‹ La Toscane au moyen âgeChapitre 14 sur 18 · TOURS SEIGNEURIALES · texte numérisé non relu

TOURS SEIGNEURIALES

'Architecture gibeline, dont les tours seigneuriales forment le trait le plus caractéristique & le plus original, n’est plus représentée à Florence que par de rares édifices. Les tours qui portaient jadis dans les airs (i) les batailles aristocratiques de leurs maîtres ont été dérasées à l’époque du triomphe des Guelfes & sont toujours demeurées depuis sous le niveau inflexible qui leur avait été imposé. — Si les couronnements ont été partout dérasés les soubassements ont échappé à la destruction en se mêlant parmi la multitude bourgeoise des maisons. On les reconnaît encore dans les vieux quartiers de Florence à leurs bossages soigneusement taillés, aux anneaux de fer qui les décorent, aux corbeaux (mensole) qui soutenaient les anciennes bretèches. Romani en a désigné un nombre considérable dans ses notes sur la topographie de cette ville; j’en ai vu encore beaucoup épargnés par les démolitions piémontaises, & j'ai rassemblé dans la pl. LXI celles qui m’ont

paru offrir le plus d’intérêt. - |gp ^ -

Le palais Spini, qui sert aujourd’hui de mairie, peut 1^,

être cité comme exception au dérasement démocratique; ses arcatures du sommet, ses créneaux, sont intacts & viennent d’être soigneusement restaurés. — On a même rétabli au lieu des croisées modernes les anciennes baies cintrées. — Les auvents du bas, pl. LXII, ont disparu; nous les avons rétablis d’après la fresque de Ghirlandaio (LXIII). Ce palais, on peut le voir sur le dessin dont nous sommes en partie redevable à l’architecte, se compose de

plusieurs édifices successivement réunis les uns aux autres. — Ces jonctions apparaissent même dans la façade par des lignes verticales qui interrompent les liaisons des assises. La pl. LXIII expose les détails du crénelage, la manière dont

(i) Voyez, pl. LXI, la reproduction d’une miniature du M. S. de Villani à la bibliothèque Chigi.

FLORENCE

les retombées ont lieu sur les consoles, enfin le linteau & chambranle de la jolie porte du vestibule, que décore maintenant une Madone de Luca délia Robbia.

En face du palais Spini s’élève, auprès de l’église de la Trinité, l’élégante demeure des Gianfiliazzi. — Les créneaux (i) & les arcatures des mâchicoulis n’existent plus- — La partie de gauche est aussi démolie. On trouvera sur la pl. LXIV la façade, les principaux détails & la fresque de Ghirlandaio, dont nous avons déjà parlé.

Ne quittons pas la place de la Trinité sans jeter un coup d’œil sur le palais Buondelmonti, dont la porte offre un cachet très-original. — Cachée autrefois par les boiseries d’une devanture de boutique, nous l’avons vue en 1868 entièrement débarrassée, & nous donnons, pl. LXV, les détails que cette découverte nous a permis de prendre.

Nous joignons à cette porte deux autres entrées à peu près contemporaines & les profils de celle du campanile de Giotto, comme exemple le plus pur du style de ce temps.

Florence en démolissant les tours gibelines ne tarit point sa fécondité artistique ; elle prouva au contraire que le mouvement démocratique chez elle pouvait être favorable à l’architecture. — La construction des maisons appelées maisons des Arts, & affectées à l’administration des diverses corporations ouvrières, peut servir d’appui à cette thèse. — Malheureusement un grand nombre ont été démolies ou du moins tellement mutilées qu’on peut difficilement sous les replâtrages modernes distinguer leur ancienne physionomie. — Nous présentons, pl. LXYI, les deux édifices de ce genre qui sont le mieux conservés — & qui renferment le plus d’intérêt : la maison de l’art de la Laine, derrière Or-San-Michele, & l’ancien tribunal des marchands à l’extrémité de la place de la Seigneurie. Ce dernier édifice, qu’une ancienne gravure nous montre couronné de créneaux, n’a plus de sa construction primitive que le rezde-chaussée & le premier étage représentés sur notre gravure; la surélévation est moderne.

Nous avons eu occasion dans le premier volume, à propos de la porte Saint- Nicolas, de montrer une perspective générale des moulins publics & de la rue del Renai ; — nous complétons sur la pl. LXVII l’étude de ces édifices qui devenaient d’une si pressante utilité en temps de siège ou de disette. — Au-dessous sont rapportés quelques détails du palais des Pazzi.

(1) On les retrouve dans de vieilles estampes.

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