‹ La théorie de la monnaie au XIVe siècleChapitre 228 sur 361 · Sur tout ceci, v. infrà, Appendice tableau H · texte numérisé non relu

Sur tout ceci, v. infrà, Appendice tableau H

« de telle taille, de tel aloy et de tel cours, comme par les trois Estas est conseillé ». M. de Saulcy a conjecturé que ce dut être une monnaie 28'', dont il trouvait par ailleurs mention dans des extraits de reg-istres monétaires. Cette conjecture était parfaitement exacte. Le mandement du 4 août r357 (0? M^i rappelle cette monnaie, donne expressément la liste des pièces qui la composent, et il est aisé de reconnaître qu'elles sont au pied 28e. Les espèces, sur ce pied, se trouvaient frappées un peu plus faibles de titre et de taille, comme on peut voir, que celles des Etats de i355; mais elles étaient mieux ordonnées peut-être. Le système comportait deux pièces d'or, mouton et demi-mouton, toutes deux de métal pur à 24 carats, et un gros blanc d'un titre assez élevé (5 deniers) et de 70 de taille au marc, ce qui faisait une forte pièce. Mais surtout ce qui est remarquable, c'est que la taille et le cours des espèces étaient tellement rég-lés, qu'étant donné le prix payé à ce moment aux monnaies pour le métal, l'opération ne devait laisser aucune espèce de seig'neuriage. La monnaie des Etats de mars 1857 est une monnaie absolument droite, telle qu'Oresme l'a d'abord préconisée, dans la première leçon du Traité latin ; et cela, comme nous allons voir, ne fut pas sans inconvénients pratiques ;

I. Mandement du 4 août 1357 (Ord. III, 179). Les Grandes Chroniques de France s'expriment d'ailleurs en termes aussi formels : « Item, le 'i^" jour du dit mois de mars, fu la monnoie publiée a Paris, par lordonance des gens des trois Estas, cest assavoir ; un mouton d'or courant pour ^4 sous par., et demi mouton, cpii lors furent faits, pour douze souz parisis ; deniers blans a la couronne pour 10 den. tourn. et les autres Tnonnoies qui lors furent faites » (éd. cit., YI, 56 1. En faisant la réduction des parisis en tournois, on remarquera que ces cours sont exactement ceux du mandement du 4 août 1567, que nous avons pris pour type. Cf. Ms. 45.'53, fol. 76 v" [éd. de Saulcy, p. 58).

2'^ Incontestaljlement, d autre part, les conseillers bourgeois qui menaient le dauphin voulurent maintenir une monnaie stable et de long'ue durée. Ils avaient fait promettre au dauphin de ne pas chang'er, muer, ni empirer le pied des espèces sans le consentement des Etats ; ils firent insérer dans l'Ordonnance même un nouvel en^-agement du dauphin de g-arder « en bonne foy » la monnaie établie. 11 dut faire jurer à ses frères, à son oncle, à ses cousins, au grand Conseil, aux chanceliers, maîtres des comptes, etc., (( que aucun d'eux ne conseillera ne consentira être fait le contraire... mais tendrons et garderons fermement chacun de nous l'ordonnance dessus dicte jusques au premier jour de mars qui sera lan mil 307 dessus dict » (i358, N. S.). Et pour plus de sûreté, les Etats avaient exigé que Ion déposât chez le prévôt des marchands les patrons de la nouvelle monnaie ; ils avaient fait promettre au roi, que « sur le fait d'icelles monnoies », il établirait et ordonnerait « par le conseil desdiz trois Estas ou de leurs députes, bonnes personnes, loyaulx et bien congnoissans en ce fait, lesquelz feront serment sur les Saintes Evangilles, et en la présence desdiz généraux députés à Paris, que bien et loyaument il exerceront l'oftice desdites monnoyes, et ni commettront barat, fraude ou malice, ne ne amenuiseront ne empireront le pié de ladite monnaie sans lavis et consentement desdiz trois Estats » (i). C'est, jusque dans le menu des détails, le luxe de précautions qu'Oresme avait demandé si «nergiquement au Traité (2), et ici encore l'emprunt est palpable. Emprunt, cette fois, incontestable, puisque

1. Orilonn. faite en conséquence de rassemblée <les Trois Etais. 3 mars 1357, à Paris (0/v/. III, i3i-f3'i)

2. Cf. Tract., c. i5, p. CXIII ; c. 12, p. CIX, et les notes de ce cliapilre. su/irà, p. 417 noie 2, et 4/'^ note 2,

la première forme du Traité, où il n'est pas encore question du prince prisonnier, est nécessairement antérieure à cette nouvelle tenue des Etats.

Les Etals avaient stipulé, comme on vient de voir, que Tessai de réforme se prolongerait jusqu'en mars 1 358. On ne put aller jusque là. Non point à cause cette fois de l'opposition du gouvernement royal : les Etals avaient passé outre sans hésiter à l'Ordonnance du roi Jean, qui en avril iSoy, avait voulu casser leur œuvre. Mais des difficultés d'ordre économique surg'irent, infiniment plus g'raves. Les circonstances étaient on ne peut plus défavorables pour leur tentative. Au milieu des troubles civils et des malheurs de la "uerre étrang-ère, le métal se cachait ou fuyait, et le prix en montait si rapidement que la frappe, dans les conditions prescrites par les Etats, devint très vite difficile. Le système se maintint pourtant pendant plus de dix mois. Les mandements du 7 mai iSSy, du 4 août 1857, du 4 septembre l'db'], laissent debout le système inaguréen mars. Monnaie droite, monnaie stable, l'essai est persévéramment continué. Mais les difficultés apparaissent déjà multiples, et ces mêmes mandements nous font assister au désarroi des monnaies royales. Le métal fuit et monte à des prix démesurés; les changeurs cueillent le bon or pour l'exporter, les monnaies étrangères de bas aloi inondent le pays, les fraudeurs fondent les hautes pièces du roi (i). Nous aurons bientôt à revenir plus en détail sur ces phénomènes typiques, qui se reproduisirent dans la période de réformation définitive, et qui étaient la conséquence inévitable, semble-t-il, de la réforme. En iSôy on essaya, pour pallier aux difficultés, des remèdes alors courants : on interdit l'exportation du métal sous les peines les plus graves,

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