II. LA LITUIÎGIE CHnETIENNE
Nous grouperons ici quelques notions sommaires, sur la liturgie de Téglise d'Afrique ^ , telle que nous la révèlent les écrits de Tertullien.
1" La Pdqiw. — Instituée en mémoire de la passion du Sauveur, la Pàque des chrétiens se rattache par un lien étroit à la Pàque juive. Le Christ avait choisi cette dernière fête pour consommer son sacrifice ; il était cet agneau destiné à la boucherie, en qui devait se réaliser le symbolisme biblique -. Tertullien admet ^ que le Seigneur souffrit le premier jour des azymes, avant la manducation de l'agneau pascal. Ce sentiment, fondé sur l'interprétation obvie de saint .Jean (Joan. 18, 28) est également défendu par Apollinaire d'Hiérapolis, Clément d'Alexandrie et saint Hippolyte ''. Quant à la célébration de la Pàque sollemnia Paschae), elle avait lieu en Afrique, selon la coutume romaine, non le propre jour du 14 nisan, mais le dimanche suivant ■'. Les fidèles passaient en prières la nuit du samedi au dimanche ''. L'Eg^lise avait dès lors fixé au
1. Notre plan m- comijortc pas un exposé complet do l'antique liturt;i(' africaim^ l't nous nous j^ardorons <1(> relairc ce qui a (Hi' si bien fait par Dom Cabroî, Dk(. arch., t. 1, p. 501 sq. Nous ne touchons à la liturgie que dans la mesure indispensal^le à rinti^lligence du dogme.
2. iM. -lu : E tôt festis .Judaeorum, Paschae dieni elegit. In hoc enim sacramentum pronuntiarat IMoyses: l'ascha est Domini. — 5.1/. 7 : Pascha figura Christi pi-r siniilitudinem sanguinis salutai'is (>t pecoris Christi.
3. ,/. H. Die VIII Kal. april.. die I azymorum, que agnum ut occiderent ad vosperam a 3Ioyse fuerat praeceptum. — Ib. 10.
4. Voir Eusèbe, //. E. 4, 20; et le Chruiùcoa pmchalc, ap. aligne. P. (i. !)2, p. 80. 81.
5. Jej. 14. — ilais dies paschae {Or. 18) d(''signe le jour de la mort du Christ.
308 TIIKOLOGIE DE TERTULLIEN.
temps de Pâques le baplème des catéchumènes *. Tcrtullien nous apprend que les solennités pascales étaient précédées par deux jours de jeûne ^. Elles étaient suivies de rc'jouissances qui duraient cinquante jours ^.
2" Le dimanche; sacrifice eucharistique. — I*]clio affaibli des joies pascales, les solennités du dimanche — dominica sollemnia '' — réunissaient les fidèles pour la célébration du sacrifice eucharistique^, des exhortations et des prières. C'était l'acle essentiel du culte public, et la g-rande préoccupation quand la persécution venait à sévir ^\ Les païens avaient remarqué ces réunions, que ramenait le jour consacré au soleil'; et quelques-uns soupçonnaient les chrétiens d'adorer cet astre. Le dimanche, on se serait lait scrupule déjeuner; on ne priait pas à genoux; on mettait de côté les affaires®, L'oblation de l'Eucharistie, fonction sacerdotale par excellence '■*, s'accomplit régulièrement le dimanche. Nous verrons d'ailleurs qu'elle peut se renouveler pendant la semaine, particulièrement aux jours de station et à certains anniversaires.
Tertullien n'a pas eu occasion de décrire le sacrifice eucharistique, et cela se comprend : les fidèles y assistaient, et devant les Gentils on évitait d'en parler. ^Nlais il y lait allusion, comme à la grande nouveauté chrétienne, soit en commentant la prophétie de Malachie (Mal. 1, llj ^'' dans ses écrits polémiques, soit dans un but d'édification^^.