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convertie en oratoire et consacrée à saint Pierre et à saint Paul. Elle renferme plusieurs auges funéraires ; au fond est l’autel dédié aux deux saints. Une fontaine abondante fournit aux habitants une eau
intarissable et alimente un ruisseau qui, par de nombreuses rigoles, va arroser des plantations de vignes, de mûriers et de tabac. Ça et. là aussi s’élèvent de gigantesques noyers.
A six kilomètres au sud d’Akoura, je dois signaler l’une des curiosités du Liban : c’est un gros rocher horizontal, mesurant vingt pas de long sur cinq de large, et jeté eu guise de pont naturel au-dessus d’une grotte béante d’où jaillit un ruisseau qui court mêler ses eaux à celles du Nahr el-Akoura.
La route qui d Akoura traverse vers l’est l’une des gorges du Djebel el-Menithri est fort santé à examiner , parce qu elle a dû être suivie de toute antiquité par la plupart de ceux
intéresqui des
LIBAN
plaines d’Héliopolis voulaient gagner le cœur du Liban et ensuite la côte de la Phénicie. On gravit d’abord un sentier étroit le long d’un ravin profond et d’aspect sauvage. Au bout d une demi-heure d’ascension, à partir d’Akoura, on s’aperçoit que ce sentier est tout à fait taillé dans le roc et forme un escalier divisé par plusieurs paliers. En cet endroit, on n’est séparé d un abîme presque vertical que par une masse rocheuse qui a été coupée par le milieu pour faire place a la route. Celle-ci est tellement resserrée, que deux cavaliers ont peine à passer de front. La, vers la gauche, sur la surface du roc aplani , on lit les caractères suivants :
BIP. DOMITIANI. AV G. S. V. T.
La seconde ligne de l’inscription est entièrement effacée, mais la première que je viens de transcrire suffit pour nous permettre d’en conclure que la route a été, sur ce point, mise dans 1 état où on la voit encore maintenant, par l’empereur Domitien. Au delà, vers l’est, la montée continue pendant deux heures au moins, et l’on parvient enfin sur un plateau élevé d’où l’on commence à apercevoir les sommets de l’ Anti-Liban ; puis, après avoir cheminé quelque temps sur ce plateau onduleux, on descend des pentes de plus en plus roides, hérissées de broussailles et parsemées de chênes verts, où les chevaux glissent, plutôt qu’ils ne marchent, à travers une quantité énorme de petites pierres roulantes, qui semblent avoir été désagrégées par les neiges, et l’on est heureux ensuite de faire halte à Yammouneh. C’est un petit village qui se compose d’une trentaine de maisons habitées, moitié par des Méloualis, et moitié par des Maronites. Il avoisine un lac situé à un kilomètre plus au sud et dont le bassin, qui se dessèche en grande partie pendant l’été, peut avoir, quand il est rempli, quatre kilomètres de long sur deux de large. Ce lac est alimenté par de nombreuses sources. La plus considérable, appelée Neba el-Arbaïn (la source des Quarante), jaillissait, il y a quelque temps, d’une grotte profonde; mais depuis quatre ans, à la suite d’un travail très-remarquable exécuté par les habitants d’ Yammouneh, cette grotte a été bouchée par le bas, exhaussée par le haut et transformée en une sorte de puits, d’où, à l’époque des grandes pluies ou de la fonte des neiges, l’eau remonte et déborde dans un canal qui l’amène à Yammouneh, dont elle arrose le territoire. Du pied néanmoins de la grotte un ruisseau abondant s’échappe encore et fait tourner un moulin, avant de se jeter dans le lac. On a donné à cette source le nom de source des Quarante, parce quelle ne commence, dit-on, à déborder du puits que lors de la fête des quarante Martyrs de Sébaste. A en croire également les habitants du pays, elle aurait une communication secrète, à travers toute l’épaisseur du Djebel el-Mcnithri, avec la source d Afka dont je parlerai bientôt. Indépendamment de la source que je viens de mentionner, une foule d autres de divers côtés portent au lac le tribut de leurs eaux. Comme elles coulent avec beaucoup moins de force pendant l’été, et que, dans la vallée où le lac s’étend entre deux chaînes de hauteurs parallèles , 1 évaporation est alors très-grande , il tarit aux trois quarts durant les mois de l’année les plus chauds, et sa surface verdoyante, mais molle et spongieuse, n’est plus sillonnée que Par «ne dizaine de ruisseaux qui aboutissent tous à un bassin très-réduit et long seulement de quatre cents pas sur deux cents de large. Par contre, il est extrêmement profond dans sa partie centrale et fourmille de petits poissons. On appelle cette sorte de gouffre El-Baloua (l’endroit où l’eau s’engouffre).
A l’extrémité nord-ouest du lac s’élève un monticule qui semble factice, et qu’entoure un ruisseau qui le transforme en une sorte d’îlot relié à la terre ferme au moyen d’une chaussée. Il est, en outre, environné d’une grande enceinte rectangulaire, mesurant cent vingt pas de long sur quatre-vingts de large. Elle a été construite avec de magnifiques blocs bien appareillés, disposés, les uns dans le sens de leur longueur, et les autres dans celui de leur largeur, afin de donner au mur plus de solidité et de
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cohésion. Les assises inférieures sont seules en place. Aucun ciment ne les relie entre elles. Sur le point culminant du monticule, qui est de terre et actuellement livré à la culture, on avait érigé un temple auquel donnaient accès plusieurs degrés. Il paraît avoir été peu considérable; mais les blocs encore en place attestent qu’il avait été bâti avec des pierres de taille de dimensions colossales. Quelques voyageurs ont cru reconnaître dans ce sanctuaire païen, dont il 11e subsiste plus que de faibles vestiges, le fameux temple de Vénus Apliaca; mais c’est une erreur que réfutent les textes anciens relatifs à ce dernier monument, lequel se trouvait à Afka, où l’on en voit encore les ruines.
11 faut environ quatre heures et demie de marche pour se rendre directement du lac Yannnouneh à cet endroit. On suit d’abord vers le sud-ouest les pentes orientales du Djebel el-Menithri, puis 011 gravit de l’est à l’ouest cette montagne par une seconde gorge, parallèle à la précédente, à onze ou douze kilomètres plus au sud. Cette gorge est pareillement très-âpre à la montée et très-rapide à la descente. Il est inutile d’ajouter que lorsqu’on est parvenu, non sans de grandes fatigues, au point extrême de l’ ascension, on est de même dédommagé de sa peine par l’admirable coup d’œil dont on jouit sur le Liban, sur l’Anti-Liban et sur la vallée de la Bekaa, au milieu de laquelle 011 distingue dans le lointain l’acropole de Baalbek et l’oasis de verdure qui l’entoure. E11 redescendant le versant opposé de la montagne, on traverse des bois de chênes verts clair-semés, puis une véritable forêt, beaucoup plus compacte, de magnifiques genévriers dont les puissantes racines et les troncs énormes accusent tout à la fois la vigueur et la vieillesse. C’est ainsi que l’on arrive enfin à la grotte d’ Afka.
Elle s’enfonce dans les flancs occidentaux et inférieurs du Djebel el-Menithri, que nous venons de franchir deux fois dans deux passes différentes. Surmontée d’une espèce de muraille gigantesque de rochers presque verticale, elle est en partie naturelle et en partie artificielle, car elle a dû être agrandie par la main de l’homme, qui a tiré de là très-probablement la plupart des matériaux qui ont servi à bâtir le temple d’Afka. Sa profondeur est de cinquante-six pas, et sa plus grande largeur, de vingt. Divisée en deux étages, elle est encombrée d’énormes blocs dont quelques-uns sont tombés des voûtes. L’étage supérieur aboutit à un étroit corridor qui se prolonge très-avant dans les flancs de la montagne, et qui peu à peu devient très-bas. La grotte était à sec au moment où je la visitai, au mois d’août; mais pendant une grande partie de l’année, surtout à l’époque des pluies ou de la fonte des neiges, un ruisseau impétueux jaillit avec force du corridor que j’ai signalé et de plusieurs autres fissures voisines, et tombe bruyamment en cascade du haut des rochers qui obstruent l’entrée de la grotte. Lors de mon passage à Afka, l’eau sourdait seulement avec abondance au bas et en dehors de cet amas de rochers; puis, recevant celle d’une cascade provenant du Nahr el-Menithri, elle formait, au delà d’un petit pont près d’un moulin, une belle chute par deux ouvertures, et s’élançait éeumante dans un bassin qui est peut-être naturel, mais que l’ homme semble avoir régularisé. De ce réservoir supérieur elle retombait dans un second, et de celui-ci dans un troisième par deux ressauts successifs, d’où enfin elle se précipitait en bouillonnant dans le lit du Nahr Ibrahim. Ces différentes cascades superposées étaient aussi agréables à voir qu’à entendre, et je ne me lassais point de les contempler, ni de prêter l’oreille au murmure éclatant et harmonieux qui s’en échappait, et dont retentissaient tous les échos cl’alentour.
Au sud et au-dessus de la grotte, on observe sur une plate-forme une niasse confuse de ruines; ce sont celles du célèbre temple de Vénus Apliaca, auquel paraît avoir été accolé vers le nord un autre édifice en forme détour, qui renfermait probablement, comme le suppose M. Benan, l’un des cénotaphes d’ Adonis, le culte de ces deux divinités étant presque toujours associé ensemble dans cette région du Liban, principalement le long du fleuve qui était consacré à l’amant de Vénus et portait son
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nom. Du côté de l’est, c’est-à-dire du côté de la source et dans les soubassements du temple, on remarque l’ouverture cintrée d’un petit canal, et plus bas une autre ouverture circulaire par laquelle de dessous le temple même sort une source, qui pendant l’hiver est très-abondante, et 1 est beaucoup moins en été. Près de là, un vieux figuier est l’objet d’une grande vénération de la part des Métoualis des villages d’Afka et d’El-Menithri; ils y suspendent, en guise d’ex-voto, des lambeaux d’étoffe provenant des personnes qui leur sont chères et dont la santé leur inspire de 1 inquiétude. Devant cette même face du temple, un énorme bloc cubique, assez grossièrement taillé, semble avoir été un ancien autel où l’on offrait, soit des victimes, soit de l’encens. Nicéphore Calliste ( Histoire ecclesiastique , Jiv. VIII, ch. xxx) nous apprend qu’on célébrait à Aphaca un culte honteux en 1 honneur de Vénus, et que le temple qui lui était dédié fut détruit par Constantin :
« S ii ni le (juicldam etiam in Jphacis fecit ( Constantinus ). Templum namcfue Venensistic ad Libanum montem demolilus, una quoque fœdos et indécentes , qui mixtim fichant, concuhitus prorsus sustulit. »
Selon Sozomène (liv. XI, ch. Ll), le temple de Vénus d’ Aphaca était dans un lieu écarté du Liban, détail cpii s’accorde très-bien avec la position de l’édifice dont il s’agit en ce moment. Abattu par l’ordre de Constantin, à cause des infamies qui s’y commettaient, ce temple fut peut-être restauré à l’époque de Julien, car nous savons par Zosime (Histoires, liv. I, ch. lviii) cpie de son temps, c’està-dire au cinquième siècle de notre ère , il s’v produisait encore des prodiges qui semblent indiquer que ce sanctuaire avait alors des ministres et des adorateurs. Actuellement il est renversé de fond en comble, et le plan même en est difficilement reconnaissable. Des pans de murs entiers, bâtis avec des pierres de taille de moyennes dimensions, mais régulières, sont gisants et comme projetés par terre tout d’une pièce. Au milieu des ruines, on aperçoit un petit autel et plusieurs tronçons de colonnes de granit rose dont le diamètre est de quatre-vingt-cinq centimètres. On se demande comment les fûts de pareilles colonnes, quand ils étaient intacts, et par conséquent d’un poids si lourd, comme l’indique leur diamètre, ont pu de la haute Égypte, où se trouvent leurs carrières, être transportés jusque-là, lorsqu’on songe à la difficulté énorme que devaient présenter les chemins depuis la mer jusqu’à Aphaca.
Le mot Aphaca, en arabe, par contraction Afka, signifie sortie, origine, source. Une semblable dénomination convient donc parfaitement à la localité où nous sommes et où jaillit une source si importante. Zosime (liv. I, ch. lviii) nous donne, au sujet d’un étang qui avoisinait, selon lui, le temple d’ Aphaca, les détails suivants :
“ Dans un lieu nommé Aphaca, qui est entre Héliopolis et Byblos, était un temple de Vénus, auprès duquel se trouvait un étang qui ressemblait à une piscine faite de main d’homme. Non loin du temple et dans les endroits voisins, on voit un feu semblable à une lampe ou à un globe, toutes les fois que 1 on s y assemble aux jours qui sont marqués pour cela. Ce prodige a duré jusqu’à notre temps. Tous ceux qui assistaient à cette assemblée apportaient en don à Vénus des ouvragés d’or et d’argent, des toiles de lin ou de byssus, ou de quelque autre matière précieuse. Us jetaient ces offrandes dans le lac : si elles étaient agréables à la déesse, les toiles allaient au fond de l’eau, de même que les ouvrages de métal; si, au contraire, elles ne lui plaisaient pas, les ouvrages de métal, de même que les toiles, surnageaient au-dessus de l’eau. »
Comme on ne rencontre dans cette région du Liban aucun autre lac que celui d’Yammouneh, dont nous ayons dit un mot précédemment, plusieurs auteurs ont pensé qu’il fallait identifier ce dernier avec celui dont parle Zosime; mais, comme l’ont remarqué très-justement quelques critiques, et entre