ER
Et pour contredire aussitôt ce brusque mouvement d’aigreur, il s'était mis à faire les bouchées doubles afin d’être plus tôt aux ordres de son client. ‘ Mais la vieille bonne reparut bientôt avec un billet
à la main.
—“Hein! Marianne: N’est-ce pas désespérant que: sous le prétexte de plus sûrement m'atteindre au poste, à l’heure des repas, l’on ne me permette presque jamais dc savourer à mon aise tes excellents petits plats?... Ce coup de timbre m’a agacé... Tu as là un si fameux pâté aussi... Heureusement que... Et de qui ce billet — voyons ?. ..”
Il le lut tout en continuant de manger. Puis interpellant aussitôt Marianne :
—“On me mande pour un enfant malade chez Lucas de Beaumont... Lucas, c’est le fils, ‘n'est-ce pas ? celui qui cultive aujourd'hui la terre paternelle, au pied de la montagne?. . .”
Marianne fit un signe de tête approbateur. Car elle était au courant de tout dans la paroisse, des êtres aussi bien que des événements. Depuis un quart de siècle, elle remplissait, pour le docteur Duvert, l” i
Il traversa la ligne de chemin de fer qui longe. son village, se glissa par dessus les clôtures de pd ches qui entouraient les champs voisiis, et se perd bientôt derrière les longs bouleaux en bordure | la brise faisait lentement osciller au-dessus de lui.
Ce Lucas de Beaumont dont il avait appris le: tour récent dans la paroisse, il en avait déjà vag ment entendu parler dans ses courses aux malade Il eavait qu’il venait de succéder, sur la terre nat au vieux de Beaumont, son père, maintenant ps rentier et fixé au village, à l’ombre du cimetiè comme en attendant d'y aller plus tard dormir.
En même temps, toute la lignée des Beaumont mit à défiler dans sa mémoire: le grand-père, le pè les fils, car il n’était pas d'hier, lui non plus, le d teur Duvert, et cette simple énumération le lui fai bien voir. — Tout en marchant, une foule de so nirs lointains, qui se rattachaient successivement membres de cette vieille famille, étaient venus vahir son esprit. Il se rappelait leurs alertes pe chevaux roux, leurs charettes anciennes qu’ils naient toujours propres en les repeignant à l’0 à chaque printemps, et dans lesquelles ils l’avai si souvent cahoté. Et leurs rudes habits d’étof leurs larges chapeaux de paille, tous fabriqués foyer, il est vrai mais dont ils tiraient une disti tion et une correction de tenue pleine de charn Oh! les admirables femmes aussi. Puis la fe — dont il suivait maintenant des yeux les ondulati jusqu’au pied même de la montagne de Saint-Hilsi — il en revoyait les champs couverts d’avoine et
me En
les bestiaux repus, le cou allongé au-dessus de la ure du chemin, les pommiers symétriquement ntés autour de la maison. Et quels honnêtes gens étaient tous, portant la probité et la loyauté inses dans chaque ride.
.. Et c’est le fils maintenant qui allait prêter ses s, prendre la tâche devenue trop lourde pour le e... Le fils...
omme il est beau et touchant, songe-t-il en luime, le spectacle de ces sols nourriciers, de ces rs paternels ainsi transmis intacts de père en
Et les fils eux-mêmes savent-ils bien jusqu’à degré ils sont alors fortunés de pouvoir reposer
front au même appui de fenêtre où, enfants, ils endormi leurs premiers chagrins; où, jeunes mes, ils ont caressé leurs Premiers rêves. (Car r ceux-ci il n'existe Pas de repli du sol, pas de c d'arbre, pas de détour ou de sentier qui ne leur le quelque souvenir lointain, d’exquiss rémiences où flottent encore les accents attendris euls, âme “des morts qui parlent,”
> roi qui abdique et transmet ses palais et sa couie ne lègue en somme à son successeur qu’un Dole. Symbole de splendeur et d’autorité peutmais froid, mais vide d’amour et de tendresse, si, rien dans ce geste n’égalera jamais l'extrême ttendrissante douceur qui émane de l'abandon > les mains du fils — Par cet autre roi de Ja terre, »ÿsan — de l’humble foyer familial, de la vieille > natale conservant jusque dans ses crevasses
MERS n EX, Die
Fe en
profondes les sueurs et les larmes qui y ont suc sivement été versées.
Un aboïiement retentit tout à coup à ses côt C’était celui d’un grand chien à pelage fauve don longue queue en panache, oscillant à travers les 1 bes hautes, révéla très à propos au docteur le m leur sentier à suivre. Au bout de quelques pas débouchait sur la grande route.
Il leva aussitôt son regard, où demeurait enc un reste de songerie imiprécise, et il aperçut sis quelques pieds d’un humble pont rustique, la cs maison d’habitation des Beaumont.
—“Ah ! vous voilà, docteur. Et à pied?... jes guettais plutôt de -« côté... j’étais si inquiète.”
Une jeune tête nue, s’était tout de dirigée vers lui.
—“ Alors, c'est vous qui êtes la nouvelle maît se du lieu ?” reprit le docteur. “Et les jeunes mi
c’est vite alarmé sur le sort de leurs marmots. Voy ce n’est pas veut-être aussi grave que vous le à Kid
Il aurait déjà voulu la consoler, car il s’était s tement senti ému en présence de l’angoisse que s gure exprimait et sur laquelle il lisait les larmes proches.
Dans nn fruste berceau de bois à longues “ben recourbées, le petit malade râlait, les cheveux : tes, la poitrine crispée sous les efforts respirat que des spasmes de toux rauque coupaient à que instant.
Comme pour l’impreigner de: son propre 80
lui infuser des forces nouvelles, la pauvre mère it de nouveau précipitée à ses côtés.
t au bout d’un instant de silence: — “Ce n’est le croup, n’est-ce-pas, docteur ?” implora-t-elle. Île est si vilaine, si lâche, cette sauvage maladie t elle connaissait vaguement les symptômes, que, s son ardeur à se leurrer elle-même, elle aurait lu suggérer une réponse menteuse.
fais lui, tout en palpant, s’informant, examinant : “Depuis quand cette toux en sanglots? Cela était-il venu brusquement ?” “Oui, tout à coup, il y avait à peine quelques es... Elle s'était aussitôt adressée au voisin, car n’avait personne. . .” “Personne?... Mais votre mari PAC à lle leva, comme Pour un aveu, son regard étonné, aux heures de souffrance, le médecin ‘devient si un confident — mais bientôt hésitante, sans un doucement résignée, elle pencha simplement lèvres frémissantes sur la main abandonnée de enfant. Ù “Ne désespérez point, madame, je vous en prie, > compte conjurer bientôt le mal.” > docteur Duvert eut-il été tenu d’inventer les ultations fausses que la pauvre jeune mère l’imait presque en grâce d'exprimer qu’il l'eut fait remords, à ce moment. Mais ce fut avec une sine vraie qu’il prédit la fin prochaine de la crise. “Seulement les nerfs pris... du simple spas- ‘+ Croyez-le bien, madame... Vous allez voir la
détente s’opérer graduellement sous l'effet du mède.”
Et rien qu'à un lointain souvenir, conservé au de son propre foyer, et qui se réveillait toujours son esprit en de telles occasions, il promena sur un regard de compassion.
Se prenant déjà au baume de ses propres pa il se sentit tout joyeux. C’est si bon de faire du k
+—“Est-ce vrai?... Est-ce bien vrai?... Iln tromp-'t pas? car elle ne voulait plus être tror maintenant. Dans un clin d’oeil, elle s’était relé forte, prête à tout. — Un verre?... Une cuiller tôt?... Elle offrait tout, apportait tout... — Peau? du sucr?... Est-ce bien mauvais, cette tion?... Puis le mot final de tendresse dans le les mères enveloppent leurs peines: Ce pauvre pe
Non, ce n'était pas mauvais. Une légère mou rien et ce fut déjà avalé.
—“Maintenant, de l’air, de l’air à flots, et veillez sagement; j’espère que l’amélioration ne dera point,” ajouta le docteur. Et répondant supplication muette qui jaillissait de tout l'être ( jeune femme: — “Non, non, je ne vous abar nerai point... Seulement quelques pas aux alent en attendant, pour humer le bon vent de votre tagne, visiter un peu la ferme de mon concit Beaumont, et je reviens.”
Le docteur Duvert avait toujours subi une de fascination de la terre. Fils de paysan lui-n il en avait en quelque sorte aspiré le goût ave premier souffle,
Il allait alors doucement franchir la porte, lorsqu’il entendit soudain dans la pièce voisine le bruit de quelqu’un qui s'éveille et quitte son lit... puis sur le plancher, un pas lourd, mal assuré, qui bientôt cessa.
—“Je vous croyais seule,” interrogea le docteur.
La jeune mère demeura sans réponse, le regard baissé, uniquement préoccupée en apparence de son enfant malade. |
Le docteur lui-même se sentit pareillement mal à l'aise, Et ne voulant plus rien savoir, gêné d’avoir accidentellement pénétré quelque secret, il s’empressa de s'éloigner. Ce ne fut que dehors, devant le tableau qui se présentait à sa vue, qu’il se prit à reconstituer mentalement ]a scène . Il en !isait nettement les phases; il la voyait toute dans cette voiture, aux strapontins disloqués, abandonnée au milieu de la cour; dans ce harnais étendu auprès sur le sol, les longues guides enchevêtrées dans les herbes; et, Plus loin, dans ce vieux cheval tranquille broutant en liberté autour de l’abreuvoir et trafnant encore au cou son licol de chanvre.
Mais dans son
’obscurité, rebords des fenêtres, à la rampe de l'escalier, sa main tâtonnante crispée sur chacun des objets qu’il atteint ; il le voit pénétrer au logis, æ jeter au hasard sur un lit pour s’endormir finalement de ce sommeil assommé dont ni la toux déchi-:
En
rante de son enfant, ni les sanglots affolés de sa femme ne parviendront à letirer.
À quoi bon, d’ailleurs, de tenter de réveiller cette masse inutile et morte? Le jeune mère le comprend bien. Non, elle est suffisamment consolée de le savoir revenu, de le savoir au moins là, dans le logis, et cela atténue quelque peu son angoisse. Mais bientôt, dans le silence vide, il lui semble que la respiration de son enfant devient de plus en plus rauque. N°y a-t-il pas maintenant du râle dans sa toux? Et c’est alors que, ne sachant plus que faire, elle avait couru s’adresser au voisin pour l’appel au médecin.
Tout en refaisant lentement ces détails, le docteur Duvert avait erré au hasard, absorbé qu’il était par sa songerie évocatrice. Il se retrouva tout à coup à un sommet de route d’où son oeil pouvait embrasser létendue entière de la vieille ferme ancestrale des Beaumont, avec ses pièces d’avoine et d’orge; ses grands érables sur les côteaux, les lignes en équerre des clôtures, tout ce qui avait été amoureusement entretenu, cultivé et presque dorloté par les anciens de la famille. Mais à cette vue succéda immédiate. ment une autre image qui représentait l’envers du magnifique tableau qu’il caressait en ce moment du regard, et devant laquelle son front s'était plissé avec tristesse. :
Pour mieux chasser cette vilaine vision qui venait ainsi subitement l'accabler dans sa qualité de croyant à la terre, il refit à rebours la distance qu’il avait inconsciemment parcourue. Il se sentait d'ailleurs déjà impatient de retourner, autant pour constater
Peffet du médicament qu'il avait administré à son petit malade, que pour voir la figure de ce Lucas qu’il se représentait dur et méchant, et qu’il trouverait bien l’occasion d'envisager, cette fois.
N'a-t-il pas de plus assumé la double mission de guérir et de consoler? Aussi, à mesure qu’il se rapproche, la crainte d'une aggravation du mal Pétreint davantage; il éprouve qu'une certaine angoisse le pénètre, moins au sujet de l’enfant peutêtre qu’au sujet de la mère elle-même. Cet espoir, qu’il avait fait luire chez elle avec autant d’assurance, s’il n’allait finalement servir qu’à aviver davantage sa douleur!...
Sa main est posée sur la poignée de la porte... Pourquoi n’entend-il rien ?... L’oreille au guet, il n’osæ plus avancer... N on, ce n’est pas du râle qu'il entend, ni le sifflement d’une respiration étranglée ; c’est la cadence monotone et douce des oscillations d’un berceau. L'accès a cédé; l’enfant va mieux et repose plus calme,
Le docteur l’a deviné tout de suite à l’expression soulagée de la mère. Quant à “l’autre,” immobile auprès d'elle, — car ils sont deux maintenant — ;] 2e sait comment cacher sa gêne. Il tient son regard tendu sur la figure de son enfant et il continue, avec la délicatesse menue d’une femme, à agiter le ber. ceau doucement, doucement.
—“C'est le docteur, Lucas,” lui murmura Marcelle à voix très basse, comme pour corriger et lui reprocher tendrement son incorrection d’attitude.
Mais il n'eut, en réponse, qu’un simple mouve-
k Ji: il
5 RS es RE FAN Pré
en nn cs En RE den 7 TS OU Se +
M D RE er res Ter
ee
ment de tête fuyant qui semblait demander grâce et qui pouvait également s'interpréter pour un acquiescement muet ou pour une ébauche de salut. Peutêtre aussi ne voulait-il pas montrer ses yeux à cause des deux grosses larmes tranquilles qui y flottaient.
—“Cela va beaucoup mieux,” prononça le docteur Duvert, «près un rapide examen de la respiration de l’enfant. “La crise est domptée, et l'amélioration va certainement s’accentuer de plus en plus.”
—“Vous croyez?... Vous en êtes certain ?”
Cette interrogation avait spontanément jailli des lèvres de Lucas sous les consolantes paroles qu’il venait d’entendre. Et sans oser encore affronter le regard de reproche qu’il sentait peser sur lui, il avait éprouvé une délivrance subite, la sensation d'un baume inespéré que l’on aurait versé sur sa conscience de père.
= Maintenant que le poids était moins lourd au creux de sa poitrine, il aurait bien voulu posséder plus de détails, se renseigner davantage, car il n’avait pas osé s’informer jusque là, pas même auprès de sa femme qu’il avait, à son réveil, trouvée prostrée près du berceau de son enfant, et dont le silence M seul, résigné et doux, l’avait si amèrement torturé.
Alors, se penchant vers elle, tout bas, comme pour mendier un pardon :
—“Et il a beaucoup souffert?” se risqua-t-il à demander.
—“Si tu l’avais vu... Si tu l'avais entendu... j'étais presque folle... et puis personne. . .”
Elle avait retenu le reste de la phrase dans
gorge. À quoi bon à cette heure lui faire du mal, à lui aussi qu’elle voyait haleter à chacune des paroles qu’elle ajoutait. Elle était déjà prête à oublier. Puis reprenant, à voix voilée, à cause du pauvre petit dont la respiration se faisait de plus en plus paisible à présent:
—“Vous avez été bien bon, docteur, et combien nous vous en remercions... N'est-ce pas, Lucas ?”
Et cette fois Lucas, sans hésiter, leva fièrement ses deux grands yeux noirs et francs sur ceux du vieux docteur.
Ce fut au tour de ce dernier d’éprouver quelque gène. Il se l'était représenté si différent, avec si peu de coeur dans la poitrine; mais devant ce regard triste il ressentit que lui aussi serait prêt à oublier.
—“Je ne m'attendais pas à autre chose du père de Jacqueline,” reprit-elle de nouveau: “et vous le ui direz bien de ma part.”
—“Comment, vous la connaissez ?”
—“Oui; je me rappelle toujours le temps où nous fréquentions toutes deux le couvent. Je n'étais son aînée que de quelques années. Oh! je me souviens parfaitement d’elle.”
—“Et vous vous nommez?. . .”
—“ Marcelle. .. Marcelle Rivard,.”
—Marcelle Rivard... Si elle s'en rappel::t ?
Devant linattendu de cette question, Jacqueline, avide de pénétrer davantage dans son passé, d’en mieux fixer les brèves étapes, avait déposé sur ses genoux la tapisserie qu’elle était en train de confectionner. Puis au bout d’un moment:
—“Marcelle... Mais tu sais bien, père, la croix d’argent que je porte parfois encore au cou, c’est d'elle que je l'ai reçue. C’est elle qui m’en a fai cadeau, lors de ma première communion... Et elles épousé Lucas de Beaumont... elle démeure maintenant dans la paroisse, tout près d’ici?... Certes oui, j'irai la voir.” Et Jacqueline eut un cri joyeux d’enfant.
Pendant ce temps-là, le docteur inspectait, fouillait tranquillement les fioles de sa pharmacie, préparait
| 1 | li jh li | | fi Î fi | M | 1!
ESS es
Re
mn SE
potions, les étiquettait: “Une cuillérée à soupe, s fois par jour !” omme Jacqueline ne recevait pas de réponse, elle it presque en elle-même : | “Et elle a des enfants?... Semble-t-elle heureuau moins?... Jamais je n’aurais imaginé la rever convertie en paysanne, en “habitante”.
e docteur songea un moment :
“Convertie en paysanne, dis-tu ?... Tu as peutle mot juste sans t'en rendre compte... *“Conr” cela sous-entend une amélioration, un peronnement, une promotion. Devenir paysanne, le sens noble du mot, c’est monter, crois-le Jacqueline ?”
“Si c’est drôle tout ça... Et son mari, quel ait 1? j'ai hâte de le voir aussi... Son mari 3... mais e vieille Marianne ne nous disait-elle pas, hier, était buveur ?”
“Pauvre Marcelle... Il y a déjà plusieurs années je ne l'ai vue, reprit-elle. J'étais alors toute e. Vais-je la retrouver bien changée de figure ? me cela marche curieusement dans la vie.”
‘La vie... la vie... tu oses en parler?... Tu la es déjà étrange ?”
avec un sourire tendre qui exprimait combien il oyait et se réjouissait en même temps devant kpérience naïve de sa fille, il acheva dans un ement de caresse : | “Qu'est-ce que tu diras donc quand il aura un poudré” sur ces hlonds cheveux-là ?. »
C’était le lendemain.
Elles s’étaient tout de suite reconnues et sauté cou en se jetant réciproquement leur nom dans exclamation joyeuse.
—“Marcelle !”
—“Jacqueline !”
Oh! ces liens de couvent ou de collège! Le rupt s’en fait un bon jour si naturellement, la séparat est si bien déterminée d’avance que l’on croit, « quittant, n’en emporter qu’un frêle souvenir au de l'âme. Mais comme sous le moindre rappel i tendu, ces liens surgissent avec une vigueur 1 velle,
Aussi se sont-elles assises bien près l’une de tre, tout contre le berceau dans lequel l'enfant
bille aujourd’hui dans un commencement de som-
À cause de la différence d’âge qui les sépare quel- R peu, il se rencontre, ici et là, — au cours de
rs souvenirs passés — des vides qui coupent l. hultanéité de leur vie de pensionnaires, mais les
nts communs de contact en demeurent encore Re nombreux.
est alors entre elles un échange pressé de ques- ), une volubilité impatiente de se répandre, des pels joyeux de Compagnes disparues, de rémiences et d'incidents qu’elles croyaient toutes deux n effacés et morts.
“C'était Louise, n’est-ce-pas, qui...”
“Mais non, c'était Marie... + fu sais bien, celle clignait toujours si drôlement de Poeil droit.”
Îles repassent ainsi bribes par bribes, leur passé petites filles, d'Enfants de Marie, de communiantantôt à travers de bons éclats de rire spontanés ncoercibles, tantôt sous le charme grave et silenx de quelque lointaine illusion éteinte, Mais e cette causerie avait porté sur l’autrefois, sur la ie de leur vie qu’elles avaient ensemble traverà courte distance l’une devant l’autre, et dont s eurent vite parcouru et épuisé les souvenirs. t depuis la séparation qu'elles brûlent de tout ir, dont il leur tarde davantage de connaître les es intimes. h! pour Jacqueline, bien peu à raconter, il est , en dehors de la mort de sa mère, de son im-
; v Le :
ee à * + us in et nt Fee metesiana PR GR :
EC
mense douleur à cette occasion, de sa vie tranq aujourd’hui, seule à côté de son père, de quels jolis livres dont elle se souvient, de ses rêves jeune fille... rien que des rêves, vrai...
Et comme Marcelle avec un air entendu pro tait, prenait un rire narquois pour exprimer qui n’était pas dupe:
—“Rien que des rêves, dis-tu
—“C'est pourtant ainsi, je te l'affirme,” re Jacqueline, souriant à son tour.
—“Vrai, pas un amour encore, pas même amourette, pas la moindre? Rien que des selon que tu le soutiens?” acheva Marcelle dans long regard scrutateur.
Jacqueline hésita l’espace d’une seconde.
une jeune femme, quelle que soit sa condition résoulre à répondre simplement non à une par question — posée surtout par une autre fenvme cest se meurtrir dans les fibres les plus sensible sa fierté, Aussi Jacqueline hésita-t-elle le temp se demander si Marcelie allait la plaindre ou la citer. Puis vivemeni:
—“Non, pas le moindre amour.”
—“ Tu as bien le temps, en effet, de te jeter] de bon dans cette fournaise. Seulement je cre que, avec ces yeux-là, tu n'aurais pas cheminé qu’à vingt ans sans jeter au moins un coup d’oeil dessus le rebord.”
—“Ët toi?” demanda Jacqueline.
—“Et moi? Et moi?” Machinalement Ma
er amis