LA SIGNATURE D'AMASIS
(CAtlNlT OC FRANCE)
LA TOiLirrii-: dhs fi-mmes crhcques 289
En Attiquc, pendant la seconde moitié du vi*^ siècle, on adopte le chiton ionien et la mode ionienne d'ajuster ïbinnUioiL Hérodote (V, 87, 88) dit que le vêtement appelé dorien (à agrafes) était jadis commun à toutes les femmes d'origine grecque; mais que les Athéniennes ayant massacré, avec les agrafes de leurs himalia, l'unique survivant d'une désastreuse entreprise contre Égine, on avait remplacé le vêtement dorien par le chiton ionien d'origine carienne, pour lequel on n'avait pas besoin de fibules.
Mais d'autre part le même auteur nous apprend que, de son temps, les femmes de Corinthe, d'Argos et d'Égine portaient toujours le vêtement dorien.
Les vases grecs et les statues de l'Acropole d'Athènes nous permettent de nous faire une idée assez précise du costume féminin des vii^ et vi^ siècles et du commencement du v^. Nous voyonsd abord lesfemmes
vêtues de péploi de laine fiq. is. — statue peinte de uacropole d'athènes
et sans chiton de toile.
Ce sont les péphi de mode dorienne, souvent bigarrés et ornés de riches broderies, mais tombant droit, presque sans plis, maintenus sur l'épaule par la grosse fibule à arbalète (fig. 15). Lii taille est fortement serrée. Lbiwalion est jeté sans apprêts sur les épaules. Qjjand elles sortent du gynécée, elles s'enveloppent pudiquement dans cet ample vêtement, le visage encapuchonné,
les bras cachés (fig. 11). L'ornementation des péploi consiste souvent en
losanges ou carreaux, renfermant des étoiles, des >^ ou des fleurons alternés ; en mouchetures ou rosaces clairsemées sur toute la surface, en bandes de spirales ou de cet ornement d'origine essentiellement dorienne que nous appelons uUandre ou grecque et que les Anglais décrivent par le mot key-palleni. Une figure de nymphe peinte sur le célèbre vase François (Musée arch. de Florence) est vêtue d'un riche péplos à zones de broderies représentant des animaux fantastiques.
On a essayé de démontrer que l'étoffe du péplos n'était jamais entamée par les ciseaux; je crois que c'est une erreur. Pour ce qui concerne le vêlement du vi* siècle, la fig. ij nous montre un péplos à manches cousues et échancrées. La coiffure est très simple, le plus souvent tombant en masse ondulée sur le dos, quelquefois disposée en nattes; une raie partage les cheveux sur le front en deux bandes ondulées. En Grèce, le bijou est encore très discret. L'or, avant les conquêtes d'Alexandre et l'exploitation des mines macédoniennes, était rare dans ce pays et les bijoux somptueux étaient le privilège des dieux et des princes; mais cette discrétion est aussi bien un effet de goût et un trait national qui distingue nettement le monde hellénique du monde oriental.
Vers la seconde moitié du VI* siècle, sous l'influence de modes ioniennes, ces mêmes vêtements se prêtent à des formes plus capricieuses et on adopte le chilon ionien.
L'émouvante série de statues féminines trouvées sous les décombres de
FIO. 17. — STATUE [yANTÉNOR
FILS D'EUMARËS,
A UACROPOLE D'ATHÈNES
FIO. 19. — FEMMES ET ÉPHËBES SUR UNE COUPE ATTIQUE DU COMMENCEMENT DU V« SIÈCLE
LA TOiLirrrn des femmes grecques 291
TAcropole primitive d'Athènes nous donnent les détails de ces nouvelles modes (fig. 16 et 17). Ces jeunes femmes au doux sourire et au tendre regard sont habillées d'un chiton de lin finement plissé et probablement apprêté au fer chaud, décoré au milieu d'une large bande brodée, la TcapuçiQ, qui, partant des pieds, arrive jusqu'à la taille (fig. 11). Le chiton est parfois garni d'une sorte de rabat en toile fine qui est cousu au bord supérieur et retombe sur la poitrine en plis très réguliers, peut-être aussi tuyautés au fer (statues de l'Acropole, n°' 687-688 et figure d'Amphitrite dans la grande coupe d'Euphronios au Louvre). Sur un skyphos du Louvre par Hiéron (fig. 20), représentant Agamemnon emmenant Briséis, celle-ci semble rejeter au-dessus de sa tête cette partie du chiton. Lbiwation de laine était souvent porté en biais par-dessus l'épaule droite et sous l'aisselle FiQ. 19. - STATUE gauche, formant par son ajustement des chutes graduées de
DE BRONZE DU MuséE [jg j'y„ coQuet conventiouaUsme. H. Lechat (Au Musée de
DE NAPLE8 r t v
V Acropole ilAlhhm) crbit que sur les corés de l'Acropole la partie formant bourrelet était froncée par une suite de plis cousus. Si cela était, l'himalion n'aurait plus eu aucun usage pratique, son rôle se serait borné à celui d'une draperie de parade; je pense plutôt à une série de petites agrafes ou même à une lanière — tel le xeaTOç IfjLàç homérique, la courroie historiée qui renfermait le charme d'amour d'Aphrodite.
Les femmes athéniennes au vi« siècle portaient rarement des chaussures; nous ne sommes pas au temps d'Hérondas, qui dans le septième mime n'emploie pas moins de cinq vers pour énumérer les formes diverses de chaussures qu'un cordonnier offre à deux jolies femmes (Hérondas, VII, 57-60, éd. Rutherford). On voit souvent la sandale, d'autres fois des bottes rouges de cuir à bout pointu (la petite statue de l'Acropole, n** 683); ce sont probablement les chaussures indiquées par Aristophane no. 20. - costume FéMiNm iAsscmhUc des femmes, 319) sous le nom de persiques. ''"[^IIZ:;IITh':1:IT^ La mode ionienne les avait répandues au loin, jus- (nutÉiouLouviit)
qu'en Étrurie.
On a voulu marquer une différence sensible entre le costume hellénique
du VI* siècle et celui du vs surtout après les victoires de Platées et de Salamine, mais au fond il n'y en a presque pas. Tout réside dans une plus grande aisance et une plus grande simplicité dans l'ajustement des vêtements. L'himation, porté habituellement à la mode ionienne pendant la seconde moitié du vi* et le commencement du v* siècle, reprend souvent au cours du V* les modes indigènes, l'ajustement qui caractérise le péplos dorien ou le libre déploiement de rétode, tandis que le chiton, aux plis caressants, est moins serré et moins chargé d'ornements. Peut-être faut-il voir dans la fréquence du diplois (fig. 19) ou dans la simplicité du chiton la préférence des sculpteurs pour les modes qui donnaient le plus d'ampleur et de noblesse à la figure féminine. Les blondes frises du Parthénon résument
toute la noblesse de ce vêtement. Quelle vision splendide sous le baiser du soleil t Combien ces draperies aux larges plans illuminés de grandes taches éblouissantes, contrastant avec des surfaces hachées et miroitantes comme une mer cl^poteuse, nous font sentir le frémissement de la vie! Si la sensuelle époque de Praxitèle a su donner dans le fin modelé du nu féminin >^/^/VWWW\AAAAAAAAAAA encore de nouvelles et émouvantes impres- FiQ. 21. - FEMME 8'HABiLLANT DEVANT UN sious, janiais plus l'art Rrec n'a su rendre
MIROIR SUR UN LÉCYTHE ATHÉNIEN i j • • ii •
(COLL. 0AHC.4A) la draperie avec une si noble simplicité.
Loin de moi l'idée de proposer ce vêtement pour d'autres époques. Toute chose a son temps. Mais on ne peut s'empêcher de faire la comparaison entre les parures conventionnelles qui prétendent corn'iftr h nature et celles qui de la nature même reçoivent vie et beauté.
Ici encore les vases peints sont d\in secours précieux. Au v*-' siècle la femme était vêtue d'un chiton d'èlolfe très légère, souvent transparente, aux plis fins, cousu sur les côtés, serré A la taille par un cordon et retombant en kolpos sur ce cordon, parfois jusqu'A la moitié de la cuisse. Des scènes de toilette sur des vases alliques nous montrent la façon dont les femmes s'y prenaient pour obtenir cet ajustement (fig. 19, Coll. Qmessa, et les similaires dans les Coll. Dutuit et au Musée de Herlin). Dans le haut, le chiton était ouvert sur les côtés; on le ramenait sur les épaules et quelquefois sur le haut des bras par une série de boulons ou de petites agrafes. Voyez des exemples de Ménades ou danseuses agitant leurs bras et laissant voltiger l'étoffe de leurs manches boudantes en guise d'ailes. (Coll. de Luynes, Canessa.) Quel-
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qucfois le chiton était ouvert tout le long sur le côté et on le fixait par des boutons, ay(i(ji:h^ yiTcov (Pollux, VII, 55). Par-dessus le cbilofi on passait Ybimaiion, le vêtement de laine aux libres ondulations. Les Athéniennes semblent s'être servies de ce grand chdie, avec une noble aisance et une savante coquetterie (fig. 18. Voir Le Musé4^, p. 206 et 207). Mais quand la femme honnête se mêlait à des groupes d'hommes ou prenait part à des cérémonies publiques, elle cachait complètement le chiton sous les larges plis de Hiimation librement ramené autour de sa personne, un pan rejeté par-dessus Tépaule (Voir Le Musée, p. 206) ou disposé en diploïdion au moyen d'agrafes pour retomber