XVI. — SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE NORMANDIE
sition du Musée Gampana, le fac-mnile de cet incompara])le moniuiicnt de la majesté romaine, dont les moindres restes sont reproduits là, avec une fidélité inconnue jadis de nos antiquaires, par M. Guillaume l'architecte et M. G. Perrot lephilolog-ue, ancien membre de l'Ecole française d'Athènes (1). Un autre membre de cette même école, M, Thenon, nous a rapporté de Gortyne, en Crète, l'original même d'une pierre qui sera Tornem eut de notre Musée parisien (2). Demain je vous en ferai juges. Messieurs, d'après une image qui vous sera un exemple des services que la photographie, ainsi que le commode procédé des empreintes, est appelée à rendre aux études d'antiquité. Vous verrez ce vénérable débris d'un monument crétois, dont il est difficile de fixer la date avec précision, mais qui remonte certainement à une époque très reculée. C'est tout ce qui nous reste d'un règlement ou d'une loi relativeauxsuccessions. A première vue, la lecture en paraît facile ; mais il y a là telle lettre dont la forme était jusqu'ici inconnue ; il va des racines, il y a des flexions grammaticales encore obscures pour nous. Du moins, on en déchiffre assez pour affriander les légistes et les philologues. N'étant point légiste, je voudrais au moins signaler aux philologues tout fintérôt d'un tel document.
Voyez, leur dirai-je, l'étonnante variété des dialectes de cette langue, que nous appelons simplement la langue grecque! Les œuvres littéraires nous montrent déjà cette variété; car celui qui lit Thucydide à livre ouvert ne comprend pas pour cela Homère, Ib-rodote ou Pindare. ('ha-
(1) Une fidèle réduction de ros far-simiU; orno aujourd'hui VExploratiôn (trchéolofjique de la Galatie et de la Uiltn/nv', que publient ces deux savants voyageurs.
(2) M. Thenon l'a publié dans la Revue archéologique de 18G3, avec un premier essai de transcription et d'interprétation.
2(12 LA TlîAUlTlON ET LES HEFÛRMES.
«imc (les grandes races licllt'irK{ues avait ses écoles de pni'les et de prosateurs. A côte des grandes écoles, il y avait lcs|HMites: celle de Béotie, illustrée par Corinne, une IVninie qui donnait des leçons à Pindare ; cellede Syracuse, illustrée par l^]pifliarni(^ cl |»ar So]ilir()ii, le |»(»clc (ini ]>ro- <lnisit ])enl-étre le premier modèle de ce que nous appcdons aujourd'hui des /Vot'e/-/>»(?s dramatiques [\). Mais plus bas <Micore. au-dessous de ces écoles littéraires et comme dans iiii(> légion inférieure de riiellénismc, il y avait maints dialectes |iopulaires, vivant sans honneur, maisnonsansfierté, dans les nombreux nuinicipes du monde grec, image fidèle (11111 (">prit de di\i-^i()ii (jui liiiit \\\\\' perdre la Grèce, mais (pii ne la perdit ([iiaprès avoir merveilleusement développé on son sein le génie de la science et des arts. Ces dialectes, ou, pour les appeler de leur vrai nom, ces patois de l'ancieiinc Grèce, les grammairiens et les ('crixaiii-^ élégants de lantiquité ne nous eu parlent giicie, ou ils n'en parlent (pie pour s'en mo([uer, comme l'ail Arislophane en certaine de ses comédies. C'est sur le marbre (pi ils ont laissé leur naïve empreinte. Sans les iusci'iidions, nous ne saurions pas comment le peuple jtarlail à Thèbes (2), où écrivait Pindare; à Argos, dans la patrie de ces poétiques héros d'Homère (3) ; en Crète, d'où sortirent, dit-on, les lois de Lycurgue(4) ; à Deljdies, au foyer même de la reli-
(1) Il n'est pout-ôtre pas inutile de justiller cette assertion, en remarquant (|ue parmi les titres de C(;s petites comcîdies, aujourd'hui perdues, il y eu a un ((ui est un proverbe, et que des proverbes se rencontrent parmi les rares lra,!j;nients qui nous en restent (n"^ 41 et 42 du Recueil de ces fragments publié dans le Muséum Criticum Cunluhviijiensc, t. II, p. ;J40-;îôS et 5o!)-5G8).
['!) Corpus Liscriptiouum gr.ecmum, n"' iCiS et suiv. ; Cf. Keil, Sylloge Inscript. Dœoticarum (LipsiiP, 1847, 4").
[■i] Corpus hiscrip. grœc.,\\"' 1118 et suiv., et l'importante inscription d'Arf;os publiée par M. Rhangabé dans les Mémoires présentés par divers savants éliaiujers à l'Académie des hiscriptious et Be/les-tetlrcs, 1" série, tome VI.
(4) Corpus Inscr. r/rxc, n"* 2ô5'i et suiv.