‹ La théologie de Saint PaulChapitre 67 sur 630 · Cor. 5!, allusion à Lev. 185 ; Deut · texte numérisé non relu

Cor. 5!, allusion à Lev. 185 ; Deut

6. Il n’est pas nécessaire d'admettre un décret formel. Le Nouveau Testament qui venait compléter et perfectionner l’Ancien plutôt que labolir, retenait, outre les préceptes proprement dits de la loi naturelle, les vœux de la nature, et il va sans dire que la prohibition des mariages entre consanguins et proches parents par alliance y était comprise.

chez qui la fornication et l’idolâtrie s’exprimaient par le même terme (mopveix) !. Paul sent le besoin d’inculquer aux néophytes une aversion raisonnée contre ces désordres honteux qu'ils s'étaient peut-être habitués à regarder d’un œil indifférent. Les trois motifs qu'il leur expose pour les détourner de l’impureté sortent des profondeurs de sa théologie mystique.

La fornication. — La fornication est une injustice, un sacrilège et une profanation : une injustice envers celui auquel nous appartenons corps et âme, un sacrilège envers Jésus- Christ dont nous sommes membres, une profanation du temple du Saint-Esprit.

Une injustice. On appelle indifférentes les actions conformes à l’instinct naturel qui ne lèsent le droit de personne et n'ont pas de relation directe avec la vie morale : tels le boire et le manger. L’estomac est fait pour l'aliment et l'aliment pour l'estomac. Mais le rapport du corps à la fornication est tout autre. « Le corps appartient au Seigneur, non à la fornication; et le Seigneur appartient au corps. » Le corps appartient au Seigneur comme le membre appartient à la tête et réciproquement. Et le signe de cette appartenance mutuelle c’est que Dieu les ressuscite l’un à cause de l’autre. La fornication, violant les droits du Christ sur nous, est donc une injustice.

Un sacrilège. Quiconque a présentes à l'esprit ces deux vérités élémentaires : premièrement que le corps du chrétien est membre du Christ, en second lieu que dans l'union sexuelle l'homme et la femme deviennent un seul corps, une seule chair, doit en conclure en bonne logique que la fornication prostitue un membre du Christ à une femme impure, de manière à l'identifier avec elle. Nommer un tel acte c’est en montrer la sacrilège abomination.

Une profanation. Notre corps sanctifié par la grâce devient, aussi bien que l’âme, un temple consacré par la présence des trois personnes divines et par l'habitation spéciale du Saint- Esprit. La fornication souille et viole ce temple. Partout ailleurs,

1. Topvetæ, fornication et idolâtrie. De même zopveüw (adorer les idoles Jer. 36; Ezech. 2319; Os. 91 etc.). L’Apocalypse qui aime à parler le langage de l'Ancien Testament emploie souvent ces mots ainsi que xépvn au sens métaphorique.

le pécheur abuse d’une créature étrangère et pèche contre elle en la détournant de sa fin. Ici, il abuse de son corps luimême et pèche contre lui. Les complices ne formant qu'une seule chair, rien d'extérieur n'intervient. Le corps n’est pas seulement l'instrument du péché, comme dans les autres fautes, il en est l’objet même.

Les procès devant les païens. — Dans nos mœurs actuelles, le second abus blâmé par l’Apôtre semblerait bien léger. Un chrétien en avait cité un autre en justice. 1] avait « demandé justice aux injustes! » : c'était le nom courant des païens. De là, double scandale : le différend lui-même et la publicité retentissante du procès. Plutôt souffrir l'injustice que de donner aux païens un si pernicieux exemple et de leur mettre en main cette arme contre les fidèles.

On sait que les Juifs, partout où ils étaient en nombre, avaient des tribunaux spéciaux devant lesquels se réglaient leurs litiges. L'autorité romaine tolérait en général, reconnaissait parfois, cette juridiction exceptionnelle qui prononçait à l’occasion, au dire d'Origène, des sentences capitales ?; mais elles devaient alors se munir de l'approbation du pouvoir suprême ou s’exécuter clandestinement comme au moyen-âge les jugements de la Sainte-Vehme allemande. Il est à croire que les Juifs accordaient spontanément à leurs magistrats la compétence la plus étendue, et saint Paul lui-même paraît plus d'une fois s'être soumis à leur verdict quand sa qualité de citoyen romain pouvait l'y soustraire : ainsi s’expliqueraient les cinq flagellations de trente-neuf coups qui semblent avoir été infligées d’après les coutumes juives et à la suite d’une procédure régulière. Aussi rêve-t-il pour les chrétiens une institution

1. 1 Cor. 6! : Kpiveodor émi tüv dôtxwv, xot oùyi èmi tüv &yiwv. Ici Gôtxoc est employé de préférence à &maptwlot (Mat. 910; Gal. 215) pour désigner les païens, parce qu’il s'agit de justice à rendre et que l’expression « se faire juger par des injustes » suffit à montrer l’absurdité de l’acte incriminé. Paul ne nie pas le droit qu’on a de demander justice mais il ne veut pas qu’on en use dans ces conditions, au prix d’un pareil scandale.

2. Epist. ad Afric. 14 (XI, 84). Les Homélies Clémentines (Epist. Clem. ad Jac. 10) prescrivent un tribunal arbitral semblable et Théodoret (Comment. in 1 Cor. 67) fait observer que cette pratique n’est pas contraire à la déférence et à la soumission dues au pouvoir civil (Rom. 131-2).

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analogue : « Si vous avez des procès, dit-il, désignez comme juges les membres les plus vils de l'Église. » Puis, se reprenant aussitôt de peur que les Corinthiens ne prennent au sérieux sa mordante ironie : « Quoi! n’y a-t-il point parmi vous un sage capable d’être arbitre entre ses frères, pour qu'un frère aille plaider contre son frère et cela devant des infidèles ! ! » Les saints — et tous les chrétiens portent ce nom — peuvent bien trancher un différend de minime importance, eux qui, un jour, jugeront le monde et les anges eux-mêmes?. Les théologiens, embarrassés de ce jugement, en ont imaginé cinq ou six espèces : jugement de comparaison, jugement d'approbation etc. Peine fort inutile : la pensée de l’Apôtre est plus simple. Les saints jugeront avec Jésus-Christ, comme ils ressusciteront avec lui, seront glorifiés avec lui, régneront avec lui. Ne faisant qu’un avec Jésus-Christ dans l'unité du corps mystique, ils participent à toutes ses prérogatives et par conséquent à celle de juge universel. Les anges, soumis à l'épreuve aussi bien que les hommes, seront jugés comme les hommes et ce seront les élus, avec Jésus-Christ auquel ils sont indissolublement unis, qui les jugeront. 11 est donc superflu de supposer que « les anges » pourraient signifier ici les prêtres ou les démons : hypothèse inadmissible parce qu'elle est tout à fait contraire à l'usage.

Nous savons combien Paul était jaloux d’édifier les païens. Il y voyait un moyen d’apostolat, parfois aussi efficace que la prédication directe. C’est le principal motif de la mesure qu'il édicte en ce moment et qui, de sa nature, devait être transitoire. Elle resta en vigueur pendant trois siècles. Jusqu'à la conversion officielle de l'empire à Jésus-Christ, où elle perdit sa raison d'être et tomba en désuétude, on ne cite pas un seul exemple d'un procès intenté par un chrétien à un autre chrétien.

1. 1 Cor. 64-5. Il est clair que l’ordre donné au v. 4 est ironique. 9, 1 Cor. 63 : OÙx olôare Ov &yyéhove xpvoduev; La formule d’étonnement montre qu’il s’agit d’une doctrine familière aux lecteurs de Paul.

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