Id., p
!\. T. VIII, p. 53. « Ayant à pontifier le jour de Saint- André, patron de tout le diocèse, dans I église-mère, dont la nef avait été convertie pondant mon absence et avant mon installation en temple décadaire, je m’abouchai avec les magistrats qui devaient le meme jour célébrer le décadi. Je leur demandai l’heure précise de leur exercice. 11 me fut répondu que je ne me gênasse point, que la municipalité ne sc rendrait au temple qu’après mes cérémonies entièrement terminées... Certaines gens avaient jugé que mon costume tenait trop du costume ecclésiastique et épiscopal. Fu conséquence dénonciation, citation devant le bureau central. Je parus, je parlai, et les magistrats, au lieu de me censurer, me comblèrent d’éloges, en me rappelant des traits par lesquels j’avais prouvé mon civisme et en m’invitant à faire mon devoir à l’ordinaire. »
ou clans les plaisirs » — « faire sentir aux citoyens, qui louent leurs services, ce qu'ils doivent à ceux qui les emploient et à ceux-ci leurs obligations envers les hommes s’associant à leurs travaux». Autrement dit, le prune décadaire était conçu comme une homélie morale en faveur de l’ordre social et de la propriété. 11 était aussi recommandé aux orateurs d’insister sur la nécessité pour les citoyens d’acquitter exactement et promptement leurs impôts. Ils devaient dépeindre en termes animés les remords, qui troublent le sommeil du mauvais citoyen, « quand sa conscience irritée lui montre le tableau des désordres, des injustices et des meurtres qui résultent par sa faute de la pénurie du trésor public ». « Quels textes pour un orateur pénétré de son sujet1 ! ».
A Bordeaux, la fête du a pluviôse an VII fut célébrée avec une pompe particulière. Dans le temple, une figure allégorique représentait le Parjure; c’était une statue de Louis XVI couronnée. Derrière elle, était un trône miné par la base et richement décoré. Aux pieds du trône, on lisait cette inscription : « Il accepta la Constitution, parjure il fut puni. » A droite et à gauche étaient placés les attributs de la royauté, de la noblesse et du sacerdoce. Dans une autre partie du temple, en face de la tribune, on avait dressé sur un piédestal la statue de la Liberté, « entourée d’inscriptions relative à la chute du roi sarde et à la défaite de celui des Deux-Siciles ». Au pied de la Liberté gisaient les emblèmes renversés de la royauté. Dans le fond du temple enfin, la figure de la Justice foulait aux pieds le Despotisme. Sur une oriflamme suspendue à la voûte, les vers fameux de Voltaire se détachaient en gros caractères :
Si dans la République il se trouvait un traître,
Qui regrettât les rois et qui voulût un maître,
Que le perfide meure au milieu des tourments,
Que sa cendre coupable, abandonnée aux vents,
Ne laisse ici qu’un nom, plus odieux encore Que le nom de tyran que tout Français abhorre.
i. Arch. nat., F1 G111 Gironde 8 (imprimé).
région nu suh-oüEst. — Gironde 5 1 f>
Le président de l’administration centrale discourut sur les crimes des rois, sur les fléaux que le rétablissement de l’ancien régime déchaînerait sur la France, sur la Vendée, l’émigration, la réaction thermidorienne. En regard des crimes du royalisme, il n’ouhlia pas de placer les crimes delà « tyrannie déccm virale ».
Le commissaire central Laliary parla ensuite, insista longuement sur les parjures de Louis Capel, sur sa juste punition, sur le crime seul d’être roi : « Un roi n’est pas un homme, ou du moins, il cesse d’être homme, alors qu’il se montre digne d’être roi. »
Le professeur de belles-lettres de l’Ecole centrale récita un dithyrambe de sa composition en l’honneur de l’Etre suprême et des imprécations contre les parjures.
A ce moment, le feu était mis à la statue allégorique du Parjure. La statue et le trône placé derrière elle s’écroulaient avec fracas au milieu des cris de: Vive la République !
L’orchestre exécutait une invocation à l’Être suprême, composée par un jeune élève de l’École centrale, et la séance était levée sur la strophe : Amour sacré de la Patrie '.
Le 3o ventôse an Vil, malgré le mauvais temps, la fête de la Souveraineté du peuple réunit « le concours le plus nombreux des citoyens de tous les âges et de toutes les professions », qui se joignirent aux autorités. « Le cor tège eut beaucoup de peine à se faire jour à travers la foule immense de spectateurs, qui occupaient non seulement les endroits par où il devait, passer, mais encore les avenues cl l’intérieur du temple décadaire. » Le soir, on donna au spectacle Brulus, qui fut joué par Talma, et une autre pièce le Génie de la France, qui réussit au-delà de toute espérance2.
La fête de la Jeunesse obtint également un grand succès. « Divers morceaux de musique et des hymnes
t. D’après le procès-verbal officiel (,\rch. nat., F* G111 Gironde 7).
2. D’après le compte du commissaire Laliary (1er germinal an Vil) (Àrch. nat., id.).
Cl l.TE DECADAIRE ET TII KOl'IITl, ANTHR0P1 E
chaules en chœur furent extrêmement goûtés, mais rien ne contribua plus à la satisfaction générale et ne donna [tins d’intérêt à la cérémonie que les prix distribués avec pompe aux jeunes gens de l’Ecole centrale1. » Le président arma un jeune homme de seize ans et lui adressa un discours pathétique qui fit une vive impression : « L’enthousiasme devint général, lorsqu’il lut la nomenclature des héros qu’a fourni aux armées le département de la Gironde, soit qu’ils aient survécu à leurs exploits, soit qu’ils aient péri au lit d’honneur. »
Le commissaire central Lahary fit l’éloge du Directoire, de sa tendre sollicitude pour le bonheur du peuple, de sa « magnifique » proclamation sur les élections du lendemain. 11 opposa ensuite un portrait comparé des terroristes, « qui égorgèrent par la glaive de la Loi » et des royalistes, qui se sont abreuvés du sang des patriotes, et conclut en conseillant aux électeurs de voter pour des républicains sages et éprouvés, c’est-à-dire pour les partisans du Directoire.
Dans certains cantons, les municipalités avaient fait choix de lecteurs pour réciter les pièces officielles2.
Landes. — Dans les Landes, les autorités étaient favorables aux prêtres constitutionnels3, ét le commissaire central avouait son impuissance à faire célébrer le décadi :
« L’esprit public est enseveli dans un profond sommeil. Rien ne peut le réveiller. Les fêtes décadaires sont presque généralement partout solitaires. Dans les campagnes en particulier, on ne les célèbre jamais... La décade est aussi peu respectée dans les campagnes que le dimanche l’est religieusement4... »
1. Compte de Lahary on date du i5 germinal an VU (Arcli. nat., id.').
2. D’après le procès-verbal de la fête du 2 pluviôse an VII, le lecteur de Lamarque possédait « une voix énergique et bien articulée » (Arcli. nat., F1 C111 Gironde 7).
3. « Nous n’avons pas à nous plaindre des autorités constituées » (Ann. de la Religion, t. IX, n» 3, p. i84). Grégoire incrimine pourtant l’administration centrale qui, dans son arrêté du 29 frimaire an VI, avait attaqué le catholicisme ( Histoire des Seeles, I, p. a58).