Grégoire, Histoire des Sectes, I, p
2. Les temples théophilanthropiques portèrent d’abord le nom des anciennes sections révolutionnaires, sur le territoire desquels ils étaient situés; Saint- Merri fut baptisé temple de la Réunion ; Saint-Etienne du Mont, Mont-Panthéon ; Saint-Eustache, Contrat social ; Saint-Germain l'Auxerrois, Muséum ; Saint-Gervais, Fidélité ; Saint-Nicolas des Champs, Graviüiers ; Sainte-Margueritte, Montreuil; Saint-Sulpice, Luxembourg ; Saint-Philippe du Roule, Route ; Saint-Thomas d’Aquin, Fontaine de Grenelle ; Notre-Dame, Cité ; Saint-Roch, Butte des Moulins ; Saint-Laurent, Nord; Saint-Médard, Observatoire, etc.
Au moment de l’institution du culte décadaire, toutes les églises de Paris reçurent de nouveaux noms imposés par l’autorité (arrêté du 22 vendémiaire an AGI). Les temples théophilanthropiques ne conservèrent rlonc leurs premiers noms que pendant un an à peine.
I, IN U GIJHATION
arliclcs de croyance cl quelques cérémonies que ceux-ci n’admettent pas : mais réservons à Dieu de nous juger sur ces légères différences et vivons en paix les uns avec les autres, puisque nous sommes tous les enfants du même père, de la même patrie et que notre but à tous, en nous réunissant dans ce temple, est de nous encourager à la pratique du bien.
Ils ne seraient pas théophilanthropes ceux qui se permettraient des réflexions ou des actes capables de choquer nos frères catholiques, qui, suivant la volonté de la loi, doivent jouir on paix de cet édifice concurremment avec nous.
Ils ne seraient pas non plus chrétiens ceux qui, oubliant que l’Evangile leur ordonne, presque à chaque page, d’aimer leurs semblables et qu’il rie leur est dit nulle part de les haïr; pour quelques différences dans les opinions, se permettraient des actes d’intolérance envers les théophilanthropes.
Ils seraient également punissables, aux termes de la loi, les individus, théophilanthropes ou catholiques, qui troubleraient l’un ou l’autre culte.
Catholiques sages et éclairés, vous ne jugerez pas les théophilanthropes d’après les rapports de la prévention ou de la malveillance ; vous les jugerez d’après vous-mêmes et vous reconnaîtrez que leurs fêtes religieuses et morales sont des cours d’instruction, qui peuvent être suivis par vous et par les disciples de tous les cultes; sans entrer dans la discussion des opinions particulières, on se contente d’y professer les principes sur lesquels s’accordent, depuis l’origine du monde, tous les gens de bien, de quelque pays, de quelque secte qu’ils soient.
Bien aveugle ou bien perfide serait donc celui qui chercherait à vous animer contre les théophilanthropes!
Bien aveugle ou bien perfide serait également celui qui, se disant théophilanthrope, parlerait ou agirait contre ces principes 1 !
En prévision du peu d’efficacité de cette éloquence pour calmer les esprits, le ministre de la police prend de sérieuses mesures d’ordre. A Sainl-Eustache, îles sentinelles sont postées à toutes les portes. Personne n’entre que porteur d’une cocarde2 *. Sur le perron de Saint-Germain l’Auxcrrois, des particuliers qui échangeaient entre eux
1 . Reproduite par Chemin dans Qu'esl-ce que la Théopli. ?, p. 5o-5i .
2. Rapport de police d’un indicateur, en date du 21 brumaire an IV
(Arcli nat., F7 G 1 43) .
LE LENDEM AIN DE FRUCTIDOR \ 1* WUS
dos propos malsonnanls soul arrêtés parles commissaires de police
Présence des autorités a l’inauguration de Saixt- Merri. — Dans bien des cas, les représentants de l’aulorité présidaient eux-mêmes la fête d’inauguration, autant pour en rehausser l’éclat par leur présence que pour décourager les malveillants. A Sainl Merri, le commissaire du Directoire, L. Milly, et la municipalité de l'arrondissement se rendent en grande pompe à la cérémonie, le 10 vendémiaire an VI. Le commissaire monte à la chaire, où prêchera tout à l'heure l’orateur théophilanthrope, et prononce un long discours sur la liberté des cultes et sur la tolérance, tout à l’éloge du nouveau culte :
La liberté des cultes est inséparable des gouvernements républicains. S’opposer à ce que des citoyens paisibles jouissent de ce bienfait serait une tyrannie, leur faciliter les moyens de propager les principes de la saine morale est un acte de justice et même un devoir. C’est le vœu de la loi, c’est celui des vrais magistrats du peuple et des administrés les plus éclairés. Citoyens théopliilanthropes, ce titre seul annonce la sagesse de votre doctrine, la pureté de vos motifs ; il présente un grand caractère, il inspire un tendre intérêt. Les amis de Dieu et des hommes ne peuvent être que les amis de la patrie, de I humanité, de la bienfaisance, de toutes les vertus publiques et privées, ils doivent être les ministres des vérités éternelles utiles au bonheur du monde. Il me semble déjà vous entendre
i. Le 19 frimaire an Vf, le ministre de la police adressait les instructions suivantes au Bureau central: « Tous les rapports particuliers, citovens, des agents chargés de la police militaire près la 17e division, ainsi que de ceux qui sont sous mes ordres, s'accordent à dire que plusieurs antagonistes du culte théophilanthropique cherchent à réunir un nombre considérable d’hommes, qu’ils se proposent de rallier au moyen d’une solde de 5 O sous. Le but de ces provocateurs au désordre est de troubler la séance de ce culte en y disséminant le grand nombre des partisans, qu’ils ne manqueront pas de se faire parmi les hommes sans ressources, et qui (sans consulter l’intérêt de leur patrie) cherchent avidement le moyen d’exister. Il faut encore déjouer ce moyen employé par les ennemis du gouvernement pour causer du trouble dans cette commune. Je vous charge, en conséquence, d'employer les mesures les plus certaines pour empêcher la réussite de ce complot et pour en découvrir les auteurs. Vous aurez soin de requérir du commandant de la 1 7e division une portion de la force armée, que vous ferez distribuer dans les endroits où se tiennent ces séances et m’informerez exactement de ce qui en sera résulté. » Arch. rial., F‘ 7338.
I, IWUC.UItATlON
prêcher la tolérance et l’amour de vos semblables. Vous saurez donner efficacement des conseils à l’erreur, des consolations à l’infortune, aider, soutenir, encourager vos frères, éloigner le fanatisme, faire tout le bien qui dépendra de vous, plaindre les ingrats, les méchants et laisser à l’Ltrc suprême le soin cle punir en le priant de pardonner.
Vos maximes et vos exemples dissiperont toutes les opinions absurdes et l’on ne verra plus de prétendus esprits forts nier un premier principe de toutes choses, dégrader leur être et oser faire la guerre à l’Ètre suprême jusque sur les limites de l’éternité. On accourra à votre voix, on s’empressera de recueillir vos paroles en silence, on viendra se régénérer par vos ulilcs leçons. \ous tendrez une main secôurable et protectrice à tous les hommes, vous exhorterez les riches à être humains, les pauvres à être patients, les pères à être tendres, les fils à être respectueux, les amis <à être fidèles, tous les citoyens à être soumis aux lois1 —
Il était difficile de proclamer d’une façon plus précise que le gouvernement prenait la nouvelle secte sous sa protection. Le président de la municipalité, Fournier, monté dans la chaire du lecteur, prenant ensuite la parole, donna lecture des lois concernant l’exercice des cultes et termina en remettant l’église aux théophilanthropes.
La cérémonie commença en présence des représentants de l’autorité, qui restèrent jusqu’à la fin et signèrent le procès-verbal d’installation. Ils entendirent successivement deux discours du lecteur et de l’orateur des théophilanthropes. Les hymnes furent chantés par une jeune fille et un jeune homme, élèves l’un et l’autre de l'Institut des aveugles, avec accompagnement d’orgue. L’assistance était nombreuse, si on en croit le ministre de la police dans son rapport au président du Directoire1.
i. Ce discours figure in extenso dans le procès-verbal d’inauguration (Axch.nat., F" 7338). Nous empruntons au même document les détails qui suivent.
i. « Le concours des citoyens a été considérable, et le commissaire du Directoire près cet arrondissement me mande que le public a été édifié des principes el île la décence du culte des théophilanthropes. » Sotin au président du Directoire. Rapport du 19 vendémiaire an VI (Arch. nat., AF111 40). La Révellière témoigna sa satisfaction en écrivant en marge de la lettre d’avis du rapport celle, apostille « répondre et approuver le zèle du commissaire et de l’administration en cette circonstance » (Arch. nat., F7 7338).
Pour donner plusd’éclal à la fête, les ihéopbilanlbropes avaient engagé, pour jouer de l’orgue, l’organiste Couperin qui jouissait d’une grande réputation1. Le lecteur \. J.-B. Chapuis prononça un discours sur l’origine du culte des théophilanthropes2, où il démontrait que la théophilanthropie était aussi vieille que le monde, puisqu’elle consistait essentiellement dans la morale. Attaquant indirectement le catholicisme, il repoussa les mystères qui n’ajoutent rien à la morale et qui sont incompréhensibles, il condamna le clergé, carie seul intermédiaire entre Dieu et les hommes est la conscience. En terminant, il affirma que la théophilanthropie se proposait une œuvre d’union, d’apaisement et de progrès. « Nous le dissimulerions en vain, s’écriait il, tant que les homnles, divisés par les opinions religieuses, ne pourront vivre paisiblement dans la société qu’autant qu’ils seront séparés les uns des autres, l’esprit humain n’aura fait aucun progrès décisif dans la carrière de la civilisation3. »
La cérémonie terminée, Chapuis donna lecture des règlements de la société théophilanthropique'1' et demanda si personne n’avait de réclamation ni d’observation à présenter. Personne n’ayant protesté, les statuts furent déclarés adoptés. Chapuis demanda ensuite si personne n’avait d’objections à faire contre les nominations provisoires du lecteur-surveillant et des administrateurs. Aucune voix ne s’étant élevée, il proclama ces nominations définitives, puis il invita les assistants à signer le procèsverbal L
1. D’après L'Indépendant, du 26 brumaire an VI et Le Messager ou Mercure universel du 2/1 brumaire.
2. Imprimé sous le litre « De l’origine du culte des lliéophilanthropes, ce qu’il est, ce qu’il doit être, discours prononcé le jour de l’inauguration des temples de la Fidélité (Saint-Gervais) et de Montreuil (Sainte-Marguerite), par A. J.-B. Chapuis; à Paris, se trouve au bureau des ouvrages de la ihéophilanlhropie, an VI de la République, in-12 ». (Bib. nat., Ld18S * 49).