme de coulées. Leur surface est irrégulière, hérissée d'aspérités formées par les entassements des blocs anguleux.
Les volcans de la Chaîne des Pwys, que l'on voit représentés dans la planche 336, sont si parfaitement conservés, leurs laves sont si fréquemment superposées aux coulées basaltiques, et présentent une composition et une texture si distinctes, qu'on n'a pas de peine à établir qu'ils sont postérieurs à la formation basaltique et d'un âge très-récent. Cependant ils ne paraissent pas appartenir aux temps historiques, car nulle tradition n'atteste leur éruption.
Nous nous arrêterons plus longtemps sur les volcans actuels.
Tout ce qui concerne les volcans s'explique sans peine par la théorie, que nous avons si souvent indiquée, des fractures du globe résultant de son refroidissement. Les divers phénomènes que nous présentent les volcans actuels sont, comme Ta dit de Humboidt, < le résultat de la réaction du noyau fluide interne de notre planète sur son écorce extérieure. ■
On nomme volcan tout conduit qui établit une communication permanente entre l'intérieur de la terre et sa surface, conduit
qui donne passage, par intervalles, à des éruptions de matière lavique, ou de laves. La figure 337 montre, d'une manière théorique, le mécanisme géologique de l'éruption d'un volcan.
Fig. !37. Volcan actue!.
Qn évalue à environ trois cents le [nombre des volcans actuellement en ignition à la surface de la terre. Ou les partage en deux groupes ; les volcans Uolés ou centraux et les volcans disposés en séries- Les premiers sont des volcans actifs, autour desquels peuvent s'établir des bouches éruptives secondaires, toujours en relation avec la bouche principale. Les seconds sont disposés comme des cheminées de foi^e, le long de fentes qui se prolongent sur de grands espaces. Vingt, trente cônes volcaniques et plus, peuvent s'élever au-dessus d'une pareille fente de la croûte terrestre, fente dont la direction se manifeste par leur propre direction linéaire. Quelquefois ces fentes- se trouvent sur la crête de chaînes de montagnes élevées et disloquées, comme par exemple sur les Andes de l'Amérique méridionale.
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Dans la mer, les séries de volcans se montrent sous forme de groupes d'tles disposées en séries longitudinales.
On range parmi les volcans centraux : ceuï des îles Lipari, qui ont, comme centre, le Stromboli en activité permanente ; VEtna, le Vésuve, les volcans des Açores, des Canaries, des lies du Cap-Yert, des (les Gallapagos, des tlea Sandwich, des îles Marquûcs, des fies de la Société, des lies de VAmUîé, de l'île Bourbon, enfin l'Ararat.
On range parmi les volcans en séries : la série des volcans de la Sonde, qui, sous le rapport des matières éjaculées et de la violence des éruptions, renferme les bouches à feu les plus remarquables du globe ; — la série des Moluques et des Philippines; — celle des îles du Japon, des lies Marianne ; — celle du Chili ; — la double série des sommets volcaniques près de Quito; — celles des Antilles, de Guatemala, du Mexique.
Les bouches des cheminées volcaniques se trouvent presque toujours au sommet d'une montagne conique, plus ou moins isolée ; elles consistent en une ouverture en forme d'entonnoir,' qu'on appelle cratère, et qui se prolonge en bas dans l'intérieur de la cheminée volcanique. Le cône qui supporte le cratère est composé, pour la plus grande partie, de laves ou de produits d'éjection ; aussi le désigne-t-on sous le nom de cône d'éjection ou de scories. Il est beaucoup de volcans qui consistent uniquement dans lecàm de scories: tel est celui de !'iledeBarren,dans le golfe du Bengale (fig. 338). D'autres offrent, au contraire, un
Pig. 3U. volcan de l'Ile de Earren, dans le golfe du Bengale.
cône d'une très-faible dimension, malgré la hauteur considérable de la chaîne volcanique. On peut citer comme exemple
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le nouveau cratère qui s'est produit eu 1829 dans l'aDcien cratère du Vésuve (ùg. 339).
La fréquence et l'intensité des éruptions ne sont nullement liées aux dimensions de la montagne volcanique.
L'éruption d'un volcan est ordinairement annoncée par un bruit souterrain, accompagné de secousses, d'ébranlements du sol, et quelquefois de véritables tremblements' de terre. Le bruit, qui provient d'une très-grande profondeur, se fait entendre sur une large étendue de pays, comme s'il partait du voisinage. Il ressemble à un feu bien nourri d'artillerie ou de mousqueterie. Quelquefois , c'est comme le roulement sourd d'un tonnerre souterrain. Des crevasses se produisent souvent, aux époques des éruptions, sur un rayon considérable. Les figures 340, 341, 342 et 343 représentent la disposition de quelques-unes de ces crevasses du sol.
L'éruption commence par une forte secousse qui ébranle l'intérieur de la montagne. L'ascension des masses fluides et des '
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ÉRUPTIONS VOLCANIQUES. kkl
vapeurs chaudes se révèle, dans certains cas, par la fonte des neiges sur les flancs du cône d'éjection. En même temps que se produit la secousse qui triomphe des dernières résistances de la croûte solide du sol, il s'échappe du fond du cratère une masse considérable de gaz, et particulièrement de vapeurs d'eau.
Fig. JM. Fig. H3
Les vapeurs d'eau, il importe de le remarquer, sont la cause essentielle des terribles efîets mécaniques dont s'accompagnent les éruptions des volcans actuels. Les éruptions de matières granitiques, porphyriques, trachytiques et quelquefois même basaltiques, sont arrivées au sol sans provoquer ces violentes explosions, ces formidables éjections de roches et des pierres qui accompagnent les éruptions des volcans modernes. Les granits, les porphyres, les trachytes et les basaltes se sont épanchés sans violence à l'extérieur, parce que la vapeur d'eau n'accompagnait pas ces roches liquéfiées, et telle est la circonstance qui explique la tranquillité des épancheraents anciens, comparée à la violence et aux terribles effets des éruptions des volcans actuels. Bien établi par les investigations de la science, ce
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fait nous donne l'explication des puissants effets mécaniques des volcans modernes, qui contrastent avec les tranquilles éruptions des âges primitifs.
Dans les premiers moments d'une éruption volcanique, les masses de pierres et de cendres qui comblaient le cratère sont projetées en l'air par l'action, brusquement développée, de l'élasticité de la vapeur, Cette vapeur se dégage au travers des laves rouges de feu, sous la forme de grandes bulles arrondies, qui tournoient dans l'air au-dessus du cratère et s'étendent en couronnes d'autant plus larges qu'elles s'élèvent plus haut. Ces masses de vapeurs finissent par former des nuages pelotonnés d'une éblouissante blancheur, qui suivent la direction du veut. Pline le Jeune compare à la cime étagée d'un sapin les nuages que forme au sein des airs la vapeur d'eau provenant d'une éruption volcanique.
Ces nuages volcaniques sont gris ou noirs, selon que la quantité de cendres (c'est-à-dire de matière pulvérulente qu'ils emportent mélangée à la vapeur d'eau) estplus ou moins considé- • rable. Dans quelques éruptions, on a remarqué que ces nuages, en s'abaissant jusqu'au sol, répandaient une odeur particulière d'acide chlorhydrique ou sulfureux; on a même trouvé ces deux acides mélangés à l'eau des pluies provenant de la résolution de ces nuages.
Les nuages pelotonnés de vapeurs qui partent des volcans sont sillonnés d'éclairs continus suivis de violents coups de tonnerre ; en se condensant, ils forment de désastreusesaverses qui tombent sur les flancs de la montagne. Beaucoup d'éruptions, connues sous le nom de volcam de boue ou de vokam d'eau, ne sont autre chose que ces mêmes pluies entraînant avec elles et laissant tomber sur le sol des cendres, des pierres et des scories.
Passons aux phénomènes dont le cratère est le théâtre pendant l'éruption même. On y constate d'abord un mouvement incessant d'ascension et d'abaissement de la lave fluide qui remplit l'intérieur du cratère. Ce double mouvement est souvent interrompu par de violentes explosions de gaz. Le cratère de Kilauea, dans l'tle de Havaiï (Sandwich), contient un lac de matière fondue large de 500 mètres. Ce lac subit ce double mouvement
d'âévatioD et d'abaissement. Chacune des bulles de vapeur qui sort du cratère pousse vers le haut la lave fondue ; elle s'élève et éclate à la surface avec une force considérable. Une partie de la lave, à demi refroidie et scorifiée, est ainsi projetée vers le haut, et les divers fragments sont lancés avec violence dans toutes les directions, comme ceux d'une bombe qui éclate.
Le plus grand nombre des fragments lancés verticalement dans les airs retombe dans le cratère. Beaucoup s'accumulent sur le bord de l'ouverture et ajoutent de plus en plus à la hauteur du cône d'éruption. Les fragments plus légers et de petites dimensions, comme aussi les cendres fines, sont entraînés par les spirales de vapeur et portés sur des étendues de pays souvent très-considérables. En 1794, les cendres du Vésuve furent lancées jusqu'au fond de la Calabre; en 1812, celles du volcan de Saint- Vincent, dans les Antilles, furent portées à l'est jusqu'à ia Barbade, et y répandirent une telle obscurité, qu'en plein jour on ne voyait pas à se conduire. Eniîn quelques masses de laves, puissantes et isolées, sont projetées en dehors de la gerbe de scories ; elles sont arrondies par suite de leur mouvement de tournoiement dans l'air et portent le nom de bombes volcaniques.
Nous avons déjà fait remarquer que la lave qui, à l'état liquide, remplit le cratère et la cheminée intérieure du volcan, a été poussée en haut par les vapeurs d'eau. Dans beaucoup de cas, la force mécanique de cette vapeur est si considérable, qu'elle lance la lave par-dessus les bords du cratère, et qu'il se forme ainsi un torrent de feu qui se répand le long de la montagne. Ce débordement n'a lieu au sommet de la montagne que dans les volcans d'une faible hauteur ; dans les volcans élevés, la montagne se fend d'ordinaire près de sa base, et c'est par cette fente que le torrent de lave s'épanche sur le pays environnant.
L'écoulement de la lave donne lieu à des phénomènes qui , sont très- différents, selon le degré de fluidité de la lave, selon sa température et le degré d'inclinaison de la montagne.
Une fois épanchée, la lave se refroidit assez vite; elle durcit et présente une croûte écaillée par suite du refroidissement; par ses interstices, on voit encore s'échapper des jets de vapeur
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d'eau. Mais, sous cette croûte superficielle, la lave continue d'être liquide ; elle ne se refroidit que peu à l'intérieur de sa masse. Elle chemine avec une estrëme lenteur, entravée qu'elle est dans sa progression par les débris des roches qui s'enlassent au-devant de cette rivière brûlante et sont charriées par son cours.
La vitesse avec laquelle se meut un courant de lave dépend de son degré de iluidité, de sa masse et de la pente du sol. On a constaté que certains courants de lave parcouraient en une heure plus de 1000 mètres ; mais leur vitesse est d'ordinaire beaucoup moindre : un homme à pied peut souvent la dépasser. Ces courants varient beaucoup en dimensions. Le courant le plus considérable de la lave de l'Etna a, sur quelques points, une épaisseur de 35 mètres et une largeur d'un mille et demi géographique. La plus grande masse lavique qui ait été épanchée dans les temps historiques est celle du Skaptor Jokul, en Islande, en 1783. Elle forma deux courants dont les extrémités étaient éloignées l'une de l'autre de 20 lieues, et qui, de distance en distance, présentaient une largeur de 3 lieues et une épaisseur de 200 mètres.
Un effet tout particulier et qui ne fait que simuler l'aciivilé volcanique s'observe dans les localités où existent des volcans de boue. La plupart de ces volcans présentent de petites éminences coniques, avec une dépression dans leur intérieur. Ils versent au dehors de la boue poussée par des gaz et de la vapeur d'eau. La température des matières lancées au dehors est d'ordinaire peu élevée. La boue, généralement grisâtre, à odeur de pétrole, est soumise aux mêmes mouvements alternatifs que la lave fondue dans les volcans proprement dits. Les gaz qui projettent à l'extérieur cette argile fluide, mélangée de sels, de gypse, de naphte, de soufre, quelquefois même d'ammoniaque, sont habituellement l'hydrogène carboné et l'acide carbonique. Tout porte h croire qu'ils proviennent, au moins en grande partie, des réactions qui s'effectuent entre les divers éléments du sous-sol sous l'influence de l'eau qui s'y infiltre, entre des marnes bitumineuses, des carbonates complexes, et probablement l'acide carbonique de sources acidulés. M. Fourr net a vu en Languedoc, près de Roujan, des ébauches de ces
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sortes de formations ; et d'ailleurs non loia delà existe la source bitumineuse de Gabian.
Les volcans de boue, ou salses, se présentent en un assez grand nombre de lieux à la surface de la terre. Il en existe beaucoup dans les environs de Modène; on en voit en Sicile, entre Arragona et Girgenti. Pallas en a observé en Crimée, dans la presqu'île de Kertche, à l'île de Taman ; de Humboldt en a décrit et figuré dans la province de Carlhagène, dans l'Amérique méridionale ; on en cite enfin à l'fle de la Trinité et dans rindoustan. Kons représentons sur la figure 344 les volcans d'air ou de bout de Turbaeo dans la province de Garthagëne (Amérique méridionale), que de Humboldt a. figuré dans son Voyage aux régions équatorîales.
On trouve, dans certaines contrées , des buttes formées de matières argileuses résultant des anciennes déjections d'un volcan de boue, duquel tout dégagement de gaz, d'eau et de terre a depuis longtemps cessé. Quelquefois ce phénomène reprend avec violence son cours interrompu. De légers tremblements de terre s'y font alors sentir, et des blocs de terre desséchée étant projetés au loin, de nouveaux flots de boue se font jour.
Revenons aux volcans ordinaires, c'est-à-dire à ceux qui lancent des laves.
A la fin d'une éruption lavique, quand l'activité du volcan commence à s'affaiblir, l'émission du cratère est réduite à des dégagements plus ou moins abondants de gaz, qui s'échappent par une multitude de assures du sol, mêlés à de la vapeur d'eau.
Le plus grand nombre de volcans qui se sont ainsi éteints forment ce qu'on appelle les solfatares. L'hydrogène suliUré qui se dégage des fissures du sol se décompose au contact de l'air, en formant de l'eau par l'action de l'oxygène atmosphérique, et laissant du soufre, qui se dépose ainsi en masses considérables sur les parois du cratère et dans les fentes du sol. Telle est l'origine géologique du soufre que l'on recueille à Pouzzole, près de Naples.
Le soufre joue dans l'industrie un rôle fondamental. C'est, en effet, avec le soufre extrait des terres qui environnent les boucbes des volcans éteints, c'est-à-dire avec tes produits dessolfa-
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lares, que l'on prépare l'acide sulfurique, agent fondamenlal d'une foule d'industries dans les deux mondes , et qui est devenu un des plus puissants éléments de notre production manufacturière.
Les sources d'eau bouillante connues sous le nom de geysers sont une autre émanation minérale qui se rattache aux anciens cratères. Elles sont continues ou intermittentes. On trouve en Islande un grand nombre de ces sources jaillissantes. L'un des geysers de l'Islande projette une colonne d'eau de 6 mètres de diamètre, s'élevant parfois à 50 mètres de hauteur. L'eau, en se refroidissant, laisse déposer la silice qu'elle tenait en dissolution.
Ija figure 345 représente les geysers de l'Islande.
La phase dernière de l'activité volcanique, c'est un dégagement d'acide carbonique sans élévation de température. Dans les heux où se manifestent ces émanations continues de gaz acide carbonique, on reconnaît l'existence d'anciens volcans dont les dégagements sont le phénomène terminal. C'est ce que l'on observe de la façon la plus remarquable en Auvergne, où existent une multitude de sources acidulés, c'est-à-dire char-
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gées d'acide carbonique. Pendant qu'il créait les mines de Pontgibaud, M. Fournet eut à lutter contre ces émanations qui parfois s'effectuaient avec une puissance explosive. Des jets d'eau s'élançaient à de grandes distances dans les galeries, en ronflant comme la vapeur qui s'échappe de la chaudière d'une locomotive. Le liquide qui remplissait un puits abandonné de l'exploitation fut, à deux reprises, soulevé par de violentes effervescences. Elles vidèrent à moitié cette excavation, et les torrents du gaz se répandant dans la vallée asphyxièrent un cheval et une troupe d'oies. Les mineurs étaient obligés de s'enftiir en toute hâte au moment des éructations gazeuses, et ils devaient se tenir droits, afin de ne pas plonger la tête dans l'acide carbonique que sa pesanteur maintient vers le bas des galeries. Il y a loin de là au petit effet de la grotte du Chien, qui, près de Naples, excite la surprise des badauds, et qui se propage dans tous nos livres, comme si la France n'avait pas aussi ses merveilles de la nature,.
Le même fait se manifeste avec une intensité bien supérieure à Java, dans la vallée dite du poison, qui est.pour les habitants un véritable objet de terreur. Dans cette vallée redoutable, le sol est partout couvert de squelettes et de carcasses de tigres, de chevreuils, de eerfs, d'oiseaux, et même d'ossements humains, car l'asphyxie frappe tout être vivant qui s'aventure dans ces lieux désolés.
Les volcans actuellement en activité sont, comme nous l'avons dit, très-nombreux et répandus sur toute la surface du globe. Les plus connus sont ceux du Vésuve, près de Naples, de l'Etna, en Sicile, et de Stromboli, dans les lies Lipari. Donnons quelques rapides indications sur chacun de ces volcans actuels.
Le Vésuve est de tous les volcans celui qui a été le mieux étudié; c'est le volcan pour ainsi'dire classique. Personne n'ignore qu'il s'ouvrit pour la première fois l'an 79 après Jésus-Christ. Cette éruption célèbre coula la vie au naturaliste Pline l'ancien, qui sacrifia son existence à l'observation du plus imposant phénomène de la nature. Après bien des mutations, le cratère actuel du Vésuve consiste en un cône entouré, du côté opposé à la mer, par-une crête en demi-cercle, composée de matières pon-
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ceuses ou amptiigéniques étrangères au Vésuve proprement dit.
On croitque le mont Vésuve était primitivement la montagne à laquelle on donne aujourd'hui le nom de Somma. Le cône, qui seul porte aujourd'hui le nom de Vésuve, s'est probablement formé lors de la fameuse éruption de l'an 7d, qui ensevelit sous des avalanches de débris de ponce pulvérulente les villes d'Herculanum et de Pompéi. Ce cône se termine par un cratère dont la forme a changé bien des fois, et qui a vomi, depuis l'origine, des déjections de nature variée et des courants de lave. Les éruptions du Vésuve ne sont séparées, de nos jours, que par des intervalles de quelques années.
Les îles Lipari renferment le volcan de StromboU, continuellement en ignition, et qui forme ce fameux phare naturel de la mer Tyrrhénienne, tel qu'Homère l'a observé, tel qu'on l'avait vu avant le vieil Homère et tel qu'on le voit encore de nos jours. Ses éruptions sont continues. Le cratère d'où elles s'élancent ne se trouve pas à la pointe de l'éminence conique de l'ile, mais sur un de ses côtés, à peu près aux deux tiers de la hauteur. H est en partie rempli de lave fondue, qui s'y trouve continuellement soumise à un mouvement alternatif d'ascension et d'abaissement. Ce mouvement est provoqué par la montée de bulles de vapeur qui s'élèvent à la surface et projettent au dehors une haute colonne de cendres. Pendant la nuit, ces nuages de vapeur resplendissent d'une magnifique réverbération rouge, qui éclaire d'une sinistre lueur l'Ile et la mer environnante.
Situé sur la côte orientale de la Sicile, l'Etna paraît, au premier coup d'oeil, avoir une structure beaucoup plus simple que celle du Vésuve. Ses pentes sont moins rapides, plus uniformes de tous côtés ; ea base représente à peu près la forme d'un bouclier. La partie inférieure de l'Etna, ou la région cultivée de cette montagne, est inclinée d'environ 3'. La région moyenne, ou celle des forêts, est plus rapide ; elle mesure 8* d'inclinaison. La montagne se termine par un cône de forme elliptique, de 32° d'inclinaison, qui porte en son milieu, au-dessus d'une terrasse presque horizontale, le cône d'éruption, avec son cnt; tère arrondi. Ce cratère est à 3300 mètres d'altitude. Il ne donne
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point issue à des laves, mais seulement à des gaz. Les laves sortent par soixante c6nes plus petits qui se sont formés sur les pentes du volcan. On peut, en regardant la montagne du sommet, se convaincre que ces cAnes sont disposés en rayons et placés sur des fentes qui convergent vers le cratère comme vers un centre.
Ajoutons, pour compléter cette très-rapide esquisse des phénomènes volcaniques actuels, qu'il existe des volcans sous-marins. Si l'on n'en connaît qu'un petit nombre, cela tient à ce que leur apparition au sein des eaux est presque constamment suivie d'une disparition plus ou moins complète. Toutefois, des phénomènes très-puissants et très-visibles nous donnent une démonstration suflisantede la persistance continuelle des actions volcaniques au-dessous du bassin des mers. Au milieu des eaux de l'Océan, on voit quelquefois apparaître subitement des lies sur des points où les navigateurs n'en avaient Jamais aperçu. C'est ainsi que l'on a vu de nos jours se former l'Ile Julia ou Ferdinanda. Apparue au sud-ouest de la Sicile en 1831, elle s'abtma deux mois après sous les vagues ' . A diverses époques, et notamment en 1811, il se forma des Iles nouvelles dans les Açores. Il s'en éleva à plusieurs reprises autour de l'Islande et sur beaucoup d'autres points.
L'Ile qui apparut en 1796, à dix lieues de la pointe septentrionale d'Unalaska , l'une des Iles Aléoutiennes, est particulièrement célèbre. On vit d'abord sortir du sein de la mer une colonne de tlimée; ensuite un point noir, d'où s'élançaient des gerbes enflammées, apparutà la surface de l'eau. Pendant plusieurs mois que dura ce phénomène, l'tle s'accrut en largeur et en hauteur. Enfin on ne vit plus sortir que de la fumée ; au bout de quatre ans, cette dernière trace des convulsions volcaniques avait même complètement cessé. L'tle continua néanmoins agrandir etàs'élever; elle formait en 1806 un cAne surmonté de quatre autres plus petits.
Dans l'enceinte comprise entre les fies Santorin, Therasia et Aspronisi, dans la Méditerranée, s'éleva, cent quatre-vingt-six
1 , Voir àasts notre ouvrage la Terrt et Itt Mtn, deatiéme édition , page 3&Ô, U. descriplioa de 111e FerdioandA, Mec les dessins originaux de celle Ile ïolckuique.
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452 LES ROCHES ÉRDPTIVES.
ans avant notre ère, l'Ile à'Hiera, qui s'accrut encore par des Ilots soulevés sur ses bords pendant les années 19, 726 et U27. On a vu apparaître en 1773 Micra-Kameni, et Nea-Rameni en 1707. Ces lies s'accrurent successivement en 1709, 1711, 1712, etc. Selon les anciens, Santorin, Therasia et Aspronisi avaient apparu, plusieurs siècles avant Jésus-Christ, à la suite de tremblements de terre d'une grande violence.
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