‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 136 sur 519 · DICTATURE DIT DIRECTOIRE · texte numérisé non relu

DICTATURE DIT DIRECTOIRE

la théophilanthropie sur le culte constitutionnel. — Inquiétudes des protestants. ■ — ■ Alme de Staël et les théophilanthropes. — Première fête anniversaire de la théophilanthropie. — Rapide succès et cris d'enthousiasme.

17. Les résistances. — Les catholiques. — Les pamphlets. — La presse. — La caricature. — Les troubles. — Les philosophes. Svlvain Maréchal et l'athéisme.

18. I Avisions parmi les théophilanthropes. — Siauve et Y Écho. — Le programme des théophilanthropes philosophes. Siauve et le comité central. — Retraite de Sobry. — Réconciliation entre Siauve et le comité central.

19. Siauve et la nationalisation de la théophilanthropie. — Conclusion : aveux d’impuissance. — Défections et lassitude.

Dictature du Directoire. — Le 18 fructitor investit le Directoire d’une véritable dictature ‘, qui se prolongera pendant plus d’une année jusqu’aux désastres de la deuxième coalition, avant-coureurs du coup d’Etat du 3o prairial. La paix continentale, la renaissance de l’agriculture, du commerce et de l’industrie rendent pour un temps le régime sinon populaire, du moins acceptable. Les circonstances paraissent donc très favorables aux patriotes sincères pour reprendre cette œuvre d’éducation civique, souvent tentée, jamais achevée, d’où dépendait l’avenir de la République.

Le programme de La Révellière. — Dans son discours du 12 floréal, La Révellière avait affirmé sa volonté de mener l’entreprise à bonne lin et indiqué les moyens cl les conditions du succès. Par les fêtes nationales et les

1. La loi du 19 fructidor accordait au Directoire le pouvoir de supprimer les journaux et de met tre les presses sous scellés (art. 35), — le droit de déporter par de simples arrêtés individuels les prêtres qui troubleraient la tranquilité publique (art. i!Y). Elle lui rendait le droit de mettre les villes en état de siège. Elle cassait les opérations électorales de quarante huit départements et donnait au Directoire le droit de remplacer par des créatures de son choix les membres révoqués des différentes administrations et des tribunaux dans les départements où les élections avaient été annulées (art. 3, 4 et 5).

institutions civiles, décrétées enfin par la législation et réglementées par le gouvernement, les Français seraient formés aux vertus politiques et sociales; — un culte raisonnable protégé sous main par le pouvoir, leur ferait en même temps oublier la superstition et le fanatisme et les formerait aux vertus privées. Ce programme, La Révellière n’a pu l’exécuter avant le 18 fructidor, les clichiens s’y sonl opposés; mais les clichiens sont vaincus, les Conseils épurés semblent dociles. Du consentement de ses collègues, La Kévellière se met aussitôt en devoir de poursuivre avec ténacité la réalisation de sa chimère.

Le pontificat de La Réveleière. — Il le fait, fort du nouveau prestige que lui a valu le coup d’Etat. Organisé et exécuté pendant sa présidence, le 18 fructidor paraît son œuvre1. N’a-t-il pas le premier dans sa harangue à Bernadotte, le 10 fructidor, déclaré ouvertement la guerre aux clichiens? N’est-ce pas lui qui, à la dernière heure, a triomphé des hésitations de Reubell ? Sa grande honnêteté n’a-t-elle pas couvert aux yeux des bons citoyens les tares de son complice Barras? N’a-t-il pas enfin mérité la reconnaissance des hommes d’ordre en empêchant le même Barras de soulever les faubourgs ? C’est lui qui rédige et qui signe les proclamations, par lesquelles le Directoire se justifie devant les Français et leur expose les principes qui guideront désormais sa politique. Aux yeux de beaucoup, il est l’homme responsable, le véritable chef du gouvernement. Le jour même du coup d’Etat, dans plusieurs quartiers de Paris, les patriotes poussent le cri de Vive ftévellière-Lépeaux 2 ! Le poète Duc.is célèbre sa gloire dans une pièce de vers, dont il se proposait de donner lecture à l’Institut.

1. « La journée du 18 fructidor n’aurait jamais eu lieu sans moi » (La Révellière, Mém., Il, p 85).

2. « Ma qualité de président et mes discours dans la séance publique du io fructidor (à la réception de Bernadotte envoyé par Bonaparte) avaient achevé de me montrer au public comme le principal auteur de cette journée. Dans plusieurs quartiers de Paris, on criait : Vive Révelliere-Lcpeaux ! — De tous côtés, on me rapportait cela avec empressement, dans la persuasion de m’être agréable » (id., IL p. i3o).

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Sans doute, son âme modeste répugne à la flatterie, mais elle n’est pas insensible à des éloges cpii lui semblent mérités. Ces témoignages d’admiration, la conscience d’avoir sauvé la liberté, l’onl comme enivré et transporté. La victoire, si aisément obtenue sur les conspirateurs, lui est un gage certain de la prochaine victoire à prendre sur l’ignorance et sur la superstition. Dans sa grande naïveté,

11 voit se lever toute proche cette régénération si attendue, dont la seule idée le lait tressaillir d’allégresse. Il sera l’ouvrier de la grande œuvre. Sa mission commence. Autre Robespierre, il vaticine déjà. Parcourons son étonnante proclamation du 23 fructidor1; homélie morale P profession de foi théopbilanlhropique ? pontilicale remontrance P en tout cas, supplément logique au discours du

12 floréal.

Au peuple oublieux des bienfaits de la liberté, à ce peuple, qui a élu les conspirateurs, il faut donner une leçon. En phrases brèves et sentencieuses, La Kévellière la lui donne magistrale... et ridicule. « Le Corps législatif, le Directoire exécutif, s’écrie-t-il, ont rempli leur devoir... Le sang n’a point coulé, la sagesse a conduit la force. » Mais, vous a administrateurs, juges, pères de famille, épouses, mères, jeunes citoyens, Français de tout âge et de toute profession, avez-vous rempli vos serments? Avezvous gardé le dépôt qui vous était recommandé? » — Non, n’est-ce pas P Sans doute vous avez été égarés par des hommes corrompus qui n’ont rien omis « pour ramener la France aux formes monarchiques, et replier au despotisme les institutions, les fêtes, les mœurs, les usages. Ils savaient bien que l'homme dépend des habitudes, et qu’en changeant les habitudes on le change luimême. » Mais auriez vous été trompés par ces misérables si vous aviez conservé l’esprit républicain, cet « esprit divin qui se compose de tout ce qu’il y a de juste, d’équitable, de bon et d’aimable parmi les hommes P » Vous n’avez donc pas conservé l’esprit républicain, parce que

i. Moniteur, réimp., XXVIII, p. 8i(3

igo T.E LENDEMAIN DE FRUCTIDOR A PARIS

vous êtes vous-mêmes corrompus, parce que vous n’avez pas l’amour du bien et du juste... Heureusement on peut vous réformer ! On vous fera connaître la République idéale, et quand vous la connaîtrez, vous ne voudrez plus d’autre gouvernement. Sachez donc que chez un peuple vraiment républicain, « les sentiments de la nature les plus doux, les plus purs, le respect pour l’âge avancé, l’union conjugale, la tendresse paternelle et la piété filiale, honorés en public, régnent dans le sein des familles et font de tous les noeuds du sang des liens de fraternité, d’amour et de bonheur ».

Sachez-le, chez ce peuple béni « les arts apportent en hommage à la chose publique le trésor de leurs jouissances et la pompe de leurs chefs-d’œuvre. L’éloquence, la poésie, la musique, se réunissent pour exciter dans tous les cœurs l’amour de la patrie, et pour exalter le courage. La valeur, le génie, sont enfants de la liberté : le pinceau, le ciseau, la noble architecture lui élèvent des monuments. La scène retentit des oracles de la morale, des maximes sacrées de la philosophie, des grands exemples de vertu !... » Cet idéal enchanteur, que tardez-vous à le réaliser? Allons, écrivains, gens de lettres, à l’œuvre! Instruisez le peuple, propagez les principes de la liberté. « Apprenez aux citoyens à s’aimer davantage entre eux et à mieux aimer la liberté. » Et vous, magistrats, donnez l’exemple de toutes les vertus. Par votre conduite et par vos mœurs vous serez aussi « les instituteurs du peuple ». — Et toi enfin, Peuple français, écoute docilement; vois, « ce que tu devrais être », tu le serais déjà « si tu n’avais pas écouté ceux qui ont diffamé l’esprit républicain pour rétablir le joug des prêtres et des rois ». Repens-toi et corrige-toi, il en est encore temps. « Abjure des abus serviles, sers-toi de Lon calendrier, division du temps si claire, si commode, et qui, par un Irait admirable des destinées républicaines, te rappelle que le soleil recommence l’année, au jour où commença la République... »

... N’oublie pas que les vertus privées sont à la base des vertus publiques. .. « que le goût et la propreté pré-

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sident à tes vêtements, que l’aimable simplicité n’en soit jamais bannie, que la jeunesse évite le faste et l’aflectation ; qu’elle n’ait pas besoin qu’on lui dise de renoncer à ces signes de ralliement, à ces costumes de révolte1 qui sont les uniformes d’une armée ennemie ; que la beauté douce et modeste, parée de sa pudeur, préfère, pour ses ornements ceux qu’ont tissus (,sv‘c) des mains françaises... Défends-toi de l’intempérance, car c’est un vice des esclaves. Sois humain et compatissant, etc. »

Ainsi, et sans craindre le ridicule, La Révellière, en termes impérieux, dictait leur devoir au peuple, aux fonctionnaires, aux écrivains, aux artistes. 11 lui semblait que dans une société bien organisée chacun a une tâche sociale à remplir, tâché d’autant plus lourde qu'il est plus haut placé par la fonction ou par I intelligence. 11 croyait que les hommes publics n’ont pas seulement la charge du bien-être matériel de la nation, mais qu’ils se doivent aussi à son bien-être moral. Pasteurs d’âmes, les nouveaux maîtres de la France l’étaient par charge et par héritage ; par charge, parce qu’ils avaient reçu mandat de se consacrer au bonheur public ; par héritage, puisqu’ils succédaient au Roi et qu’ils tenaient à sa place ce rôle de Providence des peuples, où il avait défailli.

Très pénétré de la gravité de sa liante magistrature, La Révellière voulut donner à tous les autres magistrats de la République, conscients de leurs devoirs, des modèles à suivre pour leurs harangues ollicielles. A la fête du i01' vendémiaire, qui fut célébrée en grande pompe au Champ de Mars, il remplaça le discours habituel par une Action de grâces à /'Eternel, dont tous les paragraphes se terminaient par le même refrain: « Grâces te soient rendues, Souverain arbitre de l’Univers, grâces le soient rendues, la France est République ! »

Comme autrefois Robespierre à la fête du 20 prairial, il remerciait l’Etre suprême pour les éclatantes victoires

1. Allusion aux collets noirs et aux cadenettes qu arboraient les partisans de l’ancien régime.

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qu'il avait accordées dans sa bonté et dans sa justice à la cause de la liberté : « Tu fis éclater, s’écriait-il dans un style biblique, la juste indignation des défenseurs de la patrie, tu frappas les conspirateurs d’aveuglement et de terreur, tandis que tu éclairais une noble audace ! Dans l’immortelle journée du 18 fructidor, tu confondis les traîtres et les enveloppas dans les propres filets qu’ils avaient ourdis pour nous perdre!... » Et il le suppliait, cet Etre suprême, protecteur de la République, d’achever son ouvrage: « Inspire à tous les Français des sentiments grands, élevés, généreux, désintéressés, fais régner parmi eux un esprit de paix, une mutuelle bienveillance, un grand attrait pour la vérité et la franchise, une grande aversion pour le mensonge et l’hypocrisie, un profond respect pour la vertu, une haine égale pour le vice, un amour ardent pour la liberté et un désintéressement sans bornes à la cause de leur pays. » Le même jour, le président des Cinq-Cents, Daunou, entrant dans les vues de son ami La Révellière, exhortait les philosophes à « indiquer les institutions capables d’étendre et de perfectionner la morale publique ».

Essai d’une liturgie républicaine. — Dix jours après, à la fête funèbre de Hoche qui fut une cérémonie grandiose, comme il avait donné précédemment un exemple de prière républicaine, La Révellière s’efforçait de tracer l’éloge-type du martyr de la liberté, du héros patriote. Un refrain encore : « Hoche n’est plus, il n'est plus » rythmait sa prose pathétique, qu’on dirait sortie en droite ligne du livre de Daubermesnil . Il s’imaginait — cela n’est pas douteux — que ses exemples seraient imités et qu’on verrait bientôt se former un langage particulier, un style officiel, comme une liturgie républicaine à l’usage des fêtes nationales 1 .

i. Son attente ne fut pas complètement trompée. Dans les cérémonies officielles on vit les orateurs — et non les moindres — employer les formules mises à la mode par La Révellière et s'essayer à copier son style. Par exemple, ii la fêle anniversaire du i !\ juillet en l'an VI, le président des Anciens s’écriait : « Gi'dces vous soient rendues, génies immortels qui avez posé les premières bases de l’édifice de la

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Dans le discours du 12 floréal, il n’avait fait qu'indiquer les principes, maintenant il passe à la pratique, il étudie les moyens d’exécution. Le mois ne s’était pas écoulé que, le 22 vendémiaire an Yl, il donnait lecture à l’Institut d’un Essai sur les moyens de faire participer ( universalité des spectateurs à tout ce qui se pratique dans les fêtes nationales' . Nulle part sa pensée n’a reçu une forme plus précise ; nulle part aussi n’apparaît mieux l’impossibilité fondamentale contre laquelle elle se heurtait. La force, dit-il, ne sullit pas à maintenir un régime. Le 18 fructidor n’a été qu’un expédient, qu’un pis-aller, qui n’aura pas de lendemain, si on n’y prend garde. Si la foi •ce a été mise cette fois au service de la liberté, la force peut demain se retourner contre elle. Rien n’aura été fait tant qu’on n’aura pas « modifié pour ainsi dire la sub stance de l'homme, de manière à l’identifier avec la forme du gouvernement et à faire de l’amour de la liberté sa passion dominante ». Alors seulement, on pourra laisser les choses aller de leur cours naturel et l’emploi de la force deviendra inutile et même impossible.

Mais comment modifier celle « substance de l’homme? » L’un des moyens les plus ellicaces consiste dans l’établissement des fêles nationales. Ces l’êtes doivent être aussi éloignées des cérémonies du fanatisme et du « ridicule clinquant des cours » que de la « hideuse saleté et de

liberté du monde !.. » (Moniteur.) Le même jour, Merlin terminait le discours qu’il prononçait à la fête en sa qualité de président du Directoire par cette péroraison : « Grâces soient rendues à tous les hommes dont les travaux ont concouru au\ succès d’une cause aussi sacrée ! Grâces soient rendues aux législateurs. . Grâces soient rendues aux magistrats, etc. . » (ici.) Le ministre de l'intérieur François de Neufchàteau recommanda la formule à toutes les autorités dans une circulaire pour la fête du r'r vendémaire an VII : « Rappelez- vous le discours solennel que prononça auCliampde Mars, à l’occasion même delà fête dont il s’agit, le présidentdu Directoire ( Ier vendém. an \ I). Souvenez- vous que ce discours ou plutôt cet hymne sublime était une invocation à la Divinité et une sorte de prière qui commençait et finissait par ces mots remarquables: Grâces te soient rendues, souverain arbitre des destinées de l'univers ! grâces te soient rendues, la France est République! » (souligné dans K- texte). Voir Moniteur, réimp., XXIX, p. 3~8.

1 Bibl. nat., Lb’*- 458; réimprimé dans le t. III des Mémoires.

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l’horrible confusion des éternelles processions maratiques ». On s’inspirera de la récente fête funèbre de Hoche.

L’ordre, la décence, la pompe bien entendue, tout agrandira l’âme des citoyens, améliorera leur cœur, et les attachera à la patrie, « par l’attrait de nobles et innocents plaisirs ». Et La Révellière décrit la cérémonie-type qu’il rêve. Dans la capitale sera construit un immense cirque pouvant contenir deux cents à trois cent mille spectateurs, tous bien assis et bien placés pour tout voir et tout entendre. Au milieu, s’élève l’autel de la patrie, vaste éminence, où prendront place les magistrats, en grand costume ‘.

Ils s’avanceront dans l’arène montés sur des chars découverts à l’antique. Sur l’autel de la patrie les orateurs parlent, « des hymnes sont entendus, des cérémonies se pratiquent ». Pour qu’aucune parole ne soit perdue, l’amphithéâtre a été divisé en sections, et au milieu de chaque section, à un signal donné, des hérauts en costume répètent en même temps et tous à la fois le discours prononcé sur l’autel de la patrie1 2. De même, les chants, les hymnes

1. La Révellière remarque que le costume est «un moyen puissant pour appeler les habitants des campagnes aux fêtes publiques et les leur rendre imposantes. La différence entre le curé revêtu de ses habits sacerdotaux et le curé en habit court contribuait singulièrement à augmenter la valeur que l’opinion donnait aux sacrements et à l’accomplissement des mystères».

2. Le mémoire de La Révellière en suscita d’autres sur le même sujet. Par exemple le citoyen Eve Demaillot, ancien employé du comité de Salut Public de l’an 11, après avoir lu le « philanthropique ouvrage du citoyen La Révellière Lépeaux sur les fêtes nationales », envoie au Directoire, le 29 frimaire an YI, un écrit intitulé Méthode aussi simple que facile à mettre en pratique pour faire participer le peuple aux fêtes nationales à célébrer au Champ de Mars. ■ — Sa méthode est inspirée, dit-il, par la tactique de Frédéric II, qui faisait manœuvrer des masses de troupes en même temps au moyen de signaux partis d’un fligelmann (homme d’aile) situé à une certaine distance sur une hauteur et répétés par d’autres fligelmann devant char que bataillon. — Au Champ de Mars, le chef d’orchestre serait le fligelmann principal, assisté devant chaque bataillon de spectateurs par des fligelmann secondaires. Ln programme des chants serait imprimé à l’avance et distribué au peuple. — Le vœu de La Révellière reçut son application à la fête funèbre en l’honneur des plénipotentiaires assassinés à Rastadt. L’éloge funèbre fut répété par des orateurs placés sur des tribunes vis-à-vis des talus occupés par les spectateurs. Mais, si

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sont attaqués au même instant par les diil’crents orchestres de chaque section. Les trois cents mille spectateurs éprouveront donc à la fois les mêmes impressions et partageront les mêmes jouissances. Mais cela ne suffit pas encore. Il faut que le peuple lui-même prenne une part plus directe à la fête, qu'il y soit en quelque sorte acteur. C’est pourquoi la cérémonie commencera par « une invocation générale à l' Eternel en faveur de la liberté française » et finira par une « action de grâces ». « Cette action de grâces et cette invocation seront toujours les mêmes, de manière qu’en peu de temps, elles deviennent familières à tout le monde. Je n’imagine rien de plus sublime au monde qu’un chœur de deux cents à trois cents mille \roix, chanté par des hommes pénétrés du même sentiment. Son effet serait toujours nouveau1. » Les enfants des écoles apprendront les chants nationaux, ils les fredonneront comme autrefois les noëls et les antiennes. Enfin des jeux, des courses de chars, etc. rompront la monotonie des cérémonies.

Ainsi, la France aura comme la Grèce ses jeux olympiques où bientôt on verra toute l’Europe accourir ! Ainsi,' la République sera fondée dans les âmes, bien plus dans les cœurs ! car chaque canton, chaque commune aura comme la capitale son temple national, école de civisme et de moralité.

11 est à peine besoin de dire que ce projet, aussi chimérique que grandiose, ne reçut pas d’application immédiate ; l’argent manquait, et l’enthousiasme républicain s’était trop refroidi.

Le Directoire adopte le programme de La Révellière. — Notons cependant que les collègues de La Révellière

on en croit le Moniteur (n11 du 22 prairial an VII), l’essai n’eut pas de succès, parce que «les tribunes n’étaient pas assez multipliées».

1. La Révellière a consulté Méhul, son ami, sur son projet et Méhul non seulement l’a approuvé mais y a fait une addition. Le peuple chantait l'invocation et l’action de grâces eu quatre parties :

« La première ferait d’abord la tonique, la deuxième, la troisième et la quatrième donneraient ensuite et successivement la tierce, la dominante et l’octave ; après quoi, ces quatres parties reprenant simultanément, feraient entendre les quatre notes à la fois. »

au Directoire el ses amis des Conseils mettront beaucoup de bonne volonté à entrer dans ses Mies et à seconder ses desseins. Par une série de mesures administratives, circulaires, arrêtés, etc., le Directoire s’efforça de remettre en vigueur le calendrier républicain, tombé en désuétude, de restaurer partout les cérémonies décadaires, et de donner de l’éclat aux l'êtes nationales1. La lutte du décadi contre le dimanche recommença plus âpre que jamais. Le bureau des fêtes nationales, qui sommeillait avant le 18 fructidor, sortit de sa torpeur et s’évertua, selon la formule, à ranimer l’esprit public par de belles cavalcades patriotiques.

Les théophilanlhropes sont protégés ouvertement, ils reçoivent des subventions2, leurs livres figurent au programme des écoles ofiicielles3. Haüy est nommé membre du jury d’instruction du département de la Seine4.

L’institut. — L’institut lui-même se mit de la partie et nomma une commission chargée de rechercher « les moyens de faire entendre les discours et la musique des fêtes nationales par tous les spectateurs, en quelque nombre qu’ils puissent être ». Le citoyen Mongez fit sur ce sujet, le a3 frimaire an ^ 1, un rapport que La Révellière annota de sa main5.

Les Conseils. — Les Conseils épurés 11e restaient pas

1. A oir entre autres dans Le Rédacteur la circulaire du ministre de l’intérieur, Letourneux, en date du 18 brumaire an YI, les arrêtés du Direcloire des i3 vendémiaire, 6 brumaire, 27 brumaire et 17 pluviôse an YI. Dans les villes patriotes, les messes décadaires recommencent comme en l’an 11, elles étaient célébrées par les magistrats et comprenaient la lecture des lois, des discours et des chants civiques. Les élèves des écoles, les fonctionnaires étaient tenus d’y assister. Sur la célébration des l’êtes nationales à Paris après le 18 fructidor, voir Aulard, Esprit public.

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