‹ La terreur blanche: épisodes et souvenirs de la réaction dans le Midi en 1815, d'après desChapitre 77 sur 86 · AD VINISTRE DE LA POLICE · texte numérisé non relu

AD VINISTRE DE LA POLICE

J'ai suspendu mes rapports à cause de lïncertitude où m'ont jeté votre lettre du 3, m^ordonnant de cesser mes fonctions et Tordonnance du duc d'Angoulôme de les continuer. .

Le 30 juillet, M. Espérandieu, capitaine, reçut ordre du général de se porter à minuit sur Aiguesvives, de la cerner et d'arrêter trois agitateurs qu'il lui signala. A trois heures du matin du l**". août, Aiguesvives fut cernée par soixante-dix hommes d'infanterie et vingt chasseurs. A quatre heures, ce détachement entra dans le village. Les habitans non prévenus crurent que cette troupe marchait sans ordre et firent feu sur elle par les fenêtres : les royaux rendirent quelques coups de fusil et battirent en retraite, emmenant avec eux deux de leurs blessés. Instruit à huit heures du matin du mandat de ce détachement, le maire témoigna ses regrets au général et tout fut paciûé à midi.

Dans la nuit du 5, incendie de la campagne du sieur Ducamp, par sept à huit individus. Je n'ai pu découvrir si c'était l'effet d'une vengeance particulière ou de l'opinion politique du sieur Ducamp, partisan de Bonaparte et du fédéralisme.

Le 6 août, un coup de feu partit d'une fenêtre de la maison Didier, au levant de la caserne; la balle arriva par une fenêtre de la caserne jusqu'à un garde qui était caserne et le blessa légèrement. Instruit de cet attentat, le peuple entra en fureur, se porta dans cette maison, la fouilla sans trouver personne; de là, se porta dans le verger attenant, arriva au pavillon qui en dépend, brisa ou pilla tout ce qui s'y trouvait. Un incident fortuit augmenta le désordre. Un convoi de vingt fusils, portés chez Tarmurier pour les faire réparer par ordre du général, passa devant la maison de la dame Didier. Le bruit se répandit que ces armes avaient été trouvées dans la maison de cette dame suspecte par son opinion napoléonienne. La multitude, aigrie par ces deux circonstances, cribla de balles une femme également suspecte. Bientôt après, Terreur sur la destination des fusils reconnue, Tordre se rétablit.

Dans plusieurs fermes, à une, deux et trois lieues de Nîmes, il a été fait plusieurs tentatives pour contraindre les propriétaires à contribuer. Ces maraudeurs ont été déjoués par la surveillance de la police et des gardes nationaux.

Le 9, à six heures de. matin, le sieur Molines-Martin et son valet m'avertirent que la veille, à l'entrée de la

nuit, -des hommes armés s'étaient introduits dans son domaine près de Gaissargnes, avaient demandé au bayle une contribution payable le lendemain à huit heures du matin, sous peine d'incendie. Je défendis à M. Martin d'entrer en composition avec ces brigands et l'invitai à se retirer paisiblement chez lui. Je fis appeler sur-le-champ le capitaine Espérandieu, logé près de la préfecture, je lui demandai six fusiliers et un sergent avec ordre de se porter promptement sur ce domaine, à une lieue de Nîmes. Deux de ces brigands y entrèrent à sept heures et demie et demandèrent à déjeuner; à poiue étaient-ils à table que le détachement se présente à la. porte, les désarme après une légère résistance et les amène prisonniers à dix heures. Ce sont : J. Chauvel, natif de Montfrin, qui avait servi sept ans dans la ligne et avait déserté après le retour de Louis le Désiré sur le trône de ses ancêtres. — P. Givolde, né à Zabier (Haute-Loire), ava t fait partie de la levée de trois cent mille hommes, avait servi sept mois et déserté à la même époque. Ces deux individus n*appartiennent à aucun corps militaire ni de garde nationale; ils sont fortement soupçonnés de napoléonisme. Ni Tun ni l'autre n'avait fait la campagne du duc d'Angoulême.

Le 3 août, à l'entrée de la nuit, le nommé Pascal , à Uzès, était de garde; il se rendait, accompagné d'un brasseur de ses camarades, chez le chef de poste; arrivé rue du Mas-Bourguel, il reçoit un coup de feu à bout portant et reste mort. Pascal avait le premier arboré le drapeau blanc à Uzès. Mcynicr, boulanger, fut désigné

comme l'auteur de ce crime : sa famille a figuré dans la révolution. Le peuple irrité se ramasse en tumulte : il * rencontre deux femmes bonapartistes, un nommé Court qui a figuré dans la révolution du 3 avril, et les crible déballes. Pendant toute la nuit, ce même peuple se porta dans dix-huit maisons, brisa ou pilla tout ce qui s'y trouvait. La maison de M. S. Roux fut en partie incendiée, le reste fut sauvé par la garde nationale qui s'employa vainement pour empêcher ce désordre. A quatre heures du matin, le peuple se porta dans la maison de Meynier père : il fut trouvé caché dans son grenier avec son plus jeune fils; ils furent fusillés sur-le-champ. De là, le peuple se porta aux prisons, enleva six prisonniers signalés comme napoléoniens et fédéralistes, et les fusilla sur l'esplanade. Après ces horribles attentats, le calme se rétablit à Uzès et n'a pas été troublé depuis. Pendant la nuit, les autorités d'Uzès avaient fait appeler les gardes nationaux des lieux voisins : ils arrivèrent lorsque le mal était consommé; ils furent renvoyés, leur présence ayant paru inutile.

Le 10 août, des maraudeurs armés ont pillé le domaine de Bions au sieur Salagnier, ils pillèrent celui du sieur Seyne, entre Beaucaire et Bellegarde, quand les gardes nationaux de Bellegarde, qui avaient arrêté déjà une grande partie des objets pillés à Bions, arrivèrent, bientôt secondés par un détachement d'Autrichiens de Beaucaire. Après une légère fusillade, deux brigands furent blessés, il fut fait deux prisonniers, les autres prirent la fuite.

:«J6 LA TERREUn BLANCHE.

Trois soldats autrichiens du détachement s'en éloignèrent, se portèrent sur une petite ferme près de Beaucairc, demandèrent de l'argent au fermier qui leur donna 50 francs, et lui prirent une veste et une culotte. Le fermier devança ces trois pillards et les consigna au poste, sur la route en avant de Beaucaire. Le commandant les fit arrêter, (it rendre l'argent et les effets et les fit conduire au général autrichien, qui les a fait passer, dit-on, par un conseil de guerre.

Nîmes est tranquille : la plupart des proscrits cachés se produisent sans aucune insulte de la part des royalistes, la garde nationale mérite de grands éloges.

La publicité des journaux de Paris, qui parlent des événcmens de Nîmes d'une manière si contraire à la vérité, a exaspéré les royalistes. Sans une active surveillance, il y aurait eu encore de grands malheurs. A la lecture de ces libelles, le bas peuple a menacé pendant trois jours sourdement de forcer les prisons et d'assassiner les prisonniers. J'ai pris des mesures. Cependant aucune tentative n'a été faite.

Plaintes de plusieurs habitans de Saint-Césaire pour excès commis par des maraudeurs. Envoyer un détachement d'hommes surs.

Quatre cents chasseurs du 14^, repoussés de la Provence, ont trouvé bon accueil à Foucques. Le 11, cent quarante-six de ces chasseurs ont été mis en garnison à Beliegardc, deux cents à Saint-Gilles et le reste à Foucques; ils se conduisent avec sagesse, mais sont toujours suspectés de napoléonisme.

28 août.

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