‹ La Terre sanglanteChapitre 32 sur 51 · M. DE LA BARRIÈRE · texte numérisé non relu

M. DE LA BARRIÈRE

Commandant du 20® bataillon de chasseurs à pied, tué le 14 août 1870, à Borny.

Gharles-Eugène-Léon RAPPER , Lieutenant-colonel du 66^ de ligne, tué à Rezonville.

J.-J.-A.-J. GLET,

Chef de bataillon au 26* de ligne, tué à Rezonville.

Ernest -Gharles URTIN, Lieutenant au 2^ grenadiers de la Garde.

Albert DE JEETZE,

Capitaine au 2» grenadiers de la Garde.

Ferdinand LÉGER,

Capitaine au 2o grenadiers de la Garde.

Georges PERSIN DE SUZOR,

Sous-lieutenant âu 2» grenadiers de la Garde.

Eugène GOMTE,

Sous-lieutenant au 2« grenadiers de la Garde.

Jules BANE,

Sous-lieutenant au 2« grenadiers de la Garde. Tués les 16 et 18 août 1870.

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CHAPEILi: DU SACRÉ-CŒUR

Georges-Louis AKCHAMJiAUD, vicomte DE DOUGLAS,

l.iiuUiiant au 2" chasseurs à pied, mort le "Jô août 1870, à Tâge de 27 ans, à Monlignv-I..- 1 c rmo (Moselle), des suites de quatre blessures remues le IH août, au combat de Saint-Privat.

Gaston lihlUiKU,

Kils du général Berger, sous-lieutenant au 32" de ligne, blessé mortellomcul i l.i bataille de Borny,

décédé à Metz, le li septembre 1870, à l'Age de 19 ans,

Kmmanuel, comte d'ESPARBÈS DE LUSSAN,

Lieutenant d'artillerie de la Garde, tué sur ses pièces, le 16 août 1870, à l'âge de 27 ans.

PiERiiE DE Lu.xEMUounG, baroii de WIDUANGES,

Lieutenant au 0'' régiment d'infanterie, né à Ligny-en-Bari*ois, le 7 juillet 1811. Mort à Saint-Privat le 18 août 1870, par suite de ses blessUres (éclat d'obus).

Gharles-Louis-Clément GUYOT ,

Lieutenant-colonel au '.V2'' de ligne, tué à Rezonville, le 16 août 1870. Atteint de deux éclats d'obus, on l'emportait à l'ambulance. 11 désira se retourner et vit l'ennemi qui se rapprochait ; se faisant asseoir sur un talus, face au combat, il dit aux soldats : « Allez ; on a besoin de vous ! » Lui périt là, disparaissant bientôt dans la mêlée, victime de sort dévouemettt.

Mars-la-Tour possède également un musée militaire fort intéressant, où sont réunis et classés avec le plus grand soin de nombreux objets provenant des champs de bataille.

Parmi les rares monuments français des champs de bataille, il convient de signaler particulièrement celui que fit élever à Sainte- Marie- aux- Chênes le général de Geslin, qui commendait le 94® de ligne, comme colonel, pendant les batailles de Metz. Ce monument se dresse au centre du village, à l'embranchement des routes de Metz et de Briey. Il porte cette inscription : <c Le colonel, comte de Geslin, les officiers, sous-officiers et soldats du 94® de ligne, à tous les braves du régiment morts pour la France, le 18 août 1870. Souvenir d'éternelle reconnaissance. »

Au sommet d'un pilastre, on lit : « La paroisse de Sainte-Marieaux- Chênes reconnaissante. >>

Détail curieux, les fondations du monument et les deux marches trouvent à la base ont été construites avec les dalles de

qui

se

Sainte -Marie -aux -Chênes. — Monument du 9-ic de ligne. (Photo : Nels, Metz.]

l'église qui fut incendiée le jour du combat; de nombreux blessés arrosèrent ces dalles de leur sang.

Dans cette campagne lorraine qui, à certains endroits, ressemble à une immense nécropole, le touriste rencontre partout des monuments élevés par l'Allemagne.

Devant Saint- Privât, sur la route de Sainte-Marie-aux-Chênes, que le roi Guillaume nommait le tombeau de sa Garde, se dresse une tour massive dédiée à la Garde royale.

I A TKRHE DU SOUVENIR

Plus bas, se profile le monument du régiment de la reine Augusta. Le 12" corps saxon a le sien entre Roncourt et Saint-Privat.

Rezonville et Saint-Privat. (Monuments et tombes.)

Autour du bois de la Gusse, se dressent les monuments de la 25® division, du régiment Alexandre, et de la 13® division. Au-des-

SOUS de Grizières, ceux du régiment n" 16 et du régiment de dragons n" 3.

Le long de la route de Mars-la-Tour à Metz s'élèvent, autour de Vionville, ceux des régiments n*'^ 24 et 64, 20 et 35. Les régiments n"*^ 26, 60, 4, 67, ont les leurs devant le ravin de la Mance, sur le plateau de Moscou et au Point-du-Jour.

Le long de la Voie romaine, qui est parallèle à la route de Metz, au-dessus de Rezonville, deux pyramides se détachent sur le feuillage des bois de Saint-Marcel; sur l'une on lit : Cuirassiers n" 7 et ulhans n"" 16; sur l'autre : Hussards n" 3.

Au-dessous de Flavigny, une lourde pyramide est consacrée à la 5^ division; d'autres plus petites l'entourent.

Le ravin de Gorze, les terrains de Flavigny, de Rezonville, de Gravelotte, d'Amanvillers, de Saint-Privat, de Sainte- Marie-aux- Ghênes, le plateau de Moscou, sont tapissés de croix.

LA DERMKHl'] BATAIM.F

xVutour de la ville de Metz, dont la masse énorme surgit en pleine verdure entre les plateaux tourmentés de la rive gauche de la Moselle et les prairies ondulées de la rive droite, nos troupes affluent sans cesse, gagnant les cantonnements qui leur ont été assignés.

Le mouvement s'effectue sans désordre, sous les yeux des Messins accourus en foule pour acclamer les vaillants soldats de Borny, de Rezonville et de Saint- Privât.

Les clairons sonnent, les tambours battent, on entend partout des cris, des commandements, des appels joyeux.

La retraite ressemble à une marche militaire, et l'installation dans les cantonnements fait penser à une scène des grandes manœuvres.

Mais de temps à autre, sur les routes poudreuses, des voitures apparaissent, escortées par des hommes qui portent le brassard orné de la croix de Genève.

Alors les clairons se taisent, les tambours cessent de battre; un frémissement parcourt la foule, des voix émues murmurent :

a Les blessés! »

Lentement les voitures passent; et sous des bâches grisâtres,

Ton aperçoit des visages blêmes, des linges sanglants, des uniformes déchirés et tachés de boue.

Les malheureux blessés sont étendus sur une mince couche de paille; quelques-uns semblent dormir, d'autres ont les yeux grands ouverts et regardent sans voir.

Le tableau lugubre rappelle la guerre, qu'on avait presque oubliée.

Pendant que nos soldats s'établissent dans le camp retranché de Metz, les Allemands se hâtent d'occuper les positions superbes que vient d'abandonner l'armée française.

Toutes les hauteurs de la rive gauche se hérissent de baïonnettes; des postes de guet sont installés sur tous les mamelons; des sentinelles gardent tous les passages; les fermes, les maisons isolées, sont mises en état de défense; des arbres renversés barrent les routes et les spn tiers.

Le blocus s'organise avec une incroyable rapidité, grâce aux instructions précises données par le prince Frédéric- Charles.

Sept corps d'arnjée, représentant un effectif de deux cent mille hommes au njoins, forment devant l'armée de Metz une barrière infranchissable.

Du haut de la cathédrale, on aperçoit les sentinelles et les vedettes de l'ennemi.

Le <( Prinpe Rouge » avait tout prévu.

(c Chargé par S. M. le Roi, disait-il dans un ordre daté du 19, du commandement supérieur de l'armée d'investissement de Metz, se composant de la V"^ armée, y compris la division Kummer, des 2% 3% 9® et 10^ corps, j'indique ci-dessous les règles générales de conduite.

« Les troupes de blocus de la rive droite de la Moselle (1^' corps de la 1/* armée et division Kummer) ont la- tâche suivante :

a Resserrer la place par une ligne d'avant-postes, dans laquelle

la cavalerie doit jouer un grand rôle, de manière à empêcher sûrement toute communication avec Textérieur.

« Uépartir les troupes de telle sorte que, dans le cas où Tennemi ferait une tentative pour percer sur Thion ville, elles puissent èlir réunies à temps sur la rive droite de la Moselle, dans une position qui devra être choisie à cet effet.

« Dans le cas où l'ennemi tenterait une entreprise de ce genre.

Metz. — La Moseile et le Saint-Quentin. (Photo : N'eN M '

les troupes d'investissement de la rive gauche ^^endront en aide à celles de la rive droite...

a Le 10* corps est chargé de jeter les ponts et de faire les travaux de fortifications nécessaires au-dessous de Metz...

' aur les troupes d'investissement sur la rive gauche de la Moselle, les faits suivants sont à obser>'er :

« Si l'ennemi cherche à percer du côté de Thionville par la vallée de la Moselle, sur la rive gauche, il faut qu'il se heurte contre une position préparée à l'avance par le 10* corps chargé de l'investissement ! côté...

« L'armée enueuiie, battue et renfermée dans Metz, pourrait

essayer de percer à l'ouest. La ligne d'investissement devra être couverte par des abatis, des tranchées -abris et des retranchements se reliant exactement les uns aux autres...

<( Si l'ennemi tente de pousser en avant ou de percer, en remontant sur la vallée de la Moselle, vers Pont-à-Mousson, il devra être arrêté par le 7^ corps... »

Le prince indiquait ensuite l'emplacement de chaque corps d'armée, les travaux à exécuter, les mesures à prendre en cas d'attaque, et il ajoutait :

« Les subsistances de l'armée d'investissement sont assurées :

(( Par le magasin principal de Remilly;

a Par le magasin de Pont- à -Mousson;

(c Par des réquisitions...

(c La 1'^ armée devra détacher deux régiments de cavalerie, sous les ordres d'un commandant de brigade, pour cerner Thionville, sur les deux rives de la Moselle. »

Les ordres du prince furent fidèlement exécutés.

Le 19 août, alors que certains de nos régiments cherchaient encore leur position, notre armé^ était déjà prisonnière.

A Metz, le désordre était grand. Des paysans venus de toutes parts, des soldats, encombraient la ville; vingt-deux mille blessés étaient soignés un peu partout.

La population se montrait admirable.

Malgré la retraite de nos troupes, malgré les fautes commises, malgré l'inexplicable inertie de Bazaine, nul ne désespérait encore, nul ne pouvait croire à la défaite.

Dès les premiers jours du blocus, la résistance s'organisa; on forma des corps de partisans, des compagnies de francs -tireurs ; tout Français âgé de vingt à cinquante -cinq ans dut faire partie de la garde nationale.

De temps à autre, on entendait le bruit d'une fusillade ou le

crépitement des mitrailleuses; le fort Saint-Quentin envoyait parfois quelques boulets à l'ennenii.

Gela suffisait pour récliauirer les cœurs, pour entretenir Tespérance.

Une sorte de malaise, pourtant, ne tarda pas à se faire sentir.

Metz. — Tamiciics. (Photo : NI, Mclz.J

Sans aller encore jusqu'à prononcer le mot de trahison, on trouvait étrange la conduite de Bazaine, que l'on ne voyait jamais, qui ne donnait aucun ordre, qui, ayant en main une armée solide, n'essayait même pas d'inquiéter l'ennemi.

L'armée, de son côté, souffrait de l'inaction dans laquelle on la laissait. Cette inaction favorisait l'indiscipline; dans les superbes propriétés qui entouraient Metz, les soldats maraudaient ouverte-

ment, et l'autorité militaire ne prenait aucune mesure pour empêcher les déprédations.

Il y eut des plaintes nombreuses. Alors on prescrivit des enquêtes; mais elles furent menées si mollement, qu'elles ne donnèrent aucun résultat et n'arrêtèrent pas la maraude.

Il y avait d'autres motifs de mécontentement.

Les ambulances manquaient de médecins, et l'on ne songeait pas à employer ceux des régiments, qui étaient à peu près inoccupés.

Des bruits alarmants commençaient à circuler au sujet des approvisionnements .

Tout cela impressionnait fâcheusement la population.

La cité ne présentait plus l'animation des premiers jours, les visages étaient mornes, l'angoisse pénétrait dans les cœurs, l'espérance s'évanouissait peu à peu.

Une atmosphère de tristesse enveloppait la grande ville.

<( A quoi pense donc Bazaine? se demandaient les bourgeois; le^ Allemands s'installent comme chez eux, et il ne bouge pas. »

Ceux qui avaient encore confiance — ils étaient peu nombreux — hochaient la tête et, prenant un air mystérieux, disaient :

(c Attendez, patientez, il prépare un grand coup... Mac-Mahon arrive. »

Mac-Mahon, hélas! ne devait pas arriver.

Le 25 août, les optimistes triomphèrent.

Dans les cafés, on avait appris par des officiers que la division de cavalerie de réserve et la cavalerie de la Garde étaient réunies sous les ordres du général Desvaux, que l'artillerie du 6"^ corps était réorganisée. On vit circuler des officiers d'état- major et des plantons.

Sûrement, le grand coup se préparait.

(c Cette fois, ça y est, c'est pour bientôt, » disaient en souriant ceux qui espéraient quand même.

Les autres ne répondaient pas, mais il leur semblait qu'on avait beaucoup attendu pour préparer le grand coup. Pourtant ils se

reprenaient à espérer, eux aussi. Peut-être Mac-Mahon arrivait-il enfin.

Mac-Mahon, c'était l'espoir.

Dans la soirée, une grande nouvelle circula : les troupes venaient de recevoir l'ordre de se tenir prêtes pour une sortie générale.

Enfin, le général se décidait donc à agir.

D'après l'ordre de mouvement, les troupes doivent quitter leurs cantonnements le lendemain 26 dès que le jour paraîtra et essayer de déboucher sur les plateaux de la rive droite, du côté de Saint- Julien, pour attaquer ensuite le plateau de Sainte -Barbe, qui est fortement occupé ; plusieurs routes s'offriront • alors, notamment celle de Thionville. Le grand quartier général sera installé à Saint- Julien.

Avant le jour, nos soldats sont prêts; les uns bouclent leur sac, les autres aiguisent leur sabre -baïonnette sur des pierres, tous se montrent pleins de bonne humeur et d'entrain.

Bientôt une tache blanchâtre apparaît au-dessus des coteaux; çà et là, on commence à distinguer des clochers et des cheminées d'usines.

Le bruit court que l'avant-garde de Mac-Mahon est signalée à Briey.

(c En avant I »

Sous un ciel nuageux qui fait présager de la pluie, les troupes défilent pendant des heures et finissent enfin par se trouver massées entre les forts de Queuleu et de Saint-Julien et la ferme de Châtillon; les divisions se déploient alors en avant et organisent leurs lignes de tirailleurs.

Les soldats frémissent d'impatience, car ils savent que l'ennemi est devant eux, au delà des ravins de Lauvalier et de Vantoux, et ils aperçoivent dans le lointain le clocher de Sainte- Barbe*

Pendant la marche un spectacle affreux s'est offert à nos soldats.

Çà et là, dans des champs, le long des ravins, ils ont vu, sortant de terre, des bras, des jambes, des têtes, le tout en pleine décomposition.

a Les morts de Borny, » dirent les officiers en saluant du sabre.

Vers dix heures, un grand mouvement en avant se produit, nos tirailleurs engagent le feu; en même temps quelques coups de canon partent de Servigny.

Est-ce la bataille?

Devant nos troupes, les Allemands, surpris, ont reculé. Sans coup férir, Lebœuf s'empare de Noisseville, et les avant-postes du 3^ corps pénètrent à Nouilly et à Colombey.

Les soldats poussent des cris de joie et mettent d'eux-mêmes la baïonnette au canon; des voix crient :

(( En avant, en avant! »

Il faudrait, en effet, courir sus à l'ennemi ; mais, pour s'engager à fond, un ordre du maréchal est nécessaire.

« Patience, disent les officiers, le maréchal va venir. »

Les hommes se montrent sceptiques , quelques réflexions désobligeantes pour Bazaine sont même formulées à haute voix. Les officiers font semblant de ne pas entendre, car depuis huit jours ils ont vu bien des choses qui leur ont donné à penser.

Dans un groupe , un vieux capitaine s'écrie :

<( Baste! on ne veut pas que nous sortions de Metz, c'est clair. »

Et ceux qui partagent cette opinion sont nombreux.

On n'accuse pas encore Bazaine de trahison, mais on commence à se demander ce que veut cet homme.

Les troupes attendirent pendant des heures et le maréchal ne vint pas. On avait formé les faisceaux et les hommes avaient quitté les rangs; les uns allumaient du feu et faisaient le café, d'autres fumaient, quelques-uns se promenaient; tous se sentaient envahis par un découragement profond.

En reconnaissance. — Tableau d'Edouard Détaille. (Repi-oductioQ autorisée par Goupy et G", éditeurs , Paris.)

Pour comble de malheur, la pluie se mit à tomber avec violence, le vent souffla en tempête.

(c Que faisons-nous donc ici? » disaient les soldats.

On apprit enfin que Bazaine avait réuni les commandants de corps à la ferme de Grimont; puis, presque aussitôt, arriva l'ordre de battre en retraite, de regagner les positions qu'on avait abandonnées le matin.

Cette tentative de sortie fut baptisée : la hataillc don Pas- Perdus.

Le mauvais temps persista; les camps qui entouraient Metz devinrent de véritables cloaques.

En ville la tristesse augmentait; nul n'espérait plus, la foi était perdue sans retour. Déjà Ton commençait à manquer de bien des choses et l'horizon se faisait de plus en plus sombre.

Le 27 août, les journaux insérèrent le communiqué suivant : « La ville de Metz renferme des vivres pour deux cent mille hommes pendant soixante jours. »

Grâce à cet avis maladroit, les Allemands étaient fixés sur la durée probable du blocus. Quant aux habitants, ils furent atterrés, car ils n'avaient jamais cru que la situation fût aussi mauvaise. Cependant, depuis quelques jours, le marché était dépourvu d'œufs, de lait et de légumes. Les œufs étaient fort rares et se payaient 'sept francs la douzaine; les boulangers cachaient leur pain, le réservant pour les malades et les blessés, le beurre valait cinq francs la livre. Enfin, les bouchers commençaient à débiter de la viande de cheval.

De temps à autre, quelques coups de feu éclatent; nos détachements qui vont au fourrage dans les fermes voisines de la ville se heurtent souvent à des reconnaissances allemandes, nos grand'gardes elles-mêmes sont parfois attaquées. Pendant la nuit on entend rugir les canons du fort Saint- Quentin, qui envoient des obus sur les bivouacs de l'ennemi.

Le 30 août, le temps se remet au beau, un clair et joyeux soleil inonde la campagne, accroche son sourire aux flèches de la cathédrale. Dans nos camps, des mouvements de troupes inaccoutumés se produisent, les musiques jouent , les clairons sonnent, les tambours battent.

(( Va-t-on tenter quelque chose? » se demandent les habitants.

Des officiers, interrogés, déclarent qu'ils ne savent rien, on n'a communiqué aucun ordre.

Pourtant l'anxiété est grande dans la ville, on court aux nouvelles, les cafés sont envahis.

Vers dix heures du soir, on apprend enfin que Bazaine se décide à tenter une nouvelle sortie. Elle aura lieu le lendemain, et le plan est à peu près le même que le 26 août ; il s'agit , en somme , de percer sur Thionville et de gagner ensuite Montmédy.

L'objectif principal, le point à attaquer, est toujours Sainte- Barbe; mais, depuis le 26, les Allemands ont mis la position en état de défense, ainsi que les villages de Servigny, Noisseville et Poixe, où ils ont établi des tranchées; leurs batteries couronnent les mamelons.

Tout fait prévoir que, cette fois, la lutte sera chaude.

a Tant mieux! disent nos soldats, on finissait par se rouiller ici. »

Le 31 août, dans la matinée, toutes nos troupes ont pris position sur la rive droite de la Moselle.

Le 3^ corps se déploie en face de Noisseville et de Montoy.

Le 4^ corps barre la route de Sainte-Barbe, en face de Servigny.

Le 6' corps fait face aux villages de Rupigny, Charly et GhieuUes, qu'occupent les Prussiens.

Le 2' corps est en seconde ligne, entre la ferme de Bellecroix et le ravin de Vallières. La Garde forme réserve entre le fort Saint- Julien et le bois de Grimont.

Nous avons là près de cent mille hommes; au début, les Allemands nous en opposaient à peine quarante- cinq mille. On pouvait vaincre, on pouvait passer, les auteurs allemands le reconnaissent eux-mêmes. Mais Bazaine ne voulait pas de la victoire, il ne voulait pas quitter Metz.

Au lieu d'agir promptement et avec vigueur, il donne le temps à l'ennemi de porter sur la rive droite ses troupes de la rive gauche.

Mclz. — \'iic d'fuseinl)lc pi'és de la porU- îles AlltMiiaiids. il'lmto : Nel^, Mt-t/..

Le temps est superbe. Devant nos troupes, la campagne ensoleillée déroule jusqu'à l'horizon des prairies grasses, des vergers et des vignes; çà et là de petits bois marquent leurs taches sombres; au-dessus des bois et des mamelons, les clochers des villages pointent dans la lumière d'or.

Au loin, se détachant sur le rideau formé par les bois de Failly et de Cheuby, on aperçoit le village de Sainte- Barbe, dont l'ennemi a fait une véritable forteresse.

Nos soldats n'ont qu'un désir : marcher, s'élancer à la baïonnette sur les batteries prussiennes dont on peut, à l'aide d'une lorgnette, compter les pièces.

Mais, comme le 26, il faut attendre les ordres de Bazaine, et comme le 26, on forme les faisceaux devant l'ennemi; les hommes, pour tromper leur impatience, allument du feu et préparent le café.

Nos batteries ont pris position, quelques-unes en avant du fort de Saint-Julien, d'autres en face de Vantoux, au-dessus de Colombey et en avant du bois de Mey.

On attend toujours, les troupiers murmurent.

« Allons, disent-ils tout haut, ce sera encore une bataille des Pas-Perdus... On se moque de nous. »

Les officiers ne disent rien, mais ils ne se sentent pas le courage d'imposer silence à leurs hommes.

Vers quatre heures, enfin, on entend le canon. A un signal donné par l'artillerie du fort Saint- Julien, nos pièces ouvrent le feu. Aussitôt toutes les batteries prussiennes répondent; on voit des fumées blanches s'élever devant notre ligne, sur les hauteursde Sainte -Barbe, Noisseville, Servigny, Charly, Failly, Poixe.

Les fantassins ont rapidement reformé les rangs, la bonne humeur est revenue, on salue les obus, on rit, on plaisante.

Soudain les clairons sonnent, des tambours battent; le maréchal Lebœuf vient de lancer ses troupes sur Noisseville, Nouilly, Montoy et Flan ville.

Nouilly est enlevé à la baïonnette par les soldats de la brigade Arnaudeau (59^ et 71") après une lutte des plus vives, au cours de laquelle le capitaine de Champs, du 59% a la tête emportée par un obus; le colonel du 59% M. Duez, et celui du 71% M. d'Audebard de Ferussac, sont blessés sérieusement.

Les autres positions sont enlevées également avec un entrain superbe, nos soldats exécutent partout de brillantes charges à la baïonnette sous une grêle d'obus et de balles. Eux, c'est à peine s'ils tirent; ils n'ont pas le temps car la nuit viendra vite.

Le général Montaudon est blessé et doit abandonner sa division; le 62« de ligne perd plus de trois cents hommes dans le ravin de

METZ o:i5

Montoy, son colonel est blessé. Le 51% en enlevant Flanville, a deux hommes tués, deux officiers et une cinquantaine de soldais blessés.

Devant Noisseville, la lutte se prolonge. Enfin, les clairons des SI*" et 95^ sonnent la charge à pleins poumons, et, sans commandement, les baïonnettes s'abaissent :

(( En avant I »

Une immense clameur retentit, les deux régiments sont partis; les hommes bondissent dans, la verdure et dans les vignes, les balles et la mitraille font rage.

Une colonne se jette sur l'auberge de F Amitié, que défend une compagnie prussienne. Quelques Allemands sont massacrés, les autres se rendent, implorant la pitié de nos soldats.

Le 95^ pénètre dans le village, se rue sur l'église et massacre les Prussiens qui s'y sont réfugiés en grand nombre. Partout, dans le malheureux village, l'on voit des cadavres entassés, des blessés qui gémissent, des mourants qui râlent.

Les canons tonnent toujours, et bientôt des incendies s'allument à Noisseville , . à Montoy, à Servigny et à Sainte-Barbe.

Le 95® compte trois officiers tués : lieutenant Derro, sous-lieutenants Jullian et StofFels; trois officiers blessés, quarante hommes tués et près de trois cents blessés.

Les Prussiens, qui ont abandonné Noisseville, se sont retirés sur Servigny, poursuivis par les troupes du 3® corps; de son côté, notre 4® corps entre en ligne et se porte également sur Servigny. Les obus pleuvent de toutes parts sur nos soldats.

De même qu'à Noisseville, on attaque à la baïonnette; les divisions de Gissey, Montaudon, Grenier, Aymard et Melman s'élancent en même temps contre le village, tous leurs clairons sonnant la charge, tous leurs tambours battant. Dans la douce lueur du couchant, le spectacle a quelque chose de fantastique et de grandiose.

Nos soldats brandissent leurs fusils et crient :

(( Vive la France! »

Bientôt nos troupes enlèvent les tranchées et envahissent le village, que les Prussiens défendent avec acharnement; les rues, les cours, les jardins s'emplissent de morts et de blessés, le sang coule dans les ruisseaux. C'est un carnage affreux.

A neuf heures, les Allemands nous abandonnèrent le village, où ils laissèrent des centaines de cadavres.

Nous avions éprouvé également des pertes sensibles.

Au IP bataillon de chasseurs, deux officiers sont tués, les capitaines Bizouard de Montille et de Thou; quatre officiers sont blessés, cent vingt-deux chasseurs sont hors de combat.

L'ennemi avait partout reculé devant nos baïonnettes.

La nuit est complète, les ténèbres enveloppent le champ de bataille. Çà et là, des maisons achèvent de brûler.

A Metz, on célèbre avec enthousiasme le succès de nos armes; des feux de joie flambent sur les glacis du fort de Saint- Julien.

Nous sommes vainqueurs, et pourtant Bazaine se retire sans donner d'ordre; nos soldats, qui voudraient marcher, se trouvent de nouveau paralysés.

Les Allemands, eux, profitent de notre inertie pour masser, à la faveur de l'ombre, des troupes autour de Servigny; le prince Frédéric- Charles arrive en hâte au secours de Manteuffel.

Soudain, vers onze heures, des hourras sauvages éclatent, on entend le bruit d'une violente fusillade, et Servigny, que gardent quelques compagnies du 7" de hgne, est envahi par des forces ennemies considérables. Après une lutte très courte niais sanglante, nos soldats sont obligés d'abandonner le village.

Le lendemain le combat recommença; il fut acharné, de part et d'autre. Nos soldats accomplirent des prodiges, mais, écrasés par le nombre, foudroyés par toutes les pièces allemandes, ils durent reculer.

Bazaine, qui avait à peine paru sur le champ de bataille, qui

avait, une fois de plus, immobilisé la Garde et une partie des troupes, Bazaine, qui ne savait pas commander lorsqu'il s'agissait de marcher en avant, se hâta d'ordonner la retraite sous Metz.

Notre vaillante armée venait de livrer son dernier combat.

De par la volonté d'un maréchal de FVance traître à sa patrie, elle allait connaître les douleurs d'une lente agonie.

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