‹ La terre avant le délugeChapitre 45 sur 75 · RES · texte numérisé non relu

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Fig. 283. Tragoceras Amalthæus. (1/15 G. N.)

hipérides, rencontrées à Pikermi, se rapprochent graduellement des hyènes. Plusieurs Hyénides de Pikermi offrent réciproquement des affinités avec les hipérides. Enfin, il y a une hyène intermédiaire entre notre hyène tachetée et l’hyène rayée. Dans son ouvrage Animaux fossiles et Géologie de l’Attique, M. Albert Gaudry a fait quelques restaurations des ruminants fossiles de l’Attique, quand les os de ces animaux étaient assez complets pour permettre de reconstituer les parties essentielles de son organisation. Les silhouettes de ces mammifères

fossiles restaurés ont été dessinées sur de grands cartons par M. Gaudry, et sont produites dans le cours de paléontologie du Muséum d'histoire naturelle de ce savant, ainsi que dans le cours de géologie fait à la Sorbonne par M. Hébert. Nous reproduisons ici, avec l'autorisation de ces deux professeurs, les silhouettes restaurées des animaux de Pikermi. Les cartons de la Sorbonne se bornent aux lignes du contour extérieur du corps de ces animaux. Nous avons cru devoir compléter ces images en inscrivant dans les silhouettes de M. Gaudry les squelettes de l'animal fossile, d’après les frag-

Fig. 284. Paloplotherium minus. (1/15 G. N.)

ments osseux qui figurent dans les collections et musées d'histoire naturelle.

La figure 279 (page 318), représente la silhouette restaurée du Rhinocéros pachygnathus. C'est la première espèce de ce Rhinocéros qui ait vu le jour.

La figure 280 (page 319) représente l’Hipparion. Cet animal est d'un intérêt considérable comme étant, pour ainsi dire, l'ancêtre du cheval, qui n'apparaît que dans la période quaternaire. Les Hipparions existaient en Grèce en nombre considérable, et formaient certainement de nombreuses espèces.

Une sorte de Girafe est représentée dans la figure 281

(page 320). Le cou de ce mammifère (Helladotherium Duvernoyi) est peu allongé, et ce caractère le différencie du genre Girafe. Le Palæoceras Lindermayeri, que représente la figure 282 (page 321), est un ruminant qui se rapproche de nos chèvres. Le Tragoceras Amalthœus, que représente la figure 283 (page 322), s’en rapproche davantage encore.

Le Paloplotherium minus (figure 284, page 323) rappelle les Anaploteris de la périvde éocène.

Ces deux animaux peuvent donner une idée de la quantité

Fig, 285. Castor. (1/10 G. N.)

immense de ruminants de toute taille qui remplissaient les vallées qui devaient être un jour la Grèce.

Pour compléter la liste des mammifères propres à la période miocène, considérée non plus uniquement dans les riches gisements de l’Attique, mais dans la plus grande partie de l’Europe, nous citerons le Castor et la Marmotte, qui ont apparu pour la première fois à l'époque miocène. La figure 285 représente le Castor fossile, et la figure 286 la Marmotte fossile. Le Castor, on le sait, a disparu presque complétement de la faune actuelle, et l’on peut dire que dans peu d’années cette espèce aura cessé d'exister.

Dans ses Considérations sur les mammifères qui ont vécu en

PÉRIODE MIOCËÈNE. 325

Europe à la fin de l’époque miocène 1, M. Albert Gaudry montre que les animaux herbivores ont précédéles carnivores, et entre dans d’autres considérations intéressantes :

« Iln'y a pas fort longtemps (géologiquement parlant), di‘ M. Albert Gaudry, que les herbivores se sont multipliés dans nos pays. Pendant que le calcaire grossier et le gypse de Paris se déposaient, les pachydermes dominaient encore : les Lophiodon, les Chæropotamus, les Hyracotherium devaient être omnivores comme les cochonset les tapirs actuels ; les Palæotherium et les Ancuilophus avaient sans doute le régime des damans qui vivent de feuillages, et des Rhinocéros qui dévorent les buissons coriaces. Les Anoplotherium pouvaient avoir une nourriture intermédiaire entre celle des Palæotherium et celle de Chæropotamus. Les animaux les plus herbivores étaient les Xiphodon, les Dichodon, les Amphimeryt.

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Fig. 286. Marmotte fossile. (1/7 G. N.)

« …. À l’époque du miocène inférieur, les Gelocus avaient beaucoup de ressemblance avec les Xiphodon, mais leurs molaires supérieures, sans mamelon interne, et leurs métatarsiens principaux soudés vers l'âge adulte, annonçaient la prochaine arrivée des ruminants ordinaires. En effet, bientôt après sont venus les Dremotherium, dont les canons principaux sont soudés comme chez les ruminants actuels ; leurs métatarsiens latéraux sont encore imparfaitement unis.

« C’est seulement à l’époque du miocène supérieur que les herbivores eurent un grand développement. La girafe et l’Helladotherium atteignirent une taille inconnue chez les ruminants de âges précédents; les antilopes prirent des formes variées, et les bois des cerfs se compliquèrent. Les Hipparion succédèrent aux Anchitherium ; leurs molaires trèshautes, formées de lames d’émail contournées, faisant saillie entre le cément et la dentine, constituèrent une râpe de la plus admirable structure.

1. In-8, Paris, 1813. Brochure extraite du mémoire intitulé : Animaux fossiles du mont Léberon (Vaucluse).

«…. Il n’est pas sans intérêt de constater le tardif développement des herbivores ; car, évidemment, au point de vue embryogénique comme au point de vue anatomique, les solipèdes et les ruminants représentent des types très-perfectionnés. Ce développement à eu dans l’histoire des mammifères une importance considérable, parce que les herbivores vivant pour la plupart en société, la date de leur extension a été aussi la date de l'apparition des troupeaux. Les grands troupeaux ne semblent avoir été constitués que dans le milieu, et surtout vers la fin des temps miocènes. Sans doute dans les gisements les plus anciens, on voit sur certains points de nombreux mammifères; néanmoins il y a lieu de croire que les espèces étaient représentées par un nombre d'individus assez limité, attendu qu'on ne trouve pas des accumulations d'os d’une même espèce, comme à Souran, à Pikermi ou dans le mont Léberon..….

«…. On doit aussi noter que ces animaux comptent parmi les plus séduisants de la création, de sorte que non-seulement ils ont donné plus de mouvement au monde animal, mais aussi ils ont contribué à l’embellir. Il est permis d'appliquer à la plupart d’entre eux ces mots que Brehm a dits des Gazelles : Elles ont une utilité esthétique. Qui peut, en effet, voir sans les admirer et même les aimer, ces bêtes dont le regard est si doux, la tête si fine, les allures si vives, toutes les formes si bien proportionnées ? Quand, par la pensée, on se transporte au pied du Léberon pendant la fin des temps miocènes, et qu’on se représente les bandes d’hipparions, de trajocères et de gazelles, on admet volontiers que, depuis le commencement du tertiaire, le monde animal a progressé en beauté.

« Comme il fallait s'y attendre, l’évolution des carnivores a suivi celle des troupeaux d’herbivores. A l’époque éocène, les bêtes de proie étaient peu nombreuses et de petite taille; l’'Æyænodon et le Pterodon ne dépassaient pas la taille d’un loup. Bientôt après parurent de grands Amphicyon, qui peut-être n'étaient pas de redoutables destructeurs ; leurs caractères, intermédiaires entre ceux de l'ours et du chien, permettent de croire qu'ils étaient un peu omnivores et mangeaient plus de chair morte que de proies vivantes. C’est à la fin de l’époque miocène que les carnassiers arrivèrent à leur apogée et se partagèrent en deux types différents : l’Hyène et le Machærodus. »

Passons à l’examen des oiseaux fossiles propres à la période miocène. C’est aux patientes et longues recherches de M. AIphonse Milne-Edwards, fils du célèbre naturaliste de ce nom, que nous sommes redevables de nos connaissances sur les oiseaux propres à l’époque tertiaire.

Parmi les êtres fossiles, les mammifères, les reptiles, les zoophytes et les mollusques, les poissons même, ont été l’objet de travaux innombrables ; mais, par une exception assez bizarre, nous ne possédions jusqu’à ces derniers temps que très-peu de documents exacts sur les espèces d'oiseaux au

jourd'hui disparues. C'est cette grande lacune que M. Al phonse Milne-Edwards fils a comblée *.

Nous allons rapporter les résultats des éludes de M. Alphonse Milne-Edwards sur les oiseaux des terrains miocènes de la région de l'Allier, en France.

Dans le département de l’Allier, M. Alphonse Milne-Edwards a reconnu la présence d'environ soixante-dix espèces d’oiseaux, appartenant à des groupes très-variés, et dont quelques-uns ne font plus partie de notre faune. À cette époque, des Perroquets, des Couroucous habitaient les bois ; des Hirondelles salanganes construisaient dans les anfractuosités des rochers des nids, quiétaient sans doute semblables à ceux que l'on trouve dans certaines parties de l’Asie et de l’archipel Indien. Un Serpentaire assez rapproché de celui du cap de Bonne- Espérance cherchait dans les plaines les serpents et les reptiles qui, à cette époque comme aujourd’hui, devaient former sa nourriture. De grands Marabouts, des Grues, des Flamants, des Ibis et des Palælodes, oiseaux à formes bizarres, participant à la fois des Flamants et des Échassiers ordinaires, fréquentaient le bord des cours d’eau, où abondaient les larves d'insectes et les mollusques. Les Pélicans nageaient au milieu des lacs; enfin des Gangas et de nombreux gallinacés achevaient de donner à cette population ornithologique une physionomie dont il est impossible de ne pas être frappé, et qui rappelle les tableaux que Livingstone nous à tracés de certains lacs de l’Afrique australe.

La liste donnée par M. Milne-Edwards des oiseaux dont il à constaté l'existence dans la partie des lacs miocènes dont les alluvions ont formé les terrains de Saint-Gérand-le-Puy, de Vaumas, etc., indique les rapports dans lesquels vivaient les différents groupes de celte classe de vertébrés. Tandis que certains d’entre eux sont extrêmement communs, il en est d’autresquinesetrouvent, pourainsidire,qu’accidentellement.

Les espèces que l’on rencontre le plus fréquemment sont aquatiques : ainsi les Canards ont laissé de nombreux débris ; le Cormoran ne se trouve que sur certains points. Évidemment à cette époque, ainsi qu'aujourd'hui, ces oiseaux affec-

1. Recherches sur les oiseaux fossiles, in-4°, avec planches. Paris, 1869.

tionnaient certaines places, certains rochers, dont ils s’éloignaient peu. Le petit Plongeon, par exemple, est moins abondant que les Mouetles, dont deux espèces, le Larus elegans et le Larus totanoides, existent à profusion.

M. Alphonse Milne-Edwards donne la description détaillée des oiseaux composant la faune fossile du département de l'Allier à l’époque miocène, et il ajoute qu'ayant examiné en Allemagne, dans le bassin de Mayence, les oiseaux des cou-

Fig. 287. Ibis Paganse. (A. Milne-Edwards.) (1/5 G. N.)

ches miocènes de Weyssenau, il a trouvé qu'ils ressemblent complétement aux types qu’il avait recueillis dans le département de l'Allier.

La population ornithologique du célèbre gisement de Sansan, dans le département du Gers, présente ce caractère singulier, qu'aucun de ses représentants ne se retrouve dans les terrains lacustres du Bourbonnais et de l'Auvergne. Si la plupart des espèces appartiennent à des familles existant dans notre faune contemporaine, pas une n’est connue dans la na-

ture actuelle, et plusieurs d’entre elles offrent des caractères suffisants pour constituer des genres nouveaux.

Nous empruntons aux Recherches sur les Oiseaux fossiles, de M. Alphonse Milne-Edwards, les restaurations de quelques oiseaux fossiles des terrains miocènes de l'Allier.

Fig. 288. Phœnicopterus Croizeti. (Gervais.) (1/10 G. N.)

Cest d’abord (fig. 287) l'Ibis Paganse, qui ne saurait être comparé à l’Ibis actuel, et qui appartient à une famille dont aucun règne ni espèce n'existe aujourd’hui.

Vient ensuite (fig. 288) un Échassier, comparable à nos

Flamants actuels. Porté, comme nos Flamants ou Phénicoplères, sur de longues pattes et pourvu d’un interminable cou, le Phænicopterus Croizeti vivait au bord des eaux.

La figure 289 représente un de ces beaux Palælodas (le P«-

Fig. 289. Palælodas ambiguus. (1/10 G. N.)

lælodas ambiquus), qui par leurs dimensions et leur structure n'ont plus de représentant dans la génération ornithologique actuelle.

Enfin, pour donner un échantillon de la nombreuse famille des Canards qui vivaient sur les étangs du centre de la

France, nous donnons (fig. 290) la restauration, faite par M. Alphonse Milne-Edwards, de l’Anas Blanchardi des terrains tertiaires de l'Allier.

Terminons l’énumération des animaux propres à la période miocène.

Les mers étaient alors peuplées d’un grand nombre d'êtres entièrement inconnus pendant les périodes antérieures. On peut citer quatre-vingt-dix genres marins qui apparaissent

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Fig. 290. Anas Blanchardi,

ici pour la première fois, et dont quelques-uns atteindront noire époque. Parmi ces genres d'animaux dominent les Mollusques gastéropodes (Conus, Turbinella, Ranella, Dolium); puis les Foraminifères, représentés par des genres nouveaux, parmi lesquels sont les Polystomella, Dendritina, Boliva; enfin les Crustacés, qui renferment les genres Pagurus, Astacus (Homard), Portunus, etc.

Voici la liste, avec quelques figures, de certaines espèces caractéristiques de l’époque miocène :

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