Documens Judiciaires
à cette conditiQD et (fenfermer GraflEuid; niAÎs ma bout de quelques mstins, fl fut remis en liberté et pot reprendre h série de ses inéfdts» qui ne faisait que commencer quand on l'avait intorompue.
n était enriroo huit heures du soir. Les passimis, surexcitées par les inddens de la journée, par des provocations involontaires ou voulues, semblaient chercher un p^^exte et un but, quand le bruit se rq[)andit qu'un ouvrir royaliste^ venait d'être tué d'un coup de fusil. La populace attribua ce meurtre à un boulai^r nonmié Meynier, qui depuis la (in des Cent jours avait été l'objet des plus mauvais traitemens de la part des forcenés par lesquels le parti royaliste était déshonoré. A la fin de juin, il avait été obligé de s'enfuir; puis, quand il était revenu dans la ville, on l'avait emprisonné. Sa femme réclamant sa mise en liberté, un fonctionnaire avait eu la cruauté de lui répondre : « Va, n'y compte plus; il est perdu. » Et à la prière même du prisonnier, elle s'était réfugiée dans les environs. Meynier cependant était parvenu à sortir de prison. Libre depuis quelques jours, le meurtre de Pascalet, dans la soirée du 3 août, le désigna aux fureurs de la foule. Elle
i. Pascalet Le meurtre de ce malheureux, dont Fauteur ne fût connu qu'ultérieurement, parait avoir 4tc \e r<s«»ulta» -''««•^^ A-^nr.
envahit sa maison, dans laquelle il se trouvait avec son père et son frère. Une femme qui partageait leur repas essaya de démontrer leur innocence. Elle fut pourchassée, obligée de fuir, se vit refuser asile chez des voisins, et ne se sauva qu'en allant se cacher au fond d'un puits desséché, après avoir reçu un grain de plomb dans le coi'ps. Pendant ce temps, on massacrait Meynier père et ses deux fils. L'un de ceux-ci n'expira qu'au cinquième coup de fusil. L'autre ayant demandé un prêtre : « Les brigands ne se confessent pas, » lui répondit-on*. Le lendemain, la veuve de Meynier, rentrant dans la ville après avoir erré plusieurs jours dans les environs, apprit son malheur de la bouche de femmes qui la cherchaient pour la rassurer et qui la prirent sous leur protection, mais en lui déclarant que le supplice des siens était mérité et qu'elle porterait le deuil « de trois brigands. » Elle arriva -enfin chez elle, et put constater le pillage de sa demeure.
Dans la même soirée, un vieillard nommé Court fut assassiné dans son lit. Son fils, ancien soldat, avait le matin même quitté Uzès pour se rendre aux eaux de Vais, dans l'Ardèche. Quand il revint deux
i. Documens judiciaires. Arcbives de la cour de Riom.
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mois plus tard, il rencontra Graffand, son ancien camarade de régiment, qui lui devait la vie et qui, après lui avoir dit qu'il n'était pour rien dans *la mort de son père, lui offrit aide et protection, et ajouta : « Tous les bonapartistes, protestans ou catholiques, mourront de ma main, y compris les enfans. — Je suis protestant, répliqua le fils Court; ta protection ne peut être franche. — Voici deux pistolets. Il y en a un pour toi, un pour les autres. — Donne donc, tu verras si je sais mourir. — Tu ne m'as pas compris , reprit Graffand , ce pistolet est pour te défendre et non pour te tuer. Je n'oublie pas qu'autrefois je t'ai dû mon salut. » C'est le seul trait que les documens officiels nous fournissent à l'élire de Graffand. En revanche, que de crimes ils nous révèlent! Dans la même nuit, un homme et trois femmes sont encore assassinés ' ; les pillages s'étendent à dix maisons; de toutes parts fuient des malheureux poursuivis et menacés. La part de Jean Graffand est considérable dans ces forfaits, constatés par des actes judiciaires qui sans doute ne les ont pas tous relatés *.
1. Pierre Roche, veore Roche, femme ArUnd, demonelle Gantier.
2. n est à remarquer que les écriiraiiis locaux oot essayé de lairer GraflDuid de ces crimes odieux comme de ceox q«**i doos r^«te *
Les détails qui précèdent permettent de se rendre compte de la terreur qui régna dans Uzès durant cette nuit. Le matin venu, ce fut pis encore , et un crime plus épouvantable vint en accroître l'horreur. En quittant la prison dans laquelle il était resté détenu pendant quelques heures, Graffand avait proféré des menaces contre les prisonniers qui s'y trpuvaient et qu'il avait terrifiés . Le portier de la prison, un honnête homme nommé Pichon, partageait leurs appréhensions. Elles furent confirmées par la visite du commissaire de police qui se présenta au milieu de cette nuit terrible, afin d'obtenir la mise en liberté d'un prisonnier auquel on n'avait rien à reprocher et qu'on n'avait emprisonné que pour le soustraire aux fureurs populaires déchaînées contre lui parce qu'il n'était pas royaliste. Ce magistrat ne dissimula pas les périls qui , selon lui , menaçaient les détenus. Aussi, après avoir remis entre ses mains, au risque de se compromettre, l'individu qu'il s'agissait de sauver, le portier Pichon se décida à
raconter, et d'en attribuer la responsabilité à un protestant, Darid Daumont. Cet individu ne figure dans la volumineuse procédure qui a passé sous nos yeux que comme témoin à déchargêy co qui permettrait tout au plus de supposer qu'il a été l'un des complices de Graffand, mais n'enlèverait rien à l*infamie des actes qui ont valu à Quatretaillons sa réputation.
LA RÉACTION DANS LE GARD. ii3
Uer invoquer pour les autres la protection du comandant de place*. Admis en présence du repréntant de Tautoôté militaire, Pichon lui fit part de s craintes, et le dialogue suivant eut lieu entre ^x : « Pichon, voulez-vous périr? — Non, mon- "^eur. — Eh bien ! ni moi non plus. Ces gens doivent tre fusillés'à dix heures. — Par quel ordre? — Sans rdre; mais n'essayez pas de Tempêcher; il y va de otre vie. — Si je les livre, je me compromettrai. Le peuple le veut; vous n'avez rien à craindre. » dix heures précises, des gens armés, conduits ar Graffand, vinrent pour s'emparer de six personnes, — trois catholiques et trois protestans, — ^u'on désigna par leurs noms à Pichon •. Le portier se défendit, exigea un ordre écrit, et se fit traîner chez le conmiandant de place qui le lui refusa en disant : « Obéissez , le peuple le veut. » Dépourvu de tout moyen de défense, Pichon dut laisser
1. Cinquante-six ans plus tard, sous le régime de la commune, le brave Pichon, dont nous sommes heureux de restituer le nom à l'histoire, devait avoir de courageux imitateurs dans les prisons de Paris, ainsi que M. Maxime Du Camp nous Ta appris dans un récit pathétique. Quant au commandant de place, la mort le préserva du châtiment qu'avait mérité son insigne I&cheté.
2. C'étaient les nommés Jean Armentier, Th. Ribaud, P. Uartin, Jean Dupiac, cultivateurs, François Bechard, ancien~maire d'une commune voisine, et Brémond, le messager '^u eé^éra^ Gill.^
m LÀ TERREUR BLANCHE.
emmener ces malheureux qui furent conduits au supplice, deux par deux, et fusillés sur l'esplanade, sans que personne tentât de les ari:acher aux midns des assassins, à Texception d'un prêtre, l'abbé Payen, qui se traîna aux pieds de ceux-ci, mais ne put les attendrir, et que quelques âmes charitables éloignèrent dans la crainte que Graffand ne fit feu sur lui pour se débarrasser de ses supplications.
Pendant qu'on mettait à mort les deux premiers prisonniers, un des autres était parvenu, avec l'aide de Pichon, à se cacher dans une cellule. Il fut dénoncé par un détenu 'condamné à un an d'emprisonnement pour escroquerie et qu'on menaça de mort pour le faire parler. Quand les exécutions furent terminées, les assassins revinrent vers la prison pour y trouver d'autres victimes, en disant : c( Il ne faut pas qu'un seul de ces brigands puisse s'échapper. » Mais, cette fois, Pichon fut assez heureux pour sauver les individus confiés à sa garde, en alléguant que le juge d'instruction ne les avait pas encore interrogés. « On n'aura rien à nous reprocher, objecta Graffand en se retirant ; il y avait trois catholiques et trois protestans. » A la suite de cet événement, la ville resta sous l'empire d'une stupeur qui se prolongea pendant plusieurs jours.
Ainsi, à Uzës comme à Nîmes, la faiblesse des autorités favorisait la criminelle audace des scélérats. Elle justifiait en même temps l'irritation des communes voisines qui pouvaient, au spectacle de ces horreurs, invoquer le droit. Une conflagration devenait imminente, car les masses étaient prêtes à en venir aux mains.
Les Autrichiens occupaient alors la Provence et le Languedoc; mais ils n'avaient pas encore pénétré dans le Gard. L'état du département les décida à intervenir. Le département des Bouches-du-Rbône étant écrasé par l'occupatioa, le préfet de Marseille ne fit aucun effort pour les détourner d'un dessein qui donnait à la cause de l'ordre dans le Gard un pareil secours et allégeait les contrées provençales de l'entretien de 5,000 ou 6,000 hommes. M. d'Arbaud de Jouques protesta en déclarant que ses administrés, obérés, ne pourraient pourvoir aux dépends de l'occupation. Hais les Autrichiens ne tinrent aucun compte de ses protestations, et , le 23 août, ils entraient dans Nhnes, sous les ordres du général prince de Stahremberg, précédés d'une proclamation de ce dernier, disant qu'il venait « pour assurer la tranquillité et la sécurité, dans toutes les parties du département, à chaque bon habitant du î^nguedoc^
Tandis que ces événemens se déroulaient dans Nîmes, la petite ville d'Uzès, à quelques lieues de là, était aussi le théâtre de tragiques péripéties. Plus rapprochée que Nîmes des communes dans lesquelles la population protestante est en majorité, elle ressentait plus vivement le contre-coup de leur agitation, qui se traduisait, nous l'avons dit, par des rassemblemens qu'on accusait le général Gilly d'avoir formés. En outre, Uzès avait aussi son terroriste. Il se nommait Jean Graffand et ne tarda pas à être désigné sous le sobriquet de Quatretaillons, par allusion au bandit Nîmois dont il surpassa la cruauté. Ancien soldat, il avait quitté le service en 1810, était devenu garde champêtre dans Tune des communes de l'arrondissement d'Uzès, puis garde des eaux et forêts. Volontaire dans l'armée du duc d'Angoulême, il se trouvait à Uzès dans le courant de juillet et prit une
part active aux premières exactions dont cette ville fut témoin, après la seconde rentrée du roi, comme aux crimes qui l'ensanglantèrent en août et qui eurent un caractère plus odieux encore que ceux de Nîmes. « Ce fut pour l'exécution, a dit un témoin, le personnage le plus marquant dans l'histoire de nos malheurs. Chef de ces brigands audacieux qu'aucun frein n'arrêtait, dont la présence était le signal du carnage, de la dévastation et de la mort, catholiques et protestans furent également victimes de sa férocité*. » Il se contenta d'abord de s'associer aux malfaiteurs qui pillèrent en moins de dix jours trente-six maisons, puis il prit goût à ce métier lucratif. Dans la journée du 3 août, au milieu de troubleà qui précédaient une nuit tristement mémorable, laquelle apparaît à trois siècles de distance comme une réduction de la Saint-Barthélémy, on vit Jean Graffand, suivi de quelques individus armés, dociles à ses ordres, violant le domicile de plusieurs citoyens, y prenant de force des objets à son gré, exigeant de ses victimes des sommes qui variaient de 50 francs à 2,000 francs, procédant à des arrestations arbitraires, tirant sur un individu qui lui échappait , lui criant :