‹ La topographie cranio-cérébrale, applications chirurgicalesChapitre 23 sur 26 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Pour terminer notre travail, nous allons donner un résumé succint de nos résultats les plus intéressants pour la pratique chirurgicale, ou plutôt nous allons formuler quelques règles qui permettront au chirurgien de découvrir d’une façon certaine le point du cerveau qu’il veut atteindre. Nous avons cherché avant tout des procédés exacts et précis , simples autant que possible.

Nous avons essentiellement tenu, pour rester dans le domaine pratique, à ne nous servir que de points de repère très faciles à sentir avec le doigt , ou du moins très faciles à déterminer — Ces points sont : la glabelle, l’inion, l’apophyse orbitaire externe à l’endroit où son bord postérieur se relève pour former le commencement de la ligne courbe temporale, le milieu de l’arcade zygomatique, l’astérion et le lambda.

Nous avons pris comme premier point de repère la glabelle ; mais au lieu de prendre la glabelle proprement dite, c’est-àdire la bosse frontale moyenne, nous nous sommes servi dans toutes nos recherches d’un point beaucoup plus facile à sentir avec le doigt, situé un peu au-dessus d’elle, et correspondant à l’endroit où l’os frontal s’enfonce brusquement en arrière pour aller rejoindre la suture fronto-nasale, c’est-à-dire un peu au-dessus du nasion.

Notre second point de repère , Y inion, ou protubérance

occipitale externe est 9 fois sur 10 fortement saillant , et sa détermination ne présente pas la moindre difficulté. Quelquefois pourtant , chez la femme surtout , il est nécessaire pour le reconnaître aisément, de fléchir fortement la tête, de façon à tendre le ligament cervical postérieur qui s’y insère , ou encore de suivre la ligne courbe occipitale supérieure qui y aboutit , et qui parfois se perçoit plus nettement. Ces deux procédés, conseillés par Poirier, permettent dans tous les cas de trouver Timon.

Le point où le bord postérieur de Y apophyse orbitaire externe se relève pour former le commencement de la ligne courbe temporale peut toujours se reconnaître aisément avec le doigt. 11 est situé un peu au-dessus de la queue du sourcil. La recherche du milieu de V arcade zygomatique ne présente pas de difficultés.

h' aster ion, ou point de réunion des sutures pariéto-mastoïdienne et lambdoïde, correspond à une dépression souvent profonde, toujours située tout à fait en arrière de la base de l’apophyse mastoïde. Nous l’avons toujours facilement senti. Si on ne le sentait pas, sa position serait néanmoins reconnue sans peine par l’apophyse mastoïde.

La recherbe du lambda nous a au contraire paru moins aisée qu’on ne le dit généralement. Le doigt seul ne suffit pas toujours à trouver sa situation, et il faut souvent pour y arriver mesurer sa distance de Timon sur Tare sagittal. Cette distance est de 67 millim. en moyenne sur le crâne, 70 environ sur le

cuir chevelu, c’est-à-dire des — de l’arc sagittal total (de la

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glabelle à l’inion). Cette proportion est un peu plus forte chez les dolichocéphales que chez les brachycéphales

Ces 5 points de repère nous suffisent pour déterminer sur le crâne ou sur le cuir chevelu la position d’un point quelconque de la surface du cerveau. Nous allons montrer comment le

chirurgien peut arriver sur ceux des centres moteurs ou sensitifs dont la connaissance exacte est à peu près certaine, au moyen de lignes tracées à l’aide de ces points de repère.

Cinq lignes sont nécessaires pour arriver à ce résultat : la première est la ligne sagittale , ou ligne médiane, qui va de la glabelle à l’inion. Cette ligne passe par le lambda que l’on a soin de marquer. Elle permet de trouver le sommet du sillon

de Rolando qui, d’après nos recherches, est situé aux de l’arc sagittal (en comptant à partir de la glabelle).

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Quand l’arc sagittal est de 29 centimètres, le sommet du sillon est à 154 millim. de la glabelle, quand il est de :

30 centim., le sillon est à 159 1/2 millim.

Le sillon est de 5 millim. plus en avant chez les individus nettement dolichocéphales, et de 5 millim. plus en arrière chez les brachycéphales.

Si enjoint le sommet du sillon de Rolando au milieu de l’arcade zygomatique, on obtient une seconde ligne « ligne rolandique » ou « ligne zygomato-rolandique », donnant la direction générale du sillon de Rolando avec une exactitude très suffisante (fig. 16, Y, Y').

Une troisième ligne . ligne orbito-lambdoïdienne (fig. 16, X, X') , allant de l’apophyse orbitaire externe au lambda , indique sur une longueur de 4 à 6 centimètres, à partir de ses 27 premiers millimètres, le trajet de la scissure de Sylvius.

Une quatrième ligne , ligne astêrio-rolandique (fig. 16 , K, K7) , allant du sommet du sillon de Rolando à l’astérion ,

et une cinquième, ligne lambdoïdienne , ou astério-làmbdatique (fig. 16, L) , allant d’un point situé à 2 millimètres en avant du lambda à l’astérion complètent nos lignes.

Fig. 15. Rapports des sutures avec la surface de l’encéphale.

F1, F2, F3, lre, 2e, 3e circonv. frontales ; — T1, T2, T3, lre, 2° et 3e circonv. temporales; — O1, O2, O3, lre, 2e et 3e circonv. occipitales ; — PS, lobule pariétal supérieur ; — Pi, lobule pariétal inférieur ; — Pc, pli courbe; — Fa, frontale ascendante ; — P a, pariétale ascendante ; — S, S, scissure de Sylvius ; — R, R, sillon de Rolando ; — 1,1, scissure interpariétale; — P O, scissure perpendiculaire externe (figurée comme c’est l’exception et non la règle, au-dessous de la suture lambdoïde) ; — c, c, suture coronale ; — x, stéphanion supérieur ; — T' T', ligne courbe temporale supérieure ; — T, ligne courbe inférieure ; — Z, /, suture lambdoïde ; — E, E, suture écailleuse ; — a , astérion ; — p, ptérion ; — v, suture corono-sphénoïdale ; — v'7 suture temporo shénoïdale.

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Ces lignes tracées sur le crâne , il est très facile de déterminer la situation de tous les centres corticaux. (V. fig. 15 et 16).

Le centre des mouvements du membre inférieur , siégeant dans le tiers supérieur de la circonvolution frontale ascendante, les 2/3 supérieurs de la pariétale ascendante et le lobule paracentral se trouve au sommet de la ligne rolandique (fig. 15. M I).

Le centre des mouvements de la face , siégeant à la partie inférieure de la frontale et de la pariétale ascendante , se trouve à un centimètre environ au-dessus de la ligne orbitolambdoidienne sur la ligne zygomato-rolandique, en un mot juste au-dessus de rontrecroisement des deux lignes précédentes (F).

Le centre de la mémoire motrice des mots (aphasie), siégeant dans le pied de la 3e circonvolution frontale gauche , se découvre en trépanant sur la ligne orbito-lambdoïdienne (A), ou plus exactement à quelques millimètres au-dessus de la ligne orbito-lambdoïdienne à 4 centimètres en arrière de l’apophyse orbitaire externe.

Le centre de la mémoire motrice graphique (agraphie), siégeant sur le pied de la 2e frontale à environ 4 centimètres de la ligne rolandique , se trouve en trépanant à quelques millimètres au-dessus de la ligne courbe temporale supérieure, un peu plus haut que le stéphanion supérieur, pratiquement à mi-distance de la ligne sagittale et de la ligne orbito-lambdoïdienne (A G).

Le centre des mouvements du membre supérieur , se trouve sur la circonvolution frontale ascendante immédiatement en arrière du centre précédent (M S). La détermination ne présente donc aucune difficulté.

Le centre de la vision binoculaire (hémianopsie), siégeant à cheval sur l'origine de la scissure interpariétale se trouve

à 2 centimètres en arrière de ia ligne rolandique et à 15 millimètres au-dessus de la ligne orbito-lambdoïdienne (HE).

Le centre de la mémoire auditive verbale (surdité verbale), siégeant dans la première et un peu la seconde circonvolution temporale (S V), se trouve dans l’angle ouvert en bas et en arrière et formé par la rencontre des lignes zygomato-rolandique et orbito-lambdoïdienne.

Le centre de la mémoire visuelle verbale (cécité verbale), siégeant dans le lobule du pli courbe, se découvre en trépanant sur la ligne rolando-astérique, à 15 millim. au-dessus de la ligne orbito-lambdoïdienne , car l’extrémité de la scissure de Sylvius, qui forme le centre du lobule du pli courbe, se trouve situé sur cette ligne rolando-astérique (GY).

Le centre des mouvements des yeux , situé dans le pli courbe, se trouve découvert quand on trépane à 20 millim. en arrière de la ligne rolando-astérique, sur la ligne orbito-Jambdoïdienne (Y) .

Le centre de la vision , situé dans la partie supérieure et interne du lobe occipital (cunéus), est découvert par une trépanation pratiquée dans l’angle postérieur formé par la rencontre de la ligne lambdoïdienne (qui correspond à la scissure perpendiculaire externe) avec la ligne sagittale (Y).

Les centres de V olfaction et de la gustation paraissent être situés, soit dans la corne d’Ammon (Ferrier), soit dans la circonvolution de l’hippocampe (H. Munk), et l’on a également placé dans la région de l’hippocampe le centre de la sensibilité générale (1). Mais nous ne sachions pas qu’un chirurgien ait encore été assez hardi pour aller à leur recherche sur un malade ; aussi bien n’insisterons-nous pas.

(1) Rappelons en passant ce fait curieux , que très souvent chez les épileptiques, on a trouvé des lésions de la corne d’Ammon.

Nous avons vérifié par des trépanations l’exactitude de ces procédés, et nous avons été frappé de leur rigueur. Sur deux crânes, dont un brachycéphale et un dolichocéphale, le centre de nos couronnes de trépan est toujours tombé exactement ou presque exactement sur les points que nous nous proposions de découvrir. L’erreur a rarement dépassé 4 millim., jamais 6. Nous pouvons donc dire, sans exagération, qu’une fois le topo de la figure 15 dessiné sur une tête quelconque, le chirurgien peut découvrir à volonté et avec sûreté le point de la surface du cerveau qu’il se propose de mettre à nu.

En résumé , si le mot n’était pas trop prétentieux , nous serions tenté de dire qu’une fois cette topographie achevée sur un crâne , on c voit », la surface de l’encéphale à travers la paroi crânienne comme si celle-ci était remplacée par une vitre.

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(1) Nous n’indiquons, dans cet index, que les ouvrages qui ont plus ou moins trait à la topographie cranio-cérâbrale, sans nous occuper de ceux qui traitent de la trépanation, des localisations cérébrales, etc.

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