‹ La terre avant le délugeChapitre 32 sur 75 · Beryx Lewesiensis. — 2. Osmeroides Mantellii · texte numérisé non relu

Beryx Lewesiensis. — 2. Osmeroides Mantellii

n’est pas encore bien fixé, car on n’a pas retrouvé leurs fruits; on a cru toutefois pouvoir les placer dans les dicotylédones, à la suite des amentacées arborescentes. Un autre groupe d’arbres se compose de fougères et de zamites; au fond, et estompés par la distance, s'élèvent des palmiers. On reconnaît dans ce paysage des Aunes, des Charmes, des Érables et des Noyers, d'espèces analogues à celles de nos jours.

Terrain crétacé inférieur. — Les roches que les mers ont déposées pendant la période qui nous occupe forment le ter-

rain crélacé inférieur qui peut être distingué en deux étages : l'étage néocomien et l'étage glauconieux, qui lui est superposé.

Étage néocomien.— Le nom denéocomien, donné à cet étage, vient du mot Neocomum, dénomination latine de la ville de Neuchâtel, en Suisse, où ce terrain est parfaitement développé, où il a élé reconnu et établi pour la première fois.

Avant d'indiquer les espèces caractéristiques de la faune marine néocomienne, jetons un coup d'œil sur quelques-uns des genres que nous y faisons figurer, comme les Scaplhiles, les Crioceras, les Ancyloceras, les Toxoceras, les Baculites el les Turrilites, qui sont des mollusques céphalopodes.

Les Scaphites ont une coquille formée d’une spirale régulière enroulée sur le même plan, à tours conligus, croissant régulièrement jusqu'au dernier tour, qui se détache des autres et se projette en une crosse plus ou moins allongée.

Les Hamites, les Crioceras etles Ancyloceras sont terminés, à leurs deux extrémités, en forme de crosse; ils peuvent être considérés comme des Ammonites à tours de spire disjoints.

Les Toxoceras avaient une coquille arquée et non en spirale,.

Les Baculites ont une coquille qui diffère de celle de tous les autres Céphalopodes en ce qu’elle est allongée, conique et parfaitement droite à tous les âges.

La coquille des Turrilites est régulière, senestre, c’est-à-dire enroulée à gauche, en spirale oblique et formée de tours contigus.

Nous ne pousserons pas plus loin l'analyse des genres propres à l'étage néocomien, et nous renverrons le lecteur à l'examen des figures qui représentent quelques-unes des espèces caractéristiques.

Parmi les mollusques céphalopodes, citons les espèces suivantes : Ammoniles radiatus, Crioceras Duvalii, Ancyloceras Duvalianus, Hamites (fig. 194), Ancyloceras Matheronianus (fig. 195), Rhynchoteulis Astieriana (fig. 196), Ostrea aquila (fig. 197).

Parmi les gastéropodes : le Pterocera oceani (fig. 198), le Fusus neocomiensis (fig. 199).

Parmi les acéphales : les Perna Mulleti (fig. 200), Ostrea Couloni (fig. 201), Cardium peregrinum (fig. 202), Janira atava (fig. 203), Pholadomya elongata, Terebratula sella (fig. 204).

i ne —

Fig. 194. Hamites. (1/3 G. N.)

Parmi les brachiopodes : le Rhynchonella sulcata (fig. 205), le Terebratella Astieriana (fig. 206), les Caprotina ammonia, Caprotina Lonsdalii, le Radiolites neocomiensis.

Fig. 195. Ancyloceras Matheronianus. (1/8 G. N.)

Parmi les échinodermes : le Spantagus retusus, le Nucleolites Olfersii, le Pygaulus Moulinsii.

Parmi les amorphozoaires : le Cupulospongia cupuliformis.

Fig. 196. Rhynchoteutis Astieriana. (G. N.)

Parmi les polypiers : le Tetracænia Dupiniana (fig. 207). L'étage néocomien se trouve en France, en Champagne,

Fig. 198. Pterocera oceani. (1/4 G. N.) Fig. 199. Fusus neocomiensis. (G.

Fig, 200, Perna Mulleti. (1/4 G. N.)

Fig. 201.

Ostrea Couloni, (1/4 G. N.)

Fig.

Fig. 206. Terebratella Astieriana. (1/2 G. N.)

dans les départements de l'Aube, de l'Yonne, des Hautes-Alpes. Il existe très-développé en Suisse (à Neuchâtel) et en Allemagne.

Fig. 207. TetracϾnia Dupiniana.

L'étage néocomien peut se subdiviser en trois membres :

1° Le néocomien inférieur, composé de marnes et d’argiles grises, alternant avec de petits bancs de calcaires gris. Cet étage est puissant. Il existe à Neuchâtel, ainsi que dans la Drôme. Fossiles : Spatanqus retusus, Crioceras, Ammonites, Aslierianus.

2° L'urgonien (calcaire d'Orgon). Cette assise existe aussi à Aix-les-Bains (Savoie), ainsi qu'à Grenoble. Elle forme le calcaire en grosses assises blanches qui dessine les précipices de la Drôme. Fossiles : Chama ammonia, Pygaulus, etc.

3° L’aplien, composé en général de marnes et d’argiles. Il existe dans le département de Vaucluse, à Apt (de là son nom), dans le département de l'Yonne, dans la Haute-Marne, etc. Fossiles : Ancyloceras Matheromianus, Ostrea aquila, Plicalulu placune«x, ete. Cet étage se compose : ici d’argiles grises, que l’on exploite pour la fabrication des tuiles; là de calcaires argileux, bleuâtres, feuilletés noirs ou noirâtres. I offre dans l’île de Wight des grès fins, gris, un peu argileux, et des grès ferrugineux que l’on trouve très-développés au Havre et dans certaines parties du pays de Bray.

Il faut nous arrêter un instant pour signaler, au milicu de la formation marine de l’étage néocomien, une formation accidentelle d’eau douce, qui a pris en Angleterre, où on la rencontre, une certaine importance, en raison des précieux fossiles qu’elle a fournis. Nous voulons parler de la formation wéaldienne.

On trouve cette formation d’eau douce dans certaines par-

ties des comtés de Kent, de Surrey et de Sussex, connues sous le nom de weald. Là vivaient, à l’époque crétacée, à l'embouchure d’un fleuve ou d’une rivière qui se jetait dans la mer, quelques animaux composant une petite faune fluviatile ou lacustre, que l’on retrouve aujourd’hui à l’état fossile dans ce terrain. Cétaient des petits crustacés du genre Cypris: des mollusques gastéropodes du genre Melania, Paludina: des mollusques acéphales, Cyrena, Unio, Mytilus, Cyclas, Ostreu.

L'Unio waldensis (fig. 208), les Cypris spinigera (fig. 209), les Cypris waldensis (fig. 210) peuvent être considérés comme des fossiles caractéristiques de cette petite faune locale.

Fig. 209. Gypris spinigera. Fig. 210. Cypris waldensis.

La puissance de ce dépôt lacustre est d'environ 300 mètres. Il se compose, d’une part, d’argiles, de marnes et de bancs de calcaire remplis et comme pétris de Paludines; d'autre part, de sables, de grès calcarifères et d’argiles (Hastingssand).

Comme nous l’avons dit, on considère ces couches comme un dépôt de delta formé à l'embouchure d’une rivière qui se jetait dans la mer crétacée.

Le terrain crétacé n’est pas seulement intéressant par ses fossiles, il présente aussi des sujets d’études au minéralogiste. La craie blanche, examinée au microscope, par M. Ehrenberg, a montré une très-curieuse structure globuliforme. Les parties vertes de ses grès et calcaires verts constituent

des composés fort singuliers. D’après les résultats des analyses de M. Berthier, on les a considérées comme des silicates de fer. Les minerais de fer s’y montrent, non pas en couches comme dans le terrain jurassique, mais en amas, dans des espèces de poches de l’assise urgonienne. Ils sont ordinairement hydratés à l’état d'hématites et accompagnés de quantités d'ocre tellement abondantes qu'ils sont souvent inexploitables. Dans le midi de la France, ces espèces de filons ont été travaillés assez profondément par les anciens moines, qui étaient métallurgistes.

Mais c'est spécialement aux artistes que la puissante assise urgonienne présente un intérêt lout spécial, à cause de ses admirables cassures verticales, de ses redressements en forme de pics, plus audacieux les uns que les autres. Dans le Var, les défilés de la Vésubia, de l’Esteron, de Tinéa sont serrés entre des murailles à pic sur plusieurs centaines de mètres, entre lesquelles existe à peine l’espace d’une route étroite que longent des torrents mugissants.

« Dans la Drôme, dit M. Fournet, l'entrée de la belle valiée du Vercors était interdite pendant une partie de l’année, parce que pour y pénétrer il fallait passer nécessairement au travers de deux orifices, le Gran et le Pelit-Goulet, par lesquels s’échappent les eaux du pays. C'est assez dire qu'il fallait y prendre un bain de pieds, même pendant les temps de sécheresse.

« Un pareil état ne pouvait durer, et, en 1848, il était curieux de voir les mineurs appendus contre le flanc de l’un des précipices latéraux à environ 150 mètres au-dessus du torrent comme à égale hauteur au-dessous du sommet de la crête. Là, ils commençaient par pratiquer des niches qui, toutes placées au même niveau et successivement agrandies, se sont raccordées entre elles de manière à constituer dans la roche une route carrossable, tantôt en galerie, tantôt couverte par un encorbellement et dont le parcours présente de continuelles surprises aux voyageurs.

« Ce n’est pas tout, ajoute M. Fournet : celui qui parcourt les hauts plateaux du pays, y trouve à chaque pas des effondrements du sol, désignés sous les noms de pots et de scialets. Les plus vieux ont leur concavité revêtue d’une curieuse végétation dans laquelle dominent les Aucolins, qui y trouvent un abri contre les vents rasants, si furieux dans ces régions culminantes.

« D'autres forment des espèces de cavernes dans lesquelles se conserve une température assez basse pour que l’eau s’y congèle, même au milieu des étés. Ces cavités constituent des glacières naturelles, que l’on retrouve du reste aussi sur certains hauts plateaux dr Jura

«a Enfin, les crevasses du calcaire reçoivent les eaux provenant des pluies et de la fonte des neiges. Elles s’infiltrent au travers de la roche de manière à arriver à l’assise marnière inférieure, où elles constituent des nappes qui ont dû chercher des issues pour s’épancher au jour. De là des galeries souterraines qui forment des cavernes d’une longueur parfois considérable, et dans lesquelles se réunissent toutes les merveilles que peuvent engendrer les éboulements, les stalactiles, les stalagmites, des lacs placides et des torrents fougueux. Enfin, ces eaux débouchant par les orifices extérieurs donnent naissance à ces belles fontaines qui du premier bond forment une véritable rivière. »

Étage glauconieux. — Le nom de cet étage se tire d’une roche nommée glauconie, composée de carbonate de chaux et de grains verdâtres de silicate de fer, qui est souvent mêlé aux calcaires de ce terrain.

Les espèces animales fossiles qui servent à reconnaitre cel étage sont très-variées. Parmi ces nombreux lypes, nous citerons les crustacés appartenant aux genres Arcania et Corystes: beaucoup de mollusques nouveaux, Buccinum, Solen, Pterodonta, Voluta, Chama; une très-grande quantité de mollusques brachiopodes formant des bancs sous-marins très-développés ; des échinodermes inconnus jusqu'alors, et surtout un grand nombre de zoophytes.

Voici un certain nombre d'espèces caractéristiques de cet étage :

Page 1