EXPLICATION DE LA PLANCHE XI
Carpe du Cochon.
Fig. L Protocarpe, et deutocarpe du porc.
1) scaplioïde — 2) luné — 3) pyramidal — 5) trapèze — G) grand os.
Fig. 2. Face interarticulairo du deutocarpe du porc.
4) trapèze — 5) trapézoïde — 6) grand os.
Fig. 3. Trapèze humain.
a) sa crête.
Le canal résulte de 1* exhaussement des marges du scaphoïde et du sémi-luné au côté dorsal. Mais au côté palmaire le sémi-luné s* avance aussi avec un pareil processus marginal. Le scaphoïde et le pyramidal suivent, en moindres degrés, cette même disposition. La face inférieure du supéro-carpe ofiEre donc un canal, dont le fond est pourtant transversalement et alternativement convexe ou concave. Les dépressions sont dans les unions des os.
Le cordon ou cylindre de la face supérieure de Tinféro-carpe est formé par le trapézoïde, le grand-os et le crochu. Mais sa surface n'est pas égale partout. Le cylindre est interrompu par deux crêtes presque tranchantes, qui vont de la face dorsale à la face volaire, Y un sur le milieu du grand-os, l'autre au milieu du crochu. Ces carènes correspondent aux dépressions du canal supérieur. Elles sont un peu obliques , et ne sont pas tout-à-fait parallèles. Il s* ensuit que lorsque la déclinaison de la main a lieu, la partie inférieure de celle-ci sie transporte en masse vers le côté poUicaire. Le non-parallèlisme est pour moi inexplicable; je crois que les deux systèmes de carènes, bien que non-parallèles, ne s'entravent pas dans leur action simultanée, mais il me semble qu' ils jouent de manière que leur effet est encore de fournir le contraste des faces de glissement ou de replacement lorsqu'il s'agit de la déclinaison de la main.
Un rudiment de troisième carène est fourni par le bord poUicaire du trapézoïde (1).
(1) Plusieurs faces ont influence sur le mouvement de transport de la main vers la côté radial. C est surtout la face du crochu avec le pyramidal qui coopère à ce mouvement.
CARPE Dp PORC 161
La déclinaison et l'extension de la main ont leurs bornes bien définies. Les pointes avancées du supéro-carpe opposent une barrière insurmontable aux os de Tinférocarpe, lorsque la main entre en distension. Ce qui est surtout remarquable, c'est une petite -face du grand-os qui va s' appliquer sur une face opposée du sémi-luné. Il y a là une parfaite opposition, et telle que, lorsque le grand-os est arrivé à se placer sur la face du sémi-luné, il est assis sur une base de totale stabilité. Là donc l' extension de la main est arrêtée; et la plus grande vigueur de la station verticale est parfaitement assurée.
La déclinaison de la main a aussi son terme. Le sémi-luné s' avance avec sa pointe dans un sinus volaire du grand-os. La déclinaison est arrêtée aussitôt que la pointe est entrée dans la dite cavité. Le scaphoïde encore a une pointe avancée qui répond au milieu de la face du trapézoïde. Elle règle la rotation de celle-ci, et elle en fixe le terme à un point donné (1).
Nous ne pouvons pas entrer dans tous les détails qui seraient demandés par les nombreuses faces prises en particulier. Je crois que ce serait une étude très-longue qui exigerait à elle seule bien des recherches, au point de vue de la mécanique.
Je signalerai seulement le mode de jonction des pièces carpiennes entre elles. Le scaphoïde à la face articulaire endocarpienne se présente avec une convexité latérale qui
(1) Le mouvement de . la deuxième série du carpe est assez libre sur la première; elle peut effectuer une course pour former un angle de 35 à 40 degrés environ.
est embrassée par la concavité du sémi-luné. Le contraire s'observe à la face supérieure, ou radiale. Là une concavité du scaphoïde embrasse une convexité du sémi-luné. Le pyramidal de son côté offre un cordon qui est emboité dans une cavité du sémi-lunaire (1).
L' inféro-carpe présente à sa face d' interligne articulaire le trapézoïde presque soudé avec le grand-os par des faces marginales, le centre des deux os étant occupé par un grand ligament intérosseux. Le grand-os offre une ligne serpentante à sa jonction avec le crochu; car dans son milieu il a un profond sinus qui comprend un grand cordon offert par le crochu (2).
En général on remarque que les os de chaque série sont ^singulièrement entrelacés entre eux. Cela donne unité au cylindre et au canal endocarpien, et avec l'unité la force. Sans cet entrelacement, la forme avec T unité seraient fortement exposées, et l'exactitude des mouvement compromise.
Ici il y a donc une construction d' extrême consistance pour assurer la marche du cochon , contre des éventualités d'efforts et de luxations. La base sur laquelle l'animal insiste est par là très-forte et peut braver les contrastes et les efforts suprêmes de la course, ou de la descente.
U est dans le concours des parties solides et des parties molles que réside la fermeté d' une telle base. Les pièces carpiennes sont grandes , solides , trapues ; les cordes
(1) PL XL fig. 1 — 1, 2, 3.
(2) PI. XL êg. 2 — 4, 5, 6.
(tendons et ligaments) sont d'une grande puissance. Mais les mouvements de cette main , sont très^circonscrits , et vigoureusement circonscrits. Toute sorte de rotation est empêchée. C'est un carpe très-approprié à la patte d'un animal voyageur, mais très-lourd, et sans agilité. C'est un carpe, dis-je, dont la constitution mécanique n'est pas comparable h celle du carpe humain, mais qui toutefois lui ressemble en tant qu' il y a nécessité d' un ressort entre le bras et la main, et que l'un et l'autre accomplissent réellement l'office d' un ressort interposé entre l'action et la réaction.
Ces carpes diffèrent entre eux autant que la main diffère de la patte, comme diffèrent les fonctions qui leur sont propres; et autant que la nécessité mécanique exige des différences pour l'appropriation des extrémités aux usages des espèces. IJ unité de plan n' y entre pour rien.
Revenons à présent aux idées de Buffon qui pourtant, il faut le dire, n'est pas le seul des savants qui juge le porc un animal incomplet. Il nous dit donc que le porc a évidemment des parties inutiles, et des doigts qui ne lui servent à rien. BuflFon était savant de cabinet et de plume, plutôt qu'homme des champs. Cela explique jusqu'à un certain point Y évidence qu'il trouve des parties inutiles du pied de cochon. On voit ordinairement cet animal marcher sans que les petits doigts lui servent à toucher le sol. Oui, mais en est-il toujours de même?
Lorsque le porc court ou se promène sur une plaine telle que nos près, ses pattes de devant restent droites, et les plus grands doigts seuls se posent sur le sol. Les petits sont alors élevés , et loin de terre. Mais il n' en est pas de même lorsque le cochon vit sur les montagnes. Là il monte et descend quelquefois par des côtés inclinées; et quand il descend, si la pente est un peu forte, ses jambes s'inclinent, le pied s' étendant en avant. Le sol qui dans ce cas est bas en avant, est haut en arrière, de sorte que les petits doigts sont bien assez longs pour toucher la terre et de plus pour s'y implanter, ou pour se cramponner sur la roche. Le sanglier mène sa vie dans
les bois souvent montagneux, c'est Virgile qui nous dit:
Dum juga mentis aper amabit.
Egl. r,
et son dérivé le porc domestique habite, en suivant l'homme, fréquemment les forêts alpestres.
Dans ces circonstances les petits doigts ne sont donc pas hors d'usage, ni, à ce qu'il semble, inutiles (1).
Je me souviens à ce propos de la distinction formulée par M. Chauveau, c'est-â-dire « que les membres de devant plus rapprochés que les postérieurs du centre de gravité, supportent une plus grande partie du poids du corps (2). Ils doivent par conséquent être surtout organisés pour remplir le rôle de soutien (3) » tandis que les
(1) On remarque encore que les deux petits doigts entrent en fonctions pour le support de V animal lorsqu* il marche sur des terrains marécageux.
(2) Anat. comparée T. 1, p. 119.
(3) € Les membres de devant, poursuit M. Chauveau, opposent à la pression du poids du tronc qui tend incessament à les affaisser, .des obstacles purement mécaniques, et d'une telle énergie qu' on peut comprendre encore la station sur les membres antérieurs en supposant anéanties, à V exception d'une seule, les masses musculaires qui entourent leurs rayons osseux » (p. 119).
L'examen des parties osseuses composant la patte du porc révèle un arrangement mécanique , qui offre le caractère le plus manifeste d* une stabilité déterminée par les seules parties solides. Les deux séries du carpe sont réciproque-^ ment enclavées. Il suffit de jeter un coup d' œil sur la Planche XI. ûg. 1. Mais ce que l'on ne voit pas dans la figure c'est le
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postérieurs « dans un état permanent de flexion . . . sont admirablement conformés pour servir d'agents de la lo-
scaphoïde qui répose sur le trapézoïde qu' il embrasse, en même temps qu' il s' appuie sur une face du grand-os. Le trapézoïde repose à son tour sur la tête presque aplatie du métacarpe de r index , et sur un fort talus du troisième métacarpien. Je ne dirai rien ni du luné qui s' interpose en coin obtus sur la convergence des deux moitiés du grand-os et du crochu, ni de la position du grand-os qui est reçu dans une cavité forculaire du troisième métacarpien, dont la tête très-élargie pousse un talus sous le crochu. Celui-ci repose sur le quatrième métacarpien par une face réciproquement ondulée. Mais c' est surtout V inspection des faces internes qui montre Y emboîtement des deux séries entre elles, et de T inférieure avec les têtes des métacarpes. On a déjà décrit les faces de contact des deux séries entre elles , qui se touchent par un canal qui comprend le demi-cylindre. La deuxième série est donc emboitée par la première , et elle emboîte à son tour les têtes des métacarpes. Les articulations mêmes des métacarpes sur les phalanges et des phalanges entre elles offrent dans le sens vertical des bases si assurées que la patte étant gravée de haut en bas présente toute la résistance de soutien par le seul empilement des pièces solides. De manière qu' il reste bien peu de travail à accomplir aux parties molles dans Facto de permanence verticale. Il suffit d' empêcher la flexion de la patte.
Il ne faut même pas oublier que durant Tacte d'extension de la jambe du porc, toutes les protubérances aculéiformes qui se relèvent sur les faces supérieures et inférieures des pièces carpiennes, se trouvent alors placées dans leurs cavités , de manière que toutes sont fortement enclavées entre elles. La tête même du radius Qst enclouée par les points du carpe.
Il est remarquable que les deux os métacarpiens du mi-
comotion. . . » Si cela est vrai pour les quadrupèdes en général, il Test plus encore pour le cochon chargé sur le devant du fardeau d* une tête massive , et d' un corps lourd et pesant. L* effort qui va tomber par là sur les pattes antérieures basses et grêles, rend les deux grands doigts de celle-ci inférieurs à la résistance dans une descente; alors les deux petits entrent de renfort. Ils deviennent deux points d'appui situés en arrière. Ainsi le pied n'a pas seulement deux doigts pour se cramponer, mais il en a quatre ; et la base de sustentation est par là agrandie , et acquiert une extension bien remarquable.
Il faut bien remarquer que les petits doigts ne sont pas collés derrière les grands. Au contraire ils peuvent s' écarter en dehors et en arrière. Une fois onérés les quatre doigts du poids du corps, ils divariquent en s'écartant Tun de Vautre. De cette manière, la piste qui
lieu ne sont pas égaux entre eux. Le troisième est plus fort que le quatrième, et de plus il est mieux partagé que l'autre dans ses rapports avec les autres os ; car seul il s' appuie sur trois os de T inféro-carpe. Mais il faut considérer que cette prévalence appartient à celle des deux grandes colonnes digitales du pied du porc, qui va supporter la vacillation du corps dans le moment que l'animal, changeant de pas, insiste sur une seule de ses extrémités antérieures. Plus de force donc est déployée à ce côté radial de la main, là où il y a plus d'efforts à supporter.
Du reste il est impossible, comme le dit M. Cuvier, (Ossem. fossiles) de « décrire par des paroles les parties de la patte du cochon , dont le mécanisme offre à V étude quelque chose de surprenant. »
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est marquée sur le sol représente quatre pointes qui sont inscrites sur un quadrilatère (1).
Piste des quatre doigts du cochon (2).
Ce pied considéré de •la sorte est devenu un pied pour la descente, et il convient éminemment au cochon. La force,
(1) La distance entre les points des petits doigts divariqués, est de 0">, 09, celle des grands doigts est de 0"», 06.
(2) a, a' Onglets* ou doigts postérieurs, è, b' Pointes des doigts antérieurs.
dont jouissent les petits doigts lorsqu* ils entrent en fonction, donne à T animal un fort appui contre les glissements. Ce qui lui était bien nécessaire, à lui animal chargé en avant et en arrière du poids d' un corps pesant et d' une tête volumineuse et lourde. Toute la pesanteur gravite, principalement dans la descente, sur les extrémités antérieures minces et basses (1).
Du reste le cochon se sert des petits doigts presque comme des grands, et on peut le voir par l'érosion des onglets. J'ai examiné les pattes antérieures d'un cochon de deux ans qui avait demeuré sur les hautes montagnes de Belvédère dans l'Apennin. L' érosion soufferte par V ongle des f)etits doigts , était à peu près la même que celle de r ongle des doigts du milieu. Les premières présentaient des frottements, des érosions, des émoussures, et étaient rongées presque comme les autres.
Se montrer surpris de ce que les os des petits doigts sont tous formés en perfection, serait une sottise, à présent qu' on sait que ces petits doigts sont une partie intégrante de la main du cochon; et qu'ils lui servent trèsbien dans tous les cas où 1' animal doit marcher sur un plan incliné, ce qui n'est pas rare.
(1) « Les jambes de devant, dit Buffon, ont si peu de hauteur, qu'il semble que le cochon soit forcé de baisser la tête pour s' appuyer sur ses pieds , et que tout son corps va tomber en avant. » Si cela est vrai dans la marche de plainpied , comment n' a-t-il pas vu les conséquences d' une telle conformation dans la marche inclinée?
Oui, les as* (1rs prf ifs doifjf s, on mieux T organisation, ou si Ton veut leur mécanisme interne est îovmé i)crfectement, en harmonie avec la fonction. La première phalange de l'index et du cinquième trouve sur la grande tête inférieure de leur métacarpe une gi'ande résistance dans lès efforts de dehors en dedans, lorsque les petits doigts en divarication pointent sur le sol. Les métacarpes même à leur tour sont fortement assurés sur les gtands os métacarpiens des doigts du milieu, de manière que toutes ces parties solides prêtent une résistance bien valide aux petits doigts, lorsqu'ils sont chargés de la résistance contre les glissements du pied.
Quant aux parties molles, trois cordes sont en jeu pour donner de la stabilité et do la résistance aux petits doigts (1). Ce sont: ].** le tendon fléchisseur a, a (2) qui part du grand dépresseur commun , et va s' insérer sur la phalange onguéale de l'index, et du cinquième. 11 est retenu h sa place par une inhulnre cartilagineuse qui se
(1) Voir Onrlt. zVnat. dcr haus-Saup:othiore, Tab. 30,fig. 6, 7. C^) PL XII. a , a etc.