‹ La théorie darwinienne et la création dite indépendanteChapitre 75 sur 125 · EXPLICATION DE LA PLANCHE XIII · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE LA PLANCHE XIII

Ligaments des ergots du Bœuf (demie grandeur).

a) ligaments réunissants les ergots à la tête inférieure de la phalange onguéale — b) bande ligamenteuse transversale.

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ERGOTS DU BŒUF

fonction seulement lorsqu’ il est nécessaire cl’ actuer une résistance contre des efforts imprimés aux onglets du bas en haut.

Deux autres faisceaux de fibres, confondus en partie dans une robuste membrane ligamenteuse, sont sous le bord supérieur de l’onglet, et dirigés un peu à droite et à gauche. Ceux-ci encore servent à retenir Y onglet à sa place ; mais ils sont de moindre portée que les précédentes. Très-nombreux enfin sont les petits faisceaux de fibres ligamenteuses, qui de la face inférieure de l’os de l’onglet se portent directement sur Y os du pied , contre lequel est placé l’onglet.

Les onglets du bœuf ont donc une armure de parties molles et inextensibles, qui leur est propre. Ce sont des cordes d’une résistance bien vigoureuse qui fonctionnent quand Y onglet est repoussé en haut et en dehors. Ce qui arrive, soit lorsque le pied s’enfonce dans un terrain marécageux , soit lorsque le sol est encombré par des mottes de terre ou des pierres, ou enfin lorsque l’animal descend par une pente rapide, et alors les onglets se cramponnent sur la roche. Dans tous ces cas, les onglets trouvent des obstacles dans les corps étrangers sur le sol; ils sont repoussés en haut violemment en raison de la pression énorme exercée sur eux par le poids du corps de l’animal même. Mais il faut dire ceci en passant: je crois que les cordes ligamenteuses que nous avons décrites sont bien à même de braver ces violences; car loin de se lacérer elles tiennent fortement, de manière que 1’ érosion , l’ égrénage , et la cassure des onglets en sont les conséquences.

ERGOTS DU BŒUF

Il reste clair désormais que les onglets du bœuf (1) ne sont pas deux corps inutiles, ou ce qui revient au même, ne sont pas des moignons, ou des rudiments de doigt restés là pendants parmi les chairs. Les ergots du bœuf sont un organe fonctionnant, mais qui fonctionne à son temps. Ils ont un office, et un mécanisme très-déterminé. L’office réclame ce mécanisme dè résistance; et le mécanisme étant très-approprié, produit immanquablement cette fonction toutes les fois que Y animal ne trouve pas un appui suffisant sur ses grands doigts. Il y a alors quatre points , sur lesquels s’ appuie la colonne qui soutient son corps. Les deux antérieures portent la plus grande partie du poids; les postérieures plus petites, complètent l’organe de sustentation. Nous avons ici un mécanisme semblable, bien que plus simplifié, à celui du porc. Dans celui-ci on a quatre doigts inégaux et divariquables qui portent l’ animal ; dans le bœuf, on a quatre points divariquables de support, c’est-à-dire, deux grands doigts, et deux éperons ou ergots (2).

(1) Ce qu’on dit du bœuf, on peut le dire du daim, dans lequel on trouve des cordes semblables, et également posées, et notamment le ligament transverse b et deux faisceux inféro-internes.

(2) « Outre les grands sabots, dit 1’ illustre Camper ( Qeuvr. T. 1 , pag. 344 ) , qui sont fort évasés , les rennes, comme la plupart des cerfs, ont deux autres sabots plus petits... ; aux pieds de devant ces ergots étaient beaucoup plus longs qu’à ceux de derrière...; c’est sur ces ergots qu’ils portent quand ils se tiennent débout. Olaus Wormius assure que les pieds du renne n’ enfoncent dans les neiges , en poussière même que jusqu’ à la hauteur de ses ergots de derrière. » A un examen

PARTIES INUTILES

On a dit encore à propos de l’éléphant qu’il a bien son carpe, et son métacarpe, mais inutiles, car tout est fermé dans les intéguments qui s’ opposent au mouvement des pièces osseuses, et réduisent ces grands animaux, sous ce rapport, à la condition de solipèdes (1). Peut-être

l’ auteur de cette observation n’ a pas eu présent que la masse énorme du corps de 1’ éléphant a un tel poids, qu’il met en jeu tous les éléments carpiens etc. bien qu’ils soient encroûtés, comme l’auteur dit, par les cuirs du pied. Tous les petits éléments osseux de la patte éléphantine sont là pour jouer le rôle d’un ressort élastique; et bien que les os semblent immobiles à nos yeux , sans doute

soigné T ergot du bœuf, du cochon , du renne etc. se présente comme un organe à lui, qui ne diversifie en rien du caractère des autres. En effet ; lorsque dans la patte du Pterôcles, ou de l’ Aï, on a eu besoin de trois doigts, ou de deux seulement , on a trois doigts , ou bien deux ; et quand on en a eu besoin de quatre, comme dans l’ aigle, on en a quatre. Or bien ce quatrième doigt ajouté , a le caractère de toute pièce mécanique qui est toujours introduite pour porter au complet le nombre des éléments qui sont demandés pour le complément de la machine. Si trois cordes ne suffisent pas, vous en ajoutez une quatrième. De même lorsque dans le bœuf les deux grands doigts ne sont pas suffisants lorsqu’ il descend par un déclin , ou s’ enfonce dans un marécage , il lui faut Y addition de deux ergots , de même que l’ on voit F addition d’ une palmûre entre les doigts des oiseaux aquatiques. Les ergots ne sont donc pas un organe avorté ; c’ est un organe ajouté par nécessité mécanique .

(1) Yicq d’Azyr, cité par Géoffroy St. Hil. Unité de composition or g an. p. 83.

PARTIES INUTILES

ils jouent très-mollement quand ils sont chargés de son énorme poids. Encore les élastiques ou ressort de la mécanique humaine sont quelquefois inflexibles, mais ils deviennent à la vérité très-élastiques lorsque ils doivent résister à des efforts suprêmes. Alors ils deviennent trèsflexibles, car ils sont en proportion de la résistance qu’ils doivent ménager.

Comme corollaire de cet article sur les parties inutiles, nous placerons ici l’observation suivante.

La persuasion de Y unité de plan comme principe dominant, par lequel on doit s’ attendre de trouver répétés à chaque pas les mêmes éléments osseux, se manifeste clairement dans les paroles de Meckel (1): « Je n’ai pas réussi mieux que les autres auteurs, M. Cuvier, par ex., à découvrir une trace de cet os (clavicule) chez les cétacés. » Ce savant n’a pas cherché si à la machine du corps des cétacés des clavicules étaient nécessaires ou non ; il s’ est seulement occupé de chercher des clavicules. On voit qu’il lui aurait suffi d’en trouver même une seule trace, et (soit dit entre nous) si ce fut une chose hors de propos, peu importait; ce qui était bon pour la théorie c’était de les y trouver. La nature n’a pas procédé de la sorte. Là où la clavicule n’ était pas nécessaire, elle l’a supprimée nettement. Et la raison mécanique que dit-elle? Elle dit: là où la clavicule n’ est pas

(1) T. IV. p. 20.

PARTIES INUTILES

demandée par la construction générale de l’animal, je ne la cherche pas (1).

(1) Meckel a encore annoncé tout bonnement que « les pièces de mâchoires des ophidiens et des batraciens ressemblent tout-à-fait à des côtés » (2, 214). Il faut convenir qu’ ici comme dans maints autres cas, ce grand observateur, s’ est abandonné à des élans de fantaisie , qu’ il n’ aurait peut-être pu corroborer par des preuves. Je crois que s’il vivait encore ce bon M. Géoffroy St. Hilaire, lui aurait répété ce qu’ il dit pour d’autres occasions « En vérité il faudrait quelque courage pour commenter ces prétendues analogies » (art. Nature. Encycl. moderne). Meckel pourtant ne va pas si loin que M. Oken , qui arrivait à la formule bien connue que « le système osseux tout entier n’ est qu’ une vertèbre répétée. »

ÏV.

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