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CHAPITRE III

La Succi-Pompe de M. de Rohan

Cet appareil, que M. le professeur agrègé Couvelaire présentait, il y a quelques mois à la Société d’obstétrique et de pédiâtrie, offre une supériorité incontestable sur ses devanciers : c’est d'aspirer et de relâcher alternativement le mamelon. Par ses mouvements de va-et-vient méthodique, il dessine un graphique absolument superposable aux mouvements de succion naturelle. Sa sensibilité permet de doser exactement son usage et sa puissance peut faire obtenir en quelques minutes des quantités abondantes delait. Ilse compose essentiellement de trois parties :

1° Une cloche destinée à recevoir le lait ;

9 Une pompe destinée à letraire ;

3° Un tube intermédiaire en caoutchouc.

Dans la cloche on peut distinguer deux portions. L'une cylindro-conique qui s’applique sur l’aréole et où le mamelon vient faire saillie ; l’autre qui a la forme d’un ovoïde, appendue à la partie inférieure, où vient s’accumuler le lait à mesure qu'il jaillit.

Le tube en caoutchouc porte sur son trajet un petit tube en verre, muni d’un léger tampon d’ouate, destiné à filtrer l’air. Les mouvements de va-et-vient de

ce tampon traduisent fidèlement les alternatives de vide et de pression atmosphérique auniveau du mame-

lon.

Quant à la pompe proprement dite, elle a pour çaracière essentiel de ne pas être aspirante et foulante. Elle permet ainsi au mamelon de s’ériger sans le ramener violernment à sa position initiale. La pression atmosphérique seule s’en charge.

Elle est constituée par un piston C (voy. fig.) entraînant à frottement dur la tige E d’une soupape H ; cette dernière pendant toute la partie ascendante de la course du piston colle sur son siège G ;

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le vide se fait et se maintient jusqu’au moment où l’on repousse le piston. A partir de ce moment la soupape H commandée par la tige à frottement dur E, se décolle d'environ 1 à » millimètres, ce qui permet à l'air de rentrer dans le corps de pompe et par conséquent dans la cloche réservoir.

Aiïnsile vide et la pression atmosphérique se succè dent alternativement auniveau du mamelon. Dès

qu'on a commencé à faire le vide, le mamelon s'érige

Er apres

et le lait jaillit jusqu’à ce que la rentrée del’air, pendant la descente du piston, fasse reprendre au mamelon sa flaccidité primitive (1).

« Cet appareil fut essayé à la Maternité de Saint- Louis pendant plusieurs semaines. En cinq minutes on obtenait suivant l'abondance de la sécrétion lactée de 30 à 100 centimètres cubes de lait. L’apparei

est appelé à rendre des services toutes les fois que la succion directe est impossible ou dangereuse (malformation du mamelon, enfants débiles, temporairement incapables de téter, nourrissons hérédosyphilitiques ou suspects d'hérédo-syphilis ») (2).

Nous répondrons tout de suite à une objection qui se présente naturellement à l'esprit. Cet appareil comporte un inconvénient, c’est d'exiger la présence d'un aide. Cet inconvénient a été prévu et supprimé. La succi-pompe peut, en effet, très facilement et en quelques instants, se fixer sur un pied constitué par un tube à coulisse, terminé par un étrier, Dans ces conditions, la femme peut se traire d’une main tandis que l’autre maintient la cloche appuyée sur l’aréole. L’asepsie de l’appareil est très simple et n’entraîne aucun dégât. La cloche réservoir et les tubes de verre peuvent être facilement stérilisés par l’ébullition ainsi que le tube intermédiaire J.

Après plusieurs tétées, il arrivera parfois que le

1. Communication de M. le professeur agrégé Couvelaire. Rev. pratique d'Obstlétrique, déc. 1908.

2. Reôue d'Obstétrique et de Pédiâtrie. Communication de M. Couvelaire, décembre 1908.

André 2

fonctionnement de la pompe deviendra dur; il suffira alors de dévisser le chapeau À et de sortir le piston pour en enduire le cuir de graisse consistante ou de vaseline pure.

Au cours de nos expériences Hésbanile à la clinique Baudelocque nous avons pu obtenir des quantités variant de 20 grammes à 80 grammes de lait en quelques minutes chez des femmes qui venaient d’accoucher.

Dès la première tétée, au premier coup de pompe, quelques gouttes de lait venaient sourdre au mamelon, puis, peu à peu, les gouttes devenaient plus pressées et lejet plus abondant. La femme qui manifestait parfois quelque crainte en présence d’un ap-

pareil qu’elle ne connaissait pas, reprenait bien vite

confiance et réclamait elle-même sa prochaine traite pour le soulagement qu'elle y trouvait. Aucune d'elles n’a jamais manifesté la plus légère souffrance. Deux

à étirer les bouts de sein trop courts et à les rendre aptes à

ou trois jours ont suffi la plupart du temps

la succion de l'enfant. Les crevasses, mises au repos, devenaient moins sensibles et guérissaient rapidement.

Nous nous permettrons d’insister ici sur quelques détails que nous avons pu noter au cours de nos tétées quotidiennes et qui sont indispensables au bon fonctionnement de l’appareil. Il faut d'abord prendre soin de loger exactement le mamelon au centre de l'ouverture qui s’appliquesur l'aréolè. Cette

recommandation paraît banale mais elle est très importante dans la pratique.

Les mamelons plats, en particulier, qui font corps avec la mamelle ne sont pas toujours faciles à faire Saillir. On risque fort de les pincer ou de les faire ériger de telle sorte qu'ils viennent buter contre la paroi.

Dans ces conditions le vide n’agit pas sur toute la surface du mamelon et le lait jaillit difficilement. Il suffira de remettre le mamelon en bonne position pour obtenir avec un minimum d’efforts un rendement supérieur.

Certaines femmes pèchent par défaut ou par excès dans le soin qu’elles mettent à appliquer sur le mamelon la cloche-réservoir. Les unes appuient trop, les autres appuient mal et laissent filtrer un peu d'air. Dans les deux cas, il faut dépenser plus d’efforts et le lait ne vient pas. IL est très important, quand le mamelon est bien en place, de recommander à la femme d'appliquer herméliquement la cloche mais sans violence.

Quand l’enfant tette, il lui arrive fréquemment de se reposer quelques secondes pour continuer ensuite le repas interrompu. Il faut, en toutes choses, se rapprocher le plus possible des conditions physiologiques. Nous avons souvent remarqué que le lait s’arrêtait et tardait de jaillir après quelques mouvements de succion. Alors nous nous arrétions, mais nous n'abandonnions pas imitant en cela l'enfant.

+2, 24 — Quand nous recommencions, le lait jaillissait abondamment. |

Le vide étant réalisé dès le début de la course du piston, il n’est pas indispensable de la lui faire parcourir entièrement. Chez les femmes qui sont bonnes nourrices il suffira de tirer très légèrement sur la tige pour obtenir un flot de lait. Cette précaution est encore indiquée quand on aura affaire à un mamelon très rétracté. Notre but est de soulager la femme : il faut donc lui éviter toute souffrance inutile. Or nous avons pu remarquer que celle-ci manifestait une très légère douleur, quand on donnait trop brusquement le premier coup de pompe. Il suffira dans ce cas el seulement au début de faire parcourir au piston le quart de sa course.

Le mamelon viendra doucement,progressivement ets'érigera peu à peu, sans peine et sans réaction pénibles. Après quelques mouvements de succion, celte précaution deviendra inutile.

Cet appareil permettant d'obtenir parfois en quelques minutes chez d'excellentes nourrices des quantités très abondantes de lait et très supérieures à la ration exigée par l’enfant, nous pensons encore qu'il sera bon de contrôler sérieusement les rations prises à chaque tétée par l'enfant et de le peser régulièrement. Nous pourrons ainsi nous rendre compte de ses besoins et ne pas risquer de provoquer une sécrétion exagérée absolument contraire aux rapports physiologiques constants qui doivent exister entre la mère et l'enfant.

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