THÉORIE PHYSIQUE ET EX.PLLCAT10N MÉTAPHYSIQUE
Selon la Philosophie naturelle que Boscovich (1) a tirée des principes de Newton et de ses disciples, expli- (juer les lois des actions que l'aimant exerce sur le fer par une altération magnétique de la forme substantielle du fer, c'est ne rien expliquer du tout ; c'est proprement dissimuler notre ignorance de la réalité sous des mots d'autant plus sonores qu'ils sont plus creux.
La substance matérielle ne se compose pas de matière et de forme ; elle se résout en un nombre immense de points, privés d'étendue et de figure, mais doués de masse; entre deux quelconques de ces points s'exerce une mutuelle action, attractive ou répulsive,^ proportionnelle au produit des masses des deux points et à une certaine fonction de la distance qui les sépare. Parmi ces points, il en est qui forment les corps proprement dits ; entre ces points-là, s'exerce une action mutuelle ; aussitôt que leur distance surpasse une certaine limite, cette action se réduit à la gravité universelle étudiée par Newton. D'autres, dépourvus de cette action de gravité, composent des fluides impondérables, tels que les fluides électriques et le fluide calorifique. Des suppositions convenables sur les masses de tous ces points matériels, sur leur distribution, sur la forme des fonctions de la distance dont dépendent leurs mutuelles actions, devront rendre compte de tous les phénomènes physiques.
Par exemple, pour expliquer les effets magnétiques, on imagine que chaque molécule de fer porte des masses égales de fluide magnétique austral et de fluide
(l) Theoria philosojihise naturalis redacfa ad iinicam ler/em viriiim in naturel exisfenlium, auctove P. Rogerio Josepho Boscovich, Societatis Jesu, Viennjp, MDCCLVIII.
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magnétique boréal; que, sur cette molécule, la distribution de ces fluides est régie par les lois de la Mécanique; que deux masses magnétiques exercent Tune sur l'autre une action proportionnelle au produit de ces masses et à l'inverse du carré de leur mutuelle distance ; enfm, que cette action est répulsive ou attractive selon que les deux masses sont de même espèce ou d'espèces différentes. Ainsi s'est développée la théorie du Magnétisme qui, inaugurée par Franklin, par OEpinus, par Tobias Mayer, par Coulomb, a pris son entier épanouissement dans les classiques mémoires de Poisson.
Cette théorie donne-t-elle des phénomènes magnétiques une explication capable de satisfaire un atomiste? Assurément non. Entre des parcelles de fluide magnétique distantes les unes des autres, elle admet l'existence d'actions attractives ou répulsives ; or, pour un atomiste, de telles actions figurent des apparences ; elles ne sauraient être prises pour des réalités.
Selon les doctrines atomistiques, la matière se compose de très petits corps, durs et rigides, diversement figurés, répandus à profusion dans le vide ; séparés l'un de l'autre, deux tels corpuscules ne peuvent en aucune manière s'influencer ; c'est seulement lorsqu'ils viennent au contact l'un de l'autre que leurs deux impénétrabilités se heurtent et que leurs mouvements se trouvent modifiés suivant des lois fixes. Les grandeurs, figures et masses des atomes, les règles qui président à leurs chocs, doivent fournir la seule explication satisfaisante que puissent recevoir les lois physiques.
Pour expliquer d'une façon intelligible les mouvements divers qu'un morceau de fer éprouve en présence d'un aimant, on devra imaginer que des torrents
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de corpuscules magnétiques s'échappent de l'aimant en eflluves pressés, bien qu'invisibles et impalpables, ou bien se précipitent vers lui ; dans leur course rapide, ces corpuscules heurtent de manières variées les molécules du fer et, de ces chocs, naissent les pressions qu'une philosophie superficielle attribuait à des attractions et à des répulsions magnétiques. Tel est le principe d'une théorie de l'aimantation déjà esquissée par Lucrèce, développée au xvii^ siècle par Gassendi et souvent reprise depuis ce temps.
Ne se trouvera-t-il plus d'esprits, difficiles à contenter, qui reprochent à cette théorie de ne rien expliquer et de prendre les apparences pour des réalités? Voici venir les cartésiens.
Selon Descartes, la matière est essentiellement identique à l'étendue en longueur, largeur et profondeur dont discourent les géomètres ; on n'y doit rien considérer que diverses figures et divers mouvements. La matière cartésienne est, si l'on veut, une sorte de lluide immense, incompressible et absolument homogène. Les atomes durs et insécables, les vides qui les séparent, autant d'apparences, autant d'illusions. Certaines portions du lluide universel peuvent être animées de mouvements tourbillonnaires persistants ; aux yeux grossiers de l'atomiste, ces tourbillons sembleront des corpuscules insécables. D'un tourbillon à l'autre, le iluide interposé transmet des pressions que le nevvtonien, par une insuffisante analyse, prendra pour des actions à distance. Tels sont les principes d'une Physique dont Descartes a tracé la première ébauche, que Malebranche a fouillée plus profondément, à laquelle W. Thomson, aidé parles recherches hydrodynamiques
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de Cauchy et de Helmholtz, a donné l'ampleur et la précision que comportent les doctrines mathématiques actuelles.
Cette Physique cartésienne ne saurait se passer d'une théorie du Magnétisme; Descartes, déjà, s'était essayé à en construire une ; les tire-bouchous de matière subtile qui remi)laçaient, en cette théorie, non sans quelque naïveté, les corpuscules magnétiques de Gassendi ont cédé la place, chez les cartésiens du XIX* siècle, aux tourbillons plus savamment conçus par Maxwell.
Ainsi nous voyons chaque Ecole philosophique prôner une théorie qui ramène les phénomènes magnétiques aux éléments dont elle compose l'essence de la matière; mais les autres Ecoles repoussent cette théorie 011 leurs principes ne leur laissent point reconnaître une explication satisfaisante de l'aimantation.
!:; ÏV. — La querelle des causes occultes.
Il est une forme que prennent le plus souvent les reproches adressés par une Ecole cosmologique à une autre Ecole ; la première accuse la seconde de faire appel à des causes occultes.
Les grandes Ecoles cosmologiques, l'Ecole péripatéticienne, l'Ecole newtonienne, l'Ecole atomistique et l'Ecole cartésienne, peuvent se ranger dans un ordre tel que chacune d'elles admette, en la matière, un moindre nombre de propriétés essentielles que ne lui en attribuent les précédentes.
L'Ecole péripatéticienne compose la substance des