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La révolution pacifique du 27 avril n'a été l'œuvre
d'aucune classe ni d'aucnn parti. Tous les Toscans se sont trouvé vouloir la même chose ; et le soir de ce beau jour, on pouvait dire à Florence : Il n'y a rien de changé, il n'y a qu'une famille autrichienne de moins.
Eh si, tout était changé ! on le vit dès le lendemain ; car la troupe, que la veille encore on excitait contre le peuple, ne faisait plus qu'un avec lui; les riches et les pauvres, entre qui l'Autriche semait les défiances, fraternisaient dans une pensée commune; les partis s'étaient spontanément donné la main, oubliant leurs anciennes offenses dans un pardon mutuel ; on ne se demandait plus ce que l'on avait fait il y a dix ans, mais ce que l'on voulait et pouvait faire aujourd'hui. Il y avait rivalité de zèle et de bonne volonté pour la patrie italienne.
Cette parfaite entente entre les partis et les classes n'avait rien d'étonnant pendant la guerre; mais elle a subsisté, elle s'est accrue en durant; maintenant qu'il s'agit de la réorganisation du pays, si cette entente n'est pas moins naturelle, elle est du moins
plus belle encore, elle mérite incontestablement de conquérir à la Toscane des sympathies nouvelles auprès des âmes élevées.
Les Toscans ont la conscience d'avoir, par leurs efforts et par leur concorde, répondu à cette parole de l'empereur Napoléon III: «Votre désir d'indépendance, si longtemps exprimé, si souvent déçu, se réalisera si vous vous en montrez dignes. »
La Toscane est restée pure de toute petite passion locale. Dès le premier jour elle s'est placée sous la direction politique de l'ambassadeur de Sardaigne, sous le commandement militaire d'un général napolitain ; elle a effacé les barrières entre elle et les duchés de Parme et de Modène ; elle a tendu une main fraternelle aux Légations ; elle a souffert des massacres de Pérouse comme si c'eussent été des massacres infligés à elle-même. On peut dire en vérité que, dans ces derniers temps, le cœur de l'Italie a battu à Florence.
Le premier acte de la Toscane affranchie de ses Grands-Ducs autrichiens, a été d'immoler sa personnalité provinciale sur l'autel de la grande patrie
commune* Partout à la fois, dans lés villes et les villages du Grand-Duché, Tut exprimé le vœu spontané d'annexion au Piémont. C'était noblement ré* pondre à ce reproche de séparatisme municipal si fréquemment et si durablement formulé contre l'Italie. C'est ainsi que disparaît cet esprit de localité, que combattait l'empereur Napoléon I" comme l'un des plus grands obstacles à l'organisation de la nation italienne.
L'expulsion des Grands - Ducs autrichiens a été l'extraction d'un corps étranger. C'était un fer dé lance laissé aux flancs du pays par une main étrangère. Aussitôt que le pays se le fût arraché à lui-même, la plaie s'est refermée, cicatrisée et guérie. Vou* drâit-on la rouvrir?
Les ennemis de l'Italie ont essayé d'exploiter contre elle certains mécontentements qui se sont produits au lendemain d'une paix si imprévue. Les espérances avaient été si grandes et si légitimes, qu'il faut avouer qu'un désappointement était compréhensible. Mais l'Italie souffrait tellement il y a six mois, qu'elle ne peut qu'être profondément recon-
naissante de ce qui a été fait pour elle, à condition pourtant qu'il lui soit permis d'en profiter, et que, selon une parole souveraine, elle reste réellement « maîtresse de ses destinées. »
Après chaque bienfait vient presque toujours te reproche d'ingratitude. 11 est vrai que le plus sotiVéht les bienfaits font des ingrats. Mais, pour être juste, il faut convenir que l'ingratitude est en grande partie engendrée par la manière dont le bienfait est rendu, et que rien n'aide plus à l'injustice qu'un bienfait reproché. Si les hommes privés ont fréquemment auprès d'eux des gens qui, dans un intérêt personnel, les poussent à mal faire, cela est encore bien plus exact des gouvernements.
Déjà l'on entend certaines gens parler de « Tingratitude de Tltalie. » Mais il est bon de noter que ce sont les mêmes qui eussent voulu il y a quelques mois que l'on ne fît rien pour Tltalie, et qui voudraient aujourd'hui qu'on fît lé moins possible.
Nous savons combien la mission que la France a à remplir dans le monde est grande et aussi combien sa marche et son œuvre sont forcément entou-
rées de grandes difficultés. C'est pourquoi il serait injuste de ne pas lui savoir gré de l'appui même incomplet qu'elle donne. Mais nous savons également combien la France se laisse facilement aller à des excès de générosité qui tournent à son détriment et à celui de ses alliés. C'est pourquoi il est utile de lui rappeler qu'elle se doit à elle et à ses alliés de retirer le fruit de ses glorieux travaux.
Après les sacrifices que la France fit dans le temps pour la Grèce, la Grèce fut, au lendemain de la victoire, et le jour du traité, laissée si petite, si faible, si appauvrie, qu'elle en éprouva un malaise durable. Quand elle s'en plaignit on lui en voulut. Et beaucoup de personnes , après avoir été philhellènes, crièrent à l'ingratitude de la Grèce. Il serait
pénible qu'après cette expérience nous fussions exposés à entendre crier à l'ingratitude de l'Italie. La France ne peut sans cesse aider l'Italie. Il peut arriver qu'elle ait de graves empêchements de le faire précisément au moment où l'Italie se trouverait dans la situation la plus critique. Il est d'autant plus nécessaire que l'Italie, après tout ce que la noble
nation française vient de Taire pour elle, soit mise le plus possible en situation de se défendre elle-même à l'occasion, et d'achever par elle-même un jour, l'œuvre de délivrance si glorieusement commencée ensemble. Il importe à la France non moins qu'à l'Italie que la parole : Italia fara da se, qui n'était il y a dix
ans qu'un imprudent désir, devienne une vérité.
Moins l'Autriche a été affaiblie dans ses positions militaires de la haute Italie, plus il est urgent de veiller à ce que les clefs de l'Italie centrale ne puissent lui être remises en aucun cas. Donc, on ne doit les donner aux parents de l'Empereur d'Autriche. Qu'importerait ce qu'ils pourraient promettre? L'intérêt et la voix du sang parlent plus haut que les traités et sont plus sûrs que les promesses. Dans la vie privée, si nous avions chassé quelqu'un qui aurait violemment envahi notre maison, irions-nous le lendemain en confier les clefs à son fils, à ses parents. Ce serait une folie, puisque ce serait évidemment réintroduire l'ennemi dans la place. Les hommes publics seraient-ils donc moins sages et moins prudents que les hommes privés ?
Plus l'homme a de force, plus il se sent disposé, après une grande victoire, à penser qu'il pourrit convertir son ennemi. Mais c'est surtout tjle souverain à souverain que lep conversions sont rarep.
En politique, un ennemi vaiucu est doublaient ennemi ; en politique, un ennemi pardonné est up ennemi à qui on laisse le moyen de réparer ses pertes et de vous frapper plus sûrement en temps opportun. Ce n'est point la première fois que l'Empereur d'An-
tricbe a perdu tout ou partie de ses possessions en Italie, ce n'est point la première fois que le Grand- Duc de Toscane a perdu sa couronne, ,et ils sont rentrés l'un et l'autre dans leurs États. C'est pourquoi il faut prendre ses précautions.
Lorsqu'à Campo-Formio Napoléon enleva la Lombardie à l'Autriche, il laissa la Toscane au Grand-Duc , et il en a donné dans ses Mémoires cette raison singulière : « Il ne fut fait aucun tort à ce prince, dit-il, par l'envie d'adoucir l'animosité dont était animée la maison de Lorraine qqbtre la France, et de la détacher de l'Angleterre. » Or, l'Autriche saisit la première occasion de se
déclarer contre la France, et le Grand-Duc fit cause commune avec elle. Il fallut recommencer la guerre ; l'Autriche fut vaincue à Marengo, et le Grand-Duc perdit ses États k Lunéville. Ceux qui
connaissent la politique autrichienne, savent qu'avec elle la paix n'est jamais qu'une trêve. Aussi, si durant la guerre elle n'a pas été abattue tout à fait, du moins «doit-on s'efforcer de faire qu'à la paix elle soit le plus faible possible , elle et ses alliés. Or, si, dans les circonstances présentes, les Archiducs étaient rétablis dans les duchés italiens,
il n'est pas permis de douter que , loin de s'en montrer reconnaissants envers la France, ils ne demeurassent aussi fidèlement dévoués à d'Autriche que par le passé.
Mais au nom de qnoi les rétabli rai t-op? Si c'est au nom «des traités de 1815, pourquoi ne pas restituer oralement la JUupbapdie à l'Autriche ? Si les .traités de 1815 wnt tout et que le voeu des peuples ne soit rien, s'il n'y a de légitime que la souveraineté des princes que ces traités ont restaurés ou consacrés, la France devrait donc alors
abolir l'œuvre de son suffrage universel, et reprendre non pas même la dynastie qu'elle a expulsée le 24 février 1848, mais celle qu'elle a renversée le 29 juillet 1830 !
Eu réalité, les traités de 1815 n'étaient que la
sanction de faits accomplis. L'Italie vaincue subissait la loi du vainqueur. Et il lui faudrait aujourd'hui subir la loi des vaincus ! Ce serait trop absurde.
Ce n'est pas plus l'intérêt de la France que celui de l'Italie, que les Grands-Ducs autrichiens soient restaurés. Ils n'ont pour eux ni la force, puisqu'ils sont battus, ni le droit, puisqu'ils ne pourraient soutenir aujourd'hui sans ridicule que les peuples sont la propriété des princes.
En face de la volonté nationale hautement manifestée contre eux , on ne pourrait invoquer pour eux ijue le droit féodal de Pilnitz : ce qui serait la négation de tous les efforts faits par la France depuis soixante-dix ans. De telle sorte que si leur restauration consacrait un tel principe, les récents et nombreux sacrifices de la France, ses
nouvelles victoires , ses quatre glorieux combats, et ses deux grandes batailles, n'aboutiraient qu'à revenir, pour les rapports internationaux , au droit public d'avant 1792 !
Si Ton veut se faire une idée exacte de ce que serait pour les Toscans une restauration grand-ducale, on n'a qu'à se reporter en esprit à cet état de la France que peignait Napoléon, lorsque, au retour de l'île d'Elbe, il disait à ses soldats : « Vos rangs, vos biens, votre gloire, les biens, les rangs et la gloire de vos enfants n'ont pas de plus grands ennemis que ces princes que les étrangers nous ont imposés ; ils sont les ennemis de notre gloire, puisque le récit de tant d'actions héroïques qui ont illustré le peuple
français, combattant contre eux pour se soustraire à
leur joug, est leur condamnation. Les vétérans de la Grande Armée sont humiliés, leurs honorables cicatrices sont flétries; leurs succès seraient des crimes, ces braves seraient des rebelles, si, comme le prétendent les ennemis du peuple, les souverains légitimes étaient au milieu de l'ennemi. • Les traités de 1815, qui ont fait l'humiliation de
la France, ont été le malheur de l'Italie. On peut dire avec vérité, que F Italie avait été mise à la chaîne, et la chaîne, loin de s'user avec le temps, avait été rendue plus lourde d'année en année. Outre la Lombarde- Vénétie que l'Autriche s'était adjugée, elle jetait ses filets sur l'Italie centrale.
Les États d'Italie, liés à elle par des traités secrets, étaient tombés dans la dépendance absolue de la cour de Vienne. Leurs princes avaient, par une alliance offensive et défensive, garanti les possessions autrichiennes en Italie, et en s' obligeant ainsi à employer leurs troupes au maintien d'une dominanation étrangère, ils s'étaient, par cet acte anti-national, rendus odieux à leurs peuples. Ils s'étaient engagés à gouverner d'après les mêmes principes que l'Autriche, et s'il y avait chez eux mécontentement, réclamation et soulèvement, l'Autriche s'était réservé de les réprimer. Mais quand un prince s'était mis dans l'impossibilité d'accéder à aucune demande de son peuple ni d'introduire dans ses États un changement dont il eût reconnu l'opportunité, qu'était devenue sa souveraineté ? L'Autriche leur
interdisait d'accepter ni d'octroyer aucune constitution. « Notre Empereur, avait dit le prince de Metternich, ferait la guerre à tout prince italien qui voudrait donner ou garder une constitution. » L'Autriche ne les laissait pas même régner en princes absolus ; ils ne pouvaient régner que selon le bon plaisir du cabinet de Vienne. Qu'était-ce donc que l'indépendance d'un prince qui s'était engagé par traité à ne jamais s'aider des conseils des premiers du pays, à ne jamais tenir compte des vœux de son peuple, à ne jamais obéir aux inspirations de sa conscience, à toujours fermer l'oreille aux observations de l'Europe. Le cabinet de Vienne prétendait que ces traités avaient eu pour but d'offrir à des États faibles la protection d'un Etat plus fort. Plaisante protection, en vérité ! que celle qui mettait l'Etat faible à la merci du plus fort. Ces traités n'étaient en réalité que des actes d'inféodation : c'était pis même, car ils réduisaient des princes à un rôle non de vassaux mais de valets.
Les traités attribuaient les duchés italiens à des Archiducs d'Autriche. La conduite de ces princes a
montré que les deux qualités d'Archiduc et de Souverain étaient inconciliables. Au lieu de s'identifier aux besoins de leurs peuples, ils n'ont eu souci que de leurs liens de parenté, sacrifiant constamment les
intérêts italiens aux intérêts de l'Autriche. Le duc
de Modène est feld-maréchal-lieatenant au service d'Autriche, propriétaire du régiment d'infanterie autrichienne n° 32; le grand-duc de Toscane est général de cavalerie au service d'Autriche, propriétaire du régiment des dragons n° 4 , et ses deux fils sont également officiers dans l'armée autrichienne ; et ce ne sont point de simples titres honorifiques comme le sont les grades que les souverains d'Autriche, de Prusse et de Russie se donnent réciproquement dans leurs armées. Les Archiducs se considèrent réellement comme des officiers autrichiens, et obligés, par cela, à la subordination militaire envers l'Empereur d'Autriche. Aussi, quand on leur rappelait leurs devoirs de souverains, se bornaientils à répondre : Je suis Archiduc et Autrichien.
Le même article des traités dont il s'agit, en constituant chaque duché en État souverain et en
le remettant à un Archiduc, renfermait deux dispositions contradictoires. Les traités n'étant pas applicables, devaient donc être révisés. Mais laquelle des dispositions sacrifiera l'autre. La qualité de Souverain devait-elle être absorbée dans la qualité d'Archiduc ? Devait-on sacrifier l'intérêt des peuples au caprice des princes , et l'intérêt de l'Europe à l'ambition de l'Autriche? En ne sachant pas être souverains, ils ont détruit le seul fondement de leur établissement en Italie. On ne pouvait tolérer plus longtemps que les souverains italiens continuassent à n'être que des préfets héréditaires au service d'Autriche avec les pouvoirs discrétionnaires de l'état de siège, toujours prêts à exécuter les ordres du cabinet de Vienne, et à remplir le rôle de fourrier autrichien pour préparer dans les duchés les logements des troupes impériales.
L'Autriche depuis 1815 n'a pas cessé un seul jour ses empiétements en Italie. Elle a empiété au mépris des traités, au mépris du droit des gens. Tous les moyens lui étaient bons ; employant tour à tour et l'intrigue et les armes, les exécutions publiques et
les traités secrets , toujours la violence et le mensonge; opprimant ce beau pays par les princes qui lui étaient inféodés, le foulant sous ses armées, le ruinant par ses exactions, le parcourant en tous sens,
s'y conduisant comme si elle eût été chez elle, ne lui laissant d'autres lois que le caprice de ceux
qu'elle lui donnait pour chefs ; elle s'attachait à
préparer ainsi son incorporation.
Voudrait-on, par la restauration des Archiducs autrichiens, amener le retour d'un tel régime?
On raconte que Mahomet II , réunissant les moyens de se mettre en possession de l'Empire grec, après avoir fait construire le château d'Asie, faisait travailler à la construction du château d'Europe. L'empereur Constantin Dragosès lui ayant fait des représentations sur cet envahissement du territoire de l'empire : • Ces deux rivages sont à moi, répondit Mahomet ; celui d'Asie, parce qu'il est occupé par des Ottomans; celui d'Europe, parce que vous ne pouvez pas le défendre. » tSi l'Autriche, maîtresse de l'Italie, ne tient pas le même langage à l'égard du midi de cette péninsule, qu'importe la différence des
mots quand les procédés sont les mêmes. » — Il faut convenir que cette observation, que faisait en décembre 1822 un diplomate distingué, M. Bignon, était hier encore parfaitement applicable. Elle te serait demain plus que jamais si Ton n'y mettait bon ordre.
Si le 2 juillet 1855 l'Empereur Napoléon III a dit
au Corps législatif: « Nous avons demandé une meilleure constitution des Principautés danubiennes,
afin qu'elles servent de rempart contre ces invasions sans cesse renaissantes du Nord, » ce qui s'est réalisé; n'est-il pas pour le moins aussi légitime d'exiger une meilleure organisation des Principautés italiennes, afin qu'elles servent de rempart contre les invasions sans cesse renaissantes de l'Autriche.
Il n'est pas moins urgent de fermer le chemin de Rome aux Autrichiens qu'il ne l'était de fermer le chemin de Constantinople aux Russes.
Et, pour cela, une organisation plus forte et plus régulière des duchés et des légations est indispensable. Or, la déchéance définitive des Archiducs autrichiens en est la condition première.
Les peuples, dans leurs assemblées solennelles, prononceront cette déchéance. Et l'Europe ne peut qu'y donner sa sanction. Son désir de paix, non moins que la justice, lui en fera une loi impérieuse. Si, en 1849, le Grand-Duc de Toscane, rappelé par son peuple, n'a pas cru pouvoir gouverner autrement qu'avec l'appui des baïonnettes étrangères, comment son fils le pourrait-il aujourd'hui que tous rejettent une restauration grand-ducale. Si on l'imposait, qui donc se chargerait de la maintenir ?
Si à Villafranca l'Empereur d'Autriche a naturellement plaidé la cause de ses parents et alliés les Archiducs, l'Empereur des Français ne pouvait oublier les droits de ses alliés les peuples des duchés. Et ces droits-là sont autrement sacrés. Une seule chose pouvait faire question : Quelle serait la volonté des populations régulièrement consultées. Elles vont répondre. Leur volonté doit faire loi.
L'Angleterre constitutionnelle voudra-t-elle entraver l'exécution des volontés nationales, mettre à néant les vœux des populations? Quand on songe combien l'Angleterre a montré de mauvaise volonté
vis-à-vis de l'Italie depuis six mois, alors que la question eût pu se résoudre, peut-être même sans guerre et à l'avantage de l'Italie, si , dès le début, l'Angleterre se fût hardiment déclarée et eût fait cause commune avec la France dans cette œuvre de justice, on ne peut se défendre des réflexions les plus pénibles. L'Angleterre a aujourd'hui beaucoup à faire oublier aux Italiens. Y parviendra-telle ? Le tentera-t-elle ? Une première occasion se présente : celle des duchés italiens. L'Angleterre favorisera-t-elle ou contre-carrera-t-elle la réalisation des vœux des populations ? Tout ce que nous savons, c'est que de sa résolution dépendra grandement, à l'avenir, son influence dans la Péninsule.
Nous croyons fermement que la volonté des populations sera respectée. Autrement ce serait le cas de répéter ces paroles de l'Empereur Napoléon au 1 er mars 1815 : € Il n'est aucune nation, quelque petite qu'elle soit, qui n'ait eu le droit et ne se soit soustraite au déshonneur d'obéir à un prince imposé par un ennemi momentanément victorieux.... Tout ce qui a été fait sans vous est illégitime. »
Les diplomates se réunissent en ce moment pour discuter et régler les affaires d'Italie. Nous ne pensons pas qu'il soit à craindre qu'aucune résolution soit arrêtée contrairement aux droits des populations qui viennent d'être affranchies de la domination ou de l'influence de l'Autriche. Il faudrait, pour qu'il en fût ainsi, que la conférence de Zurich fût une conférence de Laybach. Or, l'Autriche, qui siégeait à Laybach comme puissance victorieuse, siège à Zurich comme puissance vaincue. La diplomatie française, après la nouvelle campagne d'Italie, a un tout autre poids qu'au lendemain de Waterloo. Et elle ne peut faire défaut au bon droit de l'Italie, qu'ont glorieusement soutenu les armes françaises. C'est pourquoi le salut des Duchés et des Légations réside dans leur concorde et dans leur persistante éuergie.
Les Duchés et les Légations ont déjà plus de trente mille hommes sous les armes. Leur action se centralise en même temps que se régularisent leurs gouvernements. Ce n'est point, assurément, par de simples protocoles qu'on leur ferait restaurer l'an-
cien régime qu'ils ont détruit. Si les défiances de certaines puissances ont empêché l'Empereur Napoléon de pousser plus avant ses succès contre l'Autriche, on n'attend point, sans doute, qu'il emploie ses soldats contre les Italiens. N'intervenant pas, il n'est pas probable qu'il permettrait l'intervention d'autrui. Par conséquent, l'Italie centrale a de justes motifs d'espoir.
Trop longtemps les diplomates n'ont enregistré que les faits accomplis au détriment des nations. Le temps est jjéjà venu où ils doivent enregistrer les faits accomplis à l'avantage des nations.
4 Août 1859.