I.f ravin près Saint- Hubert. ( Photo : Xols, Metz
— Vous êtes de braves gens, et je sais qu'avec vous l'on pourrait tenir jusqu'à la mort; mais en la circonstance nous nous sacrifierions sans profit. Il faut sortir, nous serons encore utiles ailleurs. »
Aussitôt la retraite commence, retraite difficile, pendant laquelle un jeune officier, le sous -lieutenant Martin, est tué.
Les Prussiens trouvèrent dans la ferme deux sous- officiers qui n'avaient pas voulu la quitter, les sergents Grès et Jammet, ainsi qu'un officier atteint de deux blessures graves, le capitaine Lamarle.
Les deux sergents, ayant refusé de se rendre, furent massacrés; le capitaine fut fait prisonnier.
Maîtres de la ferme, les Allemands commencent à gravir les pentes du plateau de Moscou et se heurtent aux tranchées occupées par le bataillon du brave Luccioni.
Ils sont accueillis par une grêle de balles, reculent et reviennent de nouveau.
(c A la baïonnette, les enfants! » crie alors Luccioni.
Et le premier, le sabre haut, il se précipite sur l'ennemi.
La mêlée est affreuse, le sang coule à flots.
(( Hardi! hardi! » rugit le commandant.
Nos soldats frappent avec rage; les baïonnettes sont presque toutes tordues, le ^ang coule dans les canons des fusils.
Enfin les Prussiens reculent et sont rejetés dans le ravin de la Mance.
Des scènes semblables se déroulent à gauche de la ferme de Moscou. Partout, sur le plateau, des troupes sont aux prises ; partout on se massacre sans repos ni trêve.
Le général von Gaben lance dans la lutte la deuxième division. La brigade Gneisenau, formée en deux colonnes entre la ferme Saint-Hubert et le bois des Génivaux, essaye à son tour de déblayer le plateau.
Des décharges furieuses, qui creusent ses rangs, l'obligent à battre en retraite, et le 3^ bataillon du 80% enlevé par le colonel Janin, descend jusqu'à la route, où il perd plusieurs officiers : capitaine adjudant-major Sourdrille, lieutenant Renard; le commandant Maréchal est blessé.
Au sud-est de Saint-Hubert, devant la route, se trouve une autre ferme dite le Point-du-Jour.
Le colonel Janin y porte le 3^ bataillon, afin de gêner les mouvements de l'ennemi. Deux compagnies du 1^' bataillon étaient installées déjà derrière la ferme.
Là se livre un violent combat de tirailleurs. Les hommes engagés, heureux de voir arriver du renfort et de constater qu'on ne les oublie pas, crient :
SAINT- PRIVAT 165
<( Vive le colonel!
— Moi, mes amis, je ne suis rien, dit le colonel. Criez plutôt : Vive la France! »
Là est blessé le lieutenant-colonel du régiment, M. Le Mordan de Langourian, qui, deux heures auparavant, avait eu son cheval tué sous lui.
Partout le 80* conserve ses positions, barre la route aux bataillons ennemis, mais à quel prix!
Sept officiers sont tués ou blessés mortellement, seize sont blessés. Plus de cinq cents hommes de troupe sont tués ou blessés.