EXPLICATION DE LA PLANCHE XVI
Main des Cétacés.
Fig. 1. Bras et main de Globiocephalus mêlas l/ur
(Copiée de Flower. Osteol. of tlie Mammal. p. 271).
h) humérus — c) carpe — I) pouce — II) index à douzes phalanges sans le métacarpe — III) doigt médian à neuf phalanges id.
Fig. 2. Bras et main de baleine (Balaena mysticetus).
(Copiée de Todd. Cycloped. Vol. 1 fig. 255).
h) humérus — r ) radius — u) ulne — c) carpe —
I) pouce à deux phalanges — II) index à quatre phal. — III) doigt médian à cinq pliai.
Fig. 3. Bras et main de rorqual (Rorqualus boops) à l/n.
(Copiée de Cuvier. Oss. foss. V. pl. XXVI. fig. 22).
h) humérus — r) radius — u) ulne — c) carpe —
II) index a deux phalanges — III) doigt du milieu à .sept phal. — IV) annulaire à sept phal.
NAGEOIRES
p. 46) est composé de six gros os. dont les uns sont cubiques, les autres cylindriques. Ils n’offrent point de facettes articulaires distinctes, et leur forme est peu arrêtée; de plus ils sont à une grande distance les uns des autres, et paraissent être plongés dans une substance tendino-ligamenteuse qui les enveloppe de toutes parts. « Ces os carpiens, dit Bambèke (1), sont peu développés, noyés dans une masse cartilagineuse, sans rapports entre eux, et avec les os voisins » ; et il signale aussi que dans les cétacés en général le nombre des os carpiens varie d’un à sept. Un dans l’orque gladiateur, sept dans l’hypéroodon etc.
Quant aux doigts, la baleine franche a quatre phalanges à l’index, sept au milieu, six au quatrième, et quatre au cinquième. Le pouce est représenté ou par le métacarpe seul, ou par une ou deux phalanges (2). Toutes les phalanges sont séparées de leurs voisines par de larges espaces cartilagineux très-longs , très-flexibles , toujours plus gros que les phalanges elles-mêmes; ce qui donne un aspect noueux aux doigts; de sorte qu’il résultent en général des moyens particuliers d’ union dans ce membre , que la nature a voulu pourvoir d’ une grande force, jointe à beaucoup de flexibilité (3). Enfin la multiplicité des pièces digitales ou phalanges, est remar-
(1) Bambèke, sur le squelette de l’extrémité antérieure des Cétacés — Àcadém. de Belgique , Mémoires couronn. 8.° T. XIX. pag. 13 et 18.
(2) Bambèke, p. 14.
(3) Dubar. Ostëographie cle la Baleine , pag. 46.
NAGEOIRES
quable encore dans la main du rorqual du Cap (1), car au troisième et quatrième doigts on compte sept phalanges sans compter les os métacarpiens.
Carpe, métacarpe, phalanges, n’ont plus entre eux de contacts osseux, plus d’ articulation, plus de point d’ appui ; comme, par exemple, ceux que nous avons étudiés dans le tigre. Mais tout est perdu parmi des tissus souples, tout est relié par un système cartilagineux , qui uni aux os, donne à la nageoire une certaine force, mais surtout une élasticité remarquable.
Ainsi la baleine et le rorqual ont acquis un des moyens qui leur rendent possible la vie océanique; ils ont reçu les nageoires élastiques. Ce sont , dira-t-on , des formes de poisson. Soit ; mais la phrase n’ est pas exacte ; ce sont des formes pour la nage; elles sont propres aux poissons comme à tout vertébré qui, habitant des eaux, doit s’ y promener. Ici on voit que Y on a fait l’ application de 1’ organe de la nage aux mammifères nageurs ; organe qui ne peut être qu’un et le même, quant aux principes fondamentaux, aussi bien chez les mammifères que chez les poissons. Car on a pour tous, les mêmes résistances à vaincre dans le même milieu : l’ eau. Ce sont enfin des formes aquatiques, dont aucun animal nageur ne saurait manquer, pas plus que l’oiseau ne peut manquer d’ ailes à plumes pour voltiger dans les airs. Sans cela l’ animal ne nage point, ou nage mal, ou reste gêné.
(1) PI. XVI. fig. 3; et Cuvier, Ossem. foss. V. l.re part., pag. 383, pl. XXVI. fig. 22,
FORMES DE POISSON
La question n’est donc pas de mammifères se rapprochant des poissons par voie de filiation, ou par transition génétique , ou par suite de Y unité de plan. CT est une question plus large, qui regarde tout vertébré qui est approprié à vivre dans l’eau. Et son appropriation s’est faite par des formes imposées par les lois mécaniques , qui seules rendent possible T habitation dans la mer. Ou point de mammifères marins, ou des mammifères avec des nageoires telles que celles du dauphin et de la baleine.
Prenant donc sous un seul point de vue ces organes moteurs des poissons , des reptiles , des mammifères , nous voyons partout la même fonction , la même force et élasticité; partout le même effet — mouvement dans V eau sans secousses au corps de V animal. —
Je crois que les défenseurs de Y unité de plan ne perdront pas de vue, que dans les modifications apportées au squelette des cétacés, on a oublié quelques unes de leurs lois dites fondamentales , ou au moins générales , telle que les trois phalanges aux quatre doigts ; on a oublié un carpe osseux aux faces glissantes; on a oublié des têtes articulaires aux phalanges etc. (1). Et ce sont
(1) Nous avons cité, en parlant du chauve-souris, la suppression très-remarquable d’une grande partie du cubitus; et du manque des ongles aux quatre doigts etc. On peut ajouter ce que dit M. Alix ( Bull . Société Pliilom. de Paris 1867, T. 4, p. 101): «... Il est certainement vrai de dire, qu’il manque chez les oiseaux des muscles que 1’ on rencontre chez les mammifères, et le réciproque est également vrai. Par exemple ...» etc.
FORMES DE POISSON
des oublis qui ne manquent pas cT importance. Car on trouve de tels oublis répétés toutes les fois qu’un changement d’ habitudes chez les animaux rend inutile des parties et en réclame d’ autres. Alors l’ imite de plan est mise de côté sans le plus petit égard; et ce qui est le plus singulier, c’est que son antagoniste la raison mécanique est celle qui la déplace. Car toutes les fois que des
exigénees mécaniques ont demandé des combinaisons nou-
velles, on les voit pêle-mêle introduites, avec exclusion des combinaisons ordinaires a)-
Mais les défenseurs de la doctrine d’ actes de création indépendants ne sont jamais réduits à d’ aussi ingrates conditions. Ils ne trouveront jamais que les lois mécaniques soient démenties ou oubliées.
(1) Parmi un grand nombre d’exemples, de telles introductions soudaines demandées par l’ opportunité de fonctions nouvelles, nous pouvons citer: les dents vèrtebrales au dedans de l’estomac du Rachiodon scaber ; les os sésamoïdiens (pag. 131); l’aspérartère de la grue reçue dans une cavité du bréchet; la carène sur le sternum de la taupe, des chauve-souris et des oiseaux; l’os carré à la mâchoire des oiseaux et des ophidiens; la mâchoire inférieure divisée des ophidiens ; l’ appareil de rumination; l’ estomac triturateur des oiseaux granivores; les dents vénimeuses à la bouche du crotale, de la vipère etc. On peut de même signaler la réapparition des mêmes organismes toutes les fois qu’une même fonction se répète, encore dans des animaux placés à des distances extrêmes dans l’échelle animale; tels sont les organes fouisseurs dans la taupe et dans la courtillière ; V organe de la nage ou nageoire dans la baleine et les poissons etc.