CHAPITRE VIII. — LES CARTES LUNAIRES
exactes de la libration de la Lune étaient découvertes par Dominique Cassini (lôgS). Ces lois sont les suivantes :
I** La Lune tourne autour d'un axe dont les pôles sont fixes à sa surface. Ce mouvement est uniforme ; sa période est égale à une révolution sidérale de la Lune.
2" L'axe de rotation est incliné d'un angle constant et différent de 90° sur l'écliptique.
3" L'axe de l'écliptique, l'axe de rotation et l'axe de l'orbite sont constamment parallèles à un même plan.
On notera que, si la première loi n'était pas rigoureuse, toutes les parties de la surface de la Lune deviendraient visibles à la longue. Ces règles étant admises, on peut prédire l'aspect du disque pour une époque quelconque et ramener toutes les configurations observées à un état de libration mo venue. On prend pour origine des latitudes l'équateur, pour origine des longitudes le méridien, fixe sur la surface de la Lune, qui jouit de la propriété de s'écarter de quantités égales de part et d'autre du centre apparent.
Cassini avait publié antérieurement (1680) une Carte de la Lune plus complète que celle d'Hévélius. 11 aurait pu, par l'application des lois qu'il avait posées, donner à cette Carte une base mathématique. Ce travail ne fut accompli que beaucoup plus tard par Tobie Mayer, astronome de Gœttingue (1748). A la valeur 2"3o' donnée par Cassini pour l'inclinaison de 'équateur sur l'écliptique, il substitua la valeur beaucoup plus exacte i^ag'. Le chiffre adopté aujourd'hui est i**3i'. La Carte de Tobie Maj'er est la première où l'on se soit conformé à l'orientation apparente dans les lunettes.
William Herschel porta son attention de 1777 à 1779 sur la topographie de la Lune. On lui doit une série de mesures de la hauteur des montagnes. Ses résultats sont bien plus faibles que ceux des observateurs qui l'ont précédé ou suivi. Selon lui, la hauteur des montagnes excéderait rarement 1000". Il est probable que Herschel considérait comme Ja surface véritable de la Lune celle des plateaux qui séparent les cirques et qu'il évaluait la différence d'altitude entre le bourrelet des cirques et le plateau extérieur. On trouve des chiffres beaucoup plus forts quand on compare le rebord d'un cirque à la plaine intérieure, ou le fond d'une mer aux montagnes qui en forriieiit hi luit lie.
Herschel a cru, a diverses reprises, apercevoir des volcans
go SECONDE PARTIE. — LA LUNE.
vite dans la partie obscure de la Lune. Ailleurs, il considère comme très probable, sinon certain, que la Lune est habitée. Ni dans un cas ni dans l'autre, ses observations ou ses raisonnements ne sont présentés sous une forme qui entraîne la conviction.
Le premier essai de topographie vraiment détaillée est dû à Schroter. Ses observations, commencées à Lilienthal en 1784, ont abouti à la publication de deux volumes de Selenotopographische Fragmente, parus en 1791 et 1802. Jamais avant lui on n'avait appliqué à ce genre de recherches des instruments aussi puissants. L'un de ses télescopes avait 19 pouces d'ouverture. Schroter n'a point donné de Carte d'ensemble, mais une multitude de dessins partiels relatifs à des phases diverses. Dans ce travail, accompli avec beaucoup de persévérance, il eut l'occasion d'enrichir la nomenclature et de signaler de nombreux détails restés inaperçus avant lui. Son titre le mieux caractérisé est d'avoir inauguré une méthode nouvelle pour l'évaluation des hauteurs des montagnes. Elle repose sur la mesure micrométrique de l'ombre projetée, combinée avec le calcul de la hauteur du Soleil pour le point qui est l'origine de l'ombre. Ce procédé, plus précis que la mesure de la distance au terminateur, est applicable dans des cas moins limités. Toutefois il est encore fréquent qu'il tombe en défaut, et il ne fournit jamais que des différences entre le sommet d'une montagne et une plaine voisine.
Schroter observa, non sans surprise, des divergences manifestes entre ses dessins d'une même région, effectués à des époques difiérentes. Dans un grand nombre de cas, il fut amené à conclure que des changements réels s'étaient accomplis sur notre satellite. Mais ces conclusions n'ont pas été acceptées par la généralité des astronomes. Ils estiment ou bien que Schroter n'a pas suffisamment tenu compte des apparences occasionnées parle changement des positions relatives de la| Terre, du|Soleil et de la Lune, ou bien, dans les cas de [divergence certaine, Jque l'état ancien n'était pas établi par un ensemble suffisant de témoignages.
Pour affirmer qu'il y a eu [modification physique, il serait évidemment désirable d'avoir des Cartes lunaires établies par une méthode vraiment rigoureuse, c'est-à-dire reposant sur la^ triangulation d'un certain nombre de signaux bien choisis. Par des contrôles répétés, on peut assigner une limite supérieure à l'erreur possible d'un réseau géodésique; et, si l'un des sommets vient à se déplacer d'une quan-