FÉ LI X M ARÉCH AL
La commision municipale qui gère les fonds déposés à la mairie pour venir en aide aux blessés, prépare une distribution de tabac, qui aura lieu aujourd'hui ou demain; ce sera la troisième.
Il y a quelques jours, elle a réparti parmi les diverses ambulances une quantité considérable de vin de Bordeaux.
Auparavant, elle leur avait attribué deux mille cinq cents kilogrammes de sucre achetés par suite d'une réquisition de M. le Général commandant supérieur de la place.
Toutes ces largesses, qui, bien entendu, ne font pas double emploi avec les rations distribuées par l'Intendance, sont accueillies avec la plus vive gratitude par nos malheureux blessés, qui ne se lassent pas de louer la générosité de la population à leur égard.
La ferme de Frescati, attaquée par nos troupes lundi dans la matinée, est restée en leur possession. Cette position est importante ; aussi les Prussiens avaient-ils fait tous leurs efforts pour s'en emparer, s'y retrancher et s'y maintenir jusqu'aujourd'hui.
Depuis que nos avant-postes ont été reportés plus loin, les Prussiens, connaissant parfaitement les avantages des positions que nous avons reprises, ont encore essayé d'y l'cncnir; mais, chaque
fois, leurs tentatives ont été infructueuses. Tantôt ils font pleuvoir sur Lessy et Scy-Chazelles des avalanches de bombes ou de boulets; tantôt c'est Peltre ou Ladoncliamps qui est leur point de mire.
Aucune nouvelle n'est parvenue de la France. La semaine dernière on croyait encore à une grande victoire sous les murs de Paris par le général Vinoy; on parlait de la retraite de l'ennemi sur Ghâlons- sur -Marne; on disait M. de Bismarck grièvement blessé, mort peut-être. Jeudi, on ajoutait à ces douces émotions le bruit d'une grande bataille livrée dans la vallée de la Meuse par une armée de secours; mais jusqu'ici rien de tout cela ne s'est malheureusement réalisé, ou, du moins, n'est avéré.
On ne doute pas que les Français n'aient battu les Prussiens; mais les pessimistes viennent, avec leurs craintes exagérées, jeter des douches d'eau glacée sur ce patriotisme si vivace, trop souvent exploité par les propagateurs de fausses nouvelles.
Les uns prétendent que la canonnade entendue ces jours derniers provenait de l'écho du bombardement de Thionville; d'autres vont jusqu'à avancer que tout ce bruit n'était qu'une nouvelle feinte des Prussiens qui auraient voulu nous entraîner hors de nos lignes, pour nous faire tomber dans des embuscades.
Nous sommes loin d'être dans le secret des opérations militaires ; cependant nous croyons que le sentiment public est tout en faveur des bonnes nouvelles.
On aspire à voir arriver au plus tôt l'armée libératrice; mais on comprend aussi qu'en pareil cas, le secret est une condition expresse de succès, et c'est ainsi que nous attendons avec anxiété les mouvements de l'armée de Metz.
Le fort de Saint- Quentin et celui des Carrières ne cessent de tirer sur les travaux qu'exécute en ce moment l'ennemi.