‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaireChapitre 108 sur 205 · XV. — PRÉFACE DU DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE · texte numérisé non relu

XV. — PRÉFACE DU DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE

ceptions, la linguistique s'est définitivement affranchie des vaines ambitions qui Tégaraient autrefois et, sur le terrain où elle se renferme, elle a défini sa tâche avec rigueur et précision ; elle ne sépare plus Fétymologie de \'à phonétique ou science des sons ; elle les éclaire et les confirme Tune et l'autre par l'étude des variations de l'orthographe. Ainsi elle pénètre de mieux en mieux dans la constitution organique des mots ; elle réussit à les classer selon leurs origines diverses et selon les dates de leur entrée dans l'usage ; chaque jour, elle réduit le nombre de ceux qui résistent à toute explication parce qu'ils résistent à toute anahse, et parce ([ue la tradition historique de leurs formes diverses ne nous est pas parvenue. 11 n'y a plus un bon esprit qui puisse méconnaître ce progrès.

Le nouveau livre de M. Brachet affermira, j'en suis sûr, la confiance du public dans les procédés qu'applique désormais la science des langues : il en accréditera plusieurs résultats nouveaux et déjà incontestables ; car, en les résumant tous, nouveaux ou anciens, avec ordre et clarté, il les rend tous abordables et à la jeunesse de nos écoles et aux gens du monde que leur inexpérience, en ces matières, rapproche quelquefois de la jeunesse. Je m'abstiendrai de donner des exemples à l'appui de ce jugement ; le lecteur n'aura qu'à tourner quelques pages pour les trouver dans y Avaiit-propos et dans Y Introduction de M. Brachet ; il n'aura qu'à ouvrir le Lexique pour apprécier d'un coup d'oeil l'heureux effet des saines méthodes. C'est vraiment plaisir de voir comment l'analyse étymologique des divers éléments de notre langue se trouve en donner l'histoire même ; comment cette analyse distingue le plus souvent avec certitude les problèmes insolubles de ceux qui peuvent recevoir une solution, indique les conditions de ces derniers, circonscrit l'inconnu et le resserre, pour ainsi dire,

par des rapproclicnicnls (|iii (Icviciiiiciit des découvertes. Lo doiito railleur n'a jdiisdc pi'ise sur la science ainsi constituée, ainsi |(ouî'vue de ses instruments léfi:itimes, j)as plus (pi'il n'en a sur la physiologie et sur la botanique: il faut que les rieurs en prennent leur parti.

D'ailleurs, la curiosité, jtour peu ([u'elle soit sérieuse, trouvera dans les études graniniaticales renouveh't's par le perfectionnement des méthodes autant de chariui! et d'attrait qu'en eurent jamais pour l'imagination de nos ancêtres les rêves d'une étymologic aventureuse. L'étude seule de notre idiome, avec un guide aussi sûr que M. Brachet, conduira sans effort à celle des langues anciennes de la même famille. Le latin, en effet, et les langues qui en dérivent, otVrent pour nous l'intérêt particulier d'une famille où la langue mère (c'est-à-dire le latin du temps de l'Empire) et celles (pi'elh! a produites sont également bien connues, où les témoignages abondent pour marquer, siècle par siècle, les caractères généraux et les variétés de l'évolution linguistique aujourd'hui arrêtée en P]urope par l'imprimerie et par l'autorité des grandes littératures classi- (fues. Familiarisé d'avance avec les principes de l'analyse eonipaiative par l'application (|u"ils reçoivent dansle riche domaine de la philologie néo-latine, tout homme studieux aura moins de peine à les appliquer au grec et au latin, à d'autres idiomes plus éloignés de nous, plus étrangers à nos habitudes ; à des idiomes dont la filiation et la parenté, toujours évidentes, sont j)Ourtant moins faciles à définir. Ainsi par un retour heureux, la lumière qui nous est venue de l'Orient, st; rellctci'a jus(]ii(' sur les langues oricn laïc- de la laniilhî indo-gerMiani(|ue : celles-ei nous semideroni moins la matière d'une érudition privilégiée; nous |(>s ahoi'dfrons fou joui- a vcc prndf'iicr, mais avec sécurité, sachaiitdaNance qii files \\()\i< pi'('-<eiileroiil des phénomènes grammaiicaux

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