‹ La terre et al lune: forme extérieure et structure interneChapitre 61 sur 64 · CHAPITRE XIV: — L EVOLUTION DES PLANETES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV: — L EVOLUTION DES PLANETES

qu'une différence de niveau notable se soit établie entre une case et l'ensemble de ses voisines.

La formation du réseau, dans son ensemble, remonte à une époque où la Lune n'avait qu'une mince écorce solide, en sorte qu'il ne pouvait s'y créer de différences d'altitude importantes.

Le réseau rectiligne ne subsiste nulle part dans son état initial; les principales circonstances qui ont amené sa disparition ou son effacement partiel dans la croûte épaissie paraissent être :

1° Des mouvements tangentiels importants, affectante la fois un grand nombre de compartiments soudés et déterminant des ruptures suivant des lignes irrégulières, en discordance avec celles du réseau primitif;

2** Une période volcanique très longue et très générale, amenant des alternatives d'intumescence et d'affaissement dans l'étendue d'une même case ou de plusieurs cases adjacentes, et aboutissant au sectionnement de l'écorce suivant des cercles de faible rayon ;

3" L'envailissement par des nappes liquides de vastes régions affaissées.

Influence du réseau rectiligne sur les formations plus récentes — Tout en succombant dans cette lutte, bien des fois séculaire, le réseau rectiligne a laissé des vestiges si nombreux et si clairement coordonnés, que nous sommes autorisés à conclure à son universalité dans un passé lointain. Il a exercé une influence passive, mais encore reconnaissable sur la structure et la délimitation des masses montagneuses, sur l'alignement, la distribution et le contour des cirques, sur la forme même des mers. Il s'en est produit des rééditions affaiblies sur divers points où l'épanchement de grandes masses liquides avait reconstitué momentanément, sur une échelle moindre, des conditions analogues à celles de la planète fluide.

Dans les régions où la multiplication excessive des orifices modernes a fait disparaître les sillons primitifs, ceux-ci manifestent leur existence ancienne par des chaînes de cirques orientées suivant certaines directions préférées. On conçoit, en effet, que le sectionnement préalable de l'écorce en bandes offrira, sur certaines lign(?5, une issue plus facile aux forces intérieures. Il en résultera que des bassins à peu près conleraporains et de même dimension se présenteront par çéries. Veut-on, au contraire, faire déterminer l'emplacement des

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cirques parde^ chocs d'ori^ne externe, une telle distribution apparaît comme dénuée de toute probabilité.

Les cases continues sont séparées, soit par des sillons en creux, soit par des digues en relief. Le premier mode de division domine dans les massifs montagneux de la région équatoriale. le second dans la région arcti^fue. L'un et l'autre apparaissent comme passifs vis-à-vis des mers ou des cirques, mais c'est la forme saillante qui a opposé l'obstacle le plus efficace à l'expansion des bassins circulaires. Quand cette expansion l'emporte. la partie englobée du sillon rectiligne n'est pas fatalement condamnée à disparaître. Elle s'affaisse plus ou moins à l'intérieur du cirque et forme palier intermédiaire entre la plaine intérieure et le plateau. Les mêmes orientations, en très petit nombre, se retnnixent dans It^ contour polvgonal du cirque, dans ses terrasses intérieures, dans les sillims qui l'encadrent à distance. Ce ne serait pas le cas si. comme la pensé le professeur Suess, le cirque entier repi^senlait une pttrtion de croûte ramenée à lélat liquide par un tlux de chaleur intern*''.

L'indépendance de la plupart des sillons par rapport au relief des régions traversées, le plan lar^e el ivgulier qui préside à leurs directions, montrent qu'ils sont 1»* pn^duit de causes anciennes f^i profondes. Il en est de même des grandes tissures tracées en plaine, comme celles d' \riad«eus, «l'H v^inus. de Triesnecker. Elles pré>entent des portions reclilignes el paralhl-les, séparées par des coudes très nets. Leur orientation, en concordance a\ec la structure générale de la région, se retrouve à peu de dislance dans les contours polvgonaui d' Agrippa, de Godin. de Rhielicus. de la mer des Vapeurs. Donc ces fissures, bien que tracées à travers la surface unie d'une nappe si>lidifiée. ne sont point le résultat de l'aclion de la pesanteur sur celte napipe. Leur présence ré\èle le jeu in\isible des compartiments submergés. Elle décèle des ellorls de traction, exercés au cours même de la période volcanique sur des fragments étendus de l'écorce sousjacente. La même remarque s'applique au Mur Droit, rattaché par sa direction au même groupe que la \eine médiane d'Alphonse, aux veines de la mer du Froid, parallèles aux liuiites du massif des Alpes, à la cre\asse médiane de Pelavius, parallèle à deux cotés du cadre extérieur 'Ji^> 4'.'-

Par conlre. on est fondé à parler d'un sectionnement rectiligne à la fois récent et superficiel, à propos des enceintes secondaires qui se

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:âuiil formées à l'intérieur de Gasseudi, d^Atlas, de Posidonius, d'Hercule. Leur dessit3 anguleux est une réédition locaïe el afïaîblîe d'un iéttit df^ choses autrefois général (Jlg^ ôo, 5i),

De V angine du réseau rertUigne.— D'ajHTs rensenible des faits astronomrf|iM-s et fi*^oloj:;iqiies, la Terre a traversé trois grandes phases nelterneiil ddlérentes : une pérîtjde de tluidité totale, une période de solidification superiicielle^ une période aqupuse. Dans cette dernière pha^e. la constitution et l'aspect du sol sont principalement déterni inés par l^eau qui te recuuvre ou s'y préripîle. Presque toutes les causes que nous soyons à Iceuvre aujourtlMiui en dérivent et tendent à ell'acer le relief.

Sur la Lune 1 enu fait tléfanf actuellement et elle n*a pas laissé de traces d'une intervention active flans le passé. La nappe océanique et la couverture sédimentaîrc sont aliscntes, 11 suit de là que la Lune «st partlculièremenl propre à nous apprendre comment la solidification s'est accomplie et rn mm eut s'est eflertué le passage de la première période à la secoiulc.

Plus petit, notre satellite a évolué plus vite : mais depuis longtemps déjà la permanence y rc^ne a un tel degré que les traits les juieux visibles de la surface lunaire peav ent èiiti coii/paraLles, par leur âge, aux plus anciens accidents du sol terrestre. La dernière période de destruction traversée a été celle de la formation des cirques. Ses ravages n'ont pas été tels que l'état immérliatciTient antérieur ne puisse être reconstitué avec une proliabilité 1res élevée.

Il y a eu, dans notre opinion, une t'poc|ue où tous les accidents delà surface de la Lune se partageaient entre deui tvpes : le ty|)e arctique, plaines quadrangulaires encadrées de cordons saillants {Jig* 4S)î 1^ type équatorial formé de losanges assemblés, sans dépression notable du centre des cases. Il est facile d'iniaginer la transition de l'un à l'autre, en supposant que les cordons perdent graduellement leur relief et se Iranî^fornrent en sillons irrégulleis. Le [prohlénie consiste maintenant a ex|>]iqucr coni tuent Tiinr ou Tautrc de ecs formes a pu dériver de l'état initial le plus vraisemblable, par le jeu régulier des lois physiques.

Les planètes el leurs satellites ont commencé par être fluides dans toute leur masse. Leur foiuie sphéri(|ue le démontre et jamais, croyons nous, nne contestation sérieuse ne s'est élevée sur ce pointconstamment

l66 SECONDE PARTIE. — LA LUNE.

renouvelée, dissipe dans l'espace une quantité de chaleur bien supérieure à celle qui est reçue du Soleil. C'est à la surface que se produit le refroidissement le plus actif et que les scories doivent se former tout d'abord.

Que deviennent les îlots ainsi constitués? Ici, la divergence des théories se manifeste. Les uns (f^ord Kelvin, MM. King et Barus, etc.) veulent que les particules solidifiées plongent à l'intérieur, où elles reprennent bientôt l'état liquide sous Tinfluence d'une température plus haute. Ainsi s'effectue un brassage prolongé qui tend à établir dans toute la masse une température à peu près uniforme à un moment donné, mais décroissante avec le temps. Pour nombre de substances, la compression favorise le passage à l'état solide. C'est donc au centre, où les pressions sont plus fortes, que la solidification commence, pour se propager ensuite vers la surface. Dans ce système, la Lune est totalement solidifiée; la Terre l'est aussi, sauf de^ poches de lave relativement insignifiantes, qui donnent lieu aux éruptions volcaniques.

La thèse opposée, plus en faveur près des géologues (Suess, de Lapparent, Sacco, etc.), admet que, dans l'état de fluidité, les matériaux se sont disposés par ordre de densité croissante, en allant de la surface au centre. Les substances peu denses sont ainsi les plus exposées au refroidissement. Plusieurs d'entre elles, à l'exemple de l'eau, se dilatent par la solidification. Elles vont donc former une croûte solide graduellement épaissie. Le retour à l'état liquide sera pour elles une rare exception, bien que la partie fluide doive prédominer longtemps encore par sa masse. La conductibilité des roches pour la chaleur est, en effet, si faible que la solidification totale d'une planète, par l'extérieur, semble devoir réclamer autant ou plus de temps que l'extinction du Soleil.

Nous avons indiqué, au Chapitre VII de ce Livre, diverses raisonsqui tendent à faire limiter à un petit nombre de myriamètres l'épais — seur de la croûte terrestre, c'est-à-dire de la couche où la rigidité de=^matériaux s'oppose aux courants de convection. La Lune fournit s» l'appui de la même thèse des arguments d'un autre ordre, mais qim. i sont bien loin d'être négligeables.

Les traits anciens du relief lunaire rentrent dans un plan mien. ^3 défini et plus régulier que celui des chaînes de montagnes terrestre ^ Nous y trouvons comme élément essentiel des fractures disposées ^ i

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