‹ La terre avant le déluge (volume 4)Chapitre 31 sur 55 · ÉCHINODERMES · texte numérisé non relu

ÉCHINODERMES

Scutella subrolunda (fig. 289).

AMORPHOZOAIRES :

Cliona Duvernoyi.

La planche 290 nous montre les éléments naturels propres fjmfHls&s/i

Fig. 28 Meandropora cerebriformis.

Fig. 289. Scutella subrotunda.

à la période miocène. On y voit le Dinothérium couché dans l'herbe des marécages, le Rhinocéros, le Mastodonte et un singe

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de grande taille, le Dryopilhecus, suspendu aux branches d'un arbre. Les produits du règne végétal sont, pour la plus grande partie, analogues à ceux de nos jours. On remarquera l'abondance de cette végétation fine et serrée. Cette vue rappelle celle que nous avons mise sous les yeux du lecteur pour représenter la période houillère. C'est qu'en effet la végétation de cette époque, et par les mêmes causes, c'est-à-dire par suite de la submersion du terrain sous l'eau des marécages, a donné naissance à une sorte de houille, que l'on trouve dans les terrains miocènes et qui porte le nom de lignite. Cette houille imparfaite ne ressemble pas entièrement à celle des terrains de transition, parce qu'elle est de date plus récente, parce qu'elle n'a pas eu à subir l'action de la chaleur du globe et la pression de nombreuses couches de terre superposées, conditions qui ont eu pour conséquence, comme nous l'avons établi, la formation des houilles denses et compactes des terrains de transition.

Les lignites que l'on trouve dans le terrain miocène, comme dans le terrain éocène, constituent un combustible qui est exploité actuellement et utilisé en divers pays, surtout en Allemagne, où il tient lieu de houille. Ces couches ont quelquefois 20 mètres d'épaisseur; on les remarque dans le terrain des environs de Paris, formant des couches de quelques décimètres seulement, qui alternent avec des argiles et des sables. On ne saurait douter que les lignites soient autre chose, comme les houilles, que les restes de forêts ensevelies de l'ancien monde, car on y trouve, souvent parfaitement reconnaissables, les différentes essences des bois de nos forêts. Les études des botanistes modernes ont démontré que les espèces végétales des lignites appartenaient à une végétation fort semblable à celle de l'Europe actuelle.

On trouve dans les lignites une matière fort curieuse, Yambre jaune ou succin. L'ambre jaune est la résine, un peu altérée par le temps, qui découlait des arbres pendant l'époque tertiaire. Les vagues de la mer Baltique rongent les lignites qui affleurent son fond, et en détachent l'ambre par fragments : ce produit, plus léger que l'eau, s'élève à la surface, et les flots le jettent sur la plage. Depuis des siècles la Baltique fournit cette matière au commerce ; les Phéniciens remontaient jusqu'à

ses rivages, pour récolter cette matière, extrêmement recherchée dans l'antiquité.

L'ambre jaune a beaucoup perdu aujourd'hui de sa valeur commerciale; mais il a une importance toute particulière pour la paléontologie. On trouve souvent des insectes fossiles emprisonnés dans les masses d'ambre. Grâce à la propriété antiputride des résines, ces insectes fossiles ont conservé tout l'éclat de leurs couleurs et toute l'intégrité de leurs formes. L'ambre est donc un aromate naturel qui a embaumé, pour les transmettre ù notre génération, les plus petits êtres et les plus délicats organismes des temps primitifs. C'est comme un manteau préservateur qui a permis à ces espèces anéanties d'arriver jusqu'à nous dans l'intégrité de leur structure.

Terrain miocène. — Les roches qui ont pris naissance par les dépôts des mers pendant l'époque miocène, ne sont que trèsincomplétement représentées dans le bassin de Paris; ils changent de composition selon les localités. On les divise en deux étages : l'étage de la Molasse et celui des Faluns.

Dans le bassin parisien , la molasse présente, à sa base, des sables quartzeux d'une grande épaisseur, tantôt purs, tantôt un peu argilifères, ou micacés. Ils renferment des bancs de grès, parfois mêlés de calcaires, qu'on exploite dans les carrières de Fontainebleau, d'Orsay, de Montmorency, et qui servent au pavage de Paris et des villes environnantes. Cette dernière formation est toute marine. A ces sables et grès succède un dépôt d'eau douce, formé d'un calcaire blanchâtre, en partie siliceux, qui forme le sol du plateau de la Beauce, entre la vallée de la Seine et celle de la Loire : c'est le calcaire de la Beap.ce. Il s'y mêle une argile roussàtre, plus ou moins sableuse, renfermant de petits blocs de silex meulier très-reconnaissables à leur couleur jaune ocracée et aux nombreuses cavités ou anfractuosités qui creusent leur tissu. Ce silex meulier est très-employé à Paris pour la construction des voûtes de caves, des conduites souterraines, des égouts, etc.

On nomme faluns diverses couches formées de coquilles et de polypiers presque entièrement brisés. On l'exploite en beaucoup de pays , notamment aux environs de Tours et de

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Bordeaux, pour le marnage des terres. C'est à l'étage des faluns qu'appartient le calcaire d'eau douce qui compose la célèbre butte de Sansan, près d'Auch, dans laquelle M. Lartet a trouvé un nombre considérable d'ossements de Tortues, d'oiseaux et surtout de mammifères, tels que Mastodontes, Pilhecus antiquus, etc.

Cette dernière période de l'époque tertiaire a été marquée, dans quelques parties de l'Europe, par de grands mouvements de l'écorce terrestre, toujours dus à la même cause, c'est-à-dire à la continuation du refroidissement du globe. Ainsi que nous l'avons plusieurs fois rappelé, ce refroidissement, qui faisait passer à l'état solide les parties fluides de l'intérieur du globe, amenait des rides de l'écorce terrestre, quelquefois accompagnées de cassures ; par ces cassures s'épancbaient les matières internes, demi-fluides ou de consistance pâteuse, ce qui déterminait ultérieurement le soulèvement de diverses montagnes dans ces interstices béants. Pendant la période pliocène, plusieurs montagnes et chaînes montagneuses ont été formées en Europe par des éruptions basaltiques ou volcaniques. Ces soulèvements étaient précédés de mouvements brusques irréguliers de la masse élastique du sol, c'est-à-dire de tremblements de terre. Nous aurons à revenir bientôt sur l'ensemble des phénomènes éruptifs.

Pour apprécier l'état de la végétation des continents pendant la période pliocène et comparer cette végétation à celle de l'époque actuelle, écoutons M. Lecoq :

« Arrive enfin cette dernière époque qui a précédé la nôtre, cette époque où les zones tempérées étaient encore embellies par les formes équatoriales qui déclinaient lentement, chassées par un climat refroidi et par l'envahissement d'espèces plus vigoureuses. Les grandes commotions terrestres ont eu lieu, les montagnes ont recueilli des neiges éternelles, les continents offrent leurs formes actuelles, mais de grands lacs, aujourd'hui desséchés, existent encore ; des rivières puissantes promènent majestueusement leurs eaux sur de riantes campagnes, où l'homme n'est pas venu modifier la nature.

« Deux cent douze espèces composent cette flore, où les Fougères du monde primitif sont à peine indiquées, d'où les Palmiers peut-être ont

disparu tout à fait, et l'on voit les formes se rapprocher bien davantage de celles que nous avons constamment sous les yeux. Le Cuîtnites arundinaceus, Unger, abonde autour des eaux, où croit aussi le Cyperitrs terliarius, Unger, où nage le Dutamogetun geniculutus, Braun, et où l'on vit sans doute submergé YIsuctiies lirunnti,XJï)ger. De grandes Conifères forment toujours des forêts. Cette belle famille a, comme on le voit, traversé toutes les époques pour venir nous offrir son port élégant et sa verdure persistante; les Taxodetes, les Thuyoxylons, les Abiétites, les Pinites , les Eléuxijlvns, les Taxites sont les formes les plus abon- «dantes.

« Le caractère dominant de cette époque est l'abondance du groupe des Amentacées; tandis que les Conifères sont au nombre de trentedeux, le groupe précédent a cinquante-deux espèces, parmi lesquelles nous retrouvons en abondance les genres européens, tels que : Alnus, Quercus, Salix, Fagu*, Betula, Caspinus, etc. Les familles suivantes constituent la flore arborescente de cette époque, outre celles que nous venons d'indiquer: Balsamiflorées, Laurinées. Thymélées, Santalacées, Cornées, Myrtacées, Calycanthées, Pomacées, Rosacées, Amygdalées, Légumineuses, Anacardiées, Juglandées, Rhamnées, Célastrinées, Sapindacées, Milacinées, Acérinées, Tiliacées, Magnoliacées, Capparidées, Sapotées, Styracées, Oléacées, Ébénacées, Ilicinées, Éricinées.

« Dans toutes ces familles se trouvent un grand nombre de genres européens, souvent même plus abondants en espèces qu'ils ne le sont maintenant. Ainsi, comme le fait observer M. Brongniart, on compte dans cette flore quatorze espèces d'Érables; treize espèces de Chênes, et ces espèces proviennent de deux ou trois localités très-circonscrites, qui, dans l'époque actuelle, ne représenteraient probablement, dans un rayon de quelques lieues, que trois ou quatre espèces de ces genres. »

Une différence importante distingue la flore pliocène de celle des époques antérieures : c'est l'absence , dans les parages européens, de la famille des palmiers, qui forme, au contraire, un caractère botanique essentiel de la période miocène. Nous ferons remarquer enfin que, malgré les analogies générales qui existent entre les végétaux de l'époque pliocène et ceux qui vivent actuellement dans les régions tempérées, aucune espèce ne paraît être identique avec les plantes qui croissent maintenant en Europe. Ainsi la végétation européenne, môme à l'époque géologique la plus récente , différait, par les espèces, de la végétation qui la décore aujourd'hui.

Les animaux qui vivaient sur les continents pendant la période pliocène, vont nous présenter un grand nombre d'êtres aussi remarquables par leurs proportions que par leur

structure. Nous appellerons spécialement l'attention sur les mammifères et sur un reptile fameux de l'ordre des batraciens.

Parmi les mammifères de la période pliocène , les uns, nés antérieurement à cette période, persistent encore, ou s'éteignent pendant sa durée : tel est le Mastodonte Les autres nous offrent des genres entièrement inconnus jusque-là, et dont quelquesuns arriveront jusqu'à l'époque actuelle : tels sont l'Hippopotame, le Chameau, le Cheval, le Bœuf, le Cerf, etc.

Certaines espèces de grands Bœufs vivaient en nombreux troupeaux sauvages, dans les forêts de la contrée qui devait un jour être la France, particulièrement dans l'Auvergne et le Ve.lay actuels. Leur taille dépassait de beaucoup celle des Aurochs; ils ressemblaient aux Buffles sauvages de notre époque.

Le Cheval est celui de tous les animaux fossiles qui présente le plus de ressemblance avec les individus qui vivent de nos jours; il était seulement plus petit, et ne dépassait pas la taille d'un âne.

Le Mastodonte que nous avons étudié dans la période précédente, vivait encore à l'époque pliocène. La figure 296 représente l'espèce qui vivait à cette époque, c'est-à-dire le Mastodonte de Turin, qui n'a, comme on le voit, que les deux grandes défenses de la mâchoire supérieure. Le Mastodonte qui vivait pendant la période miocène avait quatre défenses, comme on l'a vu, page 291.

L'Hippopotame, le Tapir, le Chameau, qui apparaissent pendant la période pliocène, ne présentent aucun caractère particulier qui puisse nous arrêter.

Les Singes commençaient à abonder en espèces; les Cerfs étaient déjà fort nombreux. Le Rhinocéros, qui avait commencé d'apparaître dans la période miocène, se montra surtout pendant cette période.

L'espèce de Rhinocéros propre au monde ancien est le Rhinocéros tichorhynus , c'est-à-dire à cloison osseuse du nez, nom qui rappelle la cloison osseuse qui séparait ses deux narines, disposition anatomique qui n'existe pas chez le Rhinocéros actuel. Deux cornes surmontaient le nez de cet animal, qui

PERIODE PLIOCENE.

est unicorne dans l'espèce dite des Indes actuellement vivante1.

Le corps du Rhinocéros tichorhynus était couvert de poils très-

1. Les deux autres espèces vivantes, le Rhinocéros d'Afrique et celui de Sumatra, ont deux cornes, mais bien plus petites que celles du Rhinocéros tichorhynus.

abondants, et sa peau étaitdépourvue des rides etdes squammes calleuses que l'on remarque sur la peau de notre Rhinocéros d'Afrique.

En même temps que cette espèce gigantesque, il existait un Rhinocéros nain, de la taille de nos cochons. Des espèces intermédiaires pour la grandeur existaient aussi, car on possède tous les ossements nécessaires pour les reconstituer". Nous représentons sur la figure 300 la tête de Rhinocéros tichorhynus. Sur la figure 301, on voit un essai de restauration de la tète du môme animal.

La forme recourbée des os nasaux du Rhinocéros fossile et sa corne gigantesque ont donné lieu à bien des contes et des

Fig. 300. Tête du Rhinocéros tichorhynus.

légendes populaires. Le fameux Oiseau Rock, qui joue un si grand rôle dans les mythes fabuleux des peuples de l'Asie, a pris son origine dans la découverte, au sein de la terre, de crânes et de cornes de Rhinocéros fossile. Les fameux Dragons de la tradition occidentale viennent de la môme origine.

Dans la ville de Klagenfùrt, en Carinthie, est une fontaine de grès sur laquelle est sculpée la tête d'un dragon monstrueux, aux pattes courtes et au front surmonté d'une corne robuste. Selon la tradition populaire , encore en vigueur à Klagenfiirt, ce dragon se tenait dans une grotte, et il en sortait de temps en temps pour porter dans le pays l'épouvante et les ravages. Un audacieux chevalier tua le dragon, en payant de sa vie ce trait

de courage. C'est, comme on le voit, la légende qui se trouve uniformément répétée dans une foule de pays, depuis le célèbre chevalier vainqueur du monstrueux dragon qui ravageait l'île de Rhodes, jusqu'à Sainte-Marthe , qui, à peu près à la même époque, apaisa la fabuleuse Tarasque de la cité languedocienne qui porte le nom de Tarascon, — sans oublier la Bête du Gévaudan.

Mais h Klagenfiirt, la légende populaire a heureusement

Fig. 301 Tète du Rhinocéros tichorhynvs. d'après une restauration exécutée pour le cabinet de la Sorbonne, par M. Eugène Deslongchamps.

trouvé à qui parler. On conserve à l'hôtel de ville le crâne du prétendu dragon tué par le chevalier ': ce crâne avait servi au sculpteur pour mouler la tète de sa statue. Or M. Unger, de Vienne, a reconnu au premier coupd'œil, dans cette pièce, le crâne d'un Rhinocéros fossile. La découverte de ce crâne dans une grotte avait engendré la fable du dragon et du chevalier.

C'est ainsi que toutes les légendes s'expliquent scientifiquement quand on peut remonter aux sources et raisonner sur des témoignages matériels.

Nous ferons connaître ici la découverte étonnante d'un FShi-

nocéros tichorhynus que le naturaliste Pallas vit de ses propres yeux, tout fraîchement retiré des glaces, conservant encore ses téguments, ses poils et sa chair. C'est en 1771 que Pallas fit cette rencontre extraordinaire.

C'est en décembre 1771 que l'on aperçut pour la première fois le cadavre du Rhinocéros enseveli dans des sables glacés, sur le bord du Viloui, rivière qui se jette dans la Lena, audessous d'Jakoutsk (Sibérie), par 64° de latitude boréale. Nous extrayons des Voyages de Pallas la relation qui va suivre :

« Je crois, dit Pallas, devoir parler d'une découverte intéressante que je dois à M. le chevalier de Bril.

« Des Jakoutes, en chassant cet hiver près de Viloui, trouvèrent le corps d'un gros animal inconnu. Le sieur Ivan Argounof, oupravitel, ou inspecteur du zimovié, avait fait passer à Irkoutsk, par la chancellerie d'Iakoutsk, la tête, un pied de devant et un de derrière de cet animal. Le tout était très-bien conservé. Il dit dans son mémoire, daté du 17 janvier -1772, qu'on avait trouvé dans le mois de décembre 1771 cet animal mort, et déjà très-corrompu, à environ quarante verstes audessus du zimovié de Vilouiskoé, sur le sable du rivage, à une toise de l'eau et à quatre toises d'une autre rive plus élevée et escarpée. Il était enterré à moitié dans le sable. On l'a mesuré sur la place; il avait trois aunes trois quarts de Russie de longueur, et on a estimé sa hauteur à trois aunes et demie. Le corps de l'animal, encore dans toute sa grosseur, était revêtu de sa peau, qui ressemble à un cuir; mais il était si corrompu qu'on n'a pu enlever les pieds et la tête; on en a envoyé deux à Irkoutsk, et un troisième à la chancellerie d'Iakoutsk. Je vis à Irkoutsk la tête et les pieds; ils me parurent appartenir, au premier coup d'œil, à un rhinocéros qui était dans toute sa force. La tête surtout était fort reconnaissable , puisqu'elle était recouverte de son cuir. La peau avait conservé toute son organisation extérieure, et on apercevait plusieurs poils courts. Les paupières même ne paraissaient pas entièrement tombées en corruption. J'aperçus une matière dans la fossette du crâne, et çà et là sous la peau, qui était le résidu des parties charnues putréfiées. Je remarquai aux pieds des restes très-sensibles des tendons et des cartilages, où il ne manquait que la peau. La tête était dégarnie de sa corne, et les pieds de leurs sabots. La place de la corne, le rebord de la peau qui se forme autour d'elle, et la séparation qui existe dans les pieds de devant et de derrière, sont des preuves certaines que cet animal était un rhinocéros. J'ai rendu compte de cette singulière découverte dans une dissertation insérée dans les Mémoires de l'Académie de Pétersbourg '. J'y renvoie mes lecteurs, pour ne pas me répéter. Ils y verront les raisons qui prouvent qu'un rhinocéros a pu pénétrer près de la Lena, dans les contrées les plus septentrionales, et qui ont fait trouver en Sibérie tant

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