CHAPITRE II
LES GOURANTS.
Grands mouvements des eaux marines. — Causes générales des courants.
Les cinq fleuves océaniques.
Les mouvements réels de la mer, qui se montrent par les courants et qui sont beaucoup moins visibles aux regards que les déplacements apparents produits par les vagues, ont néanmoins une bien plus baute importance dans la vie planétaire : par eux, d'énormes couches liquides, ayant jusqu'à des milliers de kilomètres en largeur et des centaines de mètres en profondeur, sont entraînées à travers les bassins océaniques; les eaux des mers polaires s'épanchent vers les régions équatoriales, et, de leur côté, celles-ci envoient leurs flots dans la direction des pôles. La masse liquide tournoie incessamment, comme par un remous, dans chaque mer du globe, et Ton peut en suivre par la pensée la ronde prodigieuse, des banquises de glace jusque sous la tiède atmosphère des tropiques. Les courants ne sont autre chose que l'Océan lui-même en mouvement, et par eux les eaux marines sont successivement réparties dans tous les parages de la sphère : ce sont les méandres de ce grand a fleuve salé » d'Homère, qui se déroule autour de la terre en un immense circuit. Chaque gouttelette qui n'a pas encore été aspirée en vapeur, pour commencer son long voyage à travers les nuées, les névés, les glaciers et les fleuves, change continuellement de place dans les abîmes de la mer ; elle descend jusqu'au fond ou remonte à la surface, elle se
promène de l'équaleur au pôle ou du pôle à Téquateur, et par- • court ainsi toutes les régions de FOcéan. C'est à ce déplacement continu de ses innombrables molécules que la mer doit de se ressembler d'une manière si étonnante sous les diverses latitudes par Taspect, la composition, la salure des eaux.
Toute différence de niveau qui se produit à la surface liquide par suite de vents prolongés, de fortes pluies ou d'une évaporation très-active, a pour conséquence nécessaire la formation d'un courant; car l'eau cherche l'horizontalité de surface et se porte sans cesse des endroits les plus élevés vers les dépressions. La moindre variation atmosphérique a donc pour conséquence un déplacement dans un sens ou dans l'autre des eaux superficielles ; mais les courants qui d'un mouvement régulier se déroulent autour des bassins de l'Océan entre les zones polaires et la zone équatoriale sont déterminés par des causes générales agissant à la fois sur la face entière de la planète. Ces causes sont la rotation du globe et la différence de température entre les diverses parties de la mer.
Le bassin équatorial, incessamment réchauffé par les rayons solaires, perd une très-grande quantité d'eau qui se transforme en vapeur et monte dans les hautes couches de l'air pour- se condenser en nuages. En admettant que l'évaporation annuelle soit de 4 mètres 1/2 seulement S ce qui est sans doute un chiffre inférieur à la réalité, la quantité de liquide enlevée à l'Atlantique dans la zone tropicale serait approximativement de 120 trillions de mètres cubes et représenterait par conséquent une masse cubique d'eau de près de 50 kilomètres de côté. Il est vrai qu'une partie considérable de ces vapeurs, la moitié peut-être, retombe avec les pluies dans la mer d'où elle s'est élevée ; mais une très-forte proportion des nuages est entraînée par les contre- alizés * et d'autres courants aériens dans les mers situées en dehors des tropiques et sur les continents voisins. Près de l'équateur, l'évaporation enlève donc à l'Océan beaucoup plus d'eau que