‹ La Tolérance Des Tissus Pour Les Corps ÉtrangersChapitre 4 sur 24 · LEO LS · texte numérisé non relu

LEO LS

la parafline, ete, avec des variations peu appréciables si ce n’est dans le petit nombre de cellules géantes. Le caoutchouc se comporte donc comme les autres corps étrangers aseptiques et l’on ne peut attribuer de réaction spéciale aux tissus qui les entourent. »

Nous avons, sur des chiens, pratiqué quelques inclusions de caoutchoucs divers.

— Fragments de tubes de caoutchouc sous la peau. Inclusion de trois mois. Au contact du C. E., on trouve des éléments conjonctifs en transformation épithéhoïde. Par places, présence de petits plasmodes ; cette couche peu épaisse, repose sur une bande de 4 à 5 assises de fibroblastes nettement séparés des tissus voisins qui sont normaux.

— Dans le cas d’éponge de caoutchouc, nous avons obtenu une réaction avec macrophages nombreux et plasmodes rappelant des cellules géantes contenant des enclaves de petits fragments de caoutchouc. Un tissu conjonctif jeune a tendance à occuper les mailles de l'éponge.

— Le caoutchouc mousse nous a donné des réactions plus vives encore avec nombreux polynueléaires. Le fragment inclus, dans plusieurs cas, a été retrouvé baignant dans un liquide séro-purulent aseptique.

Ces réactions différentes nous semblent s'expliquer par les impuretés qu’on trouve en proportion souvent considérable dans les caoutchoucs livrés par le commerce. Certains de nos échantillons nous ont donné à l’incinération plus de 25 % de matières minérales ; c'était particulièrement le cas du caoutchouc mousse qui du fait de sa structure serait, nous le croyons,

d’un emploi très intéressant si l’on revenait à son premier procédé de fabrication.

Donath à l’analyse d'échantillons de caoutchouc a trouvé comme substances étrangères de la craie, de l’oxyde de zinc et du silicate de magnésie. Nous pensons que ce sont ces substances qui rendent possible la fragmentation d’éponges de caoutchouc.

Walther a insisté sur la nécessité d'éliminer des tubes de caoutchouc que l’on veut inclure, l'excès de soufre non combiné qu'ils contiennent.

Le caoutchouc peut enfin contenir des substances toxiques, sulfure d’antimoine qui le colore en rouge, sulfure de mereure employé pour sa vuleamisation, etc.

Pour conclure des réactions de tissus au contact du caoutchouc, il faudrait poursuivre une expérimentation avec une matière exempte de toute substance étrangère et surtout non colorée.

Ebonite. — L'’ébonite semble avoir eu en France auprès de certains chirurgiens le succès qu’à connu le caoutchouc en Italie ; 1] semble que ce soit plus justifié et que l’ébonite se rapproche davantage du C. E. inerte idéal.

— Inclusion de 45 jours d’un fragment d’ébonite dans un muscle de chien. Au contact du C. E., une couche unique de cellules épithélioïdes. manquant même par endroits. Plus en dehors, quelques assises de fibroblastes accolés, orientés circulairement. Pas de macrophages. Ni

réaction scléreuse, ni réaction inflammatoire. En dehors de la capsule le muscle est normal.

— Nous avons obtenu les mêmes réactions sous la peau et dans le péritoine.

On peut faire à l’ébonite le même reproche qu’au caoutchouc : la fréquence des substances adjuvantes qui, pour les fabricants, font du poids à bon marché. La vulcanite (caoutchouc de dentiste pour appareils) est particulièrement riche en produits inertes ou colorants. [ei encore, 1l faudrait pouvoir expérimenter avec des produits purs composés seulement de gomme para et de soufre.

Péan le premier a utilisé une pièce en ébonite pour remplacer une extrémité supérieure de l’humérus réséquée pour ostéosarcome (Thèse de Pruvost, Paris, 1896).

Delbet, puis Ducoing d’une part, Robineau et Contremoulins, d’autre part, ont utilisé pour des prothèses osseuses massives des pièces en ébonite ou en acier recouvertes de vulcanite. Tous ces opérateurs ont noté la parfaite tolérance des tissus pour l’énobite. Les trois échecs que Delbet à rapportés ne doivent pas être imputés à une action chimique de l’ébonite sur les tissus, mais au réveil après l’intervention d’un microbisme latent au niveau de débris de projectiles restés inclus.

Ivoire. — L’'ivoire a été étudié comme C. E. par Kampz, Marchand, Koenig.

L'ivoire se résorbe lentement. Birsher a vu une cheville d'ivoire de 4 centimètres et demi de longueur,

ph

introduite dans la cavité médullaire d’un os, réduite à 1 centimètre et demi après dix ans. Au contact de l’ivoire, on a noté la présence de cellules géantes.

Mauclaire a employé des prothèses en ivoire (cas rapportés par Beaume,en 1927), les résultats éloignés ont été très irréguliers.

Métaux

On ne trouve dans la littérature que peu d’expériences relatives aux réactions microscopiques au contact des métaux, de tissus simples, tissu cellulaire, muscles, etc. Presque tous les auteurs n’ont étudié que les réactions de l'os.

Du point de vue de la chirurgie osseuse, 1l nous semble intéressant de rappeller cette réaction d’enkystement. Même si l’os tolérait tous les métaux, l'élimination secondaire du matériel d’ostéo-synthèse pourrait provenir de la réaction des tissus voisins péri-osseux au contact desquels se trouvent souvent une des faces du matériel employé.

Les quelques expériences d’inclusion de métaux que nous rapporterons ont été toujours faites avec des C. E. de même forme, de même volume (Tiges polies de 4 mm. de diamètre et de 2 em.de longueur), inclus dans les mêmes tissus, aux mêmes endroits. Dans tous les cas, où nous avons observé des réactions vives, nous avons répété les expériences et vérifié la constance de ces réactions.

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Nickel.

Au eontact du C. E., une ou deux assises de cellules épithélioïdes mêlées à des cellules lymphocytoides. Quelques plasmodes. Cette couche repose sur plusieurs assises de fibrocytes tassés. De suite après, le tissu musculaire est normal.

Le matériel que nous avons employé est. critiquable ; ce n’était pas du nickel massif mais du laiton nickelé. C’est peut-être à une ftagmentation de cette mince couche de nickel qu’il faut rapporter la présence de plasmodes.

Argent.

Au contact du C. E., les tissus sont nécrosés. Plus en dehors, tissu conjonctif jeune de néoformation avec de nombreux capillaires, de nombreux lymphocytes et plasmocytes. Une bande de sclérose épaisse, limite nettement les tissus réactionnels et les muscles environnants qui sont normaux, sauf par places dans le conjonctif interfasciculaire une infiltration discrète polynucléaire.

Cette tendance à la sclérose autour de fils d’argent a été depuis longtemps remarquée. Certains chirurgiens y ont vu une contre-mdication formelle à lemploi de fils d'argent pour le cerclage des fractures : le tissu scléreux n’est pas un milieu ossifiable.

En Angleterre, on a utilisé des treillages en fils d'argent pour consolider dans la cure de hernies ou d’éventrations une paroi déficiente. Pereival P. Cole semble être le dernier défenseur de cette méthode qu'Hutchinson a condamnée.

ET

Bronze d'aluminium.

Inclusion de bronze d'aluminium Durville n° 100 à 10 % d'aluminium ; la réaction comprend 3 zones :

— Une couche inflammatoire en contact avec le C. E ;

— Une couche scléreuse formant capsule ;

— Au delà de celle-ci, on remarque dans les muscles voisins des zones de dégénérescence locale partielle avec formation de plasmodes.

Il ne nous semble donc pas exact de conclure que le bronze d'aluminium n’est pas altérable chimiquement dans l’organisme et que sa tolérance est égale à celle de l’ébonite.

Or. — La réaction des tissus au contact de l’or est sensiblement la même que pour le bronze d’aluminium, légèrement plus accentuée toutefois.

Au contact du C. E. un tissu de granulation avec des polynucléaires très altérés. Pas de cellules géantes.

Au delà, une épaisse couche scléreuse.

Dans les muscles voisins, des travées de tissu conjonctif richement vascularisé dissocie les faisceaux musculaires.

Cuivre rouge. La réaction au contact du cuivre rouge est tellement importante que pensant à des fautes de technique, nous avons plusieurs fois répété nos expériences. Zierold avant de conclure a eu le même souci.

Ce qui frappe, c’est l’hyperplasie énorme de la réaction conjonctive et de l’abondance des capillaires néoformés.

Cette réaction est entourée par une zone épaisse de sclé-

MRC en

rose. Au delà du noyau d’enkystement, on trouve des fibres musculaires en voie de désintégration.

Cette action toxique des produits résultant de l'attaque du cuivre rouge inclus dans les tissus à été signalée par de nombreuses observations cliniques ou opératoires.

Dujarier à dit avoir dû renoncer à l’emploi pour le cerclage des os de fils de cuivre recuit : il y avait constamment suppuration.

Les ophtalmologistes ont signalé depuis longtemps la gravité des C. E. intra-oculaires en cuivre ; ceci, indépendamment, bien entendu, du fait que le cuivre n'étant pas magnétique, son extraction du globe oculaire est difficile.

Fer et acier. — La réaction de tissus en contact est des plus importants qu'il nous ait été donné de voir.

— Acier fondu, Stubb intra-musculaire.

Au contact du C. E. tissu conjonctif jeune à réaction inflammatoire. Très nombreux macrophages bourrés de granulations brunes. De nombreuses cellules géantes avec inclusions ferrugineuses. On passe directement de cette zone au tissu musculaire voisin dont la plupart des éléments sont nécrosés. Plus en dehors encore, dans les régions où le tissu musculaire redevient normal, on constate une infiltration du tissu conjonctif péri-fasciculaire par de petits éléments véhiculant de granulations jaune-brunâtre.

— Dans un autre cas, également avec de l’acier fondu. Stubb, nous avons trouvé sur une de nos coupes, en rap-

nn

port avec une fusée réactionnelle partie du C. E., un véritable petit abcès au niveau duquel aucun microbe n’était visible.

— À la surface du péritoine tapissant la vessie, chez un chien, nous avons fixé par quelques points une petite plaque de Sherman en acier bleui. Deux mois après, à l’autopsie de l’animal :

Adhérences épiploïques au niveau de l'inclusion ;

Le péritoine vésical était épaissi, blanchâtre ;

La musculeuse était le ‘siège d’une infiltration qui la cartonnait ;

La muqueuse vésicale était blanchâtre, d'aspect cicatriciel.

A titre de témoin, nous avions inclus à quelques centimètres de cette plaque une pièce analogue taillée dans de l’ébonite : celle-ci à l’autopsie restait visible sous un mince feuillet la recouvrant ; aucune lésion de la musculeuse ni de la muqueuse dont la souplesse est normale.

Ce qui nous à semblé caractériser la réaction cellulaire au contact de l’acier, c’est l’absence de réaction slcéreuse limitant, microscopiquement, le foyer inflammatoire.

On a souvent noté que les C. E. en acier inclus depuis longtemps étaient en partie ou en totalité transformés en une matière peu cohérente ayant l’aspect de la rouille. Nous pensons que c’est à cette fragmentation des produits d'attaque de l'acier par les humeurs qu'il faut rapporter la tendance du foyer inflammatoire à diffuser. Il y a là un phénomène un peu comparable à ce qui se passe dans les paraflinomes, indépendamment, bien entendu, de l’action toxique propre des sels de fer.

J. Davioud 3

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