XIV
O.Naitnini lit.
Lit. G.Werik
LE CARPE DU PHOQUE
en dehors de la main, de manière que le dessous de l’ongle du pouce regarde l’ index , celle de l’ index le doigt du milieu etc. (1).
Le carpe a six os, et le pisiforme. La première série comprend deux os seulement. Un très-grand (2) qui s’articule avec le radius, 1’ autre qui correspond à la pointe de l’ ulne ; mais il s’ interpose aussi, comme un coin, entre les deux extrémités des os de l’ avant-bras. Le premier, par tous ses caractères, est le scaphoïde. Mais on le considère comme un os double, composé du scaphoïde et du semi-luné (3).
L’autre est le pyramidal.
À la face inférieure du scaplioïdo-luné, on a une excavation en forme de gouttière dont un des bords relevés est au côté volaire , l’ autre au côté dorsal. Cette gouttière n’ est pourtant ni transversale , ni antéro-postérieure ; mais elle est oblique. Son axe transversal, compris entre les bords relevés, est précisément dans la direction du plan inférieur des premiers ongles, comme nous avons signalé. Par conséquent son extrémité dorsale est sur l’ index, tandis que le volaire est sur le pouce. Sa concavité n’est pas partout uniforme; car des parties profondes, d’autres relevées, la rendent compliquée et la séparent
(1) L’ axe de l’ articulation du métacarpe avec le doigt n’ est pas dans la direction de la paume de la main. Les deux directions se coupent sous un angle de 45 pour les premiers doigts. Le plan inférieur des ongles, et par conséquent leur plan d’action, est presque parallèle au côté de la main.
(2) PL XIV. fig. 1 — 1.
(3) Cuvier. Ossem. foss. p. 225.
LE CARPE DU PHOQUE
comme en deux cavités. De plus, elle est un peu tournée vers le côté volaire.
Dans cette gouttière vont se placer le trapèze et le trapézoïde. Le premier apparaît seulement au bas, (1) du côté dorsal. Ici le trapézoïde qui touche par sa tête inférieure le métacarpe de l’index, s’étend sur le trapèze et le sépare nettement du scaplioïdo-luné. Tout le contraire se vérifie à la face volaire. Là le trapèze occupe toute la place jusqu’au grand-os, et au scaplioïdo-luné. Le trapézoïde n’apparaît presque pas de ce côté, car il est compris dans une grande excavation du trapèze. Il s’ensuit de là que les deux os s’embrassent mutuellement et s’entrelacent l’un l’autre, mais leurs faces supérieures se trouvent au même niveau, et sont en contact de manière que toutes les deux font une surface presque continue, fortement convexe et conformée de manière que les deux os entrent parfaitement dans la gouttière ci-décrite. Le trapèze en occupe la moitié volaire, le trapézoïde la moitié dorsale. Ils forment donc ensemble une seule face articulaire brisée, convexe, qui se trouve située obliquement en regard à la direction de la série des doigts, mais parallèlement au degré de tournure de la pointe des doigts (2).
(1) Fl. XIV. fig. 1 — 4.
(2) Il s’ensuit que la base du pouce et de 1’ index est unifiée par cette rencontre ou cet entrelacement du trapézoïde avec le trapèze. Ces deux doigts sont donc réunis à leur base par deux causes: l.° par Y entrecroisement du trapézoïde avec le trapèze; 2.° par la juxtaposition reliée de T index avec le trapèze. Le trapèze et le trapézoïde au lieu de jouer sur une surface convexe du scaphoïde, comme dans l’homme, se trouvent emboîtés dans une gouttière du même os dans le phoque.
LE CARPE DU PHOQUE
Quittons pour un moment ce côté pollicaire cle la main du phoque, pour examiner l’autre côté du petit doigt.
Le quatrième et le cinquième doigts reposent sur Y os crochu du côté dorsal. Celui-ci , l’ os crochu , présente à sa face inférieure une crête qui sépare deux faces fortement inclinées. Une d’ elles est pour le contact du grandos, une autre pour le contact du quatrième métacarpien. De plus, au-dessus de cette dernière, une face presque verticale se présente pour le contact d’ une partie de la tête du cinquième métacarpien. Je dis une partie, car la tête supérieure de cet os est elle-même décidément cunéiforme et divisée par une arrête en deux faces opposées. . Elle est resserrée dans une espèce de gouttière cunéiforme elle-même. Les bords ou faces de celle-ci sont constituées au côté dorsal par la face du crochu, comme on vient de le dire; et au côté volaire par un processus du pyramidal qui descend si bas qu’il parvient au niveau de Y os crochu, au côté volaire. Le petit doigt est donc en rapport direct avec le pyramidal; et il trouve sur lui un fort appui, qui manque en général chez bien d’autres animaux (1). La singulière gouttière qui en résulte n’est pas antéro-postérieure; elle est oblique, mais son grand axe transversal ne tient pas la direction de la gouttière scaphoïdale que nous avons déjà décrite. Son axe est précisément ortogonal à celui de l’autre.
Les conséquences d’ une telle construction ne peuvent laisser des doutes. Les mouvements du pouce et de 1’ index d’un côté et ceux du cinquième doigt de l’autre, sont
(1) Voir ci-devant l’article Chien.
LE CARPE DU PHOQUE
des mouvements circonscrits et déterminés par les bords relevés des deux gouttières. Les parties qui y sont closes, n’ont. que certains mouvements possibles, tandis que d’autres mouvements sont empêchés. Ce qu’ il y a de plus remarquable, c’est la direction opposée des axes des gouttières mêmes.
D’autre part, on a dans le phoque une disposition de pièces carpiennes qui ne se rapporte pas entièrement au service de la nage. La palette du phoque n’ est pas un organe simplement aquatique. Si cela était, elle serait comme chez la baleine ou dans le dauphin; c’est-à-dire elle manquerait d’ongles (1). Les ongles du phoque, grands, robustes, acérés, permettent à l’animal d’exécuter des mouvements de force ; et il en exécute effectivement , soit dans les combats, soit en rampant sur les terres, ou sur les glaçons polaires. L’armure carpienne doit donc prémunir les membres du phoque contre des coups violents de latéralité, de torsion etc.
Je ne fairais pas ici un examen minutieux de toutes les modalités qu’ offrent les pièces carpiennes sous ce dernier aspect; je signalerai seulement quelques points principaux.
Pour ce qui est du protocarpe, nous avons déjà parlé du scaphoïdo-lunê et du pyramidal. Celui-là remarquable par la gouttière, celui-ci plus remarquable encore par l’extension en bas de son processus volaire, sur lequel
(1) Voir plus bas les observations sur la nage.
LE CARPE DU PHOQUE
le cinquième métacarpien va trouver un appui direct et puissant. Ils ont encore d’ autres rapports avec le grandos et le crochu.
Le deutocarpe a Y os crochu plus grand que le grandos, et maintient des rapports directs et étendus avec le scaphoïdo-luné, car il surpasse de beaucoup le grand-os en hauteur. Il possède par là bien plus de puissance pour contribuer à une plus grande force de la partie du dehors de la main. Le grand-os est très-réduit, sans massue, et finit en haut par une pointe coniforme. 11 a une importance moindre dans le carpe du phoque; toutefois ses faces latérales de glissement , et lui-même s’ avançant en haut dans l’interligne articulaire endocarpienne , lui permettent de dominer (en union avec le crochu à ce qui semble) quelques efforts de torsion, auxquels la patte peut être exposée dans son action extra-marine.
Nous n’ avons rien à ajouter quant à ce que nous avons dit sur le trapèze et sur le trapézoïde. Mais considérant le carpe en général, on voit que les niveaux inégaux auxquels touchent les pièces carpiennes, font un arrangement très-capable de résister aux coups de latéralité , par contraste de parties solides. Par exemple, les coups en direction du cinquième au premier doigt, c’est-à-dire le pouce, vont se fixer sur le scaphoïdo-luné; et la courbure des ongles annonce que plus ordinaires et violents sont les coups extéro-internes.
Un caractère saillant de la main du phoque est constitué par la simplicité et la petitesse des têtes supérieures
METACARPE DU PHOQUE
des os métacarpiens du milieu. Lorsqu’ on se rappelle combien de talus, d’extensions et d’appuis sont prodigués aux bases de ces mêmes os pour leur soutien dans la main de l’homme et dans celle du tigre (1), on est frappé de la pauvreté de force que l’on rencontre dans le deuxième, troisième et quatrième métacarpien du phoque. Ici, pas de talus, pas de bases étendues, pas de rapports multipliés avec les os carpiens d’ alentour. La tête du troisième, qui dans l’homme est si étendue et compliquée, dans le phoque est un petit carré à face presque plane, un peu concave. Toutes les trois ne sont que de petites faces , dont T étendue ne dépasse pas , ou ne parvient pas même à la grosseur do l’ os. Tout cela prouve la faiblesse des rapports des trois doigts du milieu sur leurs bases.
La main du phoque est donc un instrument destiné à deux usages différents: l.° à la nage pour chercher l’alimentation; 2.° au cramponnement sur la terre pour élever avant tout ses petits.
Pour le premier de ces buts cette main serait une rame , pour le second une griffe. Pour former la première il suffirait des pièces en nombre , presque cartilagineuses , et une construction telle que l’ on voit pour la palette du rorqual ou de la baleine etc. (2). Quant à la seconde, il faut une charpente osseuse d’une très-grande résistance.
(1) Voir rétro pag. 97. Planche VI. fig. 2 et 3; et quant au tigre pag. 130, Planche VII. fig. 2.
(2) Voir la Planche XV. fig. 2 et 3,
LA MAIN CHEZ LE PHOQUE
Cette double fonction n’ est pas bien conciliable dans un seul instrument. Il n’ est pas possible d’ avoir une rame qui soit en même temps une griffe, ni une griffe qui soit une rame perfectionnée. Mais comme il est nécessaire d’avoir enfin un instrument qui, autant que possible, puisse servir à la vie amphibie de l’animal, il faut que l’ instrument soit conformé de manière à fonctionner dans l’une et dans l’autre manière. 11 sera toutefois imparfait lorsqu’on le considère relativement à un seul des deux
usages. Ce sera une griffe imparfaite tant qu’ elle tiendra
de la rame et vice-ver sa. En effet, comme rame il ne fallait une charpente absolument osseuse, ni pour le carpe ni pour les phalanges , ni des ongles etc. et comme main rampante, il ne lui convenait ni la forme de palette, ni des doigts peu divaricables , ni le bras aussi relié sous les intéguments , ce qui rend F animal si embarassé dans ses mouvements.
On dirait que dans la palette du phoque, on a dû
pourvoir davantage à la vie terrestre par la charpente
osseuse et par les ongles, qu’à la vie marine par la forme de palette. En réalité, c’est que la fonction de grimper pour un corps aussi lourd que celui du phoque, réclamait une résistance décidée et beaucoup de force. Quant à la rame, c’est une question de forme plus que de mécanisme interne.
Terminons enfin le sujet du phoque par une dernière observation.
Il n’est personne qui ne comprenne maintenant que dans un examen tel que nous F avons fait de la patte
LA MAIN CHEZ LE PHOQUE
du phoque , tout nous montre que Y on a ici une construction très-différente de celle qu’on voit dans la main de l’homme et dans la patte du tigre etc. Nécessairement la manière de fonctionner est aussi tout-à-fait dissemblable. Quant au carpe , ce sont en vérité les mêmes éléments qui jouent partout, dans les mains ci-nommées. Mais quels éléments? Bien que le mot puisse paraître étrange, il faut pourtant le dire tout entier. . . Les os carpiens sont de petites pièces osseuses reliées ensemble. Mais rien de plus que de petites pièces osseuses; car il n’y a pas de forme, pas de grandeur relative, pas de rapports réciproques qui soient les mêmes dans les extrémités signalées de l’homme, du tigre, du phoque etc. Et ce qui est encore plus remarquable, c’est que les fonctions des petites pièces com-
posant le carpe ne sont pas les mêmes chez tous, excepté celles de constituer par leur assemblage un amortisseur contre les efforts violents, auxquels la main est
souvent assujettie. Mais un tel amortisseur est toto-coelo différent dans les cas singuliers, suivant les différences qui passent entre la main de l’homme, la patte du tigre, h aile de la chauve-souris , et la palette du phoque. Une seule condition est générale et propre pour tous les carpes , c’ est d’ être une partie polymère (1) et élastique pour décomposer les efforts (2).
(1) ttoXoç plusieur, ps poq partie.
(2) Nous le répétons : bien que cette qualification donnée aux pièces carpiennes puisse paraître étrange, il faut, en considérant la question dans sa plus grande généralité, remarquer que, dans quelques cas, ces os perdent en effet toutes leurs attributions ordinaires, une seule exceptée. Chez les
LA MAIN CHEZ LE PHOQUE
Au delà de cette première conséquence il s’ en trouve une autre qui touche au fond de notre question. Les constructions que nous avons considérées sont, avons nous dit , toutes essentiellement différentes l’ une de Y autre î mais il y a plus. Chacune fonctionne différemment; ce qui du reste ne saurait arriver autrement, car des causes différentes donnent des effets différents; et ce qui est plus encore, le fonctionnement de chacune est en proportion en accord, en harmonie avec les besoins, les habitudes, la nature des espèces auxquelles les constructions appartiennent. Donc le carpe et la main de l’homme sont accomodées à l’homme, ceux du tigre sont accomodées au tigre, ceux du phoque sont accomodés au phoque etc. Partout nous avons des constructions accomodées. très-
parfaitement accomodées, au but; on ne peut les imaginer autrement de ce qu’elles sont. Et elles sont ce
cétacés , par exemple. Les recherches de Bambèke , de Gegenbaur, et d’autres, sur le carpe de ces animaux, et l’incertitude où ils sont relativement à la détermination des pièces, nous montrent que les os carpiens considérés dans l’universalité des vertébrés, sont purement des matériaux variables dans le nombre, la forme et la disposition, ou le placement, suivant les fonctions de 1’ artus auquel ils appartiennent. Lorsque, par exemple, ils sont réduits à deux ou trois os éloignés l’ un de T autre, sans contact, et ensevelis dans un cartilage général (PI. XV. fig. 2, main de baleine), on voit l’importance des pièces carpiennes réduite au minimum : et en outre, que l’individualité anatomique, s’il est permis de s’exprimer ainsi, que les Zootomistes s’étaient efforcés d’ attribuer aux os carpiens , s’ évanouit malgré les efforts ingénieux faits pour leur conserver une désignation précisé. (Voir Meckel. T. 4).
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qu’elles sont par nécessité mécanique , physiologique etc. suivant une construction rationelle et scientifique. Ce sont des causes préparées pour assurer un effet que l’on se propose. Je trouve que la sagesse, la science et la prévoyance ne sont pas ici en défaut ; qu’ au contraire il y a là le grand art de la nature avec ses conceptus d’ une portée très-élevée, et dont la sublimité n’est méconnue qu’ en raison de la superficialité avec laquelle on les considère.
En face de tout cela 11e serait-ce pas une plaisanterie d’évoquer ici la théorie de Y unité de plan? (1).
On ne peut quitter le sujet du phoque sans revenir enfin à une observation vulgaire; c’est-à-dire que cet animal a des formes de poisson . D’ autres animaux en ont
(1) On a dit que « le phoque est un véritable monstre (Durand, p. 92), et que sa structure est toute pleine de contradictions, toute pleine de paradoxes etc. » Je crois que F auteur n' a pas songé qu’ on pourrait lui demander des preuves de ses assertions; car s’il y avait réfléchi un seul instant, il aurait retenu ses paroles. Si l’observation de certaines parties animales passait de la plume de quelques naturalistes amateurs, à celle de quelques physiciens, ou mécaniciens instruits , quelle différence dans les jugements ! Pauvres amateurs de la nature si faciles à se persuader sur les plus légères apparences, s’ils avaient pour controleurs M. Faucault, Brougham, Cruveilhier, Weber, Tyndall...! Ils seraient doublement fâchés de leur résultat , en voyant s’ écrouler leur petit édifice , et reconnaissant le mauvais service qu’ ils ont rendu à la science.
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de même. La baleine, le narwal. le dauphin, la morse etc. sont dans ce cas. Tous ont des formes de poisson. — La théorie de la descendance des animaux, et la doctrine d* actes de création indépendants se trouvent sans doute embarrassées par ce curieux problème morphologique. — Est-ce que les mammifères ichthyomorplies sont une transition aux poissons?
C’ est sans doute une question vive , que nous n’ aborderons pas dans sa généralité. Il nous suffira d’en dire quelques mots, qui serviront à éclaircir notre sujet principal.
Disons avant tout. — Ou il fallait abandonner l’ idée de faire des mammifères habitants de la mer, ou il fallait leur donner des formes qui mettent le mammifère en accord avec le milieu dans lequel il devait vivre. En un mot il fallait que la vie dans l’eau lui fût possible.
C’est une proposition qui n’ a pas besoin d’ être prouvée.
Par exemple, il lui faut pour la nage des organes suffisament dévoloppés (les palettes, la queue de nage, la partie musculaire, le lard au lieu d’intéguments calorifères etc.) tandis que dans le reste le type mammifère est conservé, tel que le lait, la portée des fœtus, la respiration aérienne. Mais les particularités que nous avons rappelé en premier lieu, sont des formes, et plus que des formes, ce sont des propriétés de poissons.
Il y a des observations très-simples , qui toutefois ont été faites, peut-être, rarement, et jamais sans doute
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par ceux qui jugent, par exemple, le type poisson un conceptus cl’ élection , une contingence dans le système de la vie animale sur la terre, dont on pourrait bien se passer, en imaginant un autre type aquatique à volonté. Mais il n’en est pas ainsi.
Donnons une place ici à quelques considérations, bien qu’elles puissent sembler un peu hors de place.
Je ne suppose pas accidentelle la fécondité du hareng. Si quelqu’un en doutait je lui relirais vos paroles, là où vous dites : « Si beaucoup d’ œufs ou de petits sont exposés à être détruits, il faut qu’il en soit produit une grande quantité, autrement l’espèce s’éteindrait (1). » Or cela posé, que l’on s’imagine le type mammifère étendu au cas du hareng ; et que Y on mette trente mille fœtus dans le ventre du hareng femelle. Considérant les proportions du corps de ce poisson, qui est à peu près celui d’ une belette, ou d’un rat, un fœtus aurait des dimensions dont trente mille font un volume qui sérait environ un cube de 0m, 20 de côté. Le hareng femelle devrait donc, au moment de mettre bas ses petits, avoir une corps distendu de telle manière à devenir quarante fois sa grandeur ordinaire.
(D Origine pag. 97. Voir encore pag. 94, 95, 96, 291 etc. de même V. Beneden ( Bullet . Acad. Roy. de Belgique T. Y. 2.e sér. 1858, p. 615) « ... La puissance de reproduction est proportionnelle au danger qui est semé sur la route de la progéniture , comme la ténacité de la vie est en rapport avec la manière de vivre. Chez les uns , un ou deux œufs suffisent à la perpétuation régulière de 1’ espèce ; chez les autres il en faut des milliers ...» etc.
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Après cela voici quelques demandes. Quels mouvements seront alors possibles au poisson? Quelles parties pourraient jouir d’une telle distendibilité ? Où placer tant de milliers de mamelles? Quelle nourriture donner à la mère pour alimenter ses fœtus , ou fournir tant de lait à ses petits?
La génération vivipare avec allaitement, devient impossible, il faut passer au type ovipare.
Avançons. Un mammifère dans la mer est un nageur: et tout au plus il sera un plongeur; mais jamais un être vivant dans V eau. Vous pouvez varier à loisir par votre imagination les formes, les dimensions, les tendances des mammifères dans la mer; vous ne peuplerez jamais l’eau; vous en couvrirez la surface si vous voulez, mais vous ne porterez jamais la vie, par des mammifères , dans la profondeur de 1’ eau. Car un mammifère ne pourra jamais demeurer toute sa vie immergé dans l’eau, sa respiration étant aérienne. Pour en faire de vrais aquatiles, il faut leur donner des branchies, c’ est-à-dire une respiration par l’ entremise de l’ eau. Donc pas plus de poumons dans l’intérieur du thorax, mais des branchies aux côtés de la tête. Ici , pour hâter le courant de 1’ eau dans la respiration du poisson il fallait découdre les éléments osseux de la tête, pour en constituer une espèce de soufflet qui pût accélérer la course de l’eau à travers les barbes branchiales.
Le type animal à respiration aérienne est incompatible avec Vêlement aqueux, il faut passer au type branchial avec toutes ses conséquences.
Par une analyse de cette sorte, on voit s’ évanouir peu à peu jusqu’ au dernier des caractères mammifères , et surgir à pas à pas les éléments du type poisson.
D’un autre côté, en portant notre attention plus près de notre sujet, nous voyons que le mouvement d’un mammifères dans l’eau implique des exigences spéciales; et sans doute différentes de celles qui appartiennent au mouvement sur la terre ou dans F air. C’ est pourtant un fait très-simple que Y on cherche , la propulsion du corps en avant ; en un mot , la translation. Ce qui , sans doute, peut s’ effectuer de plusieurs manières. Mais afin que 1’ on . ait un propulseur rationnel dans l’ eau , et convenable à l’ animal, il faut le concours de quelques conditions bien définies. Surtout ce doit être un propulseur élastique; car c’est un principe toujours également observé dans la construction des organes moteurs des animaux soit terrestres, soit aériens, ou aquatiques, de ne pas produire durant leur action, des secousses sur le corps de F animal. Nous avons vu que F élasticité a été en plusieurs cas confiée au carpe. Mais il est bon d’ observer que le carpe perd de son importance de complication, et d’extension, ou bien qu’il disparaît à mesure que F élasticité est confiée à d’autres parties : que ce soient des plumes , ou des nageoires.
Nous avons parlé quelque part, des ailes et des extrémités ambulatoires ou préhensiles ; mais nous ne nous sommes pas encore occupés des nageoires. Il convient d’ en dire quelques mots , d’ autant plus qu’ elles nous remettent sur notre route, je veux dire sur l’étude de la palette du phoque.
La nageoire d’ un poisson sélacien (1) , se présente comme un assemblage de pièces empilées l’ une sur Y autre, d’ où il résulte en grand une forme bacillaire ou à rayons. Cette forme est encore plus marquée chez les poissons osseux, dont les nageoires sont une réunion de rayons souvent dichotomiques, tous constitués par des articles surmontés et jouissant de quelques degrés de mobilité. La structure articulée, la dichotomie, et les articles graduellement plus grêles vers l’ extrémité , font de la nageoire un organe éminemment flexible et élastique. Cependant jamais une nageoire de poisson est partout d’ une structure uniforme. Outre que les articles, comme nous l’avons dit, sont plus grêles au bout qu’ à la base , ici les articulations sont souvent fondues ensemble et ne se distinguent pas, ou presque pas. Ici tous les rayons sont plus gros et même plus compactes et solides (2). Mais on voit encore à l’un des bords de la nageoire un .ou plusieurs rayons plus
(1) Pl. XV. fig. 3.
(2) Voir Cuvier, Poissons , 1. pag. 378, et notre Pl. XY. fier. 4.