L£ CROISEMENT DES MARÉES
y est énorme comme dans la baie de Fundy ou dans le golfe de Saint'Malo; mais le contraire a lieu, les marées y sont presque nulles. Les fortes oscillations de niveau qu'on observe dans cet estuaire sont dues presque uniquement aux brises régulières et aux tempêtes qui dépriment les vaguçs d'un côté pour les soulever de Tautre. Or, comme en général les vents de terre dominent pendant la matinée, et sont remplacés le soir par la brise du large, le flux et le reflux, obéissant à l'impulsion alternative de l'atmosphère, se succèdent de douze heures en douze heures; la marée monte Taprès-midî pour redescendre le lendemain matin ^ Cette anomalie apparente s'explique par la rencontre de la haute et de la basse mer à l'entrée de l'estuaire. Les vagues de marée, qui se dirigent, au sud vers le Brésil, au nord vers la Patagonie, ne frappent point les côtes au même instant du jour; elles se suivent à un intervalle de plusieurs heureô, et les courants latéraux qui en dérivent se succèdent au débouché de l'estuaire de la Plata, de manière à en maintenir la masse liquide à peu près au même niveau. Au moment où le reflux de la marée septentrionale tendrait à se produire, arrive le flux méridional, dont la pression, exercée en sens contraire, empêche les eaux de s'abaisser ; puis quand se présente une nouvelle marée venue des côtes du Brésil, la surface de la mer s'abaisse déjà dans les parages du sud. Les intumescences s'entre-croisent, et sur la ligne d'interférence l'eau ne subit aucune oscillation.
C'est probablement à des phénomènes de même nature qu'il faut attribuer la formation de ces marées diurnes, et d'ailleurs toujours très-faibles, qui se produisent à l'embouchure du Mississipi, sur les côtes de la Nouvelle -Irlande à Port-Dalrymple dans la Tasmanie, au sud de l'Australie près du golfe de King-George, dans le golfe de Tonquin, dans la baie de Bahr-el-Benat ou « mer des Filles » du golfe Persique, enfin dans la mer Blanche et en beaucoup d'autres