XVII. — SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE L'ORLÉANAIS
jet (I). Ce vocaliulaire, que nos ancêtres se sont créé à leur usas2:e et à leur image, en transformant le latin, en l'alliant à quelques mots grecs, depuis longtemps populaires eu Gaule sous forme latine, à quelques restes du vieux celtique, à quelques termes importés par les conquérants germains, ce vocabulaire national, il peut être étudié, il l'est aujourd'hui avec méthode, au même titre que les œuvres d'art, que les produits de l'industrie, qui témoignent pour nous des vicissitudes de la civilisation dans notre chère patrie. Ces témoignages, tantôt on les recueille dans les vieux livres, surtout dans les chartes, où leur orthographe originale nous éclaire plus sûrement que dans les chroniques sur leur véritable prononciation ; tantôt on les recueille de la bouche même du peuple, où ils ont gardé leur pur accent, et comme un surcroît de vive saveur. Quel plaisir nest-ce pas pour vous, 3Iessieurs, de relever dans les récits contemporains quelque parole authentique de votre immortelle Jeanne d'Arc, celle, par exemple, qu'on a si justement gravée, tout près d'ici, sur le socle de sa statue! Ou peut faire une riche moisson de ces vieux mots sur les nombreux diplômes que renferment vos archives publiques et vos archives pri^ées. Mais un intérêt plus grand encore s'attache aux restes de nos anciens dialectes, que conserve le parler de nos artisans et de nos campagnards. Là-dessus, je me ferai mieux comprendre, surtout des dames ([ui me font l'honneur de m'écoutcr, par la comparaison que me suggèrent les souvenirs d'un voyageur.
Voici donc ce que me racontait naguère mon compatriote, revenant du cap .Nord. Là, d;ins une sage et mo-
(1) Paris, 1821. On a du même autour lo Trésor des origines et didionnnive grammcdicid raisonné de lu l'ingue. française :Paris, 1819, in-i), spécimon d'un ouvrage qui ne fut pas aciicvô.
(I('s((' l'.imillc. (III il i'(>ct'\.iil lliospil.ililt'. une jeune lille, Im'IIc (le 1,1 liciuh' (|ui c.iractéi-ise les l'eu mies de ces tristes contrées, studieuse autant (ju(^ belle, s'était formé, en compulsant maint livre de lK)lani([uc, un allnim des plus jrracieuses (leurs de nos climats. Elle avait surtout recueilli les dessins de; plusieuis espèces de roses, la j»rose et les vers (le tous les écrivains ({ui ont ci'li'bré la i-eine des fleurs. Voyant près d'elle, pour la [tremièrc fois peut-être, un l-rançais, elle lui dit, en lui montrant tous ces dessins, toutes ces copies rassemblées dans son précieux album : «Monsieur, que vous êtes heureux, vous! Vous avez vu « des roses vivantes, et vous en'avez senti le parfum ! » Et, à peine redescendu vers les régions oi^i le soleil permet aux Heurs de s'épanouir t;t de vivre, le voyageur se hàla d'en faire pr(''parer un bou(piet ([ui, soigneusement encaissé par un fleuriste habile, put porter à la jcuine tille du Nord, avec leur couleur et leur jtarfiim encore sensible, (piebpu^suncs de ces roses qu'elle aimait tant.
Eh bien. Mesdames, ces fleurs de ralbum et de llierbier, ce sont les vocables (|ue l'érudit rasscniblc en fouillant les vieilles chroniipies et bvs eartulaii'es, (pi'il analyse et (\y\']\ classe froidement, l'omme fait un naturaliste j)Our la flore de nos bois, de nos prairies, de nos jai'diiis. .Mais la flore vivante, la floi-e odorante, ce sont les mots ([n'animent encore le sentiment et rintcdligence sur les lèvres du peuple (pii l(\s jiarle. VA ils sont nond)reu\, les mots qui vivent ainsi d'une vie foute po|»ulaire, foute nationale, dans l'usage de nos ateliers et de nos campagnes. C'est là surtout, et (juebpiefois c'est là S(Mdemeiit (pi'il les faut recueillir, ear il y en ;i licaiicdiip iiui ne liLiiirciil nulle pari sur le pa|)ier des manuseiits et (\v<^ livres imprimes. Les savants et les lettrés ont une part légitime dans le travail (pii [lerfecfionne les langues ; ils en on! peu ou, [lour