‹ La terre avant le déluge (volume 4)Chapitre 47 sur 55 · È IL-A · texte numérisé non relu

È IL-A

Fig. 329. Flg. iiu.

Basalte en buttes isolées. Filons basaltiques de Villeneuve-de-Berg.

bords du Rhin nous en offrent beaucoup d'exemples. Ces filons donnent quelquefois la preuve bien évidente que la matière ne s'est pas introduite par en haut, et qu'elle ne peut être que le résultat d'une injection de l'intérieur de la terre à l'extérieur Ils se terminent, en effet, par le haut en masses effilées, quelquefois bifurquées, qui se perdent dans la roche qu'elles traversent. Tel est le cas des filons basaltiques de Villeneuve-de- Berg (fig. 330). «

Un des caractères les plus frappants des basaltes c'est leur structure souvent prismatique. Comme cette lave est homogène et à grains très-fins, les lois qui déterminent la direction des fissures de retrait dans les corps qui passent de l'état liquide à l'état solide par le refroidissement, deviennent ici très-manifestes. Aussi les terrains basaltiques ont-ils été de tout temps remarqués à cause de la forme et de l'agencement pittoresques de leurs laves. Ces laves basaltiques représentent souvent des colonnades de prismes réguliers, ayant généralement cinq ou

six pans, et dont la disposition paraît perpendiculaire aux surfaces de refroidissement (fig. 331) D'autres fois, toutes les co-

Fig. 331. Basalte en colonnes prismatiques.

lonnes, brisées au même niveau, présentent des sortes de pavés composés de pièces à pans régulièrement accolés, qui s'étendent sur un espace plus ou moins considérable, et qui sont placés en amphithéâtre les uns au-dessus des autres. On a de tout temps

Fig. i'Ai. chaussée des géants, au bord de la rivière du Volant, dans l'Ardeche.

donné le nom de chaussées des géants ou de pavés des géants à ces curieuses dispositions des basaltes. En France, le Vivarais, le

Velay et l'Arâèche sont remplis de ces chaussées basaltiques. Nous donnons ici (fig. 332) le dessin d'une chaussée basaltique

Fig. 333. Grotte trappcenne ue tniyai, Uaus i lit; Ue ataiiu : aspect intérieur.

située sur les bords de la petite rivière du Volant, dans le département de l'Ardèche.

L'Irlande a été toujours citée pour ses imposantes chaussées

Fig. 334. Grotte trappeenne de l'île de Stafla : aspect extérieur.

des géants. La grotte de Fingal (fig. 333), dans l'île de Staffa, est, sous ce rapport, d'une renommée, on peut le dire, banale.

La grotte de Pingal est creusée au milieu d'immenses colonnes prismatiques de trapp qui sont continuellement battues par les vagues. La figure 334 représente un autre aspect de la même grotte trappéenne de l'île de Staffa.

Les laves basaltiques, par leur irruption à l'intérieur des terres, suivie de leur séparation en colonnes régulières, ont formé quelquefois des grottes. Il existe, entre Trêves et Coblentz, une grotte très-remarquable en ce genre ; elle est connue sous le nom de grotte, des Fromages, parce que ces colonnes sont formées de pièces arrondies superposées (fig. 335).

Flg. ÏS'a. uiutte des Fromages.

Si l'on considère que dans les basaltes en nappe la partie inférieure est compacte, souvent divisée en colonnes prismatiques, etla partie supérieuse poreuse, celluleuse, scoriacée, divisée irrégulièrement ; — que les points de séparation des assises offrent de petits lits de fragments de ces pierres poreuses connues sous le nom de lapilli; — que la partie inférieure de leur masse présente une multitude d'appendices qui pénètrent dans les terrains meubles où elles reposent, ce qui dénote une matière liquide qui s'est moulée dans ses crevasses ; — que les terres voisines sont souvent calcinées sur une épaisseur plus ou moins considérable, et les débris de végétaux qu'elles renferment charbonnés, etc., on ne pourra conserver le moindre doute sur l'origine ignée des dépôts basaltiques. Arrivé au jour par certaines crevasses, le basalte liquide s'est répandu, a coulé sur la surface horizontale du sol. Cette lave n'aurait pu, en effet,

prendre une surface unie et une épaisseur constante si elle s'était répandue sur des plans inclinés.

Formation lavique. — La formation lavique comprend à la fois les volcans éteints et les volcans actuellement en activité.

La première formation est représentée en France par des volcans situés dans les anciennes provinces de l'Auvergne, du Velay et du Vi varais, mais principalement par environ cinquante cônes volcaniques, hauts de 200 à 300 mètres, composés de scories et de pouzzolanes, alignés sur un plateau granitique qui domine la ville de Clermont-Ferrand, et qui se sont produits à la suite d'une fracture longitudinale de l'écorce terrestre, allant du nord au sud. C'est la Chaîne des Puijs, qui a 30 kilomètres de longueur Par leur structure cellulaire et poreuse, grenue et cristalline, les laves des coulées de ces volcans feldspathiques ou pyroxéniques se distinguent facilement des laves analogues provenant des formations basaltique ou trachytique, qui se présentent comme elles sous forme de coulées. Leur surface est irrégulière, hérissée d'aspérités formées par les entassements des blocs anguleux.

Les volcans de la Chaîne des Puys, que l'on voit représentés dans la planche 336, sont si parfaitement conservés, leurs laves sont si fréquemment superposées aux coulées basaltiques, et présentent une composition et une texture si distinctes, qu'on n'a pas de peine à établir qu'ils sont postérieurs à la formation basaltique et d'un âge très-récent. Cependant ils ne paraissent pas appartenir aux temps historiques, car nulle tradition n'atteste leur éruption.

Nous nous arrêterons plus longtemps sur les volcans actuels.

Tout ce qui concerne les volcans s'explique sans peine par la théorie, que nous avons si souvent indiquée, des fractures du globe résultant de son refroidissement. Les divers phénomènes que nous présentent les volcans actuels sont, comme l'a dit de Humboldt, « le résultat de la réaction du noyau fluide interne de notre planète sur son écorce extérieure. »

On nomme volcan tout conduit qui établit une communication permanente entre l'intérieur de la terre et sa surface, conduit

qui donne passage, par intervalles, à des éruptions de matière lavique, ou de laves. La figure 337 montre, d'une manière théorique, le mécanisme géologique de l'éruption d'un volcan.

Fig. 337. Volcan actuel.

On évalue à environ trois cents le nombre des volcans actuellement en ignition à la surface de la terre. On les partage en deux groupes : les volcans isolés ou centraux et les volcans disposés en séries. Les premiers sont des volcans actifs, autour desquels peuvent s'établir des bouches éruptives secondaires, toujours en relation avec la bouche principale. Les seconds sont disposés comme des cheminées de forge, le long de fentes qui se prolongent sur de grands espaces. Vingt, trente cônes volcaniques et plus, peuvent s'élever au-dessus d'une pareille fente de la croûte terrestre, fente dont la direction se manifeste par leur propre direction linéaire. Quelquefois ces fentes se trouvent sur la crête de chaînes de montagnes élevées et disloquées, comme par exemple sur les Andes de l'Amérique méridionale.

Dans la mer, les séries de volcans se montrent sous forme de groupes d'îles disposées en séries longitudinales.

On range parmi les volcans centraux : ceux des îles Lipari, qui ont, comme centre, le Stromboli en activité permanente; l'Etna, le Vésuve, les volcans des Açores, des Canaries, des îles du Cap-Vert, des îles Gallapagos , des îles Sandwich, des îles Marquises, des îles de la Société, des îles de l'Amitié, de l'île Bourbon, enfin l'Ararat.

On range parmi les volcans en séries : la série des volcans de la Sonde, qui, sous le rapport des matières éjaculées et de la violence des éruptions, renferme les bouches à feu les plus remarquables du globe ; — la série des Moluques et des Philippines; — celle des îles du Japon, des îles Marianne ; — celle du Chili; — la double série des sommets volcaniques près de Quito; — celles des Antilles, de Guatemala, du Mexique.

Les bouches des cheminées volcaniques se trouvent presque toujours au sommet d'une montagne conique, plus ou moins isolée; elles consistent en une ouverture en forme d'entonnoir, qu'on appelle cratère, et qui se prolonge en bas dans l'intérieur de la cheminée volcanique. Le cône qui supporte le cratère est composé, pour la plus grande partie, de laves ou de produits d'éjection ; aussi le désigne-t-on sous le nom de cône d'éjection ou de scories. Il est beaucoup de volcans qui consistent uniquement dans le cène de scories: tel est celui de l'île de Barren, dans le golfe du Bengale (fig. 338). D'autres offrent, au contraire, un

Fig. 338. Volcan de l'île de Barren, dans le golfe du. Bengale.

cône d'une très-faible dimension, malgré la hauteur considérable de la chaîne volcanique On peut citer comme exemple

le nouveau cratère qui s'est produit en 1829 dans l'ancien cratère du Vésuve (fig. 339).

Fis. 3j9. Cratère actuel du Vésuve.

La fréquence et l'intensité des éruptions ne sont nullement liées aux dimensions de la montagne volcanique.

L'éruption d'un volcan est ordinairement annoncée par un bruit souterrain, accompagné de secousses, d'ébranlements du sol, et quelquefois de véritables tremblements de terre. Le bruit, qui provient d'une très-grande profondeur, se fait entendre sur une large étendue de pays, comme s'il partait du voisinage. Il ressemble à un feu bien nourri d'artillerie ou de mousqueterie. Quelquefois , c'est comme le roulement sourd d'un tonnerre souterrain. Des crevasses se produisent souvent, aux époques des éruptions, sur un rayon considérable. Les figures 340, 341, 342 et 343 représentent la disposition de quelques-unes de ces crevasses du sol.

L'éruption commence par une forte secousse qui ébranle l'intérieur de la montagne. L'ascension des masses fluides et des

vapeurs chaudes se révèle, dans certains cas, par la fonte des neiges sur les lianes du cône d'éjection. En même temps que se produit la secousse qui triomphe des dernières résistances de la croûte solide du sol, il s'échappe du fond du cratère une masse considérahle de gaz, et particulièrement de vapeurs d'eau.

Fis. 341.

Fig. 342.

Les vapeurs'd'eau, il importe de le remarquer, sont la cause essentielle des terribles effets mécaniques dont s'accompagnent les éruptions des volcans actuels. Les éruptions de matières granitiques, porphyiïques, trachytiques et quelquefois même basaltiques, sont arrivées au sol sans provoquer ces violentes explosions, ces formidables éjections de roches et des pierres qui accompagnent les éruptions des volcans modernes. Les granits, les porphyres, les trachytes et les basaltes se sont épanchés sans violence à l'extérieur, parce que la vapeur d'eau n'accompagnait pas ces roches liquéfiées, et telle est la circonstance qui explique la tranquillité des épanchements anciens, comparée à la violence et aux terribles effets des éruptions des volcans actuels. Bien établi par les investigations de la science, ce

fait rions donne l'explication des puissants effets mécaniques des volcans modernes, qui contrastent avec les tranquilles éruptions des âges primitifs.

Dans les premiers moments d'une éruption volcanique, les masses de pierres et de cendres qui comblaient le cratère sont projetées en l'air par l'action, brusquement développée, de l'élasticité de la vapeur. Cette vapeur se dégage au travers des laves rouges de feu, sous la forme de grandes bulles arrondies, qui tournoient dans l'air au-dessus du cratère et s'étendent en couronnes d'autant plus larges qu'elles s'élèvent plus haut. Ces masses de vapeurs finissent par former des nuages pelotonnés d'une éblouissante blancheur, qui suivent la direction du vent. Pline le Jeune compare à la cime étagée d'un sapin les nuages que forme au sein des airs la vapeur d'eau provenant d'une éruption volcanique.

Ces nuages volcaniques sont gris ou noirs, selon que la quantité de cendres (c'est-à-dire de matière pulvérulente qu'ils emportent mélangée à la vapeur d'eau) est plus ou moins considérable. Dans quelques éruptions, on a remarqué que ces nuages, en s'abaissant jusqu'au sol, répandaient une odeur particulière d'acide chlorhydrique ou sulfureux; on a môme trouvé ces deux acides mélangés à l'eau des pluies provenant de la résolution de ces nuages.

Les nuages pelotonnés de vapeurs qui partent des volcans sont sillonnés d'éclairs continus suivis de violents coups de tonnerre ; en se condensant, ils forment de désastreuses averses qui tombent sur les flancs de la montagne. Beaucoup d'éruptions, connues sous le nom de volcans de boue ou de volcans iCeau, ne sont autre chose que ces mêmes pluies entraînant avec elles et laissant tomber sur le sol des cendres, des pierres et des scories.

Passons aux phénomènes dont le cratère est le théâtre pendant l'éruption même. On y constate d'abord un mouvement incessant d'ascension et d'abaissement de la lave fluide qui remplit l'intérieur du cratère. Ce double mouvement est souvent interrompu par de violentes explosions de gaz. Le cratère de Kilauea, dans l'île de Havaiï (Sandwich), contient un lac de matière fondue large de 500 mètres. Ce lac subit ce double mouvement

d'élévation et d'abaissement. Chacune des bulles de vapeur qui sort du cratère pousse vers le haut la lave fondue ; elle s'élève et éclate à la surface avec une force considérable. Une partie de la lave, à demi refroidie et scorifiée, est ainsi projetée vers le haut, et les divers fragments sont lancés avec violence dans toutes les directions, comme ceux d'une bombe qui éclate.

Le plus grand nombre des fragments lancés verticalement dans les airs retombe dans le cratère. Beaucoup s'accumulent sur le bord de l'ouverture et ajoutent de plus en plus à la hauteur du cône d'éruption. Les fragments plus légers et de petites dimensions, comme aussi les cendres fines, sont entraînés par les spirales de vapeur et portés sur des étendues de pays souvent très-considérables. En 1794, les cendres du Vésuve furent lancées jusqu'au fond de la Calabre; en 1812, celles du volcan de Saint-Vincent, dans les Antilles, furent portées à Test jusqu'à la Barbade, et y répandirent une telle obscurité, qu'en plein jour on ne voyait pas à se conduire. Enfin quelques masses de laves, puissantes et isolées, sont projetées en dehors de la gerbe de scories ; elles sont arrondies par suite de leur mouvement de tournoiement dans l'air et portent le nom de bombes volcaniques.

Nous avons déjà fait remarquer que la lave qui, à l'état liquide, remplit le cratère et la cheminée intérieure du volcan, a été poussée en haut par les vapeurs d'eau. Dans beaucoup de cas, la force mécanique de cette vapeur est si considérable, qu'elle lance la lave par-dessus les bords du cratère, et qu'il se forme ainsi un torrent de feu qui se répand le long de la montagne. Ce débordement n'a lieu au sommet de la montagne que clans les volcans d'une faible hauteur ; dans les volcans élevés, la montagne se fend d'ordinaire près de sa base, et c'est par cette fente que le torrent de lave s'épanche sur le pays environnant.

L'écoulement de la lave donne lieu à des phénomènes qui sont très-différents, selon le degré de fluidité de la lave, selon sa température et le degré d'inclinaison de la montagne.

Une fois épanchée, la lave se refroidit assez vite; elle durcit et présente une croûte écaillée par suite du refroidissement; par ses interstices, on voit encore s'échapper des jets de vapeur

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d'eau. Mais, sous cette croûte superficielle, la lave continue d'être liquide; elle ne se refroidit que peu à l'intérieur de sa masse. Elle chemine avec une extrême lenteur, entravée qu'elle est dans sa progression par les débris des roches qui s'entassent au-devant de cette rivière brûlante et sont charriées par son cours.

La vitesse avec laquelle se meut un courant de lave dépend de son degré de fluidité, de sa masse et de la pente du sol. On a constaté que certains courants de lave parcouraient en une heure plus de 1000 mètres; mais leur vitesse est d'ordinaire beaucoup moindre : un homme à pied peut souvent la dépasser. Ces courants varient beaucoup en dimensions. Le courant le plus considérable de la lave de l'Etna a, sur quelques points, une épaisseur de 35 mètres et une largeur d'un mille et demi géographique. La plus grande masse lavique qui ait été épanchée dans les temps historiques est celle du Skaptor Jokul, en Islande, en 1783. Elle forma deux courants dont les extrémités étaient éloignées l'une de l'autre de 20 lieues, et qui, de distance en distance, présentaient une largeur de 3 lieues et une épaisseur de 200 mètres.

Un effet tout particulier et qui ne fait que simuler l'activité volcanique s'observe dans les localités où existent des volcans de boue. La plupart de ces volcans présentent de petites éminences coniques, avec une dépression dans leur intérieur. Ils versent au dehors de la boue poussée par des gaz et de la vapeur d'eau. La température des matières lancées au dehors est d'ordinaire peu élevée. La boue, généralement grisâtre, à odeur de pétrole, est soumise aux mêmes mouvements alternatifs que la lave fondue dans les volcans proprement dits. Les gaz qui projettent à l'extérieur cette argile fluide, mélangée de sels, de gypse, de naphte, de soufre, quelquefois même d'ammoniaque, sont habituellement l'hydrogène carboné et l'acide carbonique. Tout porte à croire qu'ils proviennent, au moins en grande partie, des réactions qui s'effectuent entre les divers éléments du sous-sol sous l'influence de l'eau qui s'y infiltre, entre des marnes bitumineuses, des carbonates complexes, et probablement l'acide carbonique de sources acidulés. M. Fournet a vu en Languedoc, près de Roujan, des ébauches de ces

sortes de formations ; et d'ailleurs no.n loin delà existe la source bitumineuse de Gabian.

Les volcans de boue, ou salses, se présentent en un assez grand nombre de lieux à la surface de la terre. Il en existe beaucoup dans les environs de Modène; on en voit en Sicile, entre Arragona et Girgenti. Pallas en a observé en Grimée, dans la presqu'île de Kertche, a l'île de Taman ; de Humboldt en a décrit et figuré dans la province de Carthagène, dans l'Amérique méridionale ; on en cite enfin à l'île de la Trinité et dans l'Indoustan. Nous représentons sur la figure 344 les volcans d'air ou de boue de Turbaco dans la province de Carthagène (Amérique méridionale), que de Humboldt a ligure dans son Voyage aux régions équatoriales.

On trouve, dans certaines contrées , des buttes formées de matières argileuses résultant des anciennes déjections d'un volcan de boue, duquel tout dégagement de gaz, d'eau et de terre a depuis longtemps cessé. Quelquefois ce phénomène reprend avec violence son cours interrompu. De légers tremblements de terre s'y font alors sentir, et des blocs de terre desséchée étant projetés au loin, de nouveaux flots de boue se font jour.

Revenons aux volcans ordinaires, c'est-à-dire à ceux qui lancent des laves.

A la fin d'une éruption lavique, quand l'activité du volcan commence à s'affaiblir, l'émission du cratère est réduite à des dégagements plus ou moins abondants de gaz, qui s'échappent par une multitude de fissures du sol, mêlés à de la vapeur d'eau.

Le plus grand nombre de volcans qui se sont ainsi éteints forment ce qu'on appelle les solfatares. L'hydrogène sulfuré qui se dégage des fissures du sol se décompose au contact de l'air, en formant de l'eau par l'action de l'oxygène atmosphérique, et laissant du soufre, qui se dépose ainsi en masses considérables sur les parois du cratère et dans les fentes du sol. Telle est l'origine géologique du soufre que l'on recueille à Pouzzole, près de Naples.

Le soufre joue dans l'industrie un rôle fondamental. C'est, en effet, avec le soufre extrait des terres qui environnent les bouches des volcans éteints, c'est-à-dire avec les produits des solfa-

tares, que l'on prépare l'acide sulfurique, agent fondamental d'une foule d'industries dans les deux mondes, et qui est devenu un des plus puissants éléments de notre production manufacturière.

Les sources d'eau bouillante connues sous le nom de geysers sont une autre émanation minérale qui se rattache aux anciens cratères. Elles sont continues ou intermittentes. On trouve en Islande un grand nombre de ces sources jaillissantes. L'un des geysers de l'Islande projette une colonne d'eau de 6 mètres de diamètre, s'élevant parfois à 50 mètres de hauteur. L'eau, en se refroidissant, laisse déposer la silice qu'elle tenait en dissolution.

La figure 345 représente les geysers de l'Islande.

La phase dernière de l'activité volcanique, c'est un dégagement d'acide carbonique sans élévation de température. Dans les lieux où se manifestent ces émanations continues de gaz acide carbonique, on reconnaît l'existence d'anciens volcans dont les dégagements sont le phénomène terminal. C'est ce que l'on observe de la façon la plus remarquable en Auvergne, où existent une multitude de sources acidulés, c'est-à-dire char-

gées d'acide carbonique. Pendant qu'il créait les mines de Pontgibaud, M. Fournet eut à lutter contre ces émanations qui parfois s'effectuaient avec une puissance explosive. Des jets d'eau s'élançaient à de grandes distances dans les galeries, en ronflant comme la vapeur qui s'échappe de la chaudière d'une locomotive. Le liquide qui remplissait un puits abandonné de l'exploitation fut, à deux reprises, soulevé par de violentes effervescences. Elles vidèrent à moitié cette excavation, et les torrents du gaz se répandant dans la vallée asphyxièrent un cheval et une troupe d'oies. Les mineurs étaient obligés de s'enfuir en toute hâte au moment des éructations gazeuses, et ils devaient se tenir droits, afin de ne pas plonger la tête dans l'acide carbonique que sa pesanteur maintient vers le bas des galeries. Il y a loin de là au petit effet de la grotte du Chien, qui, près de Naples, excite la surprise des badauds, et qui se propage dans tous nos livres, comme si la France n'avait pas aussi ses merveilles de la nature.

Le même fait se manifeste avec une intensité bien supérieure à Java, dans la vallée dite du poison, qui est pour les habitants un véritable objet de terreur. Dans cette vallée redoutable, le sol est partout couvert de squelettes et de carcasses de tigres, de chevreuils, de cerfs, d'oiseaux, et même d'ossements humains, car l'asphyxie frappe tout être vivant qui s'aventure dans ces lieux désolés.

Les volcans actuellement en activité sont, comme nous l'avons dit, très-nombreux et répandus sur toute la surface du globe. Les plus connus sont ceux du Vésuve, près de Naples, de l'Etna, en Sicile, et de Stromboli, dans les îles Lipari. Donnons quelques rapides indications sur chacun de ces volcans actuels.

Le Vésuve est de tous les volcans celui qui a été le mieux étudié; c'est le volcan pour ainsi dire classique. Personne n'ignore qu'il s'ouvrit pour la première fois l'an 79 après Jésus-Christ. Cette éruption célèbre coûta la vie au naturaliste Pline l'ancien, qui sacrifia son existence à l'observation du plus imposant phénomène de la nature. Après bien des mutations, le cratère actuel du Vésuve consiste en un cône entouré, du côté opposé à la mer, par une crête en demi-cercle, composée de matières pon-

450 LES ROCHES ERUPTIVES.

couses ou amphigéniques étrangères au Vésuve proprement dit.

On croit que le mont Vésuve était primitivement la montagne à laquelle on donne aujourd'hui le nom de Somma. Le cône, qui seul porte aujourd'hui le nom de Vésuve, s'est probablement formé lors de la fameuse éruption de l'an 79, qui ensevelit sous des avalanches de débris de ponce pulvérulente les villes d'Herculanum et de Pompéi. Ce cône se termine par un cratère dont la forme a changé bien des fois, et qui a vomi, depuis l'origine, des déjections de nature variée et des courants de lave. Les éruptions du Vésuve ne sont séparées, de nos jours, que par des intervalles de quelques années.

Les îles Lipari renferment le volcan de Stromboli, continuellement en ignition, et qui forme ce fameux phare naturel de la mer Tyrrhénienne, tel qu'Homère l'a observé, tel qu'on l'avait vu avant le vieil Homère et tel qu'on le voit encore de nos jours. Ses éruptions sont continues. Le cratère d'où elles s'élancent ne se trouve pas à la pointe de l'éminence conique de l'île, mais sur un de ses côtés, à peu près aux deux tiers de la hauteur. Il est en partie rempli de lave fondue, qui s'y trouve continuellement soumise à un mouvement alternatif d'ascension et d'abaissement. Ce mouvement est provoqué parla montée de bulles de vapeur qui s'élèvent à la surface et projettent au dehors une haute colonne de cendres. Pendant la nuit, ces nuages de vapeur resplendissent d'une magnifique réverbération rouge, qui éclaire d'une sinistre lueur l'île et la mer environnante.

Situé sur la côte orientale de la Sicile, l'Etna paraît, au premier coup d'oeil, avoir une structure beaucoup plus simple que celle du Vésuve. Ses pentes sont moins rapides, plus uniformes de tous côtés ;• sa base représente à peu près la forme d'un bouclier. La partie inférieure de l'Etna, ou la région cultivée de cette montagne, est inclinée d'environ 3°. La région moyenne, ou celle des forêts, est plus rapide; elle mesure 8° d'inclinaison. La montagne se termine par un cône de forme elliptique, de 32° d'inclinaison, qui porte en son milieu, au-dessus d'une terrasse presque horizontale, le cône d'éruption, avec son cratère arrondi. Ce cratère est à 3300 mètres d'altitude. Il ne donne

point issue à des laves, mais seulement à des gaz. Les laves sortent par soixante cônes plus petits qui se sont formés sur les pentes du volcan. On peut, en regardant la montagne du sommet, se convaincre que ces cônes sont disposés en rayons et placés sur des fentes qui convergent vers le cratère comme vers un centre.

Ajoutons, pour compléter cette très-rapide esquisse des phénomènes volcaniques actuels, qu'il existe des volcans sous-marins. Si l'on n'en connaît qu'un petit nombre, cela tient à ce que leur apparition au sein des eaux est presque constamment suivie d'une disparition plus ou moins complète. Toutefois, des phénomènes très-puissants et très-visibles nous donnent une démonstration suffisante de la persistance continuelle des actions volcaniques au-dessous du bassin des mers. Au milieu des eaux de l'Océan, on voit quelquefois apparaître subitement des îles sur des points où les navigateurs n'en avaient jamais aperçu. C'est ainsi que l'on a vu de nos jours se former l'île Julia ou Ferdinanda. Apparue au sud-ouest de la Sicile en 1831, elle s'abîma deux mois après sous les vagues l. A diverses époques, et notamment en 1811, il se forma des îles nouvelles dans les Açores. Il s'en éleva à plusieurs reprises autour de l'Islande et sur beaucoup d'autres points.

L'île qui apparut en 1796, à dix lieues de la pointe septentrionale d'Unalaska, l'une des îles Aléoutiennes, est particulièrement célèbre. On vit d'abord sortir du sein de la mer une colonne de fumée; ensuite un point noir., d'où s'élançaient des gerbes enflammées, apparut à la surface de l'eau. Pendant plusieurs mois que dura ce phénomène, l'île s'accrut en largeur et en hauteur. Enfin on ne vit plus sortir que de la fumée ; au bout de quatre ans, cette dernière trace des convulsions volcaniques avait même complètement cessé. L'île continua néanmoins agrandir et à s'élever; elle formait en 1806 un cône surmonté de quatre autres plus petits.

Dans l'enceinte comprise entre les îles Santorin, Therasia et Aspronisi, dans la Méditerranée, s'éleva, cent quatre-vingt-six

I. Voir daus notre ouvrage la Terre et les Mers , deuxième édition, page 35ô, la description de l'île Ferdinanda, avec les dessins originaux de cette île volcanique.

452 LES ROCHES KRUPTIVES.

ans avant notre ère, l'île à'Hiera, qui s'accrut encore par des îlots soulevés sur ses bords pendant les années 19, 726 et 1427. On a vu apparaître en 17 73 Micra-Kameni, et Nea-Kameni en 1707. Ces îles s'accrurent successivement en 1709, 1711, 1712, etc. Selon les anciens, Santorin, Therasia et Aspronisi avaient apparu, plusieurs siècles avant Jésus-Christ, à la suite de tremblements de terre d'une grande violence.

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