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ÉTUDE THÉORIQUE ET PHYSIQUE INTRODUCTION

Voici déjà trente ans que Bocace prenait un brevet pour l'invention de son procédé de tomographie. Ses idées ne lurent pas exploitées, et dix ans après, vers 1930, ZIEDSES DES PLanTes le découvrait à nouveau en Hollande, tandis qu’en Italie, A. VazLEBoNA, utilisant un mécanisme différent, mettait au point un procédé extrêmement original.

La nouvelle méthode supplantait rapidement tous les autres procédés analytiques de radiographie, et l’époque qui va de 1933 à 1940 vit se multiplier les publications et les recherches en Italie, aux Pays-Bas, et plus tardivement en France. Les pays anglo-saxons se tenaient à l'écart et ne participaient guère à l’enthousiasme général : leurs publications sont rares. Au cours de cette période d’exaltation, il ne se passait guère de congrès de radiologie où ne soient engagées des controverses au sujet de la supériorité de tel procédé sur tel autre, et où l’on ne proposât un nouveau système, qui, le plus souvent, ne dépassait pas le stade de la publication. On inventait alors des expérimentations, souvent très ingénieuses, pour mettre en défaut le procédé rival en lui faisant tomographier justement les objets qu'il était le moins propre à étudier.

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Cependant, au fur et à mesure que la tomographie entrait dans la pratique, des doutes sur sa valeur se faisaient Jour : l’expérimentation la plus correcte et la plus démonstrative est due à Dipée, juste avant la guerre. Cet auteur tomographiait un fromage de gruyère : c'était une expérience simple, mais rigoureuse, et aussi proche de la réalité qu’on pouvait le souhaiter.

Après la guerre, la tomographie se développa dans des voies nouvelles : la tomiographie osseuse, à coupes très rapprochées, devenait plus courante, tandis qu’en 1947 naïssaït une technique de coupes horizontales proposée par VALLE- BONA et AMisano en Italie, par Frain et Lacroix en France.

Parallèlement on s’occupait davantage des propriétés intrinsèques des images fournies, et des doutes s’élevaient au sujet de la valeur même du procédé, auquel on reprochait des déformations et des artéfacts.

Il peut donc sembler étrange que, après tant d’études, j'aie pu choisir ce sujet pour une thèse de médecine. Pourtant l'heure me semblait favorable : on a fini, à force de s’en servir, par oublier les limites et les conditions de validité du procédé. À

Certains en nient purement et simplement la valeur, arguant des défauts et des images anormales qu'il fournit : dans l’article le plus récent sur la question, Jacer montre des images suggestives de projectile plein, intrapulmonaire, revêtant, par la grâce d’un procédé à balayage circulaire, l'apparence d’une cavité. En fait, l'erreur est facile à éviter, et 1l suffit de connaître sa possibilité pour ne pas s’y laisser prendre : mais on n’est jamais trop prudent dans ces questions, et, de même qu'on est légitimement inquiet à la pensée de laisser échapper une spélonque, on est effrayé par la possibilité de prendre pour une caverne une opacité quelconque. Tout cela provient du fait qu’on ne tomographie pas n'importe quoi avec n'importe quel tomographe : il existe des balayages plus ou moins appropriés à tel ou tel objet. Le balayage rectiligne ne peut en aucun cas transformier une

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opacité homogène en spélonque : il doit être préféré pour le poumon; en revanche, il est désastreux en tomographie. osseuse.

D'autres cherchent à obtenir de la méthode des précisions quantitatives qu'elle est, sur le vivant, bien incapable de fournir, car il faudrait définir, au centimètre près, la position du sujet dans l'intervalle des clichés, ce qui est très difficile. Nous espérons montrer que le procédé peut, en fait, fournir ces renseignements, mais dans des conditions extrêmement particulières.

D'aucuns, enfin, oublient les bases mêmes et les postulats fondamentaux du procédé, souvent par suite de lapsus évidents, plus souvent par ignorance totale. Trop nombreux sont encore les médecins qui profèrent sur ce sujet des réflexions saugrenues, ou, hypnotisés par l’idée de « coupe », envoient au radiologiste un malade porteur d’une épaisse pachypleurite, espérant que, par un miracle tomographique, les coupes seront débarrassées de ce phénomène gênant.

Is oublient que, pour fournir une coupe, les rayons doivent traverser {out le sujet, et que c’est sur ce fait, précisément, qu'est basée l’existence de la tomographie, qui n’est jamais qu’un procédé de brouillage des images parasites. Un sujet ceinturé d’un corset de plomb n’est pas tomographiable.

Ce sont. ces raisons qui m'ont poussé à entreprendre ce travail, consacré à l’étude géométrique et physique des propriétés de la tomographie pure, sans substratum ou prétexte clinique, et je n’ai guère été précédé en France que par Rozan», dont je m’écarte d’ailleurs en plus d’un point.

Cette étude est divisée en deux parties. Une partie théorique, où j’entreprends, sous une forme, à ma connaissance nouvelle, l’étude des théorèmes fondamentaux de la tomographie; j'ai essayé de pousser plus loin que mes devanciers l'étude des tomographies sur film courbe et tenté d'expliciter les raisons théoriques qui en interdisent pratiquement l'emploi; on trouvera aussi dans la même partie une étude de l’effacement et une théorie des images des volumes homo-

gènes. Cette portion de mon travail sera, je le crains, un peu rébarbative, mais est, à mon sens, indispensable. J’y abandonne les méthodes géométriques, souvent élégantes mais parfois complexes, pour les méthodes plus puissantes de la géométrie analytique : en effet, le débroussaillage de la question a été fait depuis longtemps déjà, et il vaut mieux utiliser une méthode certaine, ne laissant rien échapper et se prêtant bien à une ingrate besogne de classification. Elle m'était, du reste, imposée par le sujet, car la classification classique des procédés de tomographie est irrationnelle. Le point important, en effet, est l’image sur le film, image vue par le médecin : tout doit s’ordonner par rapport à elle. C'est pour cela que j'ai utilisé systématiquement l’espace relatif au film, et des coordonnées qui lui sont liées. C’est, en somme, une étude consacrée à une branche, aujourd’hui un peu délaissée, de la Physique, l’Optique géométrique, dont la tomographie est, sinon une des plus nobles, du moins une des plus ingénieuses conquêtes. Dans la seconde partie, nous verrons du reste que, réciproquement, cette technique, purement médicale, peut rendre des services au physicien lui-même. Le cadre proposé me permet d'inclure dans la tomographie des procédés pouvant en sembler assez éloignés. J’ajouterai enfin que la partie proprement intéressante pour le médecin, savoir l'étude des traces, ne dépasse pas le niveau de la géométrie du IIF livre.

Dans la deuxième partie, J'étudie l’aspect photographique de la question, dans un cas particulier, certes, mais suffisant pour étudier la part qui revient dans l'interprétation des images à la géométrie et aux phénomènes purement photographiques. Bien que je n’aie pas profité de l’occasion pour présenter traîtreusement un procédé « personnel » de tomographie (qui ne pourrait d’ailleurs [théorème IT} qu'entrer dans un cadre déjà délimité), j'ai essayé, avec plus ou moins de bonheur, d'obtenir avec le tomographe dont je disposais des tomographies particulières, car si un appareil peut donner des images dans un sens, il peut (théoriquement du moins) en donner dans n'importe quel azimut.

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