Archives nationales
portaient sans trop de peine les intempéries de l'air. L'espérance d'un avenir meilleur que le présent rendait leurs maux légers. La nuit, des barques venues d'Espagne amenaient sur la plage des émissaires mystérieux qui leur apportaient, avec quelques secours, les instructions du duc d'Angoulême réfugié à Barcelone et leur annonçaient la chute prochaine du régime impérial*. De Cadix, le prince s'était fait conduire
1. Nous devons ces curieux détails à un ancien volontaire royal, encore vivant aujourd'hui, M. G..., de Fontvieille (Bouches-da- Rhône). C'est également de lui que nous tenons le texte de la romance suivante, que les miquelets chantaient en chœur, chaque matin, sur l'air de Richard, après avoir fait la prière on commun :
Lola de la belle France
Un roi puissant languit;
Son serviteur gémit
De sa cruelle absence!
Si d'Angoulême était ici, Mon cœur n'aurait plus de souci I
O France, 6 ma patrie,
Que devient ton honneur,
Quand on te sacrifie
Au Corse usurpateur!
Pour une cause impie,
On veut armer nos bras,
Préférons le trépas
A cette ignominie, — Louis, tu veux notre foi I Crions toujours : « Vive le roi I »
Dans ces momens de crise,
Quel que soit notre sort.
Voici notre devise :
« Les Bourbons ou la mort! »
en Catalogne où l'avaient suivi plusieurs des partisans de Louis XVIII et où il attendait la défaite suprême de l'empereur, qu'il était dès ce moment facile de prévoir. Il avait conservé, par Tordre du roi, le commandement des départemens du Midi. Dès la fin de la première quinzaine de juin, il jugea les événemens assez avancés pour charger des commissaires de se rendre en France et de se tenir prêts à toute éventualité. Ces commissaires étaient, pour l'Hérault, le marquis de Montcalm; pour la Lozère et le Gard, le comte de Bemis et le marquis de Calvières. Originaires des contrées dans lesquelles on les envoyait , ces gentilshommes y étaient connus et estimés. Le comte Charles de Vogué leur fut adjoint comme inspecteur des gardes nationales. Ils débarquèrent près d'Aigues- Mortes, dans la nuit du 15 au 16 juin, malgré les douaniers qui leur tirèrent en vain quelques coups de fusil*. Puis, M. de Bernis se dirigea sur Nîmes, suivi de M. de Calvières, tandis que M. de Montcalm se rendait dans l'Hérault.
Ils se trouvaient donc au cœur des populations
1. D*autres commissaires royaux débarquaient au môme moment sur divers points des côtes françaises, le marquis de Rivière, à Marseille; le duc d*Aumont, prèr ^e P«vpu'', e^^.- etc
quand arriva la nouvelle de la bataille de Waterloo. C'était le 25 juin. Le même jour, le marquis de Calvières, revenant sur ses pas, entra dans Aigues- Mortes, à la tête d'une poignée d'hommes, désarma la garnison de cette petite place, en faisant les officiers prisonniers. Il fut bientôt rejoint par un chef de volontaires, le capitaine Achard, ayant sous ses ordres une cinquantaine de pêcheurs armés par ses soins et assura par ce coup de main au duc d'Angoulême un solide point de débarquement. En même temps, l'Hérault se soulevait à la voix du marquis deMontcalm. Le 27 juin, le général Gilly, commandant la division dont Montpellier était le siège, avait fait afficher la proclamation suivante : (( Napoléon a abdiqué. Pour donner la paix à la France, des commissaires se sont rendus près des puissances alliées. Si elles ont été franches dans leurs déclarations, la paix sera rendue au monde ; si leur dessein a été de nous tromper en déclarant qu'ils n'en voulaient qu'au chef du gouvernement, qu'ils sachent que la France peut être envahie, jamais subjuguée. » Ce langage, au lieu d'apaiser les esprits, les excita, et la journée du lendemain fut troublée par une sanglante collision entre les royalistes et les fédérés. Les volontaires s'étant portés sur la
ville OÙ déjà flottait le drapeau blanc, y tuèrent un mulâtre, capitaine de la garde nationale, qui s'était fait remarquer depuis deux mois par son ardeur à les poursuivre. Ils attaquèrent ensuite la citadelle dans laquelle le général Gilly s'était enfermé avec la garnison. Ils furent repoussés après un combat meurtrier qui coûta la vie à cent dix personnes*, et quittèrent la ville dont les habitans n'en continuèrent pas moins à fêter, par des chants et des danses, le retour des Bourbons. Pendant ces réjouissances le préfet s'entendit insulter par une foule furieuse à laquelle il n'échappa qu'à grand'peine. Ici, deux versions également vraisemblables sont en présence. Selon l'une, les royalistes se seraient portés à des excès, auraient pillé le café militaire, arrêté un valet de ville, saisi les dépêches dont il était nanti, blessé à coups de pierres trois officiers, dont l'un, chef de bataillon du 13* de ligne, mortellement, et c'est pour réprimer ces tentatives que le général Gilly aurait fait sortir de la citadelle plusieurs patrouilles. Selon l'autre, le calme n'avait pas été troublé et la conduite du général Gilly n'eut pour cause que l'irritation dans laquelle le jetèrent les manifestations de la joie publique. Quoi
i. Rapport du marquis de Montcalm. (Archives du dépôt de 11 guerre.)
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qu'il en soit, Tune des patrouilles tira sur un groupe de danseurs. Deux femmes furent tuées; trois blessées. Quatre jours après, nouveau conflit. Un vieillard attiré à sa croisée par les cris de « Vive le roi ! » que poussaient les volontaires, fut tué d'une balle, entre ses deux filles. Enfin, les royalistes restèrent victorieux. Le général Gilly avait prévu ce dénoûmrat et, laissant une poignée d'hommes dans la citadelle, était rentré dans Nîmes, où il se sentait plus fort qu'à Montpellier. « Tout autour de moi est en pleine insurrection, » écrivait-il au ministre de la guerre. Le 30 juin, à Mende, chef-lieu de la Lozère, le peuple Se souleva, attaqua la préfecture sous les ordres d*un ancien émigré, arrêta les autorités, et se fit livrer les armes enfermées dans les casernes, qui furent distribuées à trois mille paysans. Mais, en moins de vingtquatre heures, le département se soumit à Louis XVIII, sans que le sang eût coulé. A Agde, on eut à regretter des actes de dévastation dont on essaya plus tard d'atténuer le caractère coupable, en imprimant cette phrase : « Le peuple, en pillant, a associé son souverain à son ressentiment. » La petite garnison de cette place fut désarmée et prit la fuite pour échapper aux mauvais traitements ; puis les insurgés marchèrent sur TAveyron d'un côté, sur Pézenas etBéziers de l'autre.
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et y firent ai*borer le drapeau blanc. Au Vigan, la nou* velle de Waterloo fut apportée, le 28 juin, par des déserteurs qui entrèrent dans la ville aux cris de « Vive le roi ! » Le sous-préfet fut arrêté et conduit à Montpellier où il subit une longue détention. C*est dans le récit qu'il nous a laissé de son infortune qu'on voit apparaître pour la première fois Jacques Dupont, dit Trestaillons, qu'il accuse d'avoir dit : « Je regrette bien de n'avoir pas rencontré ce sous-préfet. Je lui aurais envoyé un coup de fusil. »
Cependant Beaucaire s'était aussi prononcée pour le roi. Cette petite ville, à laquelle la foire qui s'y tient tous les ans, a assuré une réputation universelle, est située aux bords du Rhône qui la sépare de Tarascon, et à 30 kilomètres de Nîmes. Le 26, elle arbora le drapeau blanc. Inquiet sur les suites da cette manifestation, le conseil municipal, qui connaissait la résolution du préfet du Gard et du général Gilly de maintenir dans Nîmes l'autorité de l'empereur, les fit avertir de ce qui venait de se passer, en les adjurant de ne rien tenter pour contenir le mouvement royaliste de Beaucaire, s'ils ne voulaient provoquer une résistance désespérée. Le général Gilly fit la promesse qu'on lui demandait. Mais, durant la nuit suivante, ''^e trnupp de f^^^^éréf
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partit de Nîmes sans ordre, afin d'aller soumettre aux autorités impériales les Beaucairois révoltés. Elle vint se briser contre un détachement de garde nationale qui gardait la ville. A dater de ce jour, Beaucaire songea à s'organiser pour la défense. Le comte de Berais s'y rendit et prit en main cette organisation.
Les volontaires royaux et les déserteurs lassés de leur vie errante accoururent, ainsi que les habitans des communes voisines dévouées aux Bourbons. Avec les premiers, on foraia un régiment de ligne et un escadron de chasseurs à cheval; avec les seconds, un bataillon de garde nationale. Les receveurs des postes, de l'enregistrement, des contributions directes et indirectes, les fermiers du Pont de Beaucaire durent verser 8,500 francs. On accrut ces ressources par des emprunts. Un agent secret envoyé à Marseille, où le marquis de Rivière s'était installé comme commissaire du roi, obtint par son entremise, des bâtimens ' anglais qui croisaient en vue du port, des armes et des munitions qu'il rapporta dans Beaucaire, où il ramena en même temps plusieurs officiers emprisonnés au château d'If pendant les Cent jours et que le peuple Marseillais avait délivrés. Parmi eux, se trouvait le colonel Magnier, qui entreprit avec succès de lever un corps de
troupes à Tarascon. Enfin la garnison d'Aiguës- Mortes envoya au camp de Beaucaire deux pièces de canon et des artilleurs. L'armée royaliste, forte de plus de 2,000 hommes, fut placée sous les ordres du chevalier de Barre, maréchal de camp. En même temps, le comte de Bemis désignait le marquis de Calvières comme préfet provisoire du Gard.
De son côté, le général Gilly se préparait à une défense désespérée. Prévoyant le cas où il* serait obligé d'évacuer Nîmes, il venait de fah*e des Cévennes du Gard, en sa qualité de commissaire impérial, le pomt de ralliement d'une vaste insurrection dont les fédérés d'Avignon, de Marseille et de Nîmes, les populations de la Gardonnenque et de la Vannage*, et les troupes rebelles lui auraient fourni les élémens. Appuyé sur la citadelle du Pont-Saint- Esprit, qui tint pour l'empereur jusqu'au milieu de juillet, disposant de populations fanatisées, il aurait pu facilement appeler à son aide celles du Dauphiné et faire du Gard un foyer de résistance à la Restauration, et, comme on disait alors, une Vendée patriotique . Chose étrange , le général Gilly auquel était acquise la majorité des sympathies pro-
i. On désigne ainsi quelques communes, entre Nîmes et le Vidourle, dans la vallée do N«'ro«*.
testantes, était catholique ; par contre, le général de Barre, dont les forces se composaient presqu'en totalité de catholiques, était protestant, ainsi que plu* sieurs des fonctionnaires qui furent ultérieurement nommés par le commissaire du roi. Ce simple fait permet d'affirmer qu'en ce moment, ce sont bien les passions politiques qui étaient aux prises et que c'est plus tard seulement que les passions religieuses vinrent les envenimer. Le général Gilly avait sous ses wdres 500 hommes du 13« de ligne, deux compagnies du 67®, 250 chasseurs du 14*, un bataillon composé d'officiers à la demi-solde, désigné sous le nom de « bataillon sacré, » 900 hommes de ga>de urbaine et environ 1,600 paysans armés. Il y ajouta de l'artillerie qu'il envoya chercher au Pont-Saint- Esprit. Néanmoins, bien qu'il disposât, comme on le voit, de forces supérieures à celles de l'armée de Beaucaire, le général bonapartiste ne pouvait rien au-delà de la résistance. S'il avait tenté de sortir de Nîmes et de porter l'attaque au dehors, la population royaliste, qu'il tenait comprimée depuis trois mois, se serait soulevée derrière lui. En outre, il aurait trouvé devant lui, à droite et à gauche, des communes hostiles à Bonaparte, et, parmi les plus importantes, celle d'Uzès, qui avait arboré déjà le drapeau blanc et qui,
placée sur la limite qui sépare les centres catholiques des centres protestans, se préparait à se défendre contre ceux-ci par qui elle était menacée. Enfin, à l'armée de Beaucaire seraient venues se joindre, au besoin, les gardes nationales de Provence, réunies par le colonel Magnier, entre Arles et Tarascon. Le général Gilly était donc paralysé; il restait dans Nîmes, attendant avec angoisse les nouvelles de Paris, sourd aux propositions pacifiques et honorables des représentans du roi, tandis que, libre de ses mouvemens, le général de Barre fortifiait ses positions et organisait une expédition pour dégager les bords de la Durance, d'où le menaçaient des bandes de fédérés sorties d'Avignon.
Composée de volontaires royaux, cette expédition, sous les ordres du colonel Magnier, partit de Beaucaire, le soir, vers onze heures et marcha pendant toute la nuit. Au point du jour, elle se trouva à l'entrée d'un gros bourg appelé Château-Renard, voisin de la Durance, et vit devant elle les fédérés postés hors la ville sur les coteaux qui longent la route de Noves. La première balle tirée alla tuer un paysan qui travaillait dans un pré, et dont on essaya de justifier la mort en disant qu'il avait crié : « Vive l'empereur ! » Ce fut, d'ailleurs, la seule victime de la îoumée,car au
nal^
premier coup de canon, les fédérés se dispersèrent et disparurent. On ne les poursuivit pas. Le chef de l'expédition ayant appris qu'Avignon était depuis le matin au pouvoir des royalistes, donna l'ordre de retourner à Beaucaire. Il ne put empêcher toutefois une partie de ses soldats d'entrer dans Château-Renard, où ils mangèrent et burent trop copieusement, sans doute, car, après le repas, ils se mirent à piller plusieurs maisons, et à maltraiter des citoyens qu'on leur désigna comme des républicains. La boutique d'un char pelier rangé dans cette catégorie fut saccagée et les marchandises qu'elle contenait détruites. Après cet exploit, la compagnie se mit en. route pour rentrer dans ses quartiers. Mais en traversant Tarascon, elle trouva la ville en proie à la plus tumultueuse agitation. On venait d'y conduire dans trois charrettes des individus arrêtés arbitrairement à Fontvieille, commune de l'arrondissement d'Arles, où ils étaient connus comme d'anciens terroristes. On attendait ces malheureux avec « des tombereaux de tessons de bouteilles » pour les massacrer. Il y avait parmi eux un vieillard surnommé « l'archevêque » contre lequel la foule s'acharnait avec fureur. Au moment où il arrivait avec ses compagnons, aux abords du château-fort qui sert de prison, elle commença à le lapider. Il reçut
les premiers coups sans se plaindre. Tout à coup, un j eune homme, prisonnier aussi, se précipita en criant et vint se metti*e devant lui afin de recevoir les coups à. sa place ; c'était son fils, qu'on vit alors, insensible à ^^s propres blessures, entourer de ses bras et couvrir ^^ son corps le vieillard qui lui ordonnait en vain de ^'éloigner. Mais cette lutte de dévouement n'attendrit pas la populace ameutée et les deux malheureux sellaient morts broyés, si quelques volontaires émus et indignés ne les eussent soustraits à sa fureur, en les poussant brusquement dans la forteresse dont les portes se fermèrent aussitôt*.
Tels étaient donc les résultats des projets de résistance du général Gilly : il exaspérait les royalistes et fournissait à leurs adversaires, partout où ils étaient assez forts pour soutenir la lutte, un prétexte pour retarder leur soumission et même pour devenir menaçans. GJest ainsi que dans la Gardonnenque s'étaient formés des rassemblemens armés qui envoyaient leur avant-garde jusqu'aux portes d'Uzès, et sommaient les habitans d'avoir à faire disparaître le drapeau blanc et de rétablir le drapeau tricolore. Ces rassemblemens étant devenus inquiétans, les autorités muni-
i. Souvenirs d'un témoin, communiques > Tauteur.
cipales de cette petite ville eurent Tidée de leur envoyer, par un parlementaire, des propositions ayant pour but de faire décider que, jusqu'à nouvel ordre, royalistes et impérialistes garderaient leurs couleurs. Un ancien officier, M. Nicolas, garde à cheval des eaux et forêts, s'offrit pour porter ces paroles de paix aux émeutiers et se rendit au-devant d'eux, le 3 juillet, suivi de deux gendarmes. Il les rencontra aux portes mêmes de cette commune d'Arpàillargues où, trois mois avant, les volontaires royaux avaient été masssrcrés. D'abord, ils parurent disposés à l'écouter. Mais, à peine eut-il fait allusion aux Bourbons, que sa voix fut couverte par des huées et des cris de « Vive l'empereur ! » Il voulut protester ; au môme instant, un paysan plus excité que les autres abaissa vivement son fusil et tira presque à bout portant sur M. Nicolas qui tomba mort*. La négociation, brusquement arrêtée par ce meurtre inexplicable, fut reprise, le même jour, par de nouveaux députés et aboutit à un armistice, aux termes duquel chaque parti conservait ses couleurs et devait rester dans ses positions.
Peu à peu, cependant, le cercle se resserrait autour du général Gilly, et, bien qu'il occupât la ville de
1. L'assassiQ se nommait Pénarieu. l\ fut condamné à mort et exécuté au mois d*août 1816.
Nîmes, il ne pouvait plus se faire illusion sur la durée de son pouvoir. S'il résistait encore, c'est qu'il fon* dait un espoir sur l'arrivée du général Cassan, commandant le département de Vauduse, qui diercbait à lui porter secours, mais sans pouvoir arriver jusqu'à lui, tandis que, chaque jour, des détachemens royalistes venaient aux portes de Mimes. Le 5 juillet, l'un d'eux apporta une lettre du général de Barre , sonunant le général de faire sa soumission au roi. Cette lettre était ainsi conçue : a Général, les forces supérieures que je commande me mettent à même de me -rendre maître de la ville de Nimes que vous occupez. L'humanité m'a fait différer jusqu'à ce moment de les employer, espérant que vous arboreriez le drapeau blanc et vous déclareriez pour le roi Louis XVIII. Quelques instans vous sont encore donnés, et je vous invite d'en profiter sans délai. Si telles sont vos dispositions, et si vous partagez, comme je m'en flatte, mon désir d'épargner l'eifusion du sang et les désordres qui pourraient résulter d'une mesure qui ne serait point concertée, envoyez quelqu'un de confiance avec lequel je puisse travailler et parer à ces inconvéniens/ » A cette lettre,
i. Archives du Dépôt de la Guer*"*
Gilly répondit par un refus, et Ton en serait venu sans doute aux mains, sans l'intervention du conseil municipal, qui fit accepter des partis une trêve provisoire à l'effet d'attendre les résultats des événemens de Paris.
Quelques jours s'écoulèrent ainsi. On apprit enfin le rétablissement de Louis XVIII par l'ordonnance royale qui prescrivait à tous les fonctionnaires destitués pendant les Gent-jours de reprendre leurs fonctions. Le comte de Bernis fit alors une tentative nouvelle pour obtenir la soumission de la ville. Le général Gilly répondit en proclamant Napoléon IL En même temps, afin de se débarrasser des exigences royalistes, il préparait un coup de main sur Beaucaire, après avoir envoyé au général Gassan, maître de la citadelle du Pont-Saint-Esprit, l'invitation de marcher de son côté, de manière à ce que leur jonction, faite à propos, leur assurât la victoire. Un incident vulgaire fit avorter ce projet. L'émissaire qui portait au commandant militaire de Vaucluse les ordres de Gilly se laissa prendre par les patrouilles qui tenaient la campagne entre Beaucaire et Nîmes*, et le comte
1. n se nommait Brémond. Envoyé dans la prison d'CJzès, il y fut massacré le 3 août avec d'autres détenus, ainsi qu'on le verra tout à rheure.
LA RÉACTION DANS LE GARD. n
de Bernis, averti à temps, put dicter des mesures défensives contre lesquelles T expédition échoua. Le chef-lieu du Gard fut alors en proie à une véritable terreur, car, menacé à la fois par les troupes royalistes et par les bandes de la Gardonnenque, il avait en outre tout à redouter du général Gilly déterminé à vamcre ou à périr*. Un grand nombre d'habitans prirent la fuite, se réfugièrent à Beaucaire et y firent un tel tableau des dangers que couraient leurs concitoyens que le comte de Bernis se décida à marcher sur Nîmes. L'énergie du dernier avertissement qu'il adressa au général Gilly prouva à ce dernier qu'il ne pouvait plus tenir. Dans la soirée du 16 juillet, après avoir confié au général de Maulmont, placé sous ses ordres, le commandement de la garnison enfermée dans les casernes, il quitta secrètement la ville, accompagné par quatre ordonnances. Un peu plus tard, cent hommes du là® chasseurs s'éloignèrent aussi. Protégée par une centaine d'officiers et soldats
i. C'est sans doute à cette situation que Fouchc faisait allusion dans un rapport au roi, en date du 8 juillet : « Le royalisme du midi, écrivait-il, s'exhale en attentats. Des bandes armées pénètrent dans les villes et parcourent les campagnes. Les assassinats, les pillages se multiplient. La justice est partout muette. l\ n'y a que les passions qui parlent et soient écoutées. l\ est urgent d'arrêter ces désordres... (Archives du Dépôt de la guerre.)
n LÀ TERREUR BLANCHE.
retraités, par une troupe de Cévenols, cette sortie eut un caractère terrible. Armés jusqu'aux dents, pâles de rage, prêts à broyer tout ce qui leur aurait fait obstacle, les cavaliers parcoururent le boulevard au galop, en déchargeant leurs carabines, en poussant des cris de colère, et rejoignirent leur général. Il les conduisit sur la route d'Anduze, qui le mettait en communication avec les Cévennes où, comme nous l'avons dit, il espérait défendre longtemps la cause impériale et où, dès le lendemain, menacé par le comte de Vogué, il se réfugia. Puis il adressa aux populations sur lesquelles il comptait un appel déses^ péré. Il leur demandait de « s'armer de bon cœur » €t de former un corps de 25,000 hommes, « au nom du bien public et de l'humanité. » Tous les hommes de dix-huit à soixante ans, étaient invités à marcher dès que la générale serait battue, « à se servir de fusils de chasse, de fourches et de faux*. » A cet appel, 4,000 hommes environ répondirent. L'agitation se maintint ainsi durant quelques semaines et causa des malheurs dont on connaîtra bientôt l'étendue. Puis ces bandes se dispersèrent, ne laissant au général GiHy d'autre issue que la fuite.