ENVIRONS DE PARIS
Dès thermidor an V, plusieurs fonctionnaires et non des moindres: Gillet, accusateur public du département, Desclozeaux, commissaire près les tribunaux civil et criminel, Desveaux, pigedu tribunal de commerce, Gauthier, juge de paix, Grincour, chargé par l’administration municipale de la direction des l'êtes nationales, préparèrent l’organisation du culte. Sous le titre de Recueil d hymnes et cantiques pour les fêtes religieuses et morales célébrées par les théophilanthropes \ ils réimprimèrent une partie des hymnes des manuels de Chemin et les tirent suivre de cantiques en prose ou en vers.de composition originale. Le cantique du matin débutait ainsi, dans un style poétique à la Bernardin de Saint-Pierre: « Que notre cœur se réveille pour louer le père des êtres ! L’aurore nous appelle pour contempler scs ouvrages et pour bénir sa clémence. Déjà le soleil s’avance et répand un éclat éblouissant sur les vallées. Une vapeur nébuleuse flotte autour des montagnes; elle s’élève insensiblement et se transforme en des nuées argentées... » — Le cantique d’actions de grâces pour les œuvres de la création était écrit en langage biblique: « A toi, Dieu puissant, de qui procèdent tous les biens, et qui les répands cl’une main libérale, à toi appartiennent la gloire, l’honneur cl les actions de grâces. Tu entends les cris du jeune corbeau et tu écoutes les hymnes de l’alouette. Daigne aussi agréer nos chants, etc. »
En même temps qu’ils faisaient paraître ce missel, les théophi la nlhropes vcrsaillais s’assuraient le concours précieux du citoyen Beschc, directeur de 1 école nationale de musique établie en leur ville. Les élèves de Besche, comme à Paris ceux de llaüy rehaussèrent l’éclat des cérémonies théophilanthropiques de leurs talents musicaux. Le citoyen Besche, tout bien dispose qu il tut pour 1 entreprise, demanda pourtant à « être mis a couvert par ses
i. Versailles, Jacob, an V, 1797. 1 vol. 180. Inc note avertit que le recueil « se trouve riiez le concierge du temple des llieophi lanthropes au ci -devant Keposoir, rue de la République, et étiez t'abulet, libraire, même rue n° 10, et (pic le produit de la vente est destiné h l’entretien du culte et au soulagement des infortunés ».
chefs », avant de prêter ses élèves. Les théophilanthropes sollicitèrent du ministre de l’ intérieur l’autorisation nécessaire par la lettre suivante1 :
Versailles, le 28 thermidor [an V],
« Au citoyen ministre de l’intérieur,
Citoyen ministre, Des citoyens clc Versailles, qui désirent instituer un cours de morale suivant les rites et les principes des théoplùlanlhropes, demandent votre agrément pour que les élèves de l’Ecole nationale de musique, établie dans le Palais national de celle commune sous la direction du citoyen Besche, puissent assister à ce cours et prêter à la morale les secours de l’harmonie.
Tout ce qui contribue à adoucir les mœurs et à rendre les hommes plus sociables est digne de la protection des personnages éclairés qui président au gouvernement.
C’est à ce titre, citoyen ministre, que nous osons réclamer la vôtre.
Signé : Gillet, accusateur public de Seine-et-Oise ;
Desveaux, juge du tribunal de commerce ;
Desclozeaux, commissaire près les tribunaux civil et criminel;
Gauthier, juge de paix ;
Grincour, chargé par l’administration de la direction des fêtes nationales... »
Pour que leur lettre fût mieux accueillie, ils la firent remettre au ministre par leur compatriote, le poète Félix Nogaret, sous-chef dans les bureaux du ministère; Félix Nogaret écrivit au ministre le billet suivant:
« Citoyen ministre.
Les habitants de Versailles se souviennent que je suis de leur pays. Us m’adressent la pétition ci-jointe. Ils vont ouvrir un temple à l’instar des ihéophilanthropcs. Ils vous prient de permettre que les élèves de l’Ecole nationale de musique puissent assister à ce cours de morale.
Le citoyen Bêche, directeur de l’École, y est très disposé ; il ne sait pas s’il peut se le permettre.
Salut et respect.
Félix Nogaret. »
El le ministre accorda l’autorisation sollicitée en des termes très flatteurs pour les théophilanthropes: