‹ La tour d'ivoireChapitre 35 sur 42 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

ELLE est retenue au loin Ma divine fiancée, Mais j'ai le Ciel pour témoin Qu'elle habite ma pensée.

Quand l'orage éclaterait Sur la mer retentissante, Jamais, ce bruit ne ferait Taire en moi sa voix absente.

Ses yeux, flambeaux exilés, Pour les empêcher de luire, Tous les brouillards rassemblés Au ciel ne pourraient suffire.

Ni Léda mirant dans l'eau Des miroirs sa tête blonde, Ni la Vénus de Milo, Ni Circé, ni la Joconde,

Ni les nymphes que Boucher Montre au bain sous un feuillage, Non ! rien n'a pu détacher De mes yeux sa douce image.

Il n'est point de goût fruitier, De miel recueilli des souches, Ni de bouton d'églantier, Oui ne me vante sa bouche.

Dans les trilles éclatants, Ou votre âme se délasse, C'est son éloge qui passe, Rossignols et que j'entends }

Ce soir, la lune attendrie Neige à travers les rameaux, Un berger, dans la prairie, Joue un air de chalumeau.

Une lumière indécise Montre, au milieu du gazon, Sur un banc de pierre assise, Une forme à l'horizon.

C'est bien sa pâleur mortelle Où se mêle une langueur, Toi qui réunis les cœurs, Amour ! fais que ce soit Elle !

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Lorsque l'épais feuillage avait quitté les branches, Que la neige faisait les routes toutes blanches, Que la glace arrêtait la course des ruisseaux, Sa native bonté s'exerçait aux oiseaux.

Toujours à la même heure, en amie avisée, Pour leur donner pâture, elle ouvrait sa croisée, Et s'avançait, légère — (A soutenir son pied, La pointe des moissons n'en aurait pas plié) Sur le balcon de pierre où, sculptée, une tête De Satvre imitait un bâillement de bête.

Le triste aspect du parc, où les noirs bras gelés Du lierre grelottaient sur les murs étalés, La tortueuse allée, inscrivant sur les nues La désolation des longues branches nues, Tout ce deuil faisait mieux ressortir l'agrément De sa belle personne ; un plus vif enjouement En venait par contraste à son jeune sourira, Et de ses yeux, la grâce en prenait plus d'empire, Les oiseaux, à sa vue, accouraient aussi prompts Que l'éclair, de tous les bosquets des environs. Epouvantés si peu du geste de l'amie, Balancé lentement, que pour cueillir la mie Qu'elle faisait pleuvoir, à moitié du chemin. Ils suspendaient leur vol au-dessous de sa main. Elle s'égayait fort si, parmi la querelle De tous ces passereaux engagée autour d'Elle, Un trop entreprenant malhabile en son saut, Roulait, montrant à l'air son petit ventre chaud, Mais si l'un culbutait, d'une prompte estocade, Pour lui voler sa proie au bec, un camarade, Elle s'interposait et, soudain, au doux bruit Que sa lèvre faisait, bruit pareil à celui Que sur la joue aimée un loyal baiser donne, La troupe s'apaisait et, rangée en couronne, Tranquille, becquetait, à coups multipliés

De tête, la moisson étalée à ses pieds.

Ainsi l'enfant restait à sa haute croisée,

Immobile, oubliant que sa gorge exposée

A l'air vif frissonnait et que déjà ses doigts,

Nullement protégés, se bleuissaient de froid,

Mais son geste élégant, d'où venait â s'épandre

Délicieusement, quelque chose de tendre

Sur tout le paysage assiégé de frimas,

Son geste d'où sortait un parfum de lilas,

Son geste, m'évoquait Cyprine la sucrée

Oui, jadis, même aux lieux où sévissait Borée,

Ramenait le printemps d'un sourire ingénu,

Cyprine aux boucles d'or, dont j'ai bien retenu

Ou'elle n'allait jamais sans traîner, avec elle,

LJn doux bruit roucouleur et de longs frissons d'aile.

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