‹ La théologie de TertullienChapitre 37 sur 455 · EXISTENCE DE DIEU · texte numérisé non relu

EXISTENCE DE DIEU

connaît nécessairement Dieu comme l'auteur de son être '. Ce n'est point là, de la part de Tertullien, une assertion en l'air : elle reparaît plusieurs fois, et dans des ouvrages de caractères très différents -. Le monde est pour tout homme une révélation immédiate de Dieu, du vrai Dieu; l'âme en est pour elle-même une révélation, et nul n'ignore ce premier Etre : Tertullien pose le principe comme certain ; il le considère comme admis quand il parle aux persécuteurs. Nous honorons, dit-il, le Dieu unique, que vous tous connaissez naturellement, dont vous redoutez la foudre, dont vous appréciez les bienfaits^. Dans le discrédit général où était tombé le panthéon païen', il semble que ces appels au monothéisme instinctif ne soulevaient aucune protestation, et que la conscience populaire s'y reconnaissait.

Mais que valait l'argument? N'y a-t-il pas des réserves à faire sur la valeur du témoignage, et peut-on bien présenter la vérité chrétienne comme un simple postulat de la nature raisonnable? Question digne d'un sérieux examen.

Tout d'abord constatons que Tertullien n'a jamais prétendu trouver au fond de l'àme populaire le christianisme intégral; lui-même dit expressément à cette âme, au début de son interrogatoire : tu n'es pas, que je sache, chrétienne; car on devient chrétien, on ne naîtpa^ tel"'. 11 ne s'agit donc que d'une certaine affinité avec le christianisme, antérieure à toute influence

1. Test. 2. Si... anima a Deo data est, sine dubio datorom suum novit.

i. 2 .V. 8 : Deum ego existinio iibiquo notiiiu, ubiquf praesentom. — l'aen. 5 : Etiam i^norantos Doiiiinuni nulla oxceptio tiiotur ad poonam, quia Doum in aperto constitiitiun et vel ox ipsis caidostilnis bonis coniprehen.sibiloni ij^norari non licet. — 1. M. !> : Si ossot, notus fiiisset. — Queni constat oss(\ ox hoc ipso constat quod niuKiiiani fuerit ignotus. — ■ Ih. 10 : A itriniordio rcruni, conditor i^aruni ciim ipsis paritor comportus est, ipsis ad hoc probalis ut Dous cognoscerctur... — Aniuiae onim a priniordio consciontia Dei dos est; eadeni nec alia et in Aogyptiis et in Syris et in Ponticis. — II). 18: (Deum) verum natni'a jam intellegunt. — /?. 3 : Quaedam enim et natura nota snnt, iit ininiorlalitas aiiiinae jjenes plures, ut Deus noster pênes omnes.

3. Scurp.i : Nos unum Deiini colimus, quem onuies naturaliter nostis, adcujus fulgura et tonitriia contremiscitis, ad cujus bénéficia gaudetis. — ■ Cl". 1 M. 17.

4. Voirchez M°" Freppid (t. 1, leçon 1, lin) les rapprochements avec Jiivénal (Sal. 15) et SéiK'que [De supersliiione).

5. Ti'sL 1 : Non es. qiiod sciam. christiana. Fieri enim, non iiasci soli't christiana. — Cf. .Ap. 18 : Fiunt. non nasciintui' chiisliani.

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du dehors. Or dans ces limites, le principe invoqué est vrai et fécond, l^ien de plus légitime que lappel à la nature, que le Créateur a marquée de son empreinte ; ces cris émus qui sortent des profondeurs de Fâme à certaines heures solennelles de recueillement peuvent passer pour une révélation authentique de son être primitif. Sur ce point donc Tapologisle triomphe. La revanche de la raison sur les fables qui avaient amusé ou terrorisé les âges précédents trouve dans sa profession de foi au vrai Dieu une expression juste et éloquente.

Seulement il montre un optimisme qui nuit à son argumentation. D'abord il exagère l'évidence de ces intuitions naturelles. De plus il en exagère la portée, en voulant reconnaître la nature là où l'éducation agit seule. Non content de découvrir au fond de l'âme populaire la croyance à l'existence de Dieu, il croit y découvrir la croyance au péché originel ', à l'existence du démon-, à la résurrection corporelle-', et sur ce point fait valoir des observations puériles : si à propos dun mort on se surprend à dire : <( 11 est parti et il va revenir », il est clair que cette façon de parler n'implique aucune croyance définie au dogme de la résurrection. Enfin, au premier doute qui surgit sur la valeur d'un aphorisme populaire, Tertullien sempresse d'en appeler à la foi ' : n'est-ce pas avouer qu'il manque d'un critérium interne pour distinguer la donnée authentique de la nature, des préjugés qui l'obscurcissent?

Ces réserves faites, il faut reconnaître l'heureux parti que Tertullien a tiré du témoignage de l'àme naturellement chrétienne pour établir lexistence de Dieu. Dieu, sa bonté, sa jus-

1. Test, i : Adicis : sed hoino malus, se. contraria propositione oblique et liguraliter e.xprobrans idée inaluui honiinem, quia a Deo bono abscosserit. — Neander, p. 85.

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