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par de massives stalactites semblables à des colonnes d’albâtre qui s'appuient sur la terrasse inférieure.
Les sources chaudes prennent naissance en mille endroits et s'élancent de gradin en gradin, de vasque en vasque, déposant en s'évaporant les substances qu'elles tiennent en dissolution,
L'œil se perd dans les multiples combinaisons de cette architecture féerique : rien de plus délicatement ciselé que les parois des vasques, dont les bords se découpent en festons d'une infinie richesse de formes. Les fontaines des plus mervoilleux palais enfantés par l'imagination orientale donneraient à peine une idée de ces coupes idéales créées par ur caprice de la nature : il s'en échappe mille gracieuses cascades qui baïignent amoureusement les sculptures des stalactites et coulent aussi pures, aussi limpides que du diamant en fusion ; comme les eaux se refroidissent à mesure qu'elles descendent, le baigneur peut choisir la température qui lui plait.
Comment admirer ces prodiges sans se demander quelle cause mystérieuse les a produits et par quelle fantaisie de la nature les eaux, au heu de suivre une route uniforme, se sont facopné ainsi mille bassins élégamment échan-
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LES SOURCES DU MAMMOUTH 93 crés? Une observation vulgaire fournit la solution du problème. L’épaisseur des dépôts étant proportionnelle à la profondeur de la nappe liquide, c'est précisément sur les bords des terrasses, où cette profondeur atteint son maximum, que le sédiment est le plus abondant. Ces bords s'élèvent donc graduellement et se contournent. en coquilles renversées d'où l’eau s'épanche en cascades.
On conçoit aussi que si des eaux chaudes chargées de princige: <alins viennent à surgir du sein d’une surface piane, c’est à une certaine distance du point d'émergence qu'elles accumu-
lent leurs dépôts sous l'influence de l’évaporation
et du refroidissement, de telle façon qu’on verra s’édifier à la longue un rempart circulaire autour de la source.
Et peu à peu les terrasses se transforment ainsi en autant de vasques dont la profondeur varie de quelques centimètres à près de deux mètres. Les unes déversent à pleins bords leur contenu dans les vasques inférieures, les autres sont taries. Tant que la geysérite est baïignée par les eaux, elle est dure et résistante, mais, en se desséchant, elle devient molle et friable, et une lame d'acier y pénètre aisément.
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Les sources qui alimentent les bassins changent de place suivant leurs caprices : il n’est pas rare de rencontrer une sourec active au milieu des débris abandonnés par une autre depuis longtemps tarie, et il serait bien difficile de dire si quelque relation a jamais existé entre elles.
Je mis plusieurs heures à gravir cet escalier de cristal. Non pas que l'ascension soit longue et laborieuse, mais tant de merveilles sollicitent les regards, qu'on ne peut résister à la tentation de flâner en chemin. On doit, comme dans une galerie de tableaux, se borner à admirer un pelil nombre de chefs-d'œuvre, en regrettant de ne pouvoir disposer que de quelques heures fugilives pour en jouir et en fixer dans l'âme un souvenir impérissable.
Je ne pouvais faire un pas sans pousser des cris de surprise dans ce labyrinthe de ruisseaux limpides et de bassins fumants, au milieu desquels je m'aventurais avec prudence, moins de peur de m'échauder que par crainte de profancr l'œuvre des siècles. La croûte calcaire est souvent perlide : en maints endroits elle est si peu épaisse qu'on entend distinctement le bruit des
eaux souterraines : çà et là des crevasses per-
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LES SOURCES DU MAMMOUTH 97 mettent de suivre le cours de ces torrents sur une certaine étendue,
Les terrasses semblaient grandir au fur et à mesure que je m'élevais : leurs bords festonnés et leurs éblouissantes stalactites formaient audessus de ma tète comme une série de cascades congelées; le coup d’œil d'ensemble était d’une saisissante majesté. J'admirais autant la splendeur et la variété des couleurs que la délicate structure de ces concrétions. Les dépôts se revêtent de presque toutes les teintes qu’on trouve dans la nature, et ces teintes sont d’une fraicheur et d’un éclat que le pinceau ne pourrait reproduire. Ici le ruissellement des eaux cristallines fait étinceler la blancheur immaculée des silicates; ailleurs la roche a la transparence laiteuse de l’albâtre ou emprunte au soufre et au fer des tons d’un rouge vermillon ou d’un jaune
doré; en d’autres endroits elle est d'un brun
foncé, d'un vert tendre, parfois du rose le plus délicat.
La richesse du coloris est rehaussée encore par le tapis des conferves qui se plaisent dans ces eaux chaudes ; il y en a de blanches, de brunes, de jaunes, de rouges, de vertes; ces algues affectent la forme de longs filaments
soyeux qui s'éparpillent en franges trainantes et que les eaux courantes font constamment onduler; parfois la présence du soufre leur donne l'aspect de mailles de cristaux aussi effilés que des aiguilles. Étrange phénomène que cette luxuriante vie végétale au milieu de ces eaux bouillantes!
J'atteignis enfin, presque au haut du ravin, le grand plateau où l'on voit sourdre les principales sources actives qui alimentent les vasques des étages inférieurs. Ces sources jaillissent du fond de vastes réservoirs de forme à peu près circulaire. La plupart des bassins ont deux centres d’ébullition. Je demeurai je ne sais combien de temps sur la margelle d’an de ces puits, l'œil fasciné par les profondeurs azurées au-dessus desquelles se jouaient les bouffées de vapeur qu'emportait le souffle de l'air. L'eau est si transparente, qu'il n’est pas une seule ciselure des parois intérieures du bassin qui ne soit parfaitement visible. Le cristal, la turquoise sont des comparaisons trop imparfaites pour donner une idée de l’admirable pureté de ces eaux d’un bleu d'outremer. Ce qui est d’un prestige charmant, c'est l'agitation que l’ébullition produit à la surface de la nappe liquide : le regard captivé suit
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LES SOURCES DU MAMMOUTH 99
les petites vagues qui naissent au centre du réservoir et qui brillent de toutes les couleurs du prisme en réfractant dans leurs ondulations les rayons solaires.
En continuant l'ascension, je finis par atteindre la dernière terrasse. Là surgit une source isolée qui n’a actuellement qu'un assez mince débit; mais anciennement d’autres sources plus considérables prenaient naissance sur cette même terrasse, comme le témoignent les bords festonnés des bassins et les crevasses d’où s’échappent des gaz sulfureux. Un de ces cratères forme une grotte dont l’orifice lance en sifflant de brülants jets de vapeur qui déposent sur la roche des cristaux de soufre.
Dans le voisinage de la terrasse supérieure se trouvent de nombreux cônes de geysers éteints : en les ébréchant, le temps en a transformé plusieurs en cavernes, qui ont parfois servi de relraites aux bêtes sauvages. On à trouvé dans une de ces cavernes des ossements et des branches d'arbres apportés par des animaux; des lé-
gions de chauves-souris y avaient élu domicile.
Aux endroits.où la croûte est brisée, apparaissent de nombreuses couches de sédiment, Ces vestiges de sources thermales et de gey-
sers aujourd'hui éteints attestent que l’activité des sources du Mammouth est en voic de décroissance et que les forces souterraines ne se manifestent plus actuellement avec l'énergie qu’elles durent déployer anciennement. La diminution annuelle qu'on a constatée dans le débit des sources depuis leur découverte montre que la décadence est rapide. Nombre d’entonnoirs qui furent autrefois des bassins abritent aujourd’hui des arbustes. Des cônes qui lançaient naguère des colonnes d’eau bouillante portent actuellement des pins âgés de plus de cent ans et contrastant, par leur vigueur, avec les arbustes rabougris qui végètent dans le voisinage des sources actives.
La forèt est décimée sur tout le parcours des eaux thermales : beaucoup d'arbres frappés de mort sont encore debout, étendant leurs branches décharnées au-dessus de la blanche couche de geysérite dans laquelle ils demeurent à demi ensevelis. Ces arbres, qui n’ont pu évidemment prendre naissance dans le sein des substances pétrifiantes, attestent les fréquents déplacements des sources actives. Maintes tertasses aujourd'hui à sec portent des conifères dont l’âge accuse l’ancienneté des sédiments : quelques-uns
LES SOURCES DU MAMMOUTH 101 n'ont pas beaucoup moins d’un mètre d’épaisseur : ce qui représenterait une croissance de plus de cinq siècles. Et encore faut-il considérer
les années qui se sont écoulées depuis la dispa-
rition des sources jusqu’au moment où les arbres ont pu trouver assez de terre végétale pour prendre racine; enfin, que sont ces années auprès des siècles que représente l'épaisseur inconnue des sédiments!
Les dépôts calcaires couvrent une superficie de trois milles carrés, s'étendant du bord de la rivière Gardiner jusqu'à la naissance du ravin. La région des sources actives, limitée à une portion de ce territoire, occupe un espace d'environ 80 hectares. Un grand nombre de sources d’eau bouillante jaillissent sur les bords de la Gardiner; dominant la rivière, une longue suite de terrasses formées par des sources disparues remonte la colline sur un parcours d'un mille el aboutit au foyer actuel d'activité, dont on peut suivre l'intensité décroissante jusqu'à un mille au delà, jusqu'aux épaisses forêts de pins qui couronnent le faite de la montagne. L'ancien foyer d'activité a dù se trouver autrefois beaucoup plus bas, environ à égale distance du foyer actuel et des bords de la Gardiner.
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Un des plus curieux contrastes de cette merveilleuse vallée, ce sont les sources d’eau bouillante qui jaillissent à quelques pas des vaux glaciales de la Gardiner, Pècher une truite dans la rivière, et, sans l'arracher à l’hamecon, la plonger toute frétillante dans une source voisine pour la manger sur les lieux, voilà une prouesse qui parait aussi invraisemblable que celles du baron de Munchhausen. L'expérience fut pourtant exécutée sous mes veux par deux Américains, féroces amateurs de cet ercitèny sport, qui avaient entrepris un voyage de New-York aux montagnes Rocheuses, principalement dans le but de se procurer une aussi incffable volupté. Comme la rivière cest très puissonneuse, ils eurent bientôt réuni les éléments d'un copieux déjeuner, auquel ils m'invitèrent à prendre part. Les pauvres truiles passèrent instantanément de la rivière à la marmite, d'où elles sortirent au bout de cinq minutes pour passer dans nos estomacs : cuiles à point, elles furent trouvées délicieuses; mais Brillat-Savarin eût peut-être fait cette restriclion, qu'il manquait du sel.
Les eaux thermales de Mammoth Springs sont
connues depuis trop peu de temps et n'ont pas
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Un bain aux sources du Mammouth.
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