‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 299 sur 519 · LE RECUEIL DES BELLES ACTIONS · texte numérisé non relu

LE RECUEIL DES BELLES ACTIONS

n’avait pas seulement un objet moral, exciter l’émulation vertueuse des bons citoyens. C’était, dans la pensée de son auteur, « un nouveau ressort d’esprit public, un nouveau principe d’action générale introduit dans la société ».

(c La Patrie, disait-il, ne s’acquitte qu’à moitié envers l’homme, qui se distingue par quelque acte d’une vertu sublime, quand clic l’entouré de l’estime, de la gratitude et de la vénération de ses contemporains ; elle lui doit encore une récompense impérissable. Si les vertus des citoyens assurent l’immortalité à la Patrie, la Patrie à son tour doit dispenser l’immortalité aux citoyens vertueux; son devoir est de les présenter à la postérité, tels qu’euxmemes se sont présentés à leur siècle, et d’appeler sur eux l’admiration ou l’estime des âges à venir ». Ainsi, à la place des récompenses de l’autre monde, promises par les religions, la Patrie mettrait des récompenses nationales distribuées en ce monde ; à l’immortalité personnelle après la mort, François de Neufchàteau substituait l’immortalité impersonnelle dans le souvenir collectif des générations. C’est une immortalité du même ordre qu’ Auguste Comte promettra plus tard à ses fidèles.

Les commissaires du Directoire dans les départements furent chargés dans- leur ressort de signaler au gouvernement les belles actions qui parviendraient à leur connaissance, au fur cl à mesure qu’elles se produiraient1.

Entraîné dans la chute du second Directoire au 3o prairial, François de Neufchàteau n’eut pas le temps de mener à bien tous les projets qu’il avait conçus pour vivifier le culte décadaire. Le Manuel républicain, le Recueil des belles actions restèrent inachevés.

Le ministre voulut du moins que son dernier acte fût pour l’œuvre à laquelle il s’était consacré tout entier depuis un an. Le 5 messidor an à 112, il envoya aux

1. J’ai retrouvé aux Archives du Loir-et-Cher plusieurs lettres de commissaires de cantons signalant des faits de ce genre et demandant leur inscription au Recueil des belles actions. Un fascicule de ce Recueil, d'ailleurs incomplet et mutilé, est conservé dans le même dépôt (série L.).

2. Il avait été révoqué de la veille et remplacé par Quinelte.

CULTE DÉCADAIRE ET T H É 0 P UILAÎtT 1 1 R 0 P I E

administrations de département, aux commissaires du Directoire et aux écoles centrales une Méthode pour apprendre à lire aux enfants, qu'il avait rédigée luimême: « Citoyens, disait-il, ma dernière pensée est pour l'instruction publique. Le Ier germinal, j’ai publié une Méthode pour apprendre à lire aux enfants. Il m’a paru convenable que le ministre chargé de diriger l’instruction donnât l’exemple du travail ingrat, mais utile, qu’exigent les éléments à l’usage des maîtres... » Ce n’était pas la première lois qu’il donnait l’exemple de se faire pédagogue. Il avait déjà écrit auparavant des Conseils d'un père à son /ils, que les théophilanlhropes répandaient dans leurs temples et faisaient apprendre aux élèves de leurs écoles.

François de Neufcbàteau fut regretté par plus d’un de ces littérateurs dont il avait été le Mécène1. A la fin d’une brochure intitulée Des fêtes-, l’ex-curé de Saint-Laurent, de Moÿ, avait fait un vif éloge « du ministre amateur des arts, qui s’occupe journellement de les encourager, du ministre ami des lettres et favori des Muses, qui seconde incessamment les vues philosophiques de nos législateurs 3 4 ». Michel de Cubières (de Pahnezeau), renchérissant sur de Moÿ, avait publié chez Chemin, au début de l’an VII, une apologie en règle du ministre sous le titre d' Essai historique sur la vie et les écrits de François de N euf château1'’ . Il le louait surtout d’avoir

1. Marbot l’avait accuse de vivre « au milieu de ses llalleurs cl de ses poètes dont il s'entourait à la manière de Louis XIV », séance du 28 germinal an VII (Moniteur) .

2. « Des fêtes ou quelques idées d’un citoyen français relativement aux fêtes publiques et à un culte national. A Paris, chez Garnery, an VII, in -8 ». Bib. nat., Lb42 629. L’ouvrage parut sans nom d’auteur, mais l’exemplaire de la Bib. nat. porte sur la couverture cette indication à la main: « par le citoyen De Moÿ, ancien curé de Saint- Laurenl de Paris ». Ce De Moÿ avait l’un des premiers lancé l’idée de la séparation de l’Eglise et de l’État en 1792.

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