‹ La théorie darwinienne et la création dite indépendanteChapitre 6 sur 125 · EVIDENCE DE L’ UNITÉ DE PLAN · texte numérisé non relu

EVIDENCE DE L’ UNITÉ DE PLAN

frappante uniformité dans quatre constructions si éloignées entre elles, telles qu’une main , une patte, une aile, une palette!

On comprend aisément qu’ il y a là quelque chose de commun; qu’une idée primitive, un prototype, un dessein général domine au milieu de la plus grande difformité de ces constructions. C’ est une imité de plan qui est modifiée dans les quatre formes mentionnées, pour l’adaptation de chacune à des usages très-disparates. Herder a formulé cette pensée en disant , que c’ est un type exemplaire qui se modifie au sein de la plus abondante variété (1).

' Si une omologie des parties ressort de la simple ins-

pection des quatre extrémités que nous avons considérées , que dirat-on lorsqu’on porte son attention sur tous les animaux vertébrés ? Combien plus claire , plus attrayante se présente à notre esprit la donnée scientifique de l’unité fondamentale d’organisation! On voit dans le plus grand nombre des vertébrés (Mammifères, Oiseaux, Reptiles, Batraciens) quatre extrémités, soit qu’ elles servent à la course , au saut , au vol , ou à la nage. Dans toutes ces extrémités, aucune exceptée, on trouve trois parties principales, un bras, un avant-bras, une main; et dans la main un carpe, un métacarpe et les doigts; ou bien un fémur, une jambe, un pied. Lors même que les extrémités manquent, le fond de l’unité ne va pas s’évanouir; dans les ophidiens une colonne vertébrale, et des côtes nous rappellent évidemment 1’ axe fondamental de toute organisation vertébrée, également situé, également com-

(1) Geoffroy St. Hilaire, Zoologie générale , p. 79.

UNITE DE PLAN

posé, également arrangé; de telle manière que l’on peut dire que partout il y a une même construction, un même dessein général.

En conséquence toutes les autres parties de Y organisation, tout autre système, chaque appareil viscéral tient au dessein général du grand ensemble des vertébrés.

En définitive, Y unité de plan existe très-dévoilée; et on la comprend sans même recourir à quelques excessivetés proposées par quelques anatomistes. Tout rappelle un type; et, comme vous avez dit, (1) « par T unité de » type, il faut entendre cette ressemblance fondamentale » que l’on constate dans la structure de tous les êtres or- » ganisés de la même classe. » Et ainsi que Y a bien dit encore M. Flourens (2). « Comme si la nature était soumise » à des premières données, on la voit tendre toujours à » faire reparaître les mêmes éléments, en même nombre » dans les mêmes circonstances, et avec les mêmes con- » nexions. »

Certes, à un premier coup d’ œil le plus simple raisonnement nous conduit à juger qu’il valait mieux constituer des organes différents pour des usages différents, avec des éléments différents. Quel motif y avait-il en effet de mettre sept pièces à la carpe du phoque parce que huit pièces sont dans le carpe humain? (3) La palette de

(1) Origine, p. 296.

(2) Unilc, p. 7.

(3) « Pourquoi des os similaires ont-ils été

créés pour

» faire partie de l’ aile et de la jambe de la chauve-souris ,

» puisqu’ils sont destinés à des usages totalement différents ? » Origine etc. p. 611.

UNITE UE PLAN

ce nageur qui semble presque immobile , emboitée clans les téguments, et cependant fournie cl’un appareil compliqué comme celui de notre main, la plus dégagée, la plus mobile de toutes! N’est-il pas évident que c’ est uniquement à cause de Y unité de plan? Eh bien, quelle cause peut avoir contraint la nature à suivre servilement une telle unité?.... Nous voilà retombés dans la difficulté que nous avons déjà signalée.

Il faut en convenir; la doctrine des créations indépendantes se débat entre F étau de cette prise formidable de F unité de plan.

Au contraire, la théorie que vous défendez, Monsieur, se présente, à ce point de vue, sous une forme brillante, en accord avec les observations sur Y unité de type , et toute propre à expliquer cette donnée de la science par la filiation ou variation de V espèce. Vous même nous l’avez fait remarquer en nous disant: « Nous ne pouvons croire » que d’ innombrables êtres dans chaque grande classe » aient été créés avec la marque apparente, mais trom- » peuse, de leur descendance d’un seul parent » (1).

Sur F unité cle plan , nous reviendrons plusieurs fois , parce que c’est l’écueil contre lequel va se heurter à chaque pas F opinion des créations indépendantes, et parce que c’est le pivot de notre discussion. A présent je vais aborder notre question principale, c’ est-à-dire — L ’ unité de plan est-elle inconciliable avec la création indépendante?

(1) Oriyine, p. 608.

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