‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 278 sur 519 · Propagande par le livre et le théâtre. — Conclusion · texte numérisé non relu

Propagande par le livre et le théâtre. — Conclusion

Le Directoire et ee péril jacobin. — A la veille des élections de germinal an VI, la discorde avait reparu

Le directoire et le péril jacobin 4oI

dans le parti républicain. Les républicains bourgeois, qui composaient le Directoire, craignirent que les élections ne donnassent la majorité aux républicains démocrates et le péril jacobin remplaça dans leurs préoccupations le péril royaliste.

Merlin. — Merlin (de Douai), légiste étroit et rancunier, qui était entré au Directoire au 1 8 fructidor, ne cessait de dénoncer à ses collègues les menées des anarchistes et réclamait contre eux des mesures de rigueur II parvint à convaincre Reubell 2 et La Révellière 3 et tous les trois décidèrent d’écarter à tout prix les Jacobins des élections. Les cercles constitutionnels, que le Directoire avait encouragés jusquelà, furent fermés l’un après l’autre en pluviôse et ventôse an YI, sous prétexte d’anarchie4.

1. Sur l’attitude de Merlin, voir Barras, Mémoires, lit, p. i56, i85, 193, 194, 2o3.

2. D’après Barras (III, p. ig4), Reubell avait « une peur singulière du renouvellement électoral ». Il déclarait qu’il fallait « prendre des moyens, et tous lui semblaient très bons, pour conjurer l’orage ».

3. La Révellière a rappelé ses craintes d’alors dans deux passages de ses Mémoires : « Le 1 8 fructidor nécessita de la part du Directoire beaucoup de changements. Mais au lieu de mettre à la place des fonctionnaires et des employés révoqués des républicains, mais avant tout des hommes probes, sages et. éclairés, le choix dicté par les nouveaux /(liseurs des Conseils (La Révellière entend par là les députés que le Directoire consultait sur les nominations), tomba en très grande partie sur des anarchistes, des hommes de sang et de pillage. A peine furentils en fonctions qu’ils travaillèrent activement à déconsidérer le Directoire dont ils tenaient leurs places... p ( Mém ., 11, p. 364)- Ailleurs (Mém., II, p. 172), La Révellière déclare qu’il dut après fructidor résister à Barras qui voulait « révolutionner » et il se vante d’avoir gagné Reubell à ses idées et de l’avoir convaincu de la nécessité « de prendre des mesures pour arrêter les pernicieux desseins » des anarchistes.

4- Le 24 ventôse an VI, le Directoire prenait contre les cercles constitutionnels l'arrêté suivant :

Le Directoire exécutif considérant que chaque jour il paraît des adresses ou pétitions intitulées Les citoyens de... réunisen cercle constitionnel ;

Que ces pétitions ou adresses, quoique signées inv iduellemenl, n’indiquent pas moins des sociétés composées exclusivement d’un nombre quelconque de citoyens admis, tandis (pie la constitution ne permet, pour les réunions qui s’occupent de questions politiques, aucune condilion d'admission ni d’éligibilité ni aucun droit d’exclusion ;

Que la plupart des sociétés dites cercles constitutionnels semblent former des corporations dans l’Etat, que les citoyens qui les composent et agissent collectivement violent évidemment la Constitution, qui ne reconnaît d’autres corps, d’autres réunions sous des dénominations collectives (pie les autorités constituées ;

Mathikz. 26

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Renvoi de Sotin. — En vain le ministre de la police Solin essayait-il d’arrêter le Directoire dans la voie de la réaction et dénonçait-il chaque jour, même parla presse, les menées des royalistes, plus dangereuses mille fois que les prétendues intrigues des jacobins. Solin s’attira l’inimitié de Renbcll, qui l’accusa d’être « affilié à cette détestable secte1 » et il fut renvoyé du ministère le 25 pluviôse an VI 2 .

22 floréal. — Les commissaires près les administrations départementales reçurent des fonds pour « manœuvrer » les élections3 et Merlin inventa le système des scissions. D’après ses instructions, les agents du Directoire dans les départements devaient provoquer des scissions, dès qu’ils sentaient que les assemblées électorales allaient faire de mauvais choix. Quittant l’assemblée électorale, les directoriens se réunissaient à part et procédaient à des

Qu’il esl de ces cercles constitionnels, qui ont porté l’abus jusqu’à correspondre en cette qualité avec des puissances étrangères,

Arrête ce qui suit :

I. — Toute adresse ou pétition présentée au Directoire exécutif, aux ministres et aux administrations sous une dénomination collective, sera, par cela seul, mise au rebut et non répondue, quel que soit son objet.

II. — Tou te société dite cercle constitutionnel , ou réunie sous toute autre dénomination collective, qui fera collectivement un acte quelconque, ou dont les membres, en faisant leur pétition individuelle, relateront leur prétendue qualité de membres, ou feront mention de leur réunion en société ou cercle, sera fermée.

III. — Sont exceptées les adresses ou pétitions des autorités constituées, seulement pour les objets propres à leurs attributions.

IV. — Le présent arrêté sera imprimé au Bulletin des Lois..., etc. »

(Cité d’après Duvergicr, t. X, p. aG3 .)

1. Mot de Reubell à Sandoz Rolliu dans Bailleu, Preussen und F rankreich , I, p. i83, à la date du 5 avril 1798.

2. On trouvera aux Arcb. nat., AF1JI 4 7 , quelques détails sur le renvoi de Sotin. Chargé par le Directoire de rechercher l'auteur d’un article, inséré dans le Courrier du Corps législatif et de la guerre sur l'émigré Trion-Casslneau et les manœuvres royalistes, Sotin se reconnut l’inspirateur de l’article et, dans une longue lettre, expliqua qu’en faisant ce communiqué, il axait voulu prouver la réalité des complots royalistes, que d’aucuns alFectent de considérer comme négligeables. Il ajoutait que « chaque jour, il mettait sous les yeux du Directoire les démonstrations les plus certaines du contraire » et linissait en rappelant que « c’était sur de semblables garanties de tranquillité et de soumission de la part des royalistes qu’on avait préparé en germinal dernier la journée de fructidor... ».

3 Voir le détail des distributions dans Barras, Mém., III, p. 96.

ItEPRÔlDISSEMKNT WEC LE DIRECTOl RE

élcc lions agréables au gouvernement. La loi du 22 iloréal an VI, en validant les opérations des assemblées scissionnaires, repoussa des Conseils les députés indépendants et prorogea la dictature du Directoire.

Refroidissement entre le Directoire et les théopiiilanthropes. — Les divisions des républicains ne pouvaient manquer d’exercer une répercussion sur le développement de la théopbilanlliropie. La nouvelle religion, qui n’avait prospéré jusque-là que grâce au concours des patriotes de toutes les nuances, est maintenant suspecte aux deux partis : les républicains démocrates la trouvent trop gouvernementale, les directoriens trop jacobine.

On peut noter plus d’un signe du refroidissement survenu entre les théopliilanthropes et le pouvoir. Dans son compte mensuel de prairial an VI, le commissaire central de la Seine, Dupin, jugeait que les théopliilanthropes auraient fait plus de progrès, « si des hommes, trop connus par leur immoralité, ne se fussent mis à leur tête et n’eussent voulu faire de celle belle institution un instrument d'intrigue, peut-être quelque chose de plus. » Et Dupin, précisant ses défiances, ajoutait que la théophilanthropie était dirigée par un comité, « composé en grande partie d’hommes, dont le patriotisme était celui de q3 et que ce comité avait eu beaucoup d’influence dans les dernières élections ». Le ministre, ou peut-être un Directeur, soulignait ce passage du rapport de Dupin et écrivait en marge : « réflexion vraie 1 . »

Les théopiiilanthropes et les élections. — Les théophilanthropes eurent-ils sur les élections de germinal cette grande influence que leur prête Dupin? Certaines appa-

1. Le compte mensuel de Dupin a été publié dans Àulard, Esprit public, IV, p. ^32. Il en existe aux Arch. nat., F” 7^19 une analyse destinée au ministre ou au Directoire. C'est dans cette analyse (pie se trouve le passage souligné et annoté.

/|0'| CULTE DÉCADAIRE ET TIlÉOl'IIlT.ANTHUOPtË

ronces pouvaient le laisser croire. On pouvait remarquer qu’à Paris, par exemple, les exercices des Ihéophilanlliropes avaient été interrompus pendant toute la durée de la période électorale1, que plusieurs chefs de la secte s’étaient fait nommer électeurs, notamment Maire, Barbier, Danjou, Fontaine, Julien de Toulouse2. Les préventions de Merlin contre Julien de Toulouse étaient telles qu’il proposait au Directoire son arrestation comme anarchiste. La Révellière, il est vrai, s’y opposa, probablement parce que cet anarchiste avait été un des plus zélés théophilanthropes 3.

11 n’avait pas échappé au Directoire que la première société théophilanthropique, celle de la rue Denis, s’était transformée pendant les élections en cercle constitutionnel, c’est-à-dire en réunion électorale4 5 * * * *.

Le Directoire n’ignorait pas non plus que, dans les départements, plus d’un Ihéophilanlhrope de marque avait été choisi pour député : dansleCher, Heurtaut-Lamerville et Bonnaire ; dans la Loire, Siauve, etc. L’élection de Siauve fut cassée par la loi du 22 floréal11 Le Directoire se vengeait ainsi des critiques dont il avait été l’objet dans les dcr-

1. « L’exercice des droits de citoyens dans les assemblées primaires ayant nécessité la suspension des exercices des théophilanthropes, on les a repris dans quelques temples le 20 de ce mois. Ils seront universellement rétablis le 3o du même mois, dans tous les temples. » QL’Amides théophilanthropes, n° 6, 27 germinal an YI.)

2. Leurs noms se trouvent signalés dans un rapport sur les élections de Paris (Arch. nat., F" 3o54).

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