‹ La terre avant le délugeChapitre 9 sur 75 · ZOOPHYTES · texte numérisé non relu

ZOOPHYTES

encore dans les mers actuelles. Dans les couches dites Landeilo, qui viennent ensuite, d'autres formes animales se montrent, et l’on peut compter dans l’ensemble des terrains siluriens inférieurs plus de trente formes animales. Elles ne font toutefois que marquer leur passage éphémère sur le globe, et disparaître sans retour. Ge sont des zoophytes, des articulés et des mollusques. Les vertébrés ne s’y montrent que par de rares poissons.

La classe des crustacés, à laquelle appartiennent de nos jours le Homard, l'Écrevisse, le Crabe, était ce qui dominait à cette époque, pour ainsi dire rudimentaire, de l’animalisation. Leurs formes étaient des plus singulières, et tout à fait différentes de celles des crustacés actuels. La plupart appartenaient à la famille des Trilobites, entièrement disparue aujourd'hui, et dont les Cloportes etles Limules sont, dans le règne animal actuel, les êlres qui pourraient le mieux nous rappeler le type.

Les Trilobites présentaient, en général, la forme d’un bouclier ovale, composé d’une série d’articulations, ou articles. L'article le plus antérieur portait les yeux, qui devaient être réticulés comme ceux des insectes; en avant se trouvait la bouche. Les pattes étaient probablement nombreuses et charnues, mais elles ne se sont pas conservées. Plusieurs deces Trilobites pouvaient se rouler en boule, comme nos Cloportes; ils nageaient sur le dos. Habitant loin des côtes et dans les basfonds, ils vivaient en familles nombreuses.

Les figures suivantes représentent différentes espèces de Trilobites appartenant à l'étage silurien inférieur ; telles sont : l'Ogygia Guettardi (fig. 15); le Trinucleus Pongerardi (fig. 16); le Paradoxides spinulosus (fig. 17). Le Nereites cumbriensis

fig. 18) est une espèce d’annélide du même terrain; on peut encore placer ici des Graptolites.

Les différents ordres de la classe des mollusques avaient déjà de nombreux représentants. Parmi les mollusques céphalopodes (qui sont formés de deux parties distinctes, ont le corps et la tête armés de bras ou tentacules, et dont le poulpe de nos jours peut donner une idée), vivaient les Gyroceras, le Lituites cornu-crielis (fig. 19). Le genre Bellerophon représentait, entre autres, les mollusques gastéropodes, qui, comme le Limaçon, rampent sur une partie charnue placée sous le ventre.

Parmi les mollusques lamellibranches, dont l'Huître est le type, qui manquent de tête et sont presque toujours dépour-

Fig. 15. Ogygia Guettardi, (G. N.1) Fig. 17. Paradoxides spinulosus. (1/2 G. N.)

vus de motilité, il existait alors tout un genre, le genre Orthonota. Il y avait aussi d’autres genres appartenant aux mollusques brachiopodes et bryozoaires. Parmi les zoophytes, on doit citer le genre emicosmites : la figure 20 représente une espèce de ce genre, l’Hemicosmites pyriformis.

1. Les lettres G. N. qui accompagnent les figures, signifient grandeur nalurelle, et les chiffres les fractions de cette grardeur.

Les mers contenaient quelques plantes marines d'une organisation inférieure : c'étaient des sortes de varechs, que l’on a rapportés aux genres Buthrotephis, Paicwophieus et Sphenothallus.

Le terrain silurien inférieur existe en France, dans le Languedoc, dans les environs de Neffiez et de Cabrières, ainsi que sur le grand massif de la Bretagne. On le retrouve en Angleterre, en Bohème, en Espagne, en Russie, elc., comme aussi dans le Nouveau-Monde. Des calcaires,

). jo

Fig. 18. Nereites cumbriensis. (1/2 G. N.)

Fig. 19. Lituites cornu arietis. (1/3 G.N.) Fig. 20. Hemicosmites pyriformis. (1/3 G. N.)

des grès, des schistes {ardoises d'Angers) entrent dans sa a oetien minéralogique.

Période silurienne supérieure. —{Wenlock et Ludlow’s formation des géologues anglais.) — Pendant la sous-période silurienne supérieure, les mers contiennent quelques genres de poissons inconnus à l’époque silurienne inférieure, un grand nombre de Trilobites, qui atteignent alors leur maximum de développement, entre autres le Calymene Blumenbachii (fig. 21); des Phragmoceras, des Brachiopodes, parmi lesquels nous citerons le Pentamerus Knight (fig. 22) et l'Orthis rust'ca (fig. 23); quelques Polypiers, comme l’Halysites labyrinthica (fig. 24).

Deux crustacés d’une forme très-bizarre et qui ne res-

semble point d’ailleurs à celle des Trilobites, ont été trou-

Fig. 92.

Fig. 21.

Pentamerus Knighlii. (1/3 G. N.)

Calymene Blumenbachii. (G. N)

vés dans le terrain silurien de l'Amérique et de lAngle-

(Portion grossie 2 fois.)

Fig. 23. Orthis rustica. (G. N.) Fig. 24. Halysites labyrinthica. (G. N.)

terre : le Pterygotus bilobus (fig. 26) et l’'Eurypterus remipes

Fig. 25. Calymene Blumenbachii, enroulé sur lui-mème. (G. N.)

(fig. 27). Ces Crustacés habitaient peut-être les eaux douces.

La plupart des Trilobites, avons-nous déjà dit, pouvaient se rouler en boule comme nos Cloportes, sans doute pour se sous-

Fig. 25. Pterygotus bilobus. (1/2 G. N.)

traire à l'altaque d’un ennemi. On peut représenter, comme

Fig. 27. Eurypterus remipes. (G. N.)

le montre la figure 25, un de ces Trilobites, le Calymene Blumenbachii, enroulé sur lui-même.

Les mers étaient déjà abondamment peuplées à la fin de la période silurienne supérieure, car les naturalistes connaissent aujourd'hui plus de 1500 espèces végétales et animales appartenant à la période silurienne.

Parmi les plantes marines, on a trouvé dans le terrain qui correspond à cette sous-période, quelques espèces d'algues que l’on rasporte au genre Fucoïles.

Fig. 28. Plantes de la période silurienne.

1 et 2. Algues. (G. N.) — 3 et 4. Lycopodes. (G. N.)

Nous représentons dans la figure 28 quelques plantes de cette période d’après les empreintes qu’on en a retrouvées.

Terrain Silurien. — Le terrain silurien se retrouve en France dans les départements de la Manche, du Calvados, de la Sarthe, etc.; en Angleterre, en Espagne, en Allemagne bords du Rhin); en Bohème, où il est très-développé, surtout aux environs de Prague; en Suède, où il comprend toute l'île Gothland ; en Norwége, en Russie, etc. On le retrouve dans les deux Amériques, surtout aux environs de New-York ‘.

Nous ajoutcrons, pour faire connaître le terrain silurien

1. Dans le Langucdoc, où la formation silurienne a été découverte et étudiée par MM. Graff et Fournet, ces observateurs ont reconnu, le long de la base de

sous le rapport de la position de ses assises, qu'il est rarement horizontal, mais le plus souvent disloqué. Il occupe de srandes surfaces, mais ses couches sont presque toujours tourmentées à la suite des nombreuses éruptions qui les ont traversées depuis les premiers âges. Alcide d’Orbigny a rencontré dans les Andes de l'Amérique l'étage silurien, avec ses fossiles, à la hauteur de 5000 mètres au-dessus de la mer. Quels énormes soulèvements du sol ont été nécessaires pour porter ces fossiles à une telle élévation!

A l’époque silurienne, les mers occupaient encore la terre presque tout entière; elles couvraient la plus grande partie de l'Europe : tout l’espace compris depuis l'Espagne jusqu'aux monts Ourals était sous les eaux. Il y avait seulement en France deux îles émergées : l’une formée des terrains granitiques de la Bretagne et de la Vendée actuelle, l’autre constituée par le grand plateau central et composée des mêmes terrains. La partie nord de la Norwége, de la Suède et de la Laponie russe formait une vaste surface continentale. En Amérique, les terres émergées étaient plus nombreuses. Dans l'Amérique septentrionale, une île s’étendait du 50° au 68° degré de latitude, dans la partie qui porte aujourd’hui le nom de Nouvelle-Bretagne. Une autre île dessinait les côtes actuelles des États-Unis sur l'océan Pacifique, du 32° au 52° degré de latitude, c’est-à-dire la Californie, l'Youtah et l'Oréson actuels Dans l'Amérique méridionale, sur lPocéan Pacifique, le Chili formait une île allongée. Sur l'Atlantique, la partie du Brésil contenue entre les 10° et 30° degrés de latitude s'élevait au-dessus des eaux. Enfin, dans la région de l'équateur, la Guyane formait un dernier îlot sur la vaste mer qui couvrait encore toutes les autres parties du monde.

Sur la carte placée en regard de cette page on a représenté les terrains qui s’élevaient au-dessus des eaux pendant la période silurienne, dans la partie de l’Europe qui devait un

l'Espinousse, les schistes chloriteux, verts et primordiaux, surmontés de leurs ardoises, qui deviennent d’autant plus pures que l’on s'éloigne davantage de ce massif granitique et gneissique pour se repprocher de la vallée de Jaur. Cest sur ces couches que repose le système silurien, lequel s’enfonce vers la plaine, sons les terrains secondaire et terviaire.

jour former la France. On voit qu'à cette époque la mer couvrait l'emplacement actuel de notre pays, à l'exception d’une partie de la Bretagne et du plateau central d'Auvergne, qui formaient deux îles sur le vasle océan primordial.

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PÉRIODE DEVONIENNE. 81

PÉRIODE DEVONIENNE.

On désigne une autre période historique de la terre sous le nom de devonienne, parce que le terrain qui correspond à cette période apparait très-nettement et avec beaucoup d’étendue dans le Devonshire, en Angleterre.

Les continents récemment déposés par les mers s’enrichirent, pendant la période devonienne, de quelques espèces végétales et animales d’une organisation plus complexe que celles qui avaient apparu sur le globe primitif. On suivra sans doute avec intérêt, dans cet ouvrage, les progrès successifs que présente l’organisation des êtres à mesure que la terre avance en âge, et, pour ainsi dire, s'éloigne de son berceau. Le Créateur semble s'appliquer sans cesse à produire des espèces vivantes de plus en plus achevées. Nous avons vu, pendant la période silurienne, la vie éclore et l’organisation débuter par des plantes d’un ordre tout à fait inférieur, par des algues et des lycopodes, par des zoophytes, des articulés, des mollusques. Nous verrons, à mesure que notre globe vieillit, l’organisation se compliquer sans cesse. Les vertébrés, représentés par de nombreux poissons, viendront après les zoophytes, les articulés et les mollusques. Apparaîtront ensuite les reptiles; puis les mammifères et les oiseaux; jusqu'à ce qu'enfin Dieu fasse sortir de ses mains son suprême ouvrage, l'Homme, le roi de la terre, qui a pour signe et pour agent de sa supériorité, l'intelligence, cette flamme céleste, émanation de Dieu‘,

1. IlLest bon de remarquer que, tout en débutant par des sortes d'essais, des tentatives d'organisation, la nalure y procédait sur une très-grande échelle, Les crustacés sont en nombre déjà considérable dans les terrains siluriens. Les mollusques qui portent le nom de Goniatites, et que nous verrons apparaître dans cette période, présentent une organisation déjà assez compliquée, comme l’est d’ailleurs celle de tous les mollusques de la famille des Ammonidées dont les Goniatites font parlie, et ils sont répandus dans les terrains devoniens avec une

La figure 29 représente une vue idéale de la terre pendant la période devonienne. C’est une vaste mer, couverte de quelques îlots. Sur les rochers se traînent les articulés et les mollusques propres à cette époque. On voit, échoué sur le rivage, le corps d’un gros poisson cuirassé. L'un des ilots est couvert d’un groupe d’arbustes (Asterophyllites coronata) mèlés à des plantes presque herbacées qui ressemblent à des mousses, quoique les véritables mousses n’aient apparu que bien plus tard.

La végétation est encore ici humble dans son développement, car les arbres de haute futaie font complétement défaut; les Astérophyllites, simples arbustes, élèvent seuls vers le ciel une tige grêle et élancée. La lumière, encore trop pâle, vu la demi-opacité de l'atmosphère, ne permettait guère que le développement d’une végétation essentiellement cellulaire, lâche et vasculaire. Des cryptogames, dont nos champignons actuels peuvent nous donner l’idée, devaient former la plus grande partie de cette végétation primitive; mais en raison de la mollesse de leur tissu, de leur peu de consistance, de l’absence de fibres ligneuses, les vestiges de ces premières plantes ne sont pas venus jusqu’à nous.

Les formes végétales propres à la période devonienne différaient beaucoup, on le voit, de celles qui appartiennent à l’époque actuelle. Les plantes de cette période tenaient à la fois des mousses et des Iycopodes, végétaux cryptogamiques d’un ordre inférieur el qui manquent de fleurs apparentes. Les lycopodes sont des végétaux herbacés qui ne jouent qu'un rôle secondaire dans la végétation actuelle du globe; mais, dans les premiers temps de la création organique, ils avaient la prédominance dans le règne végétal, tant par la dimension des individus que par la variété et le nombre de leurs espèces.

étonnante prodigalité. Dans les Pyrénées, par exemple, le marbre de Campan, dont la couche n’a pas moins de quarante mètres de puissance, n’est pour ainsi dire qu'une pâte calcaire dans laquelle les Gcniatites sont entassés les uns sur les autres comme des figues dans leurs caissons. Cette disposition permet de calculer approximativement le nombre de ces animaux que doit contenir un bloc de dimension déterminte. En partant de cette donnée, M. Élie de Beaumont a trouvé qu'une couche de ce calcaire qui n’aurait qu'un mètre

d'épaisseur sur un myriamètre carré de superficie, en renferme vingt-sept mille milliards.

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re pendant li periode devonienne,

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9, Vue ideul

fig.

PÉRIODE DEVONIENNE. 85

L'arbuste élégant qui porte le nom d’Asferophyllites coronata, et que l’on voit sur la planche 29, doit être rangé dans une famille, aujourd’hui complétement anéantie, appartenant à cette division des Dicotylédones qui comprend maintenant les Conifères, ou arbres verts, et les Cycadées. Les feuilles aiguës des Astérophyllites s’étalaient en rayons de cercle, sur des rameaux verticillés.

Nous représentons dans la figure 30 trois espèces végétales

Fig. 30. Plantes de la période devonienne.

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