Tract., c. i2,p.'iio Xfr. XXXVIH
268 LA CRITIQUK DE LA COiNCEPTION FÉODALE
livre ce qui n'est pas livre (i), et le mensonge se double d'un parjure quand sur les monnaies mêmes le prince a osé imprimer le nom ou l'invocation de la divinité (2).
Honteuses, les mutations, le sont plus encore pour le prince, à cause de son rang" social. Il a la charg-e de punir les faussaires. Comment peut-il commettre luimême le crime qu'il est charg^é de réprimer? Et de quel front osera-t-il maintenant les poursuivre, lui qui leur donne ouvertement l'exemple du mal? (3-4).
3° Les mutations enfin sont injustes. Injustes comme le vol et la rapine. Par elles, le prince s'enrichit, contre toute justice, aux dépens de ses sujets, par elles il attire à lui toute la « pecune » du royaume (5). Injustes, elles le sont surtout parce qu'elles frappent en réalité sur les petits et les faibles, que les grands et les courtisans se dérobent ou même partagent le royal butin, c La chose pourtant entre toutes ne se doit mutiler, ne amoindrir, nous dit Oresme, qui se donne aux laboureurs » (6) et c'est pour cela que de cette malhonnête opération, il ne saurait dire si l'on doit l'appeler plutôt « violente proye ou exaction frauduleuse » (7).
Dans l'ordre politique, dont Oresme semble avoir parfaitement saisi la liaison étroite avec l'ordre économique, les inconvénients précédents se répercutent à l'infini.
1. Tract., c. i5, p. 112 = fi\ XLI ; c. 19, p. 121 = fr. LVI.