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bien voulu se révéler à moi dans ses saints livres, car je viens de lui, je suis pour lui, je vais à lui : il était done nécessaire que je le connusse, et qu’il se révélât à moi. Je comprends encore que Dieu m'ait donné certaines connaissances sur les anges bons et mauvais, leur nature, leurs opérations : je le comprends, car je sais que je suis en rapport, même ici-bas, avec les créations angéliques. Mais il n’en est pas de même à l’égard des habitants des mondes ; leur connaissance ne nous est nullement nécessaire : sans cette connaissance, en effet, nous pouvons poursuivre et atteindre notre fin, comme nous pouvons le faire sans la connaissance de toutes les lois de la nature physi:i
Pour moi, mon & ar’, la question de l'habitation des mondes prend place parmi ces mystères de la création que Dieu a livrés à nos ét::des età os recherches: «Tradidit Deus mundum disputationibus hominu:1.» Il nous abandonne le monde comme un noble sujet d’investigations, comme un vaste champ d'observations. Cultivons-le, ce champ; efforçons-nous d'agrandir le cercle de nos connaissances; tâchons de pénétrer de plus en plus les lois universelles de la nature, de percer plus profondément dans l'abîime de ses mystères. J'en ai le sentiment, un de ces mystères que Dieu nous tient cachés, mais dont il ne nous défend pas, dont au contraire, il nous encourage à soulever le voile, c’est l'habitation des mondes. Sommes-nous les seuls et solitaires habitants de l'univers ? Sommes-nous, ic! bas, les seuls êtres auxquels aient été départis les bienfaits de l'intelligence et de la raison? N'y a-tl pas, dans cet univers, d’autres êtres raisonnables, capables comme nous, d'admirer les merveilles de la création, de connaître le créateur, de faire monter vers lui le parfum de leurs hommages et de leur adoration? Oui, c'est là une des questions qui nous ont été livrées. La sainte Bible n’en parle pas, parce que cela n’est nullement nécessaire, parce qu’elle n’a pas pour objet de satisfaire la curiosité de notre esprit; mais je puis, je doisme préoccuper de cette question, dont la solution paraît clairement
| indiquée par le bon sens et l’analogie. Ce n’est pas, je le sais, | ce qu’on appelle une question strictement scientifique, quoique d'illustres savants s’en soient occupés et s’en occr'pent encore. | Aussi ne demande-t-elle pas de recherches spéciales. Cette | question profitera des travaux journaliers des savants et des progrès de la science ; elle s’'éclairera insensiblement d’elle- | mème à mesure que la science progressera, à mesure que l’on perfectionnera les moyens d'observation ; et un jour, ce que | l'on pressent aujourd’hui éclatera, brillera aux yeux de tous | de la lumière de l'évidence. Alors, mon bien cher ami, toutes ‘les difficultés disparaîtront; on s’étonnera d’avoir nourri si | longtemps des idées si étroites; on placera la terre à son véritable rang ; rien ne sera changé, sans doute, pour l'homme, (4 dans sa destinée et dans les moyenis de l’atteindre; cette con- h quête n’ajoutera rien à ses devoirs envers Dieu, ni n’en retranchera rien; non, sans doute, mais cette nouvelle connaissance ne pourra qu'ajouter à l'idée que nous pouvons nous former ici-bas de la puissance et de la sagesse du Créateur.
Alors, qu’arrivera-t-il encore, mon cher ami? Au milieu des transports de joie des savants et des amis de la science, les partisans de la prétendue tradition chrétienne, ne pouvant s'appuyer sur un décret des congrégations romaines, pas même sur un décret depuis longtemps rappelé, s’efforceront néanmoins de résister ; ils se cramponueront d'abord à certains textes de la Sainte Ecriture qu'ils interpréteront avec les idées d'un autre âge; ils en appelleront aux systèmes surannés des pères, des théologiens ; pendant quelque temps, ils traiteront leurs adversaires de faux savants, d'impies, de dupes et d’imbéciles ; ils amasseront péniblement contre la science toutes les folies qu'ont rêvées jadis et que rêvent encore quelquefois au- | jourd’hui certains écrivains; peut-être oseront-ils ridiculement | comparer ensemble la croyance immémoriale à l'Immaculée 1 Conception de Marie et l'idée de l'homme seul habitant de [| l'univers : puis, enfin, qu'arrivera t-il? Un jour, il se fera || une découverte tellement évidente, tellement incontestable,
que le doute ne sera plus permis aux hommes les moins raisonnables, et alors, hélas ! il le faudra bien, les fougueux défenseurs de la prétendue tradition chrétienne, ahuris, abattus, ne sachant plus où donner de la tête, seront forcés de se taire, et d’avouer, au moins par leur silence, avec la sainte Eglise, que la science à son domaine propre et légitime, qu'elle doit s'y mouvoir à l'aise, sans autres entraves que le dogme et la parole de Dieu interprétée par l'Eglise. Adieu, mon cher ami.