INTRODUCTION
Au cours de ces dernières années, la thyroïdectomie totale est entrée à nouveau dans la thérapeutique, à propos des états asystoliques, sous l’impulsion des écoles de Boston.
Il était intéressant d'étudier cette question afin de préciser certains points, et de voir dans quelles limites, encore très étroites, on peut être autorisé à employer une telle thérapeutique.
Notre Maître et Ami, le Docteur Henri Welti, nous a suggéré l’idée de ce travail et nous en a fourni les directives. ,
Il nous a permis de suivre cinq de ses malades après thyroïdectomie totale pour asystolie.
Nous avons profité largement de son expérience et il approuve pleinement nos conclusions.
Qu'il veuille bien trouver ici l'expression de notre profonde reconnaissance. :
Les graves accidents signalés dès 1882 par Kocher, Reverdin, Poncet, ont fait adopter depuis lors, et on peut dire unanimement, les techniques de thyroïdectomie sub-totale.
Celles-ci gravitent autour du précepte qu’il faut laisser à la face postérieure du lobe latéral une portion de tissu thyroïdien « de sécurité ». Aller plus avant, c’est s’exposer à blesser les nerfs récurrents et les glandes parathyroïdes.
Cette notion a constitué le progrès le plus important réali-
lisé en chirurgie thyroïdienne. Il faut s’en souvenir. Barraya 2
La thyroïdectomie totale ne sera pratiquée que dans les cas où seule la résection totale du tissu thyroïdien est susceptible de donner un résultat thérapeutique complet et
durable.
Âu cours de ce travail, nous avons envisagé successivement :
19° les notions anatomiques nécessaires ;
20 Ja technique de la thyroïdectomie totale ;
3° quelques points de physiologie; | +
40 Jes indications dans les asystolies non basedowien- Hess
50 les indications dans les asystolies basedowiennes.
10 Le chapitre d'anatomie est tout particulièrement développé.
L'’anatomie de cette région a été mise au point par une multitude de travaux antérieurs. Mais ceux-ci, visant à établir une règle générale ont dû chaque fois se baser sur un nombre considérable de discussions ; en réciproque, cette règle n’est plus applicable à chaque cas particulier.
Or, la thyroïdectomie totale est une technique qui demande une grande précision. Il devenait nécessaire d’étudier, non seulement l’anatomie normale de tous les organes mis en jeu, mais aussi toutes leurs variations possible ; chacune d’elles présente un danger nouveau et parfois considérable.
De plus, on pourra tirer du chapitre d'anatomie un certain nombre de précisions utiles pour qui veut faire une thyroïdectomie sub-totale large, tendance actuelle de la chirurgie dans la maladie de Basedow.
Les dangers encourus sont les mêmes que dans la thyroïdectomie totale ; ils sont à leur maximum aux mêmes points. |
Nous tenons à remercier tout particulièrement ici encore notre Maître le Professeur A. Hovelacque, qui a
mis à notre disposition le matériel de son laboratoire à la Faculté et nous à constamment aidé de ses conseils dans cette région difficile.
Nos remerciements vont aussi à notre maître le Docteur M. Robineau, chef des travaux anatomiques de l’amphithéâtre des hôpitaux ; il nous a permis de disposer d’un grand nombre de sujets.
Toutes nos parathyroïdes ont été examinées histologiquement grâce à l’amabilité de Mlle Gauthier-Villars. Qu'elle trouve ici l’expression de notre gratitude.
Nous avons ainsi effectué la dissection de 25 cadavres, après des dissections préliminaires destinées à nous familiariser avec l’anatomie de cette région un peu spéciale. Toujours nous avons pu voir nettement les artères des parathyroïdes et très souvent les veines sur des sujets préparés au chlorure de zinc. Cinq fœtus dont le système artériel était injecté au minimum nous ont permis de vérifier le bien fondé des découvertes faites sur les autres sujets.
29 Dans le chapitre de physiologie, nous étudierons quelques points spéciaux de la thyroprivation.
M. le Professeur Léon Binet nous a largement ouvert les portes de son laboratoire et nous a fait profiter de la parfaite organisation technique de celui-ci. Nous y avons trouvé la collaboration précieuse de ses élèves : Mile M. Marquis, Mlle J. Lanxade, M. G. Weller ; nous les remercions pour leur aide effective et leur cordial accueil.
M. le Professeur agrégé R. Huguenin a bien voulu interpréter les coupes qui ont été faites dans son laboratoire à la Faculté de Médecine. Nous exprimons ici toute la reconnaissance que nous lui devons pour nous avoir fait profiter de sa grande expérience de la physiologie et de l'anatomie pathologique des affections thyroïdiennes.
39 Au point de vue clinique, nous allons envisager séparément deux problèmes tout différents :
a. celui de la thyroïdectomie totale dans les asystolies non basedowiennes ;
b. celui de la thyroïdectomie totale dans les asystolies d’origine basedowienne.
Alors que, dans le premier cas, il est relativement facile de ménager parathyroïdes et récurrents, dans le deuxième par suite des modifications pathologiques de la glande thyroïde des basedowiens, cette conservation devient plus aléatoire.
Par ailleurs, chez les basedowiens, la suppression totale du corps thyroïde, si elle est relativement bien tolérée dans l’ensemble, est suivie de troubles hypothyroïdiens quelquefois plus importants.
N'’a-t-on pas même publié des cas demyxædème apparus chez des basedowiens à la suite d’une simple ablation subtotale de la glande thyroïde ?
Enfin, dans l’asystolie basedowienne, il est indubitable que dans la plupart des cas, les thyroïdectomies sub-totales, à condition d’être très larges, sont suivies d'excellents résultats.
Les observations de thyroïdectomies sub-totales qui nous ont si obligeamment été communiquées par nos Maîtres : le Professeur-agrégé P. Moure et le Professeur agrégé D. Petit-Dutaillis confirment ces notions.
Nous profitons de cette occasion pour les remercier encore des précieux conseils qu’ils nous ont donnés au cours de nos années d’internat, et de la grande bienveillance qu'ils nous ont témoignée dans de nombreuses circonstances.