OC
UJ
h- QC
-apnjriBI jp sjj£»(J
TEMPÉRATURE DU (iLORE. 233
Il ne sera pas sans intérêtde faire connaître ici quelques-unes des températures extrêmes qui ont été observées sur le globe.
Parlons d'abord des chaleurs extrêmes. Entre les tropi({ues, de Humboldt a fréquemment trouvé au-dessus de 5-2" centigrades la température du sol exposé aux rayons solaires ; et Arago observa un jour 53" dans le sable du jardin de l'Observatoire, à Paris. M. H. Mares, pendant qu'il étudiait, en 1854, l'action du soufre sur les vignes atteintes de Voïdium, constata que la température du sol arable, dans la plaine de Launac, près de Gigean (Hérault , était de 51 à 55»'. Le sable graniti(|ue blanc près de rOrénoque. (jui porte une belle végétation, a été trouvé par de Humboldt à 60". Enfin, Nouet a noté 67", 5 dans le sable, près Phibe, en Egypte.
A l'ombre et en plein air, on a observé les températures suivantes:
A Paramatla, en Australie, kl" lord Drisbane).
Au ca|j de Bonne-Espérance, 43 à kk". . . (Lacaille .
A Pondichéry, 44 à 45" (Le < lenlil .
A Madagascar, 45 à 46" le même auteur).
A Esnéh, en Egypte, 47 à 48" l'.urckhardt). -
A Mourzouk, dans le Fezzan, 56" Ritchie).
Les plus hautes températures observées à Paris depuis un siècle ont été, à lombre : de -|- 40* le 26 août 1765, de 39" le 6 août 1705, ainsi que le 14 août 1773, et de 38* le 9 août 1863
Passons à 1 observation des froids extrêmes. La température la plus basse observée à Paris a été de — 2S",5le 25 janvier 1795. A Yakoutsk, en Sibérie, onavu le thermomètre descendre, en janvier, jusqu'à — 58^ Franklin a observé 50" de froid à Fort- Entreprise (64" 5' latitude nord). Black, au nord de l'Amérique, a supporté un froid de — 56", 7. La température moyenne de l'île Melviile est, d'après le capitaine Parry, de — 18%5; les «linima et maxima ont été, d'après lui, — 47" et -\- \b",6. Mais le navigateur Mac Clure y a observé — 54" centigrades, en janvier 1853, moisdontla température moyenne fut de — 42".
Des deux extrêmes -\- 56" constatés dans le Fezzar, et — 58" observés à Yakoutsk, la distance est de 114** centigrades! Tels sont les écarts de température que l'homme et les animaux peuvent supporter.
1. Voir notre Année scientifique et indiisl r ielle , première année, p. 412.
Limite des neiges perpétuelles. — Avalanches.
Les lignes isothermes, isotheres et isochimènes ont fait comprendre 1 influence de la latitude géographique sur les climats terrestres; mais on a déjà vu que le climat dépend aussi, d'une manière très-essentielle, de l'élévation d'un lieu au-dessus du niveau de la mer. A mesure qu'on s'élève dans l'atmosphère, la température décroît avec rapidité, mais cette décroissance varie selon la latitude, et même selon la saison. Il est pourtant vrai de dire, en général, que la température s'abaisse d'autant plus qu'on s'élève davantage au-dessus du niveau de la mer. Dans les Andes, M. Boussingault a trouvé, en moyenne, une diminution de 1 degré de température par 175 mètres d'élévation, chiffre (jui s'éloigne peu de ce qui a été trouvé sous ce rapport dans la région des Alpes.
L'abaissement de la température avec l'élévation des lieux a une conséquence intéressante : c'est qu'à mesure qu'on gravit une haute montagne, on rencontre, étagées aux différentes hauteurs, les productions organiques de chaque pays, et que Ion traverse graduellement des climats de plus en plus rigoureux. Cette curieuse contiguïté des produits de l'hiver et de l'été contribue beaucoup au charme des contrées alpestres. Si l'on se place sur les sommets de la Suisse, on embrasse d'un coup d'œil le grandiose panorama des Alpes, et, comme dans une page ouverte du livre de la nature, on peut lire dans ce tableau les règles et les lois que la science a établies concernant la distribution des êtres vivants aux différentes latitudes. On aperçoit assez distinctement six zones étagées l'une sur l'autre, et nettement accusées d(ms leurs contours par la ditlércnce de la végétation et de l'aspect du sol. Au fond s'étend la plaine fertile entrecoupée de lacs, de grandes routes, de rivières, de forêts, parsemée de villages et de métairies: c'est la résidence
de riiomme. Au-dessus de ce vert tapis s'élèvent, dans un pittoresque désordre, de riantes collines, tantôt nues, tantôt couvertes de bois et d'ombrages. Plus haut, le regard rencontre des crêtes rocailleuses, couronnées de groupes de noirs sapins. Pardessus ces rochers, on aperçoit encore des pentes couvertes de riches pâturages; mais bientôt le caractère du paysage change brusquement: la mort succède à la vie, la verdure fait place aux teintes grises et monotones des roches nues. La montagne emprunte alors son charme ou sa grandeur à d'autres aspects, aux formes capricieuses et sauvages des rochers qui forment sa masse imposante. Plus haut enhn, les Alpes s'enveloppent dun resplendissant manteau de neige, que percent à peine, par intervalles, quelques pics dont les flancs escarpés ne peuvent retenir les neiges au moment de leur chute.
Ces six régions ont reçu, d'après la différence de leur végétation, les dénominations suivantes:
Mètres.
1"" Région sous-montane, ou des Noyers. . . jusqu'à 800"
2» — monlane, ou des Hêtres de 800 à 1300
2" — sous-alpine, ou des Sapins de 1300 à 1700
3" — alpine, ou des Arbustes de 1700 à 2100
5° — sous-nivale, ou des Graminées. . de 2100 à 2700
6" — niAale, ou des neiges éternelles . au delà de 2700
Les chiffres que nous venons de donner sont ceux qu'on admet d'ordinaire pour les Alpes; ils varient pour d'autres localités de la terre, suivant la distance à l'équateur et la température moyenne du pays.
De toutes les régions naturelles qui s'étagent ainsi le long des flancs d'une montagne, nulle n'a un caractère aussi tranché que celle des neiges éternelles^ ou pcrsiitantes^ ainsi nommées avec juste raison parce qu'elles résistent aux ardeurs de l'été, ou se renouvellent aussitôt qu'une fonte partielle pendant l'été ou le printemps a diminué leur masse. Toutes les autres régions se mêlent un peu et empiètent l'une sur l'autre ; mais la limite inférieure des neiges qui résistent aux ardeurs des étés apparaît de loin comme une ligne de démarcation tracée d'une main ferme; elle sépare des régions cultivées le monde froid et inhospitalier des hautes cimes. Au-dessous s'agite la vie; le sol change d'aspect avec la saison, toutes sortes d'êtres organisés s'y développent aux rayons du soleil ; tout près encore de la
limite des neiges, un espace de quelques mètres suftit pour transformer un champ neigeux en un tapis de verdure. Mais après cette limite Thiver règne avec toutes ses horreurs : le paysage s'enveloppe d'un immense linceul déglace; le silence de ces déserts n'est interrompu que par la fureur des éléments déchaînés.
Il est facile de comprendre que la limite des neiges persistantes se trouve à une hauteur absolue d'autant plus grande qu'il fait plusdiaud au niveau delà mer. La limite des neiges doit être au niveau même du sol dans les régions polaires arctiques et antarctiques où règne un froid continu, et située au contraire à une très-grande élévation dans les chaudes régions équatoriales. IV aprèsM. Renou, cette limite est l' altitude où la température moyenne de la mcitié la plu<i chaude de Vanme (mai à octobre; est zéro.
La figure 60 représente la limite des neiges persistantes selon la latitude à laquelle appartiennent les montagnes.
Voici la liste des données numériques portées sur ce tableau:
Latitude. Limite des neiges.
Spitzberg 79" nord. 0 mètres.
Norvège, île de Mageroe 71" 720 »
Norvège intérie'.ire 70 à 60" . 1070 à 1560
Islande 65" 936 «
Ounalaschka (Sibérie^ 5V' 1970 »
Altaï 50" 2U5 «
Alpes, versant nord 45" 2700 »
— — sud 45" 2800 »
Caucase 43" 3300
Pyrénées 43" 2730 »
Ararat 40" 4320 »
Karakoroum, liane nord 36" 5670 »
— — sud 36" 5920 »
Kuenluen, flanc nord 36" 'i600 »
— — sud 35" 4820
Himalaya, flanc nord 29" 5300
— — sud 28" 49'»0 »
CordilliM-e du Mexique 17" 4500 »
Ethiopie 13" 4300 »
Andes de Uuito l"sud.. 4820 >.
Andesde Bolivie, liane orient. . 16" 4850 »
— liane occident 10" 5640 »
Andes du Chili 33" 4480 »
AniJes de Patagonie 4!^" 1830 »
Détroit de Magellan 54" 1 130
On ne saurait aLCe[)ter toutefois comme absolument exactes
les altitudes admises dans ce tableau. En effet, le phénomène de la limite des neiges persista ntesesUTès-com\)\es.e.
Il dépend de la température, de l'état hygrométrique de lair, de la forme des montagnes, delà direction des vents régnants et de leur contact, soit avec la terre soit avec la mer, de la hauleur totale de la montagne et du degré descarpement de ses versants, enfin de l'étendue et de lélévation absolue des plateaux qui supportent cette montagne.Toutes cescauses réunies donnent à la limite des neiges le caractère d'une grande va- ^
Habilité. Sur les cimes élan- uj
céesdes Alpes suisses, les nei- ^ ges commencent à 2700 mè- tl très de hauteur, et quelques ^ rares lichens y colorent à .
peinelesrochesquisortentdu -^ linceul glacé; sur leChimbo- o razo, en Amérique, M. Bous- ^ singaultaencorevudessaxi- ^ frages adhérer aux pierres à ^ 4800 mètres de hauteur, qui •" est celle de la limite des neiges sur cette montagne.
Sur les flancs de la Cordillère orientale du haut Pérou, Pentland a vu la limite inférieure des neiges perpétuelles descendre rarement audessous de 5200 mètres, tandis que dans les Andes de
Quito, plus voisines de l'équateur, cette limite descend jusqu'à 4800 mètres.
Lorsqu'on visite ces immenses champs de neige, on est surpris d'y rencontrer encore des traces de la vie organique. Jusqu'aux plus hautes cimes, on découvre sur les roches qui percent la neige, de larges surfaces couvertes de lichens et d'autres végétaux d'un ordre inférieur. MM. Agassiz et Desor en ont trouvé sur le faîte de la Jungfrau et du Schreckhorn.
M. Schlagintweit a donné une liste de 45 espèces végétales recueillies sur les Alpes, entre 3200 et 4800 mètres d'altitude, ccst-à-dire à des hauteurs glacées où l'on croirait la vie végétale déjà éteinte ou impossible.
Ce même ordre de phénomènes va nous donner l'explication de ces taches rouges qui s'étendent quelquefois sur la neige des Alpes, et qui ont toujours excité la curiosité des touristes ou des voyageurs.
On rencontre surtout la neige row^e pendant les mois de juillet et d'août, à des hauteurs qui ne dépassent pas 2800 mètres. Voici comment elle se produit et comment elle disparait.
La neige commence à se couvrir de taches roses, qui la colorent jusqu'à une profondeur de quelques centimètres. Peu à peu, ces taches s'étendent, et leur teinte passe au rouge foncé. Mais vers le mois de septembre la matière colorante se décompose, et il ne reste plus sur la neige qu'une poudre noire.
Les recherciies microscopiques de MM. ShuttlcNN orth et Vogl ont prouvé que cette singulière su])stance est composée d'animaux infusoires Aslasia nivalls, Gygas sanguineus, etc. et de spores de mucédinées (Protococcus nivalis, etc.).
En outre de ces organismes inférieurs, on rencontre encore sur la glace des Alpes, caché sous les pierres, un insecte noir connu sous le nom de Puceron des glaciers (Desoria glacialis).
Nous n'abandonnerons pas ce qui concerne les neiges des montagnes sans dire ({uelques mots du terrible phénomène naturel des avalanches ou lavanges.
Une avalanche est une masse déneige ou déglace qui roule le long de la pente des hautes montagnes, et qui tombe dans les vallées avec un bruit semblai)le à celui du tonnerre, renversant toutce(jui s Ojq)Oseàsoni>assage,et entrainantquelqudoisdans
-l .kfli^it»i«-\.«»*>i.Ji. V'((*Wj-b*v;r,.'iid<^. iV u.ill^^^^^^^^^
Fig. 61. Une avalanche dans les Alpes.
TEMPERATURE DU GLORE. 241
sa chute, des maisons, des villages et jusqu'à des forêts entières. C'est dans les Alpes, en raison de l'altitude et de la configuration de ces montagnes, qui abondent en étroites vallées encaissées, que l'on observe les plus redoutables avalanches. Là elles parcourent dans leur chute plusieurs kilomètres sur le flanc d'une montagne; en tombant au fond des gorges, elles peuvent ensevelir des habitations, ou, en arrêtant le cours d'un torrent, provoquer une inondation dans les vallées.
Les naturalistes de la Suisse allemande, qui ont fait une étude approfondie de ce redoutable phénomène, distinguent cinq espèces d'avalanches :
1" Les avalanches de fond 'grund-lavinen). Ce sont des masses de neige que l'infiltration de l'eau de pluie ou de la fonte des neiges a détachées du sol, en l'attaquant par-dessous. Cette sorte d'avalanche s'observe surtout vers le commencement de l'été; elle est peu dangereuse, parce que l'on connaît généralement dans les Alpes les places d'où les neiges se détachent périodiquement et les circonstances qui en retardent ou accélèrent la chute.
2" Les avalanches rampantes (schleich-lavinen). Elles arrivent sur les pentes douces couvertes de neige, et presque toujours sur le versant méridional des montagnes; elles descendent lentement, grossissent par les neiges qu'elles trouvent sur leur passage, et s'entassent derrière les obstacles qu'elles rencontrent, jusqu'à ce que ces derniers cèdent à leur poids, ou que la neige se divise en deux parties, qui descendent alors en suivant chacune une route différente.
3° Les avalanches-tuiles {sclilag-livinen) (fîg. 61). Ce sont les plus dangereuses, à cause de la rapidité de leur chute. Elles arrivent dans les parties des montagnes où une pente douce se termine par une paroi taillée à pic. Les masses de neige accumulées glissent peu à peu jusqu'au bout du plan incliné, et restent en surplomb sur la paroi verticale, jusqu'à ce que leur poids, ou bien un ébranlement quelconque de l'air, un coup de vent, un cri, la détonation dune arme à feu, vienne déterminer leur chute. Ces avalanches portent la destruction sur leur passage. Comme elles tombent quelquefois de trèsgrandes hauteurs, le mouvement qu'elles impriment à l'air
est si violent qu'il suffit à renverser des hommes et même des cabanes, à des distances considérables du théâtre de la catastrophe. Quelques passages des Alpes, comme les Schoellenen, sur la route du Saint- Gothard, la vallée de Trémola, le passage du Grimsel, sont infestés par ces terribles hôtes, et des croix marquent les places où reposent leurs victimes.
4° Les avalanches d'été ou des glaciers (sommer-lavinen) ne tombent que dans les plus hautes régions des montagnes. Quand on voit de loin rouler une de ces masses neigeuses qui, dans sa marche rapide, soulève un voile de poussière d'une blancheur éclatante, on dirait qu'une cascade d'argent sillonne ces pentes abruptes. Pendant la descente, Yavalanche (.ïètc augmente considérablement de volume. Ces belles cascades de neige et de glace s'observent souvent sur la route des Scheideck, dans lOberland. Comme toutes les autres avalanches, elles s'annoncent par un bruit sourd, qui avertit les montagnards de leur approche.
5** Les avalanches poudreuses [staub-lavinen). Lorsque, pendant l'hiver, ce qui n'est pas rare dans les Alpes, la température est remontée à 12 ou 14" centigrades, la neige ramollie devient pulvérulente, l'ne avalanche qui vient à se former avec de la neige amenée à ces conditions physiques, ne produit plus les effets de ces masses compactes constituées par les neiges solides et les glaces. Ce n'est plus qu'une poussière qui se divise dans l'air et ne peut plus agir par son poids sur les obstacles qu'elle rencontre. Mais elle fait naître d'autres dangers pour le voyageur qu'elle vient à surprendre. Les vents impétueux qui soufflent très-souvent dans les régions montagneuses soulèvent ces neiges incohérentes et achèvent de les pulvériser : livrées alors aux moindres agitations de l'air, on les voit flotter au-dessus de la montagne, même par un temps calme en apparence; et si un ouragan vient les bouleverser, elles forment de redoutables tourbillons, qui font périr i)lus d'hommes que la chute des grandes masses.
C'est à tort que l'on a donné le nom d'avalanches à ces tourl)illons de neige, en dépit du sens étymologicpie de ce mot. lin les rapportant à leur origine, on les assimilera plutôt aux ouragans de sable dans les immenses déserts de l'Afrique ; le malheureux enseveli sous les neiges des Alpes y périt de
TEMPÉRATURE DU GLORE. 243
froid, tandis que les sables africains, d'une sécheresse brûlante, menacent le voyageur d'une mort plus douloureuse encore.
Telles sont les particularités que présente le terrible phénomène des avalanches. Elles sont surtout à craindre au moment du dégel, c'est-à-dire au printemps; dans l'été, mais alors bien entendu dans la région des neiges éternelles, elles sont moins à redouter.
Si' l'on est forcé de traverser au printemps les défilés des Alpes, entourés de cimes neigeuses, alors que les avalanches annuelles ne sont pas encore tombées, il faut s'astreindre à beaucoup de précautions. A cette époque de l'année, les touristes doivent s'arranger de manière à former de petits groupes, chaque voyageur cheminant à une distance convenable l'un de l'autre, ahn qu'en cas de malheur quelques-uns, restés hors d'atteinte, puissent secourir les autres. Dans les passages dangereux, on recommande d'ôter les clochettes des animaux, de partir de grand matin, avant les premiers rayons du soleil, et de marcher dans le plus grand silence, pour éviter de donner l'éveil à la lionne'. Souvent on a la précaution de tirer un coup de pistolet à l'entrée d'un mauvais passage, car alors le choc de l'air produit par la détonation de l'arme à feu fait tomber les avalanches prêtes à s'écrouler.
Quelques villages et villes de la Suisse ne sont préservés de la chute des avalanches que par les forêts qui les dominent ; aussi des lois sévères défendent-elles le déboisement de ces montagnes. Dans d'autres localités, on a construit au-dessus des maisons exposées aux avalanches des espèces de bastions de pierres pourvus d'un angle aigu, destiné à fendre et à séparer en deux les avalanches qui pourraient les atteindre. Audessus de quelques passages dangereux du Splugen et d'autres localités des Alpes, on a construit des galeries voûtées, afin d'abriter les voyageurs.
On ne sera pas surpris, d'après ce qui précède, d'apprendre que l'histoire ait conservé le souvenir de bien des désastres occasionnés dans les Alpes par la chute des avalanches. Nous rappellerons ici quelques-uns de ces événements.
1. Du mot allemand lavine. le peuple fait quelquefois Ixvinne (lionne.)
En 1478, une avalanche fit périr ensemble soixante soldats suisses.
En 1499, quatre cents soldats autrichiens furent ensevelis sous une masse de neige dans l'Erzgebirge ; mais on réussit à les déblayer.
En 1500, une avalanche ensevelit, au passage du grand Saint-Bernard, une centaine de personnes.
En 1624, une autre avalanche, tombée du mont Cassedra, engloutit trois cents individus.
Au mois de février 1720, à Obergestlen, dans le Valais, cent vingt maisons furent détruites, et quatre-vingt-quatre personnes périrent, avec quatre cents têtes de bétail.
En 1749, une avalanche emporta une grande partie du village de Ruaeras (canton des Grisons), entraînant dans cette terrible tourmente cent personnes, dont soixante, heureusement, finirent par être sauvées. Cette avalanche était tombée si doucement que les habitants ne se réveillèrent même pas dans leurs maisons entraînées sur le flanc de la montagne; seulement ils trouvaient que le jour était long à poindre. Ce n'est qu'en sortant de leurs chaumières et en se voyant placés à une assez grande distance du lieu où ils étaient couchés la veille, qu'ils comprirent ce qui se passait, et se hâtèrent de se dérober à un péril imminent.
Au mois de janvier 1767, une avalanche tomba dans la vallée qui s'étend au pied de la Dent-de-Jarnan; elle renversa plusieurs gros sapins, entraîna une douzaine de granges inhabitées, et, passant par-dessus un cabaret d'AUières, en enleva l'étage supérieur, sans que les personnes réunies au rez-dechaus'ée éprouvassent le moindre mal.
Vers la môme époque, le village de Saint-Antœnien fut atteint par la chute des neiges Une femme de ce village fut retirée vivante de sa maison, après être restée huit jours ensevelie sous la neige.
Les glaciers. — Leur rùle dans la nature. — Origine et mode de formation des glaciers. — Leur mouvement de progression. — Fonte des glaciers. — Structure et propriétés physiques des glaciers.
Les lignes qui tracent les limites des neiges perpétuelles, que nous venons d'étudier dans le précédent chapitre, ne circonscrivent point le domaine des glaces : les glaces descendent bien au-dessous des neiges persistantes. Éclaircissons ce qu'a d'obscur cette proposition ; montrons qu'elle n'a rien de contradictoire dans les termes.
Quand on parcourt les grandes vallées de la Savoie et de la Suisse qui s'étendent au pied des hautes montagnes des Alpes, on est surpris, si l'on n'est point prévenu, de se trouver tout d'un coup en face de véritables fleuves qui semblent gelés sur place. Au milieu d'une végétation vigoureuse, entre des champs cultivés et des forêts de sapins, on voit briller des masses énormes de glaces, qui résistent à l'action des étés les plus chauds. Ces fleuves enchantés sont les glaciers. Sujet inépuisable d'admiration pour le touriste, phénomène naturel le plus saillant et le plus populaire du monde alpestre, les glaciers sont devenus, dans ces derniers temps, de la part des naturalistes et des géologues, le sujet de travaux immenses, passionnés, on peut le dire, et les découvertes qui sont sorties de ce grand concours d'études ont dirigé la géologie dans un ordre d'idées tout nouveau et qui tend à envahir de plus en plus le domaine de cette science. L'existence d'une période glaciaire dans l'histoire de notre globe n'est pas la seule découverte dont la science se soit enrichie à la suite des observations sur les glaciers actuels ; l'explication du phénomène diluvien est peutêtre au moment de subir de grandes modifications par suite de l'application des mêmes vues.
Qu'est-ce qu'un glacier?
Le spectateur heureux qui pourrait embrasser d'un coup d'œil à vol d'oiseau, ou. si l'on veut, du haut d"un ballon aérostatique, la chaîne tout entière des Alpes de la Suisse, de la Savoie et du Dauphiné, verrait presque toutes les sommités de ces montagnes couvertes d'un tapis resplendissant de glace, percé çà et là de pics escarpés, trop raides pour retenir les neiges qui tombent sur leurs flancs. Au-dessous de ces cimes neigeuses, il verrait d'étroites vallées, dans l'intérieur desquelles descendent des sillons de glace, semblables à des franges ou à desJambeaux du manteau d'argent étalé sur le faite. Il verrait ces longs sillons pénétrer jusqu'au cœur des fertiles régions habitées par les hommes. S'il portait ses regards plus loin du centre du massif alpin, des chaînes secondaires, moins importantes, lui offriraient le même spectacle sur une plus petite échelle. Et si ses yeux pouvaient plonger plus bas encore, il verrait les glaces et les neiges disparaître peu à peu, la nature perdre son aspect sauvage, les formes du sol s'adoucir, enfin la riante verdure de la végétation des plaines remplacer la désolante monotonie des champs de neige.
Ces fleuves d'eau solidifiée qui se rencontrent dans les Alpes partout où ces montagnes dépassent la limite des neiges persistantes, et qui descendent dans les vallées bien au-dessous de ces limites, jouent un rôle admirable dans l'économie de la nature. A l'arrivée du printemps, la nature s'éveille; les arbres se couvrent de bourgeons qui annoncent et préparent la riante parure des bois; partout les traces de l'iiiver s'effacent au souffle attiédi d'avril. Seuls, les glaciers restent insensibles à la douce invitation du soleil, et sur leur masse solide, passe, sans l'entamer, du moins en apparence, l'ardeur des étés. Or, quand on réfléchit que ces longs fleuves immobiles et glacés descendent sans interruption delà région des neiges éternelles, on devine aisément qu'ils tirent leur origine et s'ahmentent de cette source cachée dans les sommets des montagnes. .Les glaciers sont des avant-gardes envoyées de ces hauteurs inaccessibles où règne un froid éternel ; ce sont des émissaires des glaces et des neiges qui couvrent les plateaux des altitudes extrêmes
La neige qui tombe sur les montagnes très-élevées ne [icut jamais fondre; elle demeure à l'état solide sur ces roches tlonl
la température est toujours inférieure à zéro. Les couches de neige qui s'entassent ainsi sur les grandes hauteurs Uniraient par monter jusqu'au ciel; elles s'entasseraient sur ces sommets,, en privant les plaines du bienfait de leurs eaux, si la prévoyante nature n'avait le secret de l'empêcher. Ce secret, c'est la formation des glaciers. Un glacier n'est immobile que pour nos yeux; en réalité, il est doué d'un mouvement de progression. Ce mouvement est d'une lenteur miraculeuse, et c'est précisément dans cette lenteur de progression qu'est l'intention providentielle de ce grand phénomène. Des glaciers avancent peu à peu dans le fond des vallées; trouvant dans ces abris la douce température du printemps et de l'été, ils fondent par leur base, créant ainsi d'intarissables sources et des cours d'eau sans fin. Remontez, dans les Alpes, le lit d'un torrent ; suivez-le sans cesse en vous élevant le long du ravin fangeux qui l'encaisse, et vous arriverez nécessairement à un glacier. Un glacier n'est donc autre chose, dans les vues de la nature, qu'un vaste réservoir d'eaux solidifiées, qui fondent peu à peu et arrivent dans les vallées inférieures, où elles forment un bienfaisant cours d'eau. Et si nous voulons dévoiler sur cette question la série tout entière des opérations physiques de la nature, nous ajouterons que, dans les plaines et les vallées, la chaleur du soleil vaporisant l'eau des ruisseaux et des rivières, la renvoie à l'état de vapeur dans l'atmosphère, d'où elle retombe plus tard à l'état de neige, sur le sommet des monts, pour s'y convertir de nouveau en glace, puis en sources vivifiantes, accomplissant ainsi le plus complet et le plus merveilleux cercle d'actions naturelles, cercle éternel, qui n'a ni commencement ni fin, comme Dieu qui l'a conçu.
Xous venons de dire que les glaciers sont doués d'un mouvement de progression lente qui paraît représenter la cause finale de leur existence. Il semble difficile qu'un pareil phéno mène ait longtemps échappé à l'attention des hommes. Il est certain pourtant que cette observation est récente. Horace de Saussure avait consigné cette remarque dans son livre ; mais personne n'y avait attaché d'importance \ C'est à un simple